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 Le Sikhisme

 

Les origines

Le Sikhisme est né dans le nord de l'Inde au XVème siècle avec la vie et la prédiction de Guru Nânak. Né d'une famille noble en 1469 près de Lahore, il vécu jusqu'à l'âge de 27 ans dans son village et s'y maria. A cette époque existait une vive tension entre les hindous et les musulmans. Influencé par le poète Kabir qui prônait l'amour de Dieu au delà des conflits confessionnels il prononça après trois jours de retraite silencieuse : "Il n'y a pas d'hindous, il n'y a pas de musulmans". Ce qui signifiait sans doute que la majorité des croyants des différentes religions n'étaient pas de vrais croyants mais aussi que Dieu est au dessus des religions. Se sentant porteur d'un message d'égalité entre les religions, de foi en un dieu unique éternel et infini, il entreprit de longues tournées de prédication à travers toute l'Inde, l'Irak et l'Arabie.

Kabir, est un des maîtres spirituels de l'Inde. Sans doute illettré, il n'a rien écrit mais ses paroles transmises par voie orale sous forme de chants ont été rassemblée dans l'Adi Granth. Homme du peuple et probablement de condition très modeste, il récusa et railla toute religion. Pour lui n'existait que la révélation intérieure.

Guru Nânak avait reçu de Dieu la mission de prêcher la libération du samsâra, le cycle des naissances. A la fin de sa vie il désigna son successeur, comme chef de la communauté qui s'était formée autour de lui, en la personne de Angad. Il y eut ainsi dix Gourous successifs qui furent comme un seul esprit dans des corps différents et qui organisèrent la communauté devenue importante. Le dernier Gourou mit fin à la succession en instituant pour lui succéder le Livre Sacré (Guru Granth Sahib) qui devint la référence ultime.

Une gravure évoquant les combats que se sont livrés les sikhs et les musulmans.

Au cours des siècles, l'hostilité des Moghols provoqua un rapprochement avec les hindous pour lutter contre l'expansion musulmane. Ce rapprochement fit naître un mouvement réformiste qui au début du XXème siècle donna un mouvement radical, l'Akali, qui revenait aux principes des Gourous. Ce mouvement devenu parti politique demanda même la création d'un état sikh indépendant, le Khalstan. La communauté Sikh est toujours très active et son activité éducative et littéraire reste rigoureuse.

 

Les Gourous

Guru Nânak (1469-1539). Le premier Gourou appartenait à une caste hindoue. Il reçut l'appel de Dieu qui lui donna une coupe d'amrit (eau bénite sucrée) et qui l'invita à prêcher. Après son prédicat errant, il se retira et composa 974 hymnes qui exprimaient son souci de rappeler et de se rappeler le nom de Dieu.

Guru Nânak, le premier des Gourous.

Guru Angad (1504-1552): En désignant un disciple plutôt qu'un fils, Guru Nanâk créa un système fondé sur la dévotion. Angad créa l'alphabet de la langue pendjabi, le gurmukhi et composa 62 hymnes.

Guru Amar Das (1479-1574): Troisième Gourou à l'âge de 73 ans, il organisa trois rassemblements annuels des sikhs lors des fêtes hindoues, introduisit des nouveaux rituels pour la naissance et la mort et établit un premier lieu de pélerinage à Gandval Sahib.

Guru Ram Das (1534-1581): Il fonda la ville sainte d'Anritsar. Ses fidèles creusèrent le bassin qui deviendrait le lac sacré entourant le temple d'or, symbole du Sikhisme.

Guru Ram Das, le quatrième Gourou. Son hymne (Lavan) est récité lors des mariages.

Guru Arjan (1563-1606): Il rassembla tous les hymnes des Gourous précédents, en ajouta 2216, et construisit le temple d'or pour abriter le livre résultant de cette compilation qui était une ébauche du Guru Granth Sahib.

Guru Arjan, le cinquième Gourou, constructeur du temple d'or.

Guru Hargôvind (1595-1644): Il proclama que le Gourou devait aussi être chef militaire autant que spirituel. S'en suivit un conflit avec l'empereur moghol.

Guru Har Rai (1630-1664): Septième Gourou, petit fils du précédent, il eut un différent avec son fils qu'il envoya à la cour du roi moghol pour des négociations concernant des textes sikhs qui déplaisaient au roi. Son fils ayant décidé de modifier certaines parties de ces textes, Har Rai préféra choisir son cadet pour lui succéder, cette soumission devant le roi étant à ses yeux inacceptable.

Guru Har Krishan (1656-1664): Il devint Gourou à cinq ans et mouru de la variole à l'âge de huit ans. Compte tenu de son âge, c'est le seul Gourou qui est représenté imberbe dans l'imagerie sikh.

Guru Tegh Bahadur (1621-1675): Il fonda le centre sikh d'Anandpur et fut décapité à Delhi par les musulmans après avoir lutté au Cachemire contre la conversion forcée à l'Islam.

Guru Gôvind Singh (1666-1708): Il résista à l'oppression des moghols et des rois hindous et créa le modèle du saint soldat. Il fonda ainsi la Khalsa, collectivité courageuse et loyale destinée à résister aux oppressions. Il transmit l'autorité au Guru Granth Sahib, le Livre Sacré.

Guru Gôvind Singh, le dixième et dernier Gourou humain. Son oeuvre poétique est rassemblée dans le Dasam Granth.
 

 

Les textes

Guru Arjan décida de regrouper tous les poèmes écrits par les Gourous précédents et par lui même dans un premier livre l'Adi Granth. En 1708, Guru Gôvind Singh nomma l'Adi Granth son successeur, aussi aujourd'hui les sikhs nomment le livre le Guru Granth Sahib.

Le temple d'or bâti en 1601. En pendjabi on le nomme l'Harimandin Sahib (maison de Dieu) ou Dabar Sahib (palais royal), Sabih étant une marque de respect s'appliquant aux choses et aux personnes. C'est l'endroit où est conservé le Livre Sacré.
 

Il est composé d'hymnes versifiés de longueurs variables. Il est divisé en 31 parties correspondant à des échelles musicales, les ragas. Dans chaque partie les textes suivent l'ordre des Gourous qui ne sont pas nommés par leur nom mais par le mot mahalla (demeure). Ainsi Guru Nânak est il Mahalla 1. Chaque poème est ainsi référencé par sa raga et par sa mahalla. Quelquefois s'y ajoute un titre.
Il est écrit en gurmukhi, forme d'hindi et inclus des mots persans, pendjabis et sanskrits. Il est ornementé bien que l'on précise que seul son contenu est important.

La lecture de l'Adi Granth doit être réalisée avec de nombreuses marques de respect.

Il est honoré comme un Gourou humain, sa lecture implique donc des marques de respect. Homme ou femme peuvent indifféremment lire ce livre. Il n'existe pas de prêtrise et seule la connaissance du gurmukhi est nécessaire pour avoir accès à cette lecture. Le livre est conservé sur un trône, on le range la nuit dans une salle de repos et on agite un chasse mouche appeléchauri au dessus du livre lors de sa lecture. On doit également se prosterner pieds nus et tête découverte lorsque l'on se présente à lui.
Compte tenu du cérémonial nécessaire pour sa lecture, les sikhs utilisent à leur domicile un petit livre appelé Gutka qui contient les prières quotidiennes.

 

Les croyances

L'enseignement de Guru Nânak est basé sur l'unicité et la souveraineté de Dieu. Il existe par lui même, ne s'est jamais incarné et aucune image ne peut le représenter. Il ne se manifeste pas dans le monde, contrairement aux avatars de l'Hindouisme mais il s'exprime à travers les Gourous. Historiquement, cette foi est contemporaine du courant mystique qui s'opposait au formalisme et aux rituels des religions (Soufisme pour l'Islam) et privilégiait l'expérience intérieure. Guru Nânak ne considérait pas que les autres religions étaient sans valeur. Il leur reprochait simplement de porter une trop grande importance aux rituels, obstacle majeur de la relation avec Dieu.

La Khanda, le symbole du Sikhisme. Le glaive au centre symbolise la croyance au Dieu unique et la protection de la communauté contre l'oppression. Les deux cimetères, les pouvoirs spirituel et temporel.

La Mukti est le but à atteindre. Elle représente la libération du cycle des naissances, le samsâra. L'obstacle principal est le Haumai, qui désigne l'égoïsme, celui qui se laisse guider par la sensualité, la colère, l'avarice et l'orgueil. L'homme en suivant cette voie, se sépare de sa source originelle, Dieu. La Mukti s'atteint en délaissant son ego et les liens qui l'attachent au monde et en fixant son esprit de façon continuelle sur le nom de Dieu. Le but est pleinement atteint lorsque l'union complète avec Dieu est réalisée, le dévot devient alors gurmukh.

Purification dans le bassin du Temple d'or. Un conte populaire raconte qu'un lépreu ayant vu des corbeaux plonger dans ce bassin et ressortir sous forme de colombes, s'y plongea et ressortit guéri.

La méditation (Nâm sinnaran) est donc très importante pour les sikhs. Ils attachent une grande importance au Mul Mantra qui est une partie de la prière du matin où l'on rappelle les principes de base sur Dieu et le Gourou.

 

La vie

L'Amrit, littéralement "nectar d'immortalité", en fait de l'eau bénite sucrée est utilisée lors des cérémonies d'initiation à la Khalsa. Les membres en respectant les règles de discipline se signalent par leur aspect physique qui se résume par les cinq K.
- Kesh les cheveux non coupés qui montrent l'acceptation de la loi divine;
- Kangha, le peigne qui représente la maîtrise de la spiritualité;
- Kirpan, le poignard d'acier montrant la détermination à se défendre pour ce que l'on croit;
- Kara, le bracelet d'acier qui démontre l'union avec Dieu et avec le Gourou;
- Kachh, le sous vêtement garantissant la force morale.
Ces différents insignes mettent l'accent sur l'égalité entre les membres de la communauté.

Les sikhs ne doivent se couper ni les cheveux, ni la barbe en signe d'acceptation de la loi divine.

La plupart des fêtes religieuses correspondent à des événements historiques. Les grands moments de la vie des Gourous, les gurpurb, se célèbrent sur les lieux où les évènements ont eu lieu. Ainsi l'instauration du Guru Granth Sahib a lieu à Amritsar. Ces fêtes n'ont pas lieu à dates fixes car le calendrier sikh est lunaire, les dates sont donc décalées par rapport au calendrier solaire. Elles donnent très souvent lieu à des processions.
Les temples et pélerinages sont un moyen privilégié pour approcher Dieu. Bien que Guru Nânak encouragea les fidèles à chercher Dieu là où ils se trouvent, non à l'intérieur d'un temple mais en eux mêmes, cela n'a pas empêcher les sikhs de construire de nombreux sanctuaires pour commémorer des événements importants de leur histoire. Ainsi les temples du seigneur (Haimandi) sont ils nombreux bien que les principaux lieux saints soient le gurdwara (temple) de Patna, lieu de naissance de Guru Gôvind Singh et surtout Amritsar et son temple d'or dans le Pendjab. On installa le Guru Granth Sahib dans ce temple en 1604. Il est le symbole de la religion sikhe , Guru Arjan l'ayant déclaré le plus noble de tous les lieux.

Le Gurdwara Chobara Sahib. Les temples les plus importants portent le nom d'Harimandi ou temple du seigneur.

La vie quotidienne est également très marquée par la religion. Le repas en commun (langar) est très important car il exprime l'idéal de charité et de service. Ce repas végétarien se prend à même le sol et est offert gracieusement sans distinction de caste ni de rang.
Les cérémonies comme le mariage ont également une connotation particulière. Plus que l'union entre deux êtres il s'agit d'une union entre deux familles. Les fiancés se placent devant le Livre Saint, on lit la Lavan de Guru Ram Das concernant l'union de l'âme avec Dieu. La cérémonie ayant lieu devant ce livre sacré, aucun contrat n'est nécessaire.

 

Il est dit que durant certaines périodes et dans certains endroits de l'Inde,
des familles hindoues donnaient un fils au Sikhisme afin qu'il y apprenne
le métier des armes.  Souvent en effet, les Sikhs protégeaient les Hindous.
Aujourd'hui encore, proportionnellement aux populations de l'Inde,
il se trouve dans l'armée indienne beaucoup plus de Sikhs que d'Hindous.

 

De AACAWEB