RAMAKRISHNA

 

À propos du Védanta
 

Swami Vivekananda

 

La pensée est la chose principale, car « c'est ce que nous pensons que nous devenons ».  Il y avait une fois un sannyasin, un saint homme, qui était assis sous un arbre et qui enseignait.  Il buvait du lait, ne mangeait que des fruits, faisait des « prânâyâmas » sans fin et se sentait très saint.  Il y avait une mauvaise femme dans le même village.  Le sannyasin allait chaque jour la mettre en garde à cause de sa perversité, lui disant que cela la mènerait en enfer.  La pauvre femme était incapable de changer son mode de vie, qui était la seule façon pour elle de la gagner et était encore plus troublée par le terrible avenir dont la menaçait le sannyasin.  Elle pleurait et priait le Seigneur en lui demandant de la pardonner, car elle ne pouvait s'aider elle‑même.  Le temps passant, le saint homme et la mauvaise femme moururent.  Les anges vinrent l'emmener au ciel tandis que les diables réclamaient l'âme du sannyasin.  « Pourquoi en est‑il ainsi ! » s'exclama‑t‑il.  « N'ai‑je pas vécu la vie la plus sainte et prêché la sainteté à tous ?  Pourquoi irais‑je en enfer alors que la mauvaise femme est emmenée au ciel ? »   « C'est que – répondirent les diables – alors qu'elle était forcée de faire des actes impies, son esprit était toujours fixé sur le Seigneur et qu'elle n'aspirait qu'à la délivrance, qui lui est maintenant advenue.  Mais toi, au contraire, alors que tu accomplissais des actes pieux, tu tenais toujours ton esprit fixé sur la perversité des autres.  Tu ne voyais que le péché, tu ne pensais qu'au péché, et maintenant tu dois aller dans le lieu où il n' y a que péché ».  

 

La morale de cette histoire est claire :  La vie extérieure compte peu.  Le coeur doit être pur et un coeur pur ne voit que le bien, jamais le mal.  Nous ne devons jamais chercher à être les gardiens de l'humanité, ni nous tenir sur un piédestal comme un saint réformateur des pécheurs.  Il est mieux de nous purifier, et c'est alors que nous pourrons aider les autres.

 

La physique est bordée de part et d'autre par la métaphysique.  Il en est de même pour la raison ; elle part de la non‑raison et finit avec la non‑raison.  Si nous poussons la recherche assez loin dans le domaine de la perception, nous devons atteindre un plan situé au‑delà de la perception.  La raison est en fait une perception emmagasinée et classifiée, gardée par la mémoire.  Nous ne pouvons jamais imaginer ou raisonner au‑delà des perceptions de nos sens.  Il n'y a rien au‑delà de la raison qui puisse être un objet de la connaissance des sens.  Nous sentons le caractère limité de la raison et pourtant elle nous mène à un plan où nous pouvons avoir un aperçu de quelque chose qui est au‑delà.

 

La question suivante se pose :  « L'homme possède‑t‑il un instrument qui transcende la raison ? »  Il est probable qu'il y a en l'homme un pouvoir qui permet d'aller au‑delà de la raison, en fait les saints de toutes les époques soutiennent qu'ils ont ce pouvoir en eux‑mêmes. Mais étant donné la nature même des choses, il est impossible de traduire les idées et les perceptions spirituelles dans le langage de la raison, et ces saints ont tous reconnu leur incapacité à faire connaître leurs expériences spirituelles.  Le langage ne peut naturellement apporter aucunes paroles pour cela, de telle sorte que l'on peut seulement affirmer que ce sont bien des expériences réelles et qu'elles peuvent être faites par tous.  Ce n'est que de cette façon qu'elles peuvent être connues, mais elles ne pourront jamais être décrites.

 

La religion est la science qui enseigne le transcendantal dans la nature par le transcendantal en l'homme.  Nous savons peu encore de l'homme et, par conséquent, peu de l'univers.  Lorsque nous saurons davantage sur l'homme, nous saurons davantage sur l'univers. L'homme est un abrégé de toutes choses et on trouve en lui toute connaissance.  Nous ne pouvons trouver d'explication que pour cette partie infinitésimale de l'univers qui vient sous la perception des sens.  Donner une explication d'une chose, c'est seulement la classifier et la placer dans une alvéole du mental.  Lorsque nous trouvons un fait nouveau, nous essayons aussitôt de le mettre dans une catégorie pré‑existante, l'explication consiste en cette tentative.

 

Lorsque nous réussissons à localiser un fait étudié, cela apporte une certaine satisfaction, mais ne permet jamais d'aller au‑delà du plan physique de cette classification.  Que l'homme puisse transcender la limite des sens est la preuve catégorique de toutes les époques passées.  Les Oupanishads disaient il y a 5 000 ans que la réalisation de Dieu ne pouvait jamais être obtenue par les sens.  L'agnosticisme moderne est en accord avec elles, mais les Védas vont plus loin que cet aspect négatif et soutiennent de la façon la plus nette que l'homme peut et doit transcender son univers gelé, lié aux sens.  Il peut, pour ainsi dire, trouver un trou dans la glace par lequel il peut passer pour atteindre l'océan de la vie toute entière.  Ce n'est qu'en transcendant le monde des sens qu'il peut atteindre son être vrai, et réaliser ce qu'il est véritablement.

 

Jnâna n'est jamais la connaissance des sens.  Nous ne pouvons pas connaître Brahman, mais nous sommes Brahman, et cela en totalité, pas une simple parcelle.  Ce qui est sans étendue, comment pourrait‑il être divisé ?  La variété apparente n'est qu'un reflet vu dans le temps et l'espace, comme nous voyons le soleil qui se reflète dans un million de gouttes de rosée, tout en sachant que le soleil est un et non multiple.

 

Pour le Jnâna, nous devons perdre de vue la variété et ne voir que l'unité.  Là il n'y a ni sujet ni objet, ni connaissance, ni vous, ni lui, ni moi, seulement le Un, l'Unité absolue.  Nous sommes cela tout le temps.  Une fois libres, nous sommes libres à jamais.  L'homme n'est pas lié par la loi de la causalité.  La souffrance et la douleur ne sont pas en l'homme, elles ne sont que le nuage qui passe et qui jette son ombre sur le soleil ; le nuage passé, le soleil n'a pas changé et il en est de même pour l'homme.  Il n'est pas né, il ne meurt pas, il n'est ni dans le temps, ni dans l'espace.  Ces idées ne sont que de simples réflexions du mental, mais nous les prenons pour la réalité, et ainsi nous perdons de vue la vérité glorieuse qu'elles obscurcissent.

 

Le temps n'est que notre manière de penser, mais nous sommes le temps qui est éternellement présent.  Le bien et le mal n'existent que dans leur relation avec nous.  On ne peut avoir l'un sans l'autre, parce qu'aucun d'eux n'a de signification en dehors de l'autre.  Tant que nous admettons la dualité, ou un Dieu séparé de l'homme, nous devons voir le bien et le mal.  Ce n'est qu'en allant au centre et en nous unissant à Dieu que nous pouvons échapper à la mystification des sens.

 

Lorsque nous laissons partir la fièvre éternelle du désir, la soif sans fin qui ne nous donne aucun répit, lorsque nous avons étanché pour toujours le désir, alors nous échapperons au bien comme au mal, parce que nous avons transcendé les deux.  Satisfaire le désir ne fait que le rendre encore plus fort, comme l'huile versée sur le feu le fait briller plus vivement.  Plus on est loin du centre, plus la roue tourne vite et moins on trouve de repos.  Approchez‑vous du centre, refrénez le désir, étouffez‑le, laissez partir le faux ego et votre vision sera alors claire et vous verrez Dieu.  Ce n'est que par le renoncement à cette vie et à toutes les vies à venir (le ciel, etc.) que nous pouvons atteindre le point où nous pouvons nous tenir fermement sur le vrai Moi.  Le désir continue à nous gouverner tant que nous espérons recevoir quelque chose.  Soyez « sans espoir » pendant un seul instant, et le brouillard se dissipera.  Que pourrait‑on attendre si nous sommes l'existence toute entière ?  Le secret du Jnâna est de tout abandonner et de se contenter de ce que l'on a.  Dire « non » et vous devenez « non », dire « est » et vous devenez « est ».  Adorez le Moi intérieur, il n'y a rien d'autre que cela.  Tout ce qui nous aveugle est Mâyâ, l'illusion.

 

Le Moi est la condition de tout l'univers, mais il ne peut jamais être conditionné.  Dès que nous savons que nous sommes cela, nous sommes libres.  En tant que mortels nous ne sommes pas et nous ne pouvons jamais être libres.  Une mortalité libre est une contradiction dans ses termes, car la mortalité implique le changement, et ce qui ne change pas seul peut être libre.  L'Atman seul est libre, et c'est cela notre essence véritable.  Nous sentons cette liberté intérieure.  Nous le savons malgré toutes les théories et toutes les croyances, et chaque action en apporte la preuve.  La volonté n'est pas libre, sa liberté apparente n'est qu'un reflet du Réel.  Si le monde n'était qu'une chaîne sans fin de cause et d'effet, où pourrait‑on se mettre pour aider ?  Il faut qu'il y ait un endroit de terre ferme pour que le sauveur puisse s'installer, sinon comment pourrait‑il tirer quiconque hors de ce courant impétueux et le sauver de la noyade ?  Même le fanatique qui crie :  « Je suis un ver de terre » pense qu'il est en passe de devenir un saint.  Il voit le saint même dans le ver de terre.

 

Il y a deux fins ou buts pour la vie humaine, la vraie connaissance (Vijnâna) et la félicité.  Sans la liberté, ces deux fins sont impossibles à trouver.  Ils sont la pierre de touche de toute vie.  Nous devrions sentir si fortement l'Unité éternelle que nous devrions pleurer sur les pécheurs, en sachant que c'est nous qui avons péché.  La loi éternelle est le sacrifice personnel, non l'affirmation de soi.  Quel moi y aurait‑il à affirmer, alors que tout est un ?  Il n'y a pas de « droits », tout est amour.  Les grandes vérités que Jésus a enseignées n'ont jamais été vécues.  Essayons cette méthode et voyons si le monde ne sera pas sauvé.  La méthode opposée l'a presque détruit.  Ce n'est que par le désintéressement, non par l'égoïsme, que l'on peut résoudre la question.  L'idée de « droit » est une limitation ; il n'y a en réalité ni mien, ni tien, car je suis toi et tu es moi.  Nous avons une responsabilité, pas de droits.  Nous dirons :  « Je suis l'univers », non « Je suis Jean » ou « Je suis Marie ».  Ces limitations sont toutes des tromperies et ce sont elles qui nous tiennent en servitude, car, dès que je pense « Je suis Jean », je désire la possession exclusive de certaines choses et je commence à dire « moi » et « mien », et je fais continuellement de nouvelles distinctions en agissant ainsi.  Aussi notre servitude continue à croître avec chaque nouvelle distinction et nous nous écartons de plus en plus de l'unité centrale, l'Infini indivisé.  Il n'y a qu'un seul individu et chacun de nous est Cela.  L'unité seule est l'amour et l'intrépidité, la séparation ne nous mène qu'à la haine et à la peur.  L'unité accomplit la loi.  Ici, sur la terre, nous luttons pour encercler de petits espaces et exclure les étrangers, mais nous ne pouvons pas le faire dans le ciel, bien que ce soit ce que les religions sectaires essaient de faire lorsqu'elles disent :  « Il n'y a que cette voie qui mène au salut, toutes les autres sont fausses ».  Notre but doit être d'effacer ces petites barrières pour élargir les limites jusqu'à ce qu'elles disparaissent et de réaliser que toutes les religions mènent à Dieu.  Le petit ego mesquin doit être sacrifié.  C'est la vérité que symbolise le baptême dans une vie nouvelle, la mort du vieil homme, la naissance du nouveau, la fin du moi illusoire, la réalisation de l' Atman, le Moi unique de l'univers.

 

Les deux grandes divisions des Védas sont le Karma Kanda – la partie qui est relative à l'action –, et le Jnâna Kanda – celle qui traite de la connaissance, du vrai savoir.  Nous trouvons dans les Védas le processus tout entier du développement des idées religieuses.  La perception inférieure était gardée lorsqu'une vérité plus haute était atteinte.  Et cela parce que les sages réalisèrent que le monde de la création étant éternel, il y aurait toujours des personnes pour lesquelles les premiers pas vers la connaissance seraient nécessaires, et que la philosophie la plus haute, même si elle était ouverte à tous, ne pourrait jamais être comprise par tous.  Dans presque toutes les autres religions, il n'est gardé que la dernière et plus haute réalisation de la vérité, et il arrivait naturellement que les idées anciennes étaient perdues tandis que les nouvelles n'étaient comprises que de quelques‑uns et qu'elles devenaient peu à peu sans signification pour le plus grand nombre.  Nous en voyons le résultat dans la révolte qui se développe contre les traditions et les autorités anciennes.  Au lieu de les accepter, l'homme d'aujourd'hui les met audacieusement au défi de donner des raisons à leurs revendications, d'expliciter les bases qu'elles lui demandent d'accepter.  C'est ainsi que dans le Christianisme on ne faisait bien souvent que donner les noms et les significations nouveaux aux anciennes croyances et coutumes païennes.  Si les sources d'autrefois avaient été préservées et que les raisons pour les changements avaient été complètement expliquées, bien des choses auraient été rendues plus claires.  Les Védas conservèrent les idées anciennes et il fallut ainsi faire de longs commentaires pour les expliquer et dire pourquoi elles avaient été maintenues.  Cela menait aussi à de nombreuses superstitions, car on restait attaché aux formes anciennes dont la signification avait été perdue.  Dans de nombreuses cérémonies, des paroles sont répétées qui viennent d'un parler ancien et auxquelles aucune signification réelle ne peut être attachée.  L'idée de l'évolution se trouvait déjà dans les Védas bien avant l'ère chrétienne, mais elle fut regardée comme une superstition hindoue jusqu'à ce que Darwin ait déclaré qu'elle était vraie.

 

Toutes les formes extérieures de la prière et du culte sont comprises dans le Karma Kanda.  Celles‑ci sont bonnes lorsqu'elles sont accomplies dans un esprit de désintéressement et que l'on ne les laisse pas dégénérer en une pure formalité.  Elles purifient le coeur.  Le karma yogi désire que chacun soit sauvé excepté lui‑même.  Son seul salut consiste à aider les autres à se sauver.  « Servir les serviteurs de Krichna est le culte le plus élevé ».  Un grand saint priait ainsi :  « Que j'aille en enfer avec les péchés du monde entier, mais que le monde soit sauvé ».  Le culte véritable mène à un sacrifice intense de soi.  On disait d'un sage qu'il désirait abandonner toutes ses vertus à son chien, afin qu'il puisse aller au ciel, car celui‑ci avait été fidèle pendant si longtemps et que, quant à lui, il se contenterait d'aller en enfer.

 

Le Jnâna Kanda enseigne que la connaissance seule peut sauver, en d'autres termes, que l'on doit devenir « sage pour trouver le salut ». La connaissance est le premier objectif, le Connaisseur se connaissant Lui‑même.  Le Moi, le seul sujet, est dans la manifestation et ne cherche qu'à se connaître Soi‑même.  Meilleur est le miroir, meilleure la réflexion qu'il donne.  C'est ainsi que l'homme est le meilleur miroir, et plus l'homme est pur, plus claire est la réflexion qu'il donne de Dieu.  L'homme fait l'erreur de se séparer de Dieu et de s'identifier au corps.

 

Cette erreur est due à Mâyâ, qui n'est pas exactement l'illusion, mais dont on peut dire qu'elle fait voir le réel autre ce qu'il est.  Cette identification que nous faisons avec le corps mène à l'inégalité, qui mène inévitablement à la lutte et à la jalousie, et tant que nous voyons la jalousie, nous ne pouvons jamais connaître le bonheur.  « L'ignorance et l'inégalité sont les deux sources de toute souffrance », dit le Jnâna.  Lorsqu'un homme a été suffisamment ballotté par le monde, il s'éveille à un besoin de liberté et, en recherchant les moyens d'échapper à la ronde lugubre de l'existence terrestre, il cherche ce qu'il est en réalité et il devient libre.  C'est alors qu'il voit le monde comme une immense machine, mais en prenant bien soin de ne pas se faire prendre les doigts dans les engrenages.

 

Tout devoir cesse pour celui qui est libre.  Quel pouvoir pourrait contraindre un être libre ?  Il fait le bien parce que c'est sa nature, non parce qu'il est commandé par quelque devoir imaginaire.  Ceci ne s'applique pas à ceux qui sont encore sous l'empire des sens.  Cette liberté n'est que pour celui qui a transcendé le moi inférieur.  Il se tient ferme sur sa propre âme, il n'est soumis à aucune loi.  Il est libre et parfait.  Il a détruit toutes les anciennes superstitions et s'est écarté de la roue.  La nature n'est que le miroir de nos propres ego.  Il y a une limite à l'action des êtres humains, mais il n'y a pas de limites au désir, de telle sorte que nous nous efforçons de nous emparer les actions des autres et de jouir du fruit de leurs oeuvres, en évitant nous‑mêmes de travailler.  Ce n'est pas en inventant les machines qui travaillent pour nous que nous pourrons jamais augmenter le bien‑être, car en contentant le désir, nous ne faisons que le trouver, et nous voulons alors en avoir de plus en plus, et cela sans fin.  Mourant, encore remplis de désirs non satisfaits, nous avons à naître encore et encore dans la vaine recherche du contentement.  « Huit millions de corps sont ce que nous avions, avant d'atteindre l'état humain », disent les Hindous.

 

Le Jnâna dit :  « Tue le désir et sois‑en ainsi débarrassé ».  C'est le seul moyen.  Rejette toute causalité et réalise l'Atman.  La liberté seule peut produire la vraie moralité.  S'il n'y avait qu'une chaîne sans fin de cause et d'effet, il ne pourrait y avoir de nirvâna.  C'est l'extinction du moi apparent, lié par cette chaîne.  C'est ce qui constitue la liberté, aller au‑delà de la causalité.  Notre vraie nature est bonne, elle est libre, l'être pur ne peut jamais être, ou faire le mal.  Lorsque nous voyons Dieu avec nos yeux et notre mental, nous l'appelons ceci ou cela, mais il n'y a en réalité que le Un, toutes les variations ne sont que les interprétations de cet Un.  Nous ne devenons rien, nous retrouvons notre être véritable.  

 

Bouddha résume la souffrance comme étant le produit de « l'ignorance et de la caste » (l'inégalité) ; cette manière de voir a été adoptée par les védantistes, car elle est la meilleure qui ait jamais été faite.  Cela montre la pénétration stupéfiante de cet homme unique.  Soyons courageux et sincère et quel que soit le chemin que nous suivons avec dévotion, il nous mènera vers la liberté.  Une fois que nous avons saisi un maillon, tous les autres devront venir peu à peu.  Si vous arrosez la racine d'un arbre, l'arbre tout entier sera arrosé.  Il n'est guère utile d'arroser chaque feuille.  En d'autres termes, cherchez le Seigneur, et lorsque vous l'aurez trouvé, vous aurez tout.  Les églises, les doctrines, les formes, ce ne sont que des haies qui protègent la plante tendre de la religion.  Mais plus tard elles doivent être détruites pour que la petite plante puisse devenir un arbre.  C'est ainsi que les diverses religions, sectes, Bibles, Védas et Écritures ne sont comme pour la petite plante que des « baquets », elle doit en sortir et remplir le monde.

 

Nous devons apprendre à nous sentir autant dans le soleil, dans les étoiles, qu'ici.  L'esprit est au‑delà du temps et de l'espace.  Chaque oeil qui voit est mon oeil.  Chaque bouche qui loue le Seigneur est ma bouche.  Et je suis chaque pécheur.  Nous ne sommes pas confinés nulle part, nous ne sommes pas le corps.  L'univers est notre corps.  Nous sommes exactement le pur cristal en quoi se reflètent toutes choses, mais Il est toujours le même.  Nous sommes des magiciens qui agitent des murs magiques et qui créent à volonté des scènes devant nous, mais nous devons aller au‑delà des apparences et connaître le Moi.  Ce monde est comme l'eau dans une bouilloire qui commence à bouillir.  On voit d'abord une bulle, puis une autre, puis de nombreuses bulles jusqu'à ce que l'eau soit en ébullition et se transforme en vapeur.  Les grands instructeurs sont au commencement comme les bulles, un ici, un autre là, mais à la fin chaque créature doit être une bulle et se sauver.  La création se renouvelle toujours, elle apporte de l'eau nouvelle et repassera par tout le processus.  Le Bouddha et le Christ étaient les deux plus grandes bulles que le monde ait connues.  Deux grandes âmes qui avaient réalisé la liberté et qui aidaient les autres à s'échapper.  Aucun d'eux n'était parfait, mais on ne doit les juger que sur leurs vertus, non sur leurs défauts.  Jésus échoua parce qu'il ne vécut pas jusqu'au bout son idéal le plus élevé et surtout parce qu'il ne donna pas à la femme une place égale à celle de l'homme.  La femme fit tout pour lui et pourtant aucune femme ne fut faite apôtre.  Cela venait certainement de son origine sémitique. Les grands Aryens comme Bouddha ont toujours mis la femme au même rang que l'homme.  Dans les Védas et les Oupanishads, la femme reçoit l'enseignement des vérités les plus hautes et la même vénération que les hommes.

 

Le bonheur et le malheur sont l'un et l'autre des chaînes, une chaîne d'or pour l'un et de fer pour l'autre.  Mais elles sont aussi fortes l'une que l'autre, elles nous lient et nous empêchent de réaliser notre vraie nature.  L'Atman ne connaît ni joie, ni peine.  Ce ne sont que des états, et ces états se modifient continuellement.  La nature de l'âme est félicité et paix immuables.  Nous n'avons pas à la gagner.  Nous la possédons déjà.  Lavons la scorie qui empoussière nos yeux, et voyons‑le.  Nous devons toujours nous tenir sur le Moi et regarder avec un calme parfait tout le panorama du monde.  Ce n'est qu'un jeu d'enfant qui ne devrait jamais nous troubler.  Si le mental aime être loué, il sera blessé par le blâme.  Tous les plaisirs des sens et même du mental sont évanescents, mais c'est en nous‑mêmes que se trouve la seule joie véritable, qui ne dépend de rien d'extérieur.  « La félicité du Moi est ce que le monde nomme religion ».  Plus notre joie est intérieure, plus nous sommes spirituels.  Ne dépendons pas du monde pour la joie.

 

Quelques pauvres femmes de pêcheurs, surprises par un orage violent, trouvèrent abri dans le jardin d'un homme riche.  Il les reçut avec bonté, les nourrit et leur permit de rester dans le kiosque de jardin environné des fleurs exquises qui remplissaient l'air de leurs parfums rares.  Les femmes s'étaient étendues dans ce paradis embaumé, mais ne pouvaient trouver le sommeil.  Il leur manquait quelque chose dont elles avaient l'habitude et elles ne pouvaient se trouver bien sans cela.  Une des femmes se leva à la fin et alla à l'endroit où elles avaient déposé leurs paniers à poisson, les apporta au kiosque, et étant une fois de plus heureuses avec l'odeur familière, elles tombèrent toutes vite dans un sommeil profond.

 

Ne laissez pas le monde être notre « panier à poisson » dont nous devons dépendre pour notre plaisir.  C'est une manière d'être tamasique qui est liée à la qualité la plus basse des trois gunas.  Une manière d'être plus élevée est celle de l'égoïste qui parle constamment de « moi », « moi ».  Il est possible que ces gens‑là fassent du bon travail et qu'ils se spiritualisent.  Ils sont rajasiques ou actifs.  Au plus haut sont les natures introspectives (sattviques) de ceux qui vivent seulement dans le Moi.  Ces trois qualités se retrouvent en tout être vivant dans des proportions variées et elles prédominent à tour de rôle.  Nous devons nous efforcer de triompher du tamas par le rajas et les immerger l'une et l'autre dans le sattva.

 

La création n'est pas la fabrication de quelque chose, c'est une lutte pour reprendre l'équilibre, comme lorsque des morceaux de liège sont jetés au fond d'un seau d'eau, ils se précipitent vers le haut, seuls et en groupe, et, lorsqu'ils ont tous atteint le haut et que l'équilibre a été repris, tout mouvement ou « vie » cesse.  Il en est de même pour la création.  Si l'équilibre est atteint, tous les changements cessent et c'est la fin de la vie, comme nous l'appelons.  La vie doit être accompagnée par le mal, car lorsque l'équilibre est repris, le monde doit prendre fin ; de même l'uniformité et la destruction sont un.  On ne peut jamais avoir de plaisir sans souffrance, ou de bien sans le mal, car la vie est exactement un équilibre perdu.  Ce que nous voulons est la liberté, pas la vie, pas les jouissances, pas le bien.  La création est éternelle, sans commencement, sans fin, la ride se déplaçant éternellement dans un lac infini.

 

Il y a encore des profondeurs insoupçonnées et d'autres lieux où la tranquillité a été recouvrée, mais la ride avance toujours et le combat pour retrouver l'équilibre est éternel.  La vie et la mort ne sont que deux appellations différentes du même fait, elles sont comme les deux faces de la même monnaie.  Les deux sont « mâyâ », cet état inexplicable, où l'on s'efforce de vivre en un point et où l'on meurt l'instant d'après.  C'est au‑delà de tout cela que se trouve la vraie nature de l'Atman.  Nous entrons dans la création et elle commence alors à vivre pour nous.  Les choses sont mortes en soi, nous leur donnons seulement la vie et, comme des forcenés, nous tournons alors autour d'elles et nous nous en réjouissons ou nous en avons peur.  Le monde n'est ni vrai, ni faux, il est l'ombre de la vérité.

 

« L'imagination est l'ombre dorée de la vérité », disait le poète.  L'univers intérieur, le Réel, est infiniment plus grand que l'univers extérieur, qui n'est que la projection vague de l'univers véritable.  Lorsque nous voyons la « corde », nous ne voyons pas le « serpent », et lorsque le « serpent » est, la « corde » n'est pas.  Les deux ne peuvent exister en même temps ; ainsi, pendant que nous voyons le monde, nous ne pouvons réaliser l'Atman, il n'est alors qu'un concept intellectuel.  Le « je » personnel et la conscience du monde se perdent dans la réalisation de Brahman.  La lumière ne connaît pas l'obscurité car celle‑ci n'a pas d'existence en la lumière, c'est ainsi que Brahman est tout.  Lorsque nous avons la connaissance d'un Dieu, ce n'est que le Moi que nous avons séparé de nous‑mêmes et que nous adorons en dehors de nous, mais il est tout le temps notre propre moi, l'unique et seul Dieu.  La nature de la brute est de demeurer là où elle est, celle de l'homme de chercher le bien et d'éviter le mal, celle de Dieu de ne plus chercher ni d'éviter, mais d'être éternellement heureux.  Soyons des dieux, rendons nos coeurs comme des océans pour aller au‑delà des frivolités du monde et ne pas le voir que comme un tableau. Nous pouvons jouir alors de lui sans en être en aucune façon souillé.  Pourquoi chercher le bien dans le monde, que pouvons‑nous donc y trouver ?  Ce qu'il peut nous offrir de mieux c'est comme pour les enfants qui jouent dans une mare boueuse et qui y trouvent quelques billes de verre.  Ils vont les perdre à nouveau et devront les rechercher encore.  Dieu et la religion sont la force infinie.  Nous ne sommes des âmes que si nous sommes libres, il n'y a de Dieu que s'Il est libre.

 

Tant que nous n'abandonnons pas le monde fabriqué par l'ego, nous ne pourrons jamais entrer dans le Royaume du Ciel.  Personne n'y est jamais parvenu et personne n'y parviendra jamais. Oublier entièrement l'ego, ne pas le connaître du tout, c'est vivre dans le corps, mais sans être gouverné par lui.  Cet ego fripon doit être effacé.  Le pouvoir d'aider l'humanité se trouve dans ces hommes de silence qui ne font que vivre et aimer, et qui effacent entièrement leur propre personnalité.  Ils ne disent jamais « moi » ou « mien », ils ont seulement la grâce d'être les instruments qui vont aider les autres.  Ils se sont totalement identifiés à Dieu, ne demandent rien eux‑mêmes et ne faisant rien consciemment.  Ils sont les véritables « jivan‑muktas », ces hommes absolument désintéressés, dont la petite personnalité a été entièrement emportée, dont l'ambition est morte.  Ils ne sont que principe, sans la personnalité.  Plus nous affaiblissons le petit ego, plus Dieu vient.  Débarrassons‑nous du petit moi et laissons seulement le grand Moi vivre en nous.  Lorsque nous sommes sans une pensée de nous‑mêmes, notre travail est le meilleur et notre influence la plus grande.  C'est le désintéressement qui apporte les grands résultats.  Que soient bénis les hommes qui nous insultent.  Pensez au bien qu'ils vous font en vous aidant à piétiner le faux moi.  Tenez‑vous fermes au Moi véritable, n'ayez que des pensées pures, et vous ferez davantage que tout un régiment de simples prêcheurs.  C'est de la pureté et du silence que vient la parole de pouvoir.

 

L'expression est nécessairement une dégénération car l'esprit ne peut être exprimé que par la lettre et, comme le disait saint Paul, la lettre tue.  La vie ne peut se trouver dans la lettre qui n'est qu'une réflexion.  Il faut pourtant habiller de matière le principe pour qu'il soit connu.  Nous perdons de vue le Réel quand nous l'habillons et nous sommes amenés à considérer la couverture comme réelle alors qu'elle n'est que le symbole.  C'est presque une erreur universelle.  Chaque grand instructeur le sait et s'efforce de nous mettre en garde contre cela, mais l'humanité en général est portée à adorer ce qui se voit plutôt que ce qui est caché.  C'est pourquoi toute une succession de prophètes sont venus dans le monde pour rappeler maintes et maintes fois l'existence du principe derrière la personnalité et pour donner une expression nouvelle et appropriée à l'époque.  La vérité demeure toujours inchangée, mais elle ne peut être présentée que dans une forme déterminée et ainsi, de temps en temps, une forme ou une expression nouvelle est donnée de la Vérité, lorsque le progrès de l'humanité la rend apte à la recevoir.  Lorsque nous nous libérons du nom et de la forme, particulièrement lorsque nous n'avons plus besoin de corps d'aucune sorte, bon ou mauvais, grossier ou délicat, c'est alors seulement que nous pouvons échapper à la servitude.  Une progression sans fin serait une servitude éternelle.  Nous devons aller au‑delà de toute différence et atteindre l'uniformité éternelle ou l'homogénéité ou le Brahman.  L' Atman est l'unité de toutes les personnalités et est immuable, le Un sans second.  Il n'est pas la vie, mais il est forgé en la vie.  On le trouve au‑delà de la vie et de la mort, au‑delà du bien et du mal.  Il est l'unité absolue.  Osez chercher la Vérité même en enfer.  La liberté ne peut jamais être dite du nom et de la forme, ni du relatif.  Aucune forme ne peut dire :  « Je suis libre en tant que forme ».  On ne peut avoir la liberté tant que toute idée de forme n'est pas perdue.  Si notre liberté nous fait blesser autrui c'est que nous ne sommes pas libres.  Nous ne devons pas pouvoir blesser les autres.  Alors que la perception réelle est seulement une, les perceptions relatives doivent être très nombreuses.

 

La fontaine de toute connaissance est en chacun de nous, dans la fourmi comme dans l'ange le plus accompli.  La religion réelle est une, tout conflit vient des formes, des symboles, des illustrations.  Le millenium existe déjà pour celui qui l'a trouvé.  La vérité est que nous nous sommes perdus nous‑mêmes alors que nous pensons que le monde est perdu.  « Imbécile !  N'entends-tu pas ?  En ton propre coeur, jour et nuit, chante cette musique éternelle – « Satchitânanda », « Soham, Soham »,  « Je suis Lui, je suis Lui.  »

 

Essayez de penser sans phantasme est essayer de rendre possible l'impossible.  Chaque pensée a deux parties :  ce qui pense et le monde, et nous devons avoir les deux.  Ni les idéalistes ni les matérialistes ne sont capables d'expliquer le monde.  Pour ce faire, nous devons avoir à la fois l'idée et l'expression.  Toute connaissance est du réfléchi ; c'est ainsi que nous ne pouvons voir nos visages que dans la réflexion du miroir.  Personne ne peut connaître ainsi son propre être qui est Brahman.  Mais nous sommes chacun cet Être et nous devons le voir reflété pour pouvoir en faire un objet de connaissance.  Voir les images de ce principe caché est ce qui mène à l'idolâtrie comme on l'appelle.  La gamme des idoles est plus grande que l'on pense généralement.  Elles vont du bois et de la pierre aux grandes personnalités telles que Jésus et Bouddha.  L'introduction des idoles en Inde fut le résultat des invectives continuellement répétées du Bouddha contre un Dieu personnel.  Les Védas ne les connaissaient pas, mais la réaction à la perte d'un Dieu comme créateur et ami fut de faire des idoles de ces grands instructeurs, et le Bouddha lui‑même devint une idole et fut adoré par des millions d'hommes.  Les tentatives forcenées de réforme finissent toujours par retarder la vraie réforme.  Adorer est inhérent à la nature de l'homme, seule la philosophie la plus haute peut s'élever jusqu'à la pure abstraction.  C'est ainsi que l'homme personnifie toujours son Dieu, afin de pouvoir l'adorer.  C'est très bien tant que le symbole, qu'il soit ce qu'il peut, n'est adoré que comme un symbole de la divinité, pas pour lui‑même. Nous avons besoin par‑dessus tout de nous libérer de la superstition de croire des choses, parce qu'elles sont écrites dans les livres. Essayer de faire toutes choses, sciences, religions, philosophie, en tous points conformes à ce que dit un livre, c'est la plus terrible des tyrannies.  Le culte des livres est la pire forme de l'idolâtrie.

 

Il y avait une fois un cerf, libre et fier ; il parlait de façon royale à son enfant :  « Regarde‑moi, vois mes bois puissants !  Je peux tuer un homme d'un seul coup.  Qu'il est beau d'être un cerf ».  C'est alors que l'on entendit le son du clairon du chasseur retentir au loin, et le cerf s'enfuit précipitamment, suivi par son enfant étonné.  Lorsqu'ils eurent atteint un lieu sûr, celui‑ci demanda :  « Pourquoi est‑ce que tu t'es enfui devant l'homme, alors que tu es si fort et si courageux ? »  Le cerf répondit :  « Mon enfant, je sais que je suis fort et puissant, mais quand j'entends ce son, quelque chose me fait m'enfuir, que je le veuille ou non ».  Il en est de même pour nous.  Nous entendons le son de clairon des lois stipulées dans les livres ; les habitudes et les vieilles superstitions se saisissent de nous et, avant même de nous en rendre compte, nous sommes pieds et poings liés, et nous oublions notre nature véritable qui est la liberté.

 

La connaissance existe éternellement.  Celui qui découvre une vérité spirituelle est ce que nous appelons un inspiré, et ce qu'il apporte au monde est la révélation.  Mais la révélation est également éternelle et ne doit pas se cristalliser comme définitive et alors être suivie aveuglément.  La révélation peut être donnée à tout homme qui s'est préparé pour la recevoir.  La pureté parfaite est la chose essentielle, car « celui seul dont le coeur est pur verra Dieu ».  L'homme est l'être le plus élevé qui existe, et ce monde‑ci est le plus élevé, car l'homme peut y réaliser la liberté.  Le concept le plus élevé que nous pouvons avoir de Dieu est l'homme.  Chaque attribut que nous Lui donnons appartient également à l'homme, seulement de façon moins éclatante.  Lorsque nous nous élevons et que nous désirons sortir de ce concept de Dieu, nous avons à sortir du corps, du mental et de l'imagination, et perdre de vue ce monde.  Lorsque nous nous élevons pour être l'Absolu, nous ne sommes plus de ce monde :  tout est le Sujet, il n'y a pas d'objet.  L'homme est le point culminant du seul monde que nous ayons jamais connu.

 

On dit de ceux qui sont parvenus à l'égalité de vision ou à la perfection qu'ils vivent en Dieu.  Toute haine nous fait détruire notre propre être, c'est pourquoi l'amour est la loi de la vie.  Parvenir à cela, c'est être parfait, mais plus nous sommes parfaits, moins nous aurons de travail à faire.  L'homme sattvique sait que tout ce monde n'est qu'un jeu d'enfants et il ne se met pas en peine pour cela.  Nous ne sommes pas dérangés lorsque deux jeunes chiens se battent et se mordent.  Nous savons que ce n'est pas grave.  L'homme parfait sait que ce corps est « mâyâ ».  La vie est appelée « samsâra », elle est le produit des forces opposées qui agissent sur nous.  Le matérialisme dit : « La voix qui parle de liberté est une illusion ».  L'idéalisme dit :  « La voix qui parle de servitude n'est qu'un rêve ».  Le Védanta dit : « Nous sommes à la fois libres et en esclavage ».  Cela veut dire que nous ne sommes jamais libres sur le plan terrestre, mais toujours libres sur le plan spirituel.  Le Moi est à la fois au‑delà de la liberté et de la servitude.  Nous sommes Brahman, nous sommes la connaissance immortelle au‑delà des sens, nous sommes la félicité absolue.