RAMAKRISHNA

 

Le but
 

Swami Vivekananda

 

Nous trouvons que l'homme est pour ainsi dire toujours entouré par quelque chose de plus grand que lui, et qu'il s'efforce d'en saisir la signification.  L'homme recherchera toujours l'idéal le plus élevé.  Il sait qu'il existe et que la religion est la recherche de cet idéal.  Tout d'abord, ses recherches se plaçaient sur le plan extérieur, dans le ciel, en différents lieux, ne cherchant qu'à se mettre en accord avec la nature totale de l'homme.

 

Plus tard, l'homme commença à se regarder d'un peu plus près et il trouva que le « moi » réel n'était pas le « moi » auquel il croyait généralement.  Tel qu'il apparaît aux sens, il n'est pas ce qu'il est réellement.  Il commença à chercher en lui‑même et trouva que cet idéal qu'il avait placé en dehors de lui était toujours en lui ; ce qu'il adorait à l'extérieur était sa propre nature intérieure.  La différence entre le dualisme et le monisme est que, lorsque l'idéal est placé en dehors de soi‑même, c'est le dualisme et, lorsque Dieu est recherché à l'intérieur, c'est le monisme.

 

D'abord, la vieille question du pourquoi et du comment.  Comment se fait‑il que l'homme soit devenu limité ?  Comment l'Infini devint‑il fini et le pur impur ?  En premier lieu, vous ne devez jamais oublier que cette question ne peut recevoir de réponse dans aucune hypothèse dualiste.

 

Pourquoi Dieu créa‑t‑il l'univers impur ?  Pourquoi l'homme est‑il aussi malheureux, alors qu'il a été fait par un Père parfait, infini, compatissant ?  Pourquoi trouvons-nous notre conception du droit en regardant ce ciel et cette terre ?  Personne ne peut imaginer quoi que ce soit qu'il n'ait vu.

 

Tous les tourments que nous ressentons dans cette vie, nous les situons ailleurs et c'est cela notre enfer.

 

Pourquoi le Dieu infini a‑t‑il fait le monde ?  Le dualiste dit :  « Exactement comme le potier fait les cruches ».  Dieu est le potier et nous sommes les cruches.  Mise dans un langage plus philosophique, la question est la suivante :  Comment considérer, comme allant de soi, que la nature réelle de l'homme est pure, parfaite et infinie ?

 

C'est la seule difficulté que l'on trouve dans tous les systèmes monistes.  Tout le reste est net et clair.  On ne peut donner de réponse à cette question.  Les monistes disent que la question est en soi une contradiction.

 

Prenez le système du dualisme.  La question posée est de savoir pourquoi Dieu créa le monde.  C'est contradictoire.  Pourquoi ?  Parce que, quelle est l'idée de Dieu ?  C'est un être sur lequel rien ne peut agir de l'extérieur.

 

Vous et moi, nous ne sommes pas libres.  J'ai soif.  Il y a une chose appelée la soif sur quoi je n'ai pas de contrôle, et qui me force à boire de l'eau.  Chaque action de mon corps et même chaque pensée de mon esprit me sont imposées.  J'ai à le faire.  C'est pourquoi je suis lié. Je suis forcé de faire ceci, d'avoir cela, et ainsi de suite.  Et quelle est la signification du pourquoi et du comment ?  C'est d'être soumis à des forces extérieures.  Pourquoi buvez‑vous de l'eau ?  Parce que la soif vous y force.  Vous êtes un esclave.  Vous ne faites jamais rien de votre propre volonté, parce que vous êtes forcé de faire toutes choses.  La seule raison de votre action est quelque force.

 

La terre ne se déplacerait jamais d'elle‑même si une force ne l'y obligeait.  Pourquoi la lumière brûle‑t‑elle ?  Elle ne brûle que si quelqu'un est venu frotter une allumette.  Dans la nature, tout est enchaîné.  Esclavage !  Esclavage !  Être en harmonie avec la nature est de l'esclavage.  Que signifie être l'esclave de la nature et vivre dans une cage dorée ?  La loi et l'ordre le plus élevé se trouvent dans la connaissance que l'homme est essentiellement libre et divin.  Nous voyons maintenant que la question du pourquoi et du comment ne peut se poser que dans un état d'ignorance.  Je ne peux être forcé à faire quelque chose que si je suis poussé par quelque autre chose.

 

Vous dites que Dieu est libre.  Vous posez à nouveau la question de savoir pourquoi Dieu créa le monde.  Vous vous contredisez.  Dieu est entièrement une volonté libre.  Mise dans une forme logique, la question est celle‑ci :  Qui força Dieu à créer le monde, Lui que personne ne peut forcer ?  Vous dites dans la même question, qui Le força ?  La question est absurde.  Il est infini de par sa propre nature. Il est libre.  Nous répondrons à vos questions quand‑vous les poserez d'une manière logique.  La logique vous dit qu'il n'y a qu'une seule Réalité ; rien d'autre.  Partout où le dualisme s'est élevé, le monisme vint enfin de compte et le chassa.

 

Il y a une seule difficulté à le comprendre.  La religion est le bon sens, le quotidien.  L'homme de la rue le comprend si vous parlez son langage et non le langage des philosophes.  Il est naturel pour la nature humaine de se projeter sur les autres.  Pensez aux sentiments que vous avez pour votre enfant.  Vous vous identifiez à lui.  Vous avez alors deux corps.  De la même manière, vous pouvez sentir par le mental de votre mari.  Où pouvez‑vous vous arrêter ?  Vous pouvez sentir par une infinité de corps.

 

La nature est conquise chaque jour par l'homme.  L'homme montre son pouvoir en tant que race.  Essayez d'imaginer de mettre une limite à ce pouvoir chez l'homme.  Vous admettez que l'homme en tant que race à un pouvoir infini, un corps infini.  La seule question est de savoir qui vous êtes.  Êtes‑vous race ou individu ?  À partir du moment où vous vous isolez, tout vous blesse.  À partir du moment où vous rayonnez et pensez aux autres, vous recevez de l'aide.  L'homme égoïste est l'homme le plus malheureux du monde.  L'homme le plus heureux est celui qui a perdu tout égoïsme.  Il est devenu la création toute entière, et Dieu est en lui.  Il en est ainsi pour le dualisme chrétien, hindou et toutes les religions ; le code de morale est :  Ne soyez pas égoïste, soyez altruiste.  Pensez aux autres !  Rayonnez !

 

On peut le faire comprendre facilement à l'ignorant et encore plus facilement à l'homme instruit.  Mais pour celui qui n'a pas reçu une miette d'instruction, Dieu même ne peut réussir à le faire comprendre.  La vérité est que vous n'êtes pas séparé du restant de l'univers, exactement comme votre âme n'est pas séparée du restant de votre être.  S'il n'en était pas ainsi, vous ne pourriez rien savoir, vous ne pourriez rien sentir.  Nos corps ne sont que de petits tourbillons dans un océan de matière.  La vie prend un tournant et apparaît sous une nouvelle forme.  Le soleil, la lune, les étoiles, vous et moi, nous ne sommes que de simples tourbillons.  Pourquoi ai‑je choisi pour moi un mental particulier ?  Il n'est qu'un tourbillon mental dans un océan de pensées.

 

Sinon, comment mes vibrations pourraient‑elles vous atteindre actuellement ?  Si vous jetez une pierre dans le lac, elle produit une vibration qui se communique à l'eau.  Si je jette mon mental dans un état de joie, cela fait naître la même joie dans votre mental.  Que de fois, de votre mental ou de votre coeur, des pensées sont parties qui ont été reçues, sans aucune communication verbale.  Partout nous sommes un.  C'est ce que nous ne comprenons jamais.  L'univers tout entier est composé de temps, d'espace et de causalité.  Et Dieu apparaît comme cet univers.  À quel moment la nature a‑t‑elle commencé ?  Quand vous avez oublié votre vraie nature et que vous êtes devenu liés par le temps, l'espace et la causalité.

 

C'est l'alternance de vos corps et pourtant c'est votre nature infinie.  C'est certainement la nature – temps, espace et causalité.  C'est tout ce qui est signifié par la nature.  Le temps commence quand vous prenez un corps, sinon il ne pourrait y avoir aucun espace.  La causalité commence quand vous devenez limité.  Il nous faut avoir une réponse.  La voici :  Notre limitation est un jeu.  Ce n'est que pour nous amuser.  Rien ne vous lie, rien ne vous force.  Vous n'avez jamais été lié.  Nous jouons chacun notre rôle dans cette comédie de notre invention.

 

Mais voici une autre question sur l'individualité.  Certaines personnes ont tellement peur de perdre leur individualité.  Ne serait‑il pas mieux pour le porc de perdre son individualité porcine, s'il pouvait devenir Dieu ?  Oui, mais le pauvre porc ne le pense pas en ce moment.  Quelle est la condition de mon individualité ?  Était‑ce quand j'étais un bébé vautré sur le sol, essayant de sucer mon pouce ?  Est‑ce là l'individualité que je regretterais de perdre ?  Dans cinquante ans, je considérerai ma condition actuelle et je rirai, exactement comme je considère maintenant la condition du bébé.  Laquelle de ces deux individualités devrais‑je garder ?

 

Nous devons comprendre ce que représente cette individualité.  Il y a deux tendances opposées :  l'une est la protection de l'individualité, l'autre est le désir intense de la sacrifier.  La mère sacrifie toute sa volonté propre pour le bébé dans le besoin.  Quand elle porte le bébé dans ses bras, l'appel de l'individualité, de l'instinct de conservation, n'est plus entendu.  Elle prendra la nourriture la plus mauvaise, mais ses enfants auront la meilleure.  C'est ainsi que nous sommes prêts à mourir pour ceux que nous aimons.

 

Nous luttons d'une part durement pour conserver cette individualité et, d'autre part, nous essayons de la détruire.  Avec quel résultat ?  Tom Brown peut lutter durement.  Il se bat pour son individualité.  Tom meurt et on ne voit nulle part de ride sur la surface de la terre.  Il y avait un Juif né il y a 1 900 ans, et il n'avait jamais levé un doigt pour protéger son individualité.  C'est pourquoi il devint le plus grand du monde.  C'est ce que le monde ignore.

 

Avec le temps, nous devons devenir des individus.  Mais dans quel sens ?  Que signifie l'individualité en l'homme ?  Pas Tom Brown, mais Dieu en l'homme.  C'est la véritable individualité.  Plus l'homme s'en approche, plus il abandonne sa fausse individualité.  Plus il s'efforce d'amasser et de gagner pour lui‑même, moins il est un individu.  Moins il pense à lui, plus il aura sacrifié toute son individualité durant toute sa vie, plus il sera un individu.  C'est un secret que personne ne comprend.

 

Nous devons d'abord comprendre ce que signifie « individualité ».  C'est réaliser l'idéal.  Vous êtes maintenant un homme ou une femme. Vous vous modifiez continuellement.  Pouvez‑vous arrêter ce processus ?  Voulez‑vous garder votre mental comme il est maintenant, avec ses colères, ses haines, ses jalousies, les disputes, toutes les mille choses qui sont dans le mental ?  Voulez‑vous dire que vous les garderez ?  Vous ne pouvez vous arrêter tant que la conquête parfaite n'a pas été achevée, tant que vous n'êtes pas devenu pur et parfait.

 

Vous n'avez plus de colère quand vous êtes tout amour, félicité, existence infinie.  Lequel de vos corps allez‑vous garder ?  Vous ne pouvez pas vous arrêter avant d'être parvenu à la vie qui ne cesse jamais.  La Vie Infinie !  Vous vous arrêtez là.  Vous avez maintenant une petite connaissance et vous essayez toujours d'en savoir davantage.  Où vous arrêterez‑vous ?  Nulle part tant que vous ne serez pas devenu un avec la vie elle‑même.

 

De nombreuses personnes voient la jouissance comme le but.  Pour cette jouissance, elles n'ont besoin que des sens.  On doit rechercher plus de jouissances dans les plans supérieurs.  Puis dans les plans spirituels.  Puis en soi, Dieu en soi.  Celui dont la jouissance est extérieure devient malheureux quand cette chose extérieure lui est enlevée.  Pour avoir cette jouissance, vous ne devez dépendre de rien dans cet univers.  Si toutes mes jouissances sont en moi-même, j'aurai cette jouissance ici continuellement, parce que je ne peux jamais perdre mon Moi.  Mère, père, enfants, femme, richesses.  Tous les désirs sont contenus dans le Moi.  C'est l'individualité qui ne change jamais, et cela est parfait.

 

Et comment la trouver ?  On s'aperçoit que les grandes âmes de ce monde – tous les grands hommes et toutes les grandes femmes – la trouvèrent par une discrimination de tous les instants.  Quelle est la valeur de ces théories dualistes aux vingt dieux, aux trente dieux ?  C'est sans importance.  Ils ont tous la vérité unique, que cette fausse individualité doit partir.  Il en est de même pour cet ego :  Moins il y en a, plus je suis près de ce que je suis en réalité :  le corps universel.  Moins je pense à mon mental individuel, plus je suis près de ce mental universel.  Moins je pense à ma propre âme, plus je suis près de l'âme universelle.

 

Nous vivons dans un seul corps.  Nous avons des souffrances, des jouissances.  Ce n'est que pour cette petite jouissance que nous vivons dans ce corps, que nous sommes prêts à tout tuer dans l'univers pour nous protéger nous-mêmes.  Si nous avions deux corps, cela serait‑il mieux ?  En avant donc vers la félicité.  Je suis en tous.  Je travaille par toutes les mains ; je marche par tous les pieds ; je parle par toutes les bouches.  Je vis en chaque corps.  Mes corps sont infinis, mes mentals sont infinis.  Je vis en Jésus de Nazareth, en Bouddha, en Mahomet, en tous les grands hommes du passé, du présent.  Je vivrai en tous ceux qui viendront ensuite.  Est‑ce théorique ?  Non, c'est la vérité.

 

Si vous pouviez réaliser cela, comme vous vous sentiriez infiniment mieux.  Quelle extase de joie !  Quel corps est si grand que nous avons besoin ici de quelque chose du corps ?  Après avoir vécu dans tous les corps, avoir joui de tous les corps qui sont dans le monde, qu'advient‑il de nous ?  Nous sommes devenus un avec l'Infini.  Et c'est là le but.  C'est le seul chemin.  Un homme dit :  « Si je connaissais la vérité, je fondrais comme du beurre ».  Je le souhaite à tous, mais les gens sont trop coriaces pour pouvoir fondre aussi rapidement.

 

Qu'avons‑nous à faire pour être libres ?  Vous êtes libres.  Comment ce qui est libre pourrait‑il jamais être lié ?  C'est un mensonge.  Vous n'avez jamais été liés.  Comment l'illimité pourrait‑il jamais être limité ?  L'infini divisé par l'infini, ajouté à l'infini, multiplié par l'infini, reste infini.  Vous êtes infini.  Dieu est infini.  Vous êtes tous infinis.  Il ne peut y avoir deux existences.  Il n'y en a qu'une.  L'infini ne peut jamais être rendu fini.  Vous n'êtes jamais liés.  Il n'y a rien d'autre à dire.  Vous êtes libres dès maintenant.  Ne permettez jamais au mental de penser que vous n'avez pas atteint le but.

 

Nous devenons ce que nous pensons.  Si vous pensez que vous êtes de pauvres pêcheurs, vous vous hypnotisez vous‑mêmes.  « Je suis un misérable vert rampant ».  Ceux qui croient à l'enfer vont à leur mort en enfer.  Ceux qui disent qu'ils veulent aller au ciel, vont au ciel.

 

Ce n'est qu'un jeu.  Vous pouvez dire :  « Nous devons faire quelque chose, faisons donc le bien ».  Mais qui se soucie du bien et du mal ?  Un jeu !  Le Seigneur tout puissant joue.  C'est tout.  Vous êtes le Dieu tout‑puissant qui joue.  Si vous voulez jouer de ce côté et prendre le rôle d'un mendiant, vous ne pouvez reprocher à personne d'avoir fait ce choix.  Vous prenez plaisir à être un mendiant.  Vous connaissez votre nature réelle qui est divine.  Vous êtes le roi et vous tenez le rôle d'un mendiant.  C'est une farce.  Sachez‑le et jouez. C'est tout ce que l'on peut dire.  Pratiquez.  L'univers tout entier est un jeu immense.  Tout est bien parce que tout est une farce.  Cette étoile s'approche et va s'écraser sur notre terre, et nous sommes tous morts.  Cela aussi est une farce.  Vous ne voyez comme farce que les petites choses qui ravissent vos sens !

 

On dit qu'il y a ici un dieu bon et qu'il y a toujours aux aguets un dieu méchant pour me saisir quand je fais une erreur.  Quand j'étais un enfant, on m'avait dit que Dieu guettait toutes choses.  Je me couchais et je regardais, m'attendant à voir le plafond de la chambre s'ouvrir.  Il ne se passait rien.  Nous ne sommes guettés que par nous-mêmes.  Il n'y a pas d'autre Seigneur que notre propre Moi, pas de nature que ce que nous sentons.  L'habitude est une seconde nature ; elle est aussi la première nature.  Tout est produit par la nature.  Je répète une chose deux ou trois fois.  C'est devenu ma nature.  Ne soyez pas malheureux.  Ne vous repentez pas !  Ce qui est fait est fait. Si vous vous brûlez vous‑mêmes, tirez‑en les conséquences.

 

Soyons raisonnables.  Nous faisons des erreurs, et alors ?  Tout est de l'amusette.  Ils deviennent tellement fous à cause de leurs péchés, pleurant, se lamentant et tout le reste.  Ne vous repentez pas !  Après avoir fait un travail, n'y pensez plus.  Continuez !  Ne vous arrêtez pas !  Ne regardez pas en arrière !  Que gagneriez‑vous à regardez en arrière ?  Vous ne perdez rien, vous ne gagnez rien.  Vous n'allez pas fondre comme du beurre.  Les cieux et les enfers, et les incarnations, quelles sottises !

 

Qui naît et qui meurt ?  Vous vous amusez, jouant avec les mondes et avec tout.  Vous conserverez ce corps aussi longtemps que vous le voudrez.  Si vous ne l'aimez pas, ne le prenez pas.  L'infini est ce qui est réel, le fini est le spectacle.  Vous êtes le corps infini et le corps fini en un.  Sachez‑le !  Mais la connaissance ne fera aucune différence, la représentation continuera.  Deux mots, l'âme et le corps, ont été réunis.  La connaissance partielle est la cause.  Sachez que vous êtes toujours libre.  Le feu de la connaissance brûle toutes les impuretés et les limitations.  Je suis cet Infini.

 

Vous êtes maintenant aussi libre que vous l'étiez au commencement, que vous l'êtes maintenant et vous le serez toujours.  Celui qui sait qu'il est libre, est libre, mais celui qui pense qu'il est lié, est lié.

 

Que devient Dieu et le culte et tout cela ?  Ils ont leur raison d'être.  Je me suis divisé en Dieu et en moi.  Je deviens celui qui est adoré et je m'adore moi‑même.  Pourquoi pas ?  Dieu est moi.  Pourquoi ne pas adorer mon Moi ?  Le Dieu universel, il est également mon Moi. Ce n'est qu'une plaisanterie.  Il n'y a pas d'autre dessein.

 

Quels sont la fin et le but de la vie ?  Il n'y en a pas, parce que je sais que je suis l'Infini.  Si vous êtes des mendiants, vous pouvez avoir des buts.  Je n'ai ni but, ni besoin, ni fin.  Je suis venu dans votre pays pour y donner des conférences, simplement pour le plaisir.  Il n'y a pas d'autres significations.  Quelle signification pourrait‑on trouver ?  Les esclaves seuls travaillent pour quelqu'un d'autre.  Vous n'agissez pour personne d'autre.  Si cela vous convient, adorez.  Vous pouvez rejoindre les Chrétiens, les Musulmans, les Chinois, les Japonais. Vous pouvez adorer tous les Dieux qui ont toujours existé et qui existeront toujours.

 

Je suis dans le soleil, dans la lune et dans les étoiles.  Je suis avec Dieu et je suis tous les dieux, j'adore mon Moi.

 

Il y a un autre aspect.  Je l'ai gardé en réserve.  Je suis l'homme que l'on va pendre.  Je suis tous les méchants.  Je serai puni dans les enfers.  Cela aussi est une plaisanterie.  C'est le but de la philosophie de savoir que je suis l'Infini.  Buts, motifs, desseins, devoirs restent à l'arrière‑plan.

 

Il faut d'abord entendre parler de cette vérité, y réfléchir ; ensuite, raisonner, en discuter de toutes les manières possibles.  L'homme illuminé n'en sait pas davantage.  Tenez pour certain que vous êtes en toutes choses.  C'est pourquoi vous ne devez blesser personne parce que, en blessant quelqu'un, vous vous blessez vous‑même.  Pour finir, il faut méditer sur cela.  Pensez‑y.  Pouvez‑vous réalisez qu'un temps viendra où tout tombera en poussière et que vous resterez seul ?  Ce moment de joie extatique ne vous quittera jamais.  Vous trouverez que vous êtes réellement sans corps.  Vous n'avez jamais eu de corps.

 

Je suis un, seul, de toute éternité.  Qui pourrais‑je craindre ?  Il n'y a que mon Moi.  Il faut méditer continuellement sur cela.  C'est ainsi que vient la réalisation.  C'est par la réalisation que vous devenez une bénédiction pour les autres.

 

« Ton visage brille comme celui qui a connu Dieu ».  C'est cela le but.  Il ne faut pas prêcher comme je fais.  « Je vis assis sous un arbre un instructeur, un enfant de seize ans ; le disciple était un vieil homme de quatre‑vingt ans.  L'instructeur enseignait en silence, et les doutes du disciple s'évanouissaient ».  Et qui parle ?  Qui allume une bougie pour voir le soleil ?  Quand la vérité paraît, aucun témoignage n'est nécessaire.  Vous savez.  C'est ce que vous êtes en train de faire, le réaliser.  D'abord le considérer.  Bien l'examiner.  Satisfaire votre curiosité.  Puis ne penser à rien d'autre.  Je souhaite que nous ne lisions jamais plus rien.  Que le Seigneur nous aide tous !  Voyez seulement ce que peut devenir un homme instruit.

 

« On a dit ceci, on a dit cela… »  « Que dites‑vous, mon ami ? »  « Je ne dis rien ».  Il cite la pensée des autres, mais il ne pense rien lui‑même.  Si cela est l'éducation, alors qu'est la démence ?  Voyez tous les hommes qui écrivirent !  Ces écrivains modernes, il n'y a pas deux phrases qui soient d'eux.  Il n'y a que des citations.

 

Les livres n'ont pas de grande valeur et pas davantage les religions de seconde main.  C'est comme pour la nourriture.  Je ne me contenterai pas de votre religion.  Jésus vit Dieu, et Bouddha vit Dieu.  Si vous n'avez pas vu Dieu, vous n'êtes pas meilleur que l'athée. Seulement l'athée est calme alors que vous parlez sans cesse et que vous dérangez le monde avec tous vos discours.  Les livres, et les bibles, et les écritures ne servent à rien.  J'étais un enfant quand je rencontrai un homme âgé.  Il n'avait étudié aucune écriture, mais il transmettait la vérité simplement en vous touchant.

 

Silence, vous, instructeurs du monde.  Silence, vous, les livres, Seigneur, il n'y a que Toi qui parles et Ton serviteur écoute.  S'il n'y a pas la vérité là, à quoi peut servir cette vie ?  Nous pensons que tous nous la saisirons, mais nous ne le faisons pas.  La plupart ne saisissent que de la poussière.  Dieu n'est pas là.  S'il n'y a pas de Dieu, à quoi la vie peut‑elle servir ?  Y a‑t‑il un lieu de repos dans tout l'univers ?  C'est à nous à le trouver, mais nous le cherchons si mollement.  Nous sommes comme un brin de paille emporté par le courant.

 

S'il y a cette vérité, s'il y a Dieu, il doit être en nous.  Je dois pouvoir dire :  « Je l'ai vu de mes yeux ».  Sinon je n'ai pas de religion.  Les croyances, les doctrines, les sermons ne font pas la religion.  C'est la réalisation, la perception de Dieu qui seule est la religion.  Quelle est la gloire de tous ces hommes auxquels le monde rend un culte ?  Dieu n'était plus une doctrine pour eux.  Est‑ce qu'ils croyaient parce que leurs grands‑pères croyaient ?  Non.  C'était la réalisation de l'Infini, plus grand que leurs propres corps, que leurs esprits, que toutes choses.  Ce monde n'est réel que dans la mesure où il contient un peu du reflet de ce Dieu.  Nous aimons l'homme de bien, parce que ce reflet brille sur son visage avec un peu plus d'intensité.  Nous devons le saisir nous‑mêmes.  Il n'y a pas d'autre chemin.

 

C'est le but.  Luttez pour cela.  Soyez votre propre Bible.  Soyez votre propre Christ.  Sinon vous n'êtes pas religieux.  Ne parlez pas de religion.  Les hommes parlent et parlent encore.  « Certains d'entre‑eux, perdus dans les ténèbres, pensent qu'ils ont la lumière dans l'orgueil de leur coeur.  Et non seulement cela, ils proposent de vous prendre sur leurs épaules et tout le monde tombe dans le puits. »

 

Aucune église ne put jamais se sauver par elle‑même.  Il est bien d'être né dans un temple, mais malheur à celui qui meurt dans un temple ou dans une église.  Sortez de là !  C'était un bon départ mais laissez‑le.  C'était bien pour l'enfance, qu'il en soit ainsi !  Allez à Dieu directement.  Pas de théories, pas de doctrines.  C'est alors seulement que tous les doutes tomberont.  Alors seulement toutes les déviations seront redressées.

 

Au milieu de la multiplicité, celui qui voit cet Un ; au milieu de cette mort infinie, celui qui voit cette vie unique ; au milieu de la multiplicité, celui qui voit ce qui ne change jamais dans sa propre âme – à lui appartient la paix éternelle.