RAMAKRISHNA

 

Le Yoga de la science royale et du mystère royal
 

Swami Ritajanananda

 

Commentaires sur le neuvième Dialogue de la Bhagavad‑Gîtâ :  Radja Vidya Radja Gouhya Yoga.

 

 

La grandeur de Brahman, la plus haute qui soit en ce monde manifesté, est bien au delà de toute idée de Créateur et même de Dieu ; nul ne peut L'atteindre, si ce n'est celui qui n'a aucun désir pour les objets matériels.  Dans le huitième Dialogue, il est dit comment nous devons méditer, comment nous allons dans différents mondes après la mort et comment les hommes plus évolués passent directement dans le monde très haut, tandis que les autres vont dans divers mondes avant d'atteindre la Réalisation.

 

Le neuvième Dialogue, avec son double titre :  Le Yoga de la Science Royale et du Mystère Royal, continue ce même sujet en parlant de la nature de Dieu et de la relation entre le monde et Dieu.  Habituellement, personne n'a sur ce point une idée précise et personne ne sent cette relation directe.  C'est après avoir passé par de nombreuses épreuves que nous commençons à le comprendre ou même à le savoir avec assurance.  Toutes les religions s'efforcent de nous apprendre ce que nous réalisons rarement.

 

Les Oupanichad marquent une distinction très nette entre les études ordinaires et celles qui nous amènent à l'Impérissable Brahman.  Les Oupanichad disent que nous pouvons savoir.  C'est le grand sujet.  Çri Krichna l'appelle la Science Royale, connaissance bien différente de toutes les autres sciences.  Cette connaissance nous apprend la nature et la source de tout et de tous, avec une possibilité de vérification.  La science demande de pouvoir examiner et vérifier ce qui est enseigné dans les Oupanichad.  La religion hindoue affirme que nous pouvons faire l'expérience et le savoir.  A notre époque, Çri Râmakrichna nous a dit :  « J'ai vu Dieu.  Vous pouvez Le voir ».

 

Sur ce point, les études livresques ne suffisent pas.  C'est pourquoi dans le neuvième Dialogue, le Seigneur béni dit :

1 ‑ Maintenant je vais t'enseigner, à toi qui ne discutes pas en vain, le plus profond Mystère de la sagesse unie à la Réalisation et, connaissant cela, tu seras libéré du mal.

 

Ici ce n'est pas seulement la sagesse acquise par l'étude des Écritures sacrées.  Le Seigneur dit :  Je te donnerai cela avec la Réalisation. C'est donc une connaissance résultant d'une expérience spirituelle personnelle que nous devons réaliser.  Ainsi nous comprenons la Vérité par une expérience qui nous est propre, ce n'est pas celle des autres, mais la nôtre.  Çri Krichna attire l'attention d'Arjouna, comme la nôtre, sur le plus profond mystère de la sagesse qui est très grande parce qu'elle explique la relation intime et inséparable entre Brahman et nous.  Et aussi la présence du Seigneur dans le monde depuis toujours.  Le Seigneur maintient le monde.  Le monde vit en Lui.  Le monde n'existe pas séparé du Seigneur.

 

La relation entre le Seigneur et nous est inexplicable ; nous pouvons seulement en avoir l'intuition et la sentir.  Cela nous aide à comprendre ce qui est incompréhensible à notre raison limitée, parce que « tous les êtres sont en Lui » et, en même temps, ils ne sont pas en Lui.  Les textes des Oupanichad, du Védanta et même de la Bhagavad‑Gîtâ expriment souvent un paradoxe, une déclaration contradictoire.  Une fois, il est dit :  Le Seigneur est relié à nous ; une autre fois :  Il ne l'est pas.  Ou encore :  Il est là ;  et :  Il n'est pas là ;  Il est très près de nous ;  Il est très loin de nous.  Comment est‑ce possible ?  Comment l'expliquer ?

 

C'est difficile de l'exprimer dans notre langage parce qu'il s'agit de différents niveaux de conscience, de différents plans.  Mais si vous pouvez atteindre ce niveau différent, vous direz aussi :  Oui !  Tout ce que vous avez dit de la nature de Dieu est vrai.  Je le comprends maintenant.  Jusqu'à ce moment‑là tout semblera être une théorie qui ne touche pas notre véritable compréhension.

 

Le but de cet enseignement est de nous faire comprendre que nous tous sortons du Seigneur et que nous demeurons uniquement en Lui. De même tout ce que nous croyons faire est, en réalité, fait uniquement par Lui.  Nous pouvons imaginer que nous agissons, mais ce n'est pas ainsi, seulement notre compréhension est ordinairement très limitée.  Nous disons :  je touche ce livre, j'ai faim, j'ai soif, je n'ai pas besoin du Seigneur pour cela.  L'Oupanichad dit :  Sans Lui, vous ne pouvez pas voir.  Par Sa présence, vous pouvez vivre.

 

Plus nous étudions ce sujet, plus nous commençons à savoir qu'il faut tout d'abord écarter notre ignorance. Quand l'ignorance est écartée, nous commençons à examiner notre vie en ce monde avec une perception différente.  Donc, pour l'instant, il faut avoir la patience d'écouter, de penser, d'entendre, d'étudier jusqu'au moment où vous aurez vous‑même une expérience spirituelle.  Après vous serez convaincus.

 

Et, par la suite, si nous allions encore garder quelque sentiment du « moi » et du « mien », cela agirait seulement comme un voile cachant la Vérité, c'est‑à‑dire la Divinité, nous donnant une fausse impression de nous‑même.

 

Ce que nous lirons maintenant est une préparation au onzième Dialogue :  Vichva Roupa Dakchana ‑ La Vision de la Forme cosmique, par laquelle Arjouna a vu tous les êtres en Lui.  Quant à nous, malheureusement nous n'avons pas cette vision.  Seul Arjouna l'a eue. Subitement il a eu l'expérience spirituelle.  Sans expérience, la spiritualité devient une théorie, un sujet de discussion.  Vous n'y gagnez pas grand'chose.  La discussion n'apporte pas la paix et la joie cachées derrière la vie spirituelle.  Les Écritures de l'Inde l'expriment avec force.

 

Le petit Krichna n'avait que deux ans quand, un jour, sa mère le vit manger de la poussière.  « Oh ! dit‑elle, ne fais pas cela.  Je vais te punir ».  L'enfant secoua sa petite tête négativement.  « Oui, je le sais, tu as mangé de la poussière.  Montre‑moi ta bouche.  Ouvre-la ». L'enfant obéit.  Et sa mère vit l'univers entier dans la bouche de son enfant ; elle‑même y était et le petit Krichna aussi.  Effrayée, elle dit à l'enfant de fermer sa bouche.

 

C'est un exemple concret, un langage compréhensible pour tous et une explication vivante de la philosophie que tout le monde ne peut pas comprendre.

 

Çri Krichna dit plus tard à Arjouna, dans la Bhagavad‑Gîtâ :  « Je vais te montrer la Forme cosmique extraordinaire, mais tu ne peux pas la voir avec tes yeux de chair.  Je vais te donner des yeux divins ! »

 

La spiritualité n'est plus pour nous une théorie quand nous voyons que tous les êtres sont en Lui.  En même temps, nous savons que le Seigneur n'est pas en eux.

 

Il est là et Il n'y est pas.  Selon la vision cosmique, inexprimable, la vie spirituelle n'est pas une compréhension acquise au moyen de la raison, mais une certitude, une conviction profonde basée sur une expérience incomparable.  Nous devons accepter cela.  La religion n'est pas une théorie, mais une affirmation :  Je dois rencontrer le Seigneur face à face.  Est‑ce possible ?  Les Écritures l'affirment. Même si c'est difficile, sachons que ce n'est pas impossible.

 

Après l'expérience spirituelle, l'homme vivra facilement en ce monde, étant bien établi à un niveau plus élevé.  La grandeur du Seigneur n'est jamais expérimentée.  Quand un homme est en présence du Divin, il n'a pas à choisir entre un pouvoir ou l'autre, il doit seulement se laisser volontairement utiliser par le Seigneur.  Prenons un exemple :  Il y a un grand aimant et un autre aimant très petit.  Devant la forte puissance du grand aimant, le plus petit ne peut agir, ne peut rien faire.  Il en est ainsi de nous en présence de Dieu.  Nous dirons seulement :  « Seigneur ! c'est vrai.  Que votre volonté soit faite.  Je ne pense même pas que ma volonté puisse être devant Vous.  Je vois bien comment Votre volonté agit dans le monde ».

 

Les saints du monde entier ont exprimé cette pensée ; ils étaient heureux de voir ce que fait le Seigneur.  Çri Krichna parle du mystère royal qui est un secret, parce que tout le monde ne peut pas le comprendre.  Il est même certain que très peu le comprenne.  Dans ce neuvième Dialogue, plusieurs versets expriment des idées contradictoires, donc difficiles à saisir.  Nous essaierons d'en indiquer le sens en citant les expériences de la vie ordinaire, sensorielle et de la raison, conditionnées par la vie que nous voyons autour de nous.  Notre sagesse dépend de cela.  Nous pouvons parler de l'univers entier, mais tout ce que nous disons est conditionné par nos propres expériences.  Ainsi il y a des difficultés, nos facultés n'arrivant pas à pénétrer le mystère.

 

Tout d'abord, il est nécessaire pour avancer que nous soyons attirés par le sujet étudié.  Et il faut savoir que la concentration sur Brahman n'est pas facile pour tous.  Très peu de personnes aiment se concentrer sur une idée abstraite.  Cependant les instructions reçues dans la Bhagavad‑Gîtâ sont simples et faciles à pratiquer pour tout le monde.

 

Arjouna écoute les conseils, il ne discute pas inutilement, il veut seulement recevoir plus d'explications sur ce plus profond mystère.  C'est quelque chose de supérieur à la méditation.  Çri Krichna parle de la sagesse qui est la Connaissance.  Quelle est cette Connaissance ?  Au septième Dialogue, verset 19, nous avons appris :  « Vasoudéva est tout, dit la grande âme rare à trouver ». (Vasoudéva est un autre nom de Dieu).

 

Pourquoi est‑ce une grande âme ?  Parce qu'elle voit le Seigneur partout.  La grande âme sait que le Seigneur n'est pas seulement au ciel, mais ici devant nous, près de nous, au‑dedans de nous, dans les êtres humains et même dans les animaux.  La présence du Seigneur est partout.

 

Les Oupanichad et la Bhagavad‑Gîtâ donnent cet enseignement.  Cette Connaissance est le profond mystère dont parle Çri Krichna.  Par la méditation, nous pouvons fixer notre pensée constante sur le Seigneur.  Ainsi notre esprit se purifie.  Mais l'ignorance ne sera peut‑être pas complètement écartée ; elle le sera par la sagesse unie à la Réalisation, dit Çri Krichna ; c'est clairement exprimé.  Il faut sentir la présence divine.  Vous pouvez accepter cette idée parce que de grandes âmes en ont parlé.  Donc cela doit être vrai.  Mais cela ne suffit pas.  Vous devez faire vous‑même des efforts pour réaliser la Vérité.  C'est le seul moyen de surmonter l'ignorance de notre véritable Soi, de notre nature divine.

 

Qu'adviendra‑t‑il si nous y parvenons ?  Le Seigneur dit :  « Connaissant cela, tu seras délivré du mal ».  L'ignorance est ici le mal.  Ne pas connaître la véritable nature du Soi est un mal qui nous fait revenir en ce monde d'innombrables fois.  Les ignorants ne le comprennent pas ; ils trouvent agréable de manger, de se mouvoir, de faire des promenades, tout cela est pour eux intéressant.  Mais l'Instructeur enseigne que nous pouvons nous mouvoir, si nous le voulons, tout en voyant avec clarté quel est le vrai but de la vie.  Par exemple :  Se promener en voiture est intéressant ; cependant voler en avion donne une vision beaucoup plus vaste en longueur et en largeur.  Dans la vie ordinaire, la vision est très limitée.  L'autre vision, celle de la vie spirituelle, touche l'Infini.  Quand nous le comprenons, nous cherchons à y parvenir.  Élargir notre vision est le but de tout enseignement spirituel.  Il faut avoir la forte aspiration d'atteindre un niveau plus élevé où rien de ce monde ne pourra plus nous troubler.

 

La pensée hindoue ne nie pas la difficulté, ni la souffrance de la vie temporelle, mais elle nous montre qu'à un plan de conscience plus élevé, nous ne sommes plus tellement bousculés par la souffrance et nous pensons différemment.  Çri Râmakrichna l'explique par sa vie.

 

Les grandes âmes souffrent parfois en ce monde plus que nous.  Vous pouvez dire que c'est une souffrance physique, tandis que vous avez tant de soucis dans la vie de famille, avec la nécessité de gagner de l'argent et les difficultés du métier.  Çri Râmakrichna ne les avait pas, mais il pouvait aussi les avoir quand il était tourmenté par tant de gens qui venaient autour de lui.  Il n'en a pas parlé beaucoup car, dès que les gens partaient, son esprit quittait ce monde et vivait uni au Suprême.  Donc les saints ne souffrent pas parce que leur esprit est plus grand et plus élevé que le nôtre.  Mais pour nous tous, arriver à la sagesse unie à la Réalisation, c'est être libérés du mal.

 

C'est le grand mystère car nous ne comprenons pas facilement comment nous sommes unis à Brahman.

 

2 ‑ C'est la Science Royale, le Mystère Royal, le Purificateur Suprême.  On peut La réaliser par une expérience directe, en accord avec le Dharma, facile à pratiquer et impérissable.

 

Tout est dit pour encourager la recherche spirituelle.  Les Oupanichad et d'autres textes sacrés considèrent la Réalisation de Brahman comme la plus haute Connaissance, pleine de majesté.  Nous pouvons sentir la poésie des Richi, des grands Voyants parlant de leur Réalisation.

 

Le « secret royal » est cette connaissance transmise oralement aux élèves bien qualifiés.  Le Maître doit choisir des élèves vraiment capables de comprendre et de mettre en pratique les conseils reçus.  L'enseignement est ésotérique ; ce n'est pas un amusement, c'est pour le bien des disciples.  Si les élèves n'étaient pas vraiment qualifiés, les instructions reçues pourraient même avoir de mauvais effets. Çri Râmakrichna a dit de même et nous a beaucoup aidés à comprendre la signification des textes anciens.  Une fois, un monsieur très savant était venu le trouver au Temple et lui expliqua qu'il pouvait donner des conférences sur le Védanta, mais on savait que la vie privée de ce savant n'était pas du tout bonne.  Çri Râmakrichna le lui fit remarquer, mais ce monsieur répondit :  « Le Védanta dit que la vie est une illusion, alors ma vie peut l'être aussi, même si j'agis mal ».  Voilà les mauvais effets d'une connaissance indigne.

 

Çri Krichna parle du Purificateur Suprême. Sans avoir le coeur pur, on ne peut pas voir Dieu. La Connaissance enseignée par Çri Krichna efface toutes les taches laissées en nous au cours des siècles avec de nombreuses existences.  Celui qui s'élève au plan de cette Connaissance n'aura plus de péché, ni d'attachement, ni même de désir pour les petites choses de la vie ordinaire ; il sera délivré, son Karma sera entièrement détruit.  Il vivra en présence de Dieu.

 

La Moundaka Oupanichad enseigne l'importance de la pureté de l'esprit, seul moyen de pouvoir parvenir à la Réalisation ; l'Oupanichad indique comment tout mal sera écarté :  « Quand l'homme réalise Atman en haut et en bas, tous les noeuds de son coeur sont dénoués, ses doutes sont écartés, tous ses Karma sont épuisés.  C'est la Réalisation ».

 

Cette expérience directe l'est pour chacun de nous par une perception personnelle, disent les Sages ; ce n'est pas un effet résultant des études ni du raisonnement.  On peut comparer cette perception à une joie, à un contentement, ce plaisir est nôtre.  Une autre qualité de l'expérience est d'être en accord avec le Dharma, le devoir.  Ceux qui cherchent à réaliser Brahman n'agiront certainement pas contre leur Dharma.  Cette discipline est « facile à pratiquer» ; cela signifie que, même en ayant un but élevé, il ne nous est pas nécessaire de suivre de dures pratiques.  C'est la disposition intérieure qui est essentielle pour atteindre notre but par les moyens ordinaires et habituels.  Le Yoga enseigné par Çri Krichna n'est pas pénible, il est facile et « impérissable ».  Cela veut dire que parfois nous faisons de grands efforts pour gagner quelque chose de périssable tandis que la réalisation du Suprême, en suivant une pratique facile, est pour nous Cela qui ne disparaît jamais.

 

La célébration des rites et des cultes nous aide à gagner quelques mérites pour aller dans différents paradis, mais tous les mérites disparaissent après quelque temps et nous devons revenir en ce monde, car tout mérite s'épuise.  La véritable Connaissance ne s'épuise jamais.

 

3 ‑ Ô Harceleur de l'ennemi (Arjouna), ceux qui n'ont pas foi en ce Dharma, en cet enseignement que je te donne, ne parviennent pas à Moi ; ils retournent au chemin de la mort et de la renaissance.

 

Ils rentrent dans le Samsâra.  Ceux qui n'ont pas foi dans les textes védantiques qui nous enseignent comment arriver à Atman, ceux‑là ne cherchent pas la véritable Connaissance, ceux‑là ne cherchent pas non plus à accomplir leur Dharma ; ils sont trop attachés aux choses matérielles.  Ils n'atteignent pas le Seigneur et retournent à la vie terrestre de la naissance et de la mort.  C'est la roue terrestre, le Samsâra.  Ces hommes‑là n'ont pas développé en eux la dévotion pour le Suprême.  Donc il nous est bon d'avoir foi dans les enseignements de Çri Krichna, comme dans le Védanta, et après les avoir entendus, nous devons les mettre en pratique.  Alors nous aurons la rédemption.

 

4 ‑ Tout ce monde est pénétré par Moi en Ma forme Non‑Manifestée.  Tous les êtres demeurent en Moi.  Je ne suis pas en eux.

5 ‑ Et même les êtres ne demeurent pas en Moi.  Vois mon Yoga divin.  En étant leur source et leur support, Mon Atman ne réside pas en eux.

 

Ces deux versets expliquent la présence du Seigneur dans tous les êtres et parlent de la Sagesse Suprême, en disant :  « Même les êtres ne demeurent pas en Moi ».  Voilà la contradiction.  Le Seigneur n'a pas de forme.  Personne ne peut voir Sa forme au sens ordinaire de ce mot.  Le Seigneur pénètre toute la création, toute la manifestation.  Sa nature est infinie et spirituelle.  Ce qui est spirituel n'est pas vu par les yeux ordinaires.  L'idée de la présence du Seigneur, nécessaire à toute existence, a été déjà exprimée dans les Oupanichad.  La présence du Seigneur est nécessaire à toute existence afin que nous puissions reconnaître cette existence comme objet de perception. Sans Brahman, il n'y a rien.  Et aussi sans Brahman il n'y aurait rien parce que l'Existence elle-même est Brahman.

 

Pour nous amener à cette Connaissance, les Oupanichad ont posé cette question :  D'où sortent tous les êtres ?  Où demeurent‑ils ?  Où rentrent‑ils après la mort ?  ‑ La réponse est que tous les êtres sortent de Brahman, demeurent et rentrent en Brahman.  Rien n'existe en dehors de Brahman et rien ne peut exister sans Brahman.  Çri Krichna parle de l'Absolu Brahman, spirituel, invisible, imperceptible. C'est une conception extrêmement élevée ; c'est pourquoi les gens acceptent difficilement Dieu qu'ils ne peuvent pas voir devant eux.  Mais nous‑mêmes sommes dans la contradiction si nous disons que Dieu n'existe pas, parce que nous ne pouvons pas douter de la parole que nous venons de dire, ni du mot que j'exprime.  Or cette parole et ce mot ne sont possibles qu'à cause de la présence divine, qui est seule omnipotente.

 

La difficulté pour nous est de penser au Seigneur Infini, à l'indescriptible Brahman.  Çri Krichna nous aide à y parvenir en L'appelant « Moi ».  C'est peut‑être avec la même raison que le Seigneur Jésus dit :  « Je suis le chemin ».  Prenez‑Moi comme votre aide.  Je viens vous aider.  Avec Moi, vous arriverez au But.  Çri Krichna, en s'identifiant ainsi à Brahman, nous montre la voie.  Plus tard, Çri Krichna s'identifiera à la Forme cosmique dans laquelle tout existe en Brahman.

 

Il y a un autre sujet :  La relation entre le Seigneur et nous.  Ce n'est pas la relation du potier et du pot fabriqué, ni celle du Créateur qui a créé le monde avec de l’argile.  Dans les Oupanichad et le Védanta, la relation entre le Seigneur et nous n'est pas celle du créateur avec ce qui est créé.  Malgré le fait que Brahman est présent partout, rien ne manifeste Brahman dans Sa nature Transcendante.  C'est pourquoi Çri Krichna dit :  « Ma nature Non‑Manifestée ».  Il y a deux aspects le Manifesté et le Non‑Manifesté.  Nous ne pouvons pas voir le Non‑Manifesté.  Il est toujours transcendant.  Toutes les Oupanichad l'enseignent.

 

En relisant les versets 4 et 5 que nous venons d'étudier, nous croyons y trouver une contradiction.  Je voudrais dire qu'il n'y en a pas.  Il faut comprendre la signification profonde de l'enseignement.  Au verset 4, Çri Krichna dit :  « Tous les êtres demeurent en Moi », parce que tous les êtres ne peuvent exister en dehors de Brahman.  Au verset 5, le Seigneur dit :  « Et même les êtres ne demeurent pas en Moi », parce que le Seigneur ne s'identifie pas avec ce que contient toute la création.  Donc n'imaginez pas que Brahman est là complètement présent en nous et devant nous.  Brahman n'est attaché à « aucune » créature.  C'est un exemple donné pour nous rendre aussi compréhensible que possible la Vérité :  Rien n'est hors de Brahman, et aussi Brahman n'est attaché à aucune créature.  Brahman est l'origine, la source et la demeure de tout.  Donc tout dépend de Brahman.  C'est le Mystère Suprême et Divin.

 

Le Seigneur dit :  « Je ne réside pas en eux ».  Voyez par exemple de l'eau dans une tasse.  Je ne peux pas dire que l'eau est dans la tasse parce que l'eau est partout, c'est l'infini.  Dans la tasse, il y en a seulement un peu.  Donc, si vous pensez :  Le Seigneur est en Moi, vous devez comprendre sous l'aspect décrit dans l'Oupanichad :  « comme l'étincelle sortant du feu ».  Il y a la qualité, la brillance et un peu de chaleur, mais ce n'est pas une chaleur aussi forte que celle du feu.

 

Quand un dévot réalise le Seigneur, il ne voit pas toutes les créatures en lui malgré le fait que le Seigneur est derrière tout ce qui existe.

 

Çri Krichna parle de Son Atman.  C'est le langage humain d'un homme qui s'exprime ainsi pour qu'Arjouna puisse le comprendre.  Si le Seigneur avait exprimé la forme immense de Brahman, Arjouna n'aurait pas même osé lui poser une question.  Il serait resté silencieux, muet.

 

6 ‑ Comme le vent puissant se mouvant partout réside toujours dans l'éther (Akacha), sache qu'ainsi tous les êtres demeurent en Moi.

 

La présence du vent dans l'éther ne dérange en rien l'éther.  Ainsi tous les êtres sont en Brahman, vivant et changeant de formes, pensant comme s'ils étaient indépendants.  Mais (à cause de cela) Brahman ne change pas.  L'éther est comme Brahman.  Il est partout, pénétrant tout, imperceptible.  J'ai traduit le mot Akacha par éther, quelquefois on le traduit par espace.  C'est le premier élément de la manifestation matérielle.  Tous les changements se produisent dans le vent et non dans l'éther.

 

7 ‑ Tous les êtres, ô fils de Kounti, entrent dans Ma Prakriti (la Nature) à la fin du Kalpa (cycle).  Au commencement d'un Kalpa, je les projette de nouveau.

 

C'est la pensée indienne.  La création se répète plusieurs fois ; nous étions ici plusieurs fois, même à Paris, et ici comme maintenant. Tous viennent, se manifestent, existent et changent ; c'est ainsi jusqu'à la fin des cycles où tout disparaît.  Après ils reviennent, et passent par tous les changements, disparaissent et recommencent.  La question :  « A quelle époque a commencé la création ? »  n'a pas de réponse. Vous pouvez demander :  A quelle époque a commencé notre cycle ?  C'est tout.  Le changement est constant.

 

La Prakriti de Brahman est le monde manifesté.  L'autre aspect de Prakriti est l'état non‑manifesté.  Quand le Seigneur reprend la Prakriti en Lui, il reprend aussi Brahmâ.  Il y a deux sortes de non‑manifestation.  Une fois, pendant la nuit de Brahmâ, tout reste à l'état de germes.  Quand Brahmâ se réveille, toute la création recommence à se manifester.  Mais quand la période de la vie de Brahmâ est terminée, tout et même Brahmâ, rentre dans l'Absolu.  Tout reste dans l'Absolu.  Après vient un autre Brahmâ et la création recommence et continue pendant un nouveau Kalpa du Seigneur.  C'est appelé « le jeu ».  Le Seigneur ne nous fait pas souffrir.  Il voit tout ce qui se passe en essayant toujours d'aider ceux qui Le cherchent.

 

Comment la création se manifeste‑t‑elle ?

8 ‑ Au moyen de Ma Prakriti, je projette maintes et maintes fois cette multitude totale d'êtres impuissants au pouvoir de Prakriti.

 

La Prakriti n'a pas d'existence séparée de Brahman.  Elle a toujours été avec Lui.  Quand le Seigneur veut la manifestation du monde, Il anime Prakriti de Sa présence et toute la création se manifeste.  Les êtres naissent, meurent, renaissent sans cesse, parce qu'ils ne sont pas libérés.  La multitude des créatures est incapable d'agir autrement étant assujettie à la puissante Prakriti.  Ainsi le Seigneur ne crée pas. La création ne lui sert à rien.  Tous les êtres viennent au monde à cause de leur Karma ; ils doivent être dans le monde et y renaître jusqu'à leur libération.

 

Le Seigneur Suprême peut, Lui aussi, venir sur terre, s'Il le veut, et vivre parmi nous comme Incarnation Divine.  Mais pour Lui ce n'est pas à cause de son Karma et Il n'est pas assujetti à la puissante Prakriti.  Donc, tout ce qu'Il fait comme miracle, Lui est facile.  Pour nous, c'est difficile.  Quand nous arrivons à maîtriser la Prakriti, nous pouvons agir beaucoup plus que nous n'agissons habituellement, sur la Prakriti, sur notre corps, notre pensée et notre mental.

 

Quand le Seigneur Suprême vient sur terre, c'est pour aider ceux qui ont besoin de Son aide.  Çri Krichna en est un bon exemple.  Il avait un corps humain et un esprit divin.  Ainsi Çri Krichna s'est identifié souvent au Suprême Brahman.  Pour nous, comme pour Arjouna, il est facile de l'écouter et d'approcher ainsi le Suprême Brahman, difficile à concevoir.

 

Cette étude va maintenant considérer quelle est notre idée de Dieu ?  Quelle est la forme divine ?  Quelle est la relation de Dieu et du monde ?  Est‑il le créateur ?  La Bhagavad‑Gîtâ enseigne deux idées très claires venant des Oupanichad :  Brahman est la Réalité Suprême, sans nom, sans forme, Il est infini et transcendant.  L'autre idée est un autre aspect :  Brahman est immanent, présent dans tous les êtres.

 

Les Oupanichad disent que Brahman, Réalité Suprême, est sans second, sans attribut, donc indescriptible.  Il est l'Âme que nous trouvons au plus profond de nous-même.  Par l'expérience spirituelle, on peut dépasser la dualité, c'est‑à‑dire le spectacle et le spectateur ou Moi qui voit le spectacle.  Il est difficile de l'expliquer parce que le Moi qui est en nous est Brahman (comme Il est aussi dans le spectacle). Tout ceci indique qu'il est inutile et impossible de parler de Brahman.  C'est un tout indescriptible.  Le silence est ce qu'il y a de meilleur comme expression, parce que Brahman est UN, sans second.

 

Et même on pense ne pas pouvoir dire «  un », parce que dans « un » est l'idée de deux.  Çri Çamkarâchârya, pour cette raison, n'a pas parlé du monisme mais du non‑dualisme, qu'il ne pouvait décrire qu'en termes négatifs.

 

L'Oupanichad parlant de Brahman le dit :  Imperceptible, immobile, impensable, sans nom et non‑manifesté, seulement des termes négatifs.  Alors comment pouvons‑nous en parler et Le comprendre ?  D'un autre côté, Brahman est la source, le début et la fin de tout ce qui existe et de nous tous.

 

La Svetasvatara Oupanichad montre Brahman comme un Être qui devient de plus en plus adorable.  Il est sans couleur.  Une prière dit :

« Par son grand Pouvoir, Il arrange tout en de nombreuses formes et de nombreuses couleurs, avec un but caché.  En Lui entrent les êtres de l'univers.  Il est Dieu.  Que le Seigneur donne aux êtres la sagesse de faire de bonnes actions.  Sa forme est invisible.  Personne ne peut Le voir avec ses yeux humains.  Ceux qui Le voient avec leur coeur et leur mental, comme demeurant dans leur coeur, ceux‑là deviennent immortels ! »

 

L'idée de Dieu est introduite ainsi dans la pensée.  De nombreux textes enseignent que le Seigneur est inconcevable et disent en même temps qu'Il est le Seigneur du monde, source de tout.  Il est immobile.  L'Éternel est le support de l'univers.  Il est Celui qui fait toutes les actions faites en ce monde (toutes les actions dites bonnes ou mauvaises).

 

Le Suprême est hors de ce monde et en même temps Il est dans ce monde.  Ces idées oupanichadiques sont dans la Bhagavad‑Gîtâ.

 

La métaphysique des Oupanichad n'intéresse pas tout le monde, notamment pas ceux qui sont attirés par la religion.  Ceux‑là pensent qu'en adorant le Seigneur Suprême, comme un Être possédant d'innombrables qualités et vertus, d'innombrables mérites, ils peuvent aspirer à s'unir à Lui.  Çri Krichna enseigne cela en s'identifiant Lui‑même à Brahman.  Il dit :  « Moi ».  « Moi » qui pénètre tout.  Tous les êtres vivants vivent en « Moi ».  Alors Çri Krichna est Brahman, est Dieu.  Même s'il est difficile d'admettre qu'un Être est Brahman, une telle explication est plus proche de nous et plus facile que la métaphysique oupanichadique.  Ainsi Çri Krichna, s'identifiant à Brahman, nous enseigne les idées trouvées dans les Oupanichad.

 

L'ensemble des dialogues de la Bhagavad‑Gîtâ a été divisé en trois parties dont la deuxième nous amène à la dévotion.  C'est le Bhakti‑Yoga, amour dirigé vers le Seigneur Suprême.  Comment est le Suprême ?  Si nous devons L'aimer, nous pouvons demander à en avoir quelques idées.  Le Bhakti‑Yoga dit d'aimer Dieu de tout son coeur et de toute son âme, d'un amour intense.  Nous pouvons aimer un être que nous voyons, avec lequel nous parlons et avons des relations humaines, mais aimer le Seigneur invisible et incompréhensible, c'est une question à laquelle la Bhagavad‑Gîtâ répond en plusieurs versets.

 

Le Védanta parle souvent de Brahman, de la Réalité Suprême, d'Ichvara, du Seigneur.  Ce sont des mots différents pour indiquer des aspects exprimant le Suprême.  Brahman et Ichvara ne sont pas différents.  L'Absolu et le Seigneur sont toujours les mêmes.  Alors pourquoi avoir deux expressions différentes ?

 

Çri Krichna explique bien cette question en langage courant, commençant par la métaphysique pour arriver à la conclusion qu'il n'y a rien d'autre que l'Absolu Brahman, l'Un sans second.  Brahman est la Réalité infinie, transcendante.  Brahman est aussi ce monde dans lequel nous vivons.  Nous sommes nous‑mêmes la manifestation de Brahman et rien d'autre.

 

Mais si vous parlez de Brahman Infini, comment pouvons‑nous adorer un Être infini ?  Pour nous, un être est certainement fini et limité. La Réalité infinie étant immuable, autrement dit incompréhensible et indescriptible, quelle idée pouvons‑nous avoir de Brahman ?

 

Çri Râmakrichna le dit très simplement :  « Les mots ne peuvent Le décrire pas plus qu'un homme ne saurait décrire l'Océan à quelqu'un qui ne l'aurait jamais vu.  Tout ce qu'il pourrait dire serait :  C'est une grande plaine d'eau, une vaste étendue d'eau, c'est de l'eau, partout de l'eau ! »

 

Ainsi l'Absolu est comme l'Océan insondable.  On ne peut rien en dire.  On ne peut parler de l'Être au delà des bornes de la relativité de toute existence.  La dernière tentative, timide, faite pour décrire Brahman est celle des Véda qui l'appellent Ananda, la Béatitude éternelle.  Brahman est immuable, inaltérable et ferme comme le mont Mérou.  Son nom est Intelligence, Chin Maya.  Sa demeure est Intelligence.  Et Lui, le Seigneur, est Tout‑Intelligence.

 

Décrire Brahman est impossible.  L'aimer semble encore plus difficile.  Mais une autre idée a été introduite ici, celle du Dieu‑Impersonnel, sans attribut.  Et il y a aussi Dieu‑Personnel avec attributs.  Sur Lui, nous pouvons méditer, penser et nous L'adorons.

 

Il n'y a pas de différence de nature entre Dieu‑Impersonnel statique, c'est‑à‑dire Brahman, et Dieu‑Personnel dynamique, Chakti ou Ichvara.  Quand on pense à l'Être Suprême sous son aspect inactif, on Le nomme Souddha‑Brahman.  Quand on Le représente sous son aspect actif, créant, soutenant, détruisant, on Le nomme Chakti ou Ichvara.  Les deux aspects décrits dans le Védanta sont entrés dans la pensée et la religion de l'Inde.

 

Çri Krichna a introduit là une autre idée, celle de l'Incarnation Divine.  Ce n'est pas l'Absolu, ni Ichvara, ni Dieu, mais une Incarnation Divine, venue parmi nous en participant à notre vie quotidienne pour nous aider à trouver la spiritualité.  Cette idée ne se trouve pas dans toutes les religions, mais dans le Christianisme vous avez le Seigneur Jésus qui est une Incarnation Divine.  En Inde, il y a eu plusieurs Incarnations ; c'est appelé « le jeu » de l'Infini dans le fini.  Il est difficile de l’expliquer.  Çri Râmakrichna dit simplement :  « Un aspect de l'Incarnation est l'Infini, la Réalité Suprême.  L'autre aspect est un homme vivant comme nous dans le monde, en participant à notre vie ».

 

Très souvent, cette idée n'est pas acceptée comme expression du Divin dans le monde.  On dit impossible que l'Infini devienne limité. Mais pour le comprendre, il faut savoir que le Seigneur est Esprit, ce qui n'est pas quelque chose de la matière et pas non plus de l'Océan. Ce n'est pas quelque chose de matériel qui est devenu l'Incarnation Divine.  L'Esprit Suprême avec Sa Liberté et Son Pouvoir, avec toute Son Énergie peut faire ce qu'Il veut.  Si vous n'acceptez pas cette idée, c'est par incompréhension et cela resterait seulement comme un voile cachant la Divinité.  Le Seigneur est omnipotent.  Il peut donc faire tout.

 

Une anecdote raconte que Nârada était allé au ciel et qu'il en est revenu dans la société humaine.  Un homme lui demanda :  « Êtes‑vous allé voir le Seigneur ?  Oui.  ‑ Que fait‑Il ?  ‑ Il fait passer des éléphants par le trou d'une aiguille.  Je ne sais pas comment cela peut se faire ».  Un autre dit :  « Oh si !  Tout est possible au Seigneur ».  Celui‑là était un dévot croyant à la toute-puissance du Seigneur.

 

Il en est ainsi de l'Incarnation Divine.  Le Seigneur peut prendre un corps humain et quelquefois Ses Disciples viennent avec Lui.  Çri Krichna l'a dit.  Nous avons reçu de Lui deux messages :

1) Brahman est l'Absolu.

2) L'Incarnation Divine.

 

C'est ce qui est appelé dans le neuvième Dialogue, le Mystère Royal.  Et ainsi la Bhagavad‑Gîtâ nous amène de plus en plus à l'adoration du Suprême, en nous apprenant que l'adoration ne consiste pas uniquement en prières et en rites, mais en pratique de concentration intense.  C'est la vraie dévotion.

 

Le Bhakti‑Yoga est commun à toutes les religions qui adorent le Seigneur.  Et pourtant il nous est difficile de nous concentrer sur la pratique de ce Yoga, sans avoir suivi une préparation efficace.  Les versets qui suivent ont pour but de nous aider à nous concentrer.  Ils sont basés sur la certitude que Dieu est Tout en tout.  Sans cette certitude, nous n'arriverions pas à la concentration intense, dans laquelle nous oublions tout ce qui est autour de nous.  Pour cela, il faut pouvoir sentir le Tout en tout.

 

Sachant que Dieu est partout, à l'intérieur de Moi et hors de Moi, des paroles de la prière ont pour but de préparer le mental à la concentration.  Ces paroles ramènent notre attention vers le Seigneur ; c'est une pratique nécessaire, sinon toutes sortes de pensées et de distractions envahissent notre mental, nous éloignant ainsi de notre but.  Il est bon d'arriver à la conviction que le Seigneur est le plus grand objet d'adoration.

 

La Bhagavad‑Gîtâ insiste avec force sur la relation entre le Seigneur et nous parce qu'Il est au‑dedans de chacun de nous sûrement.  Lui soutient notre vie et Lui seul peut nous donner le salut.  Sachant aussi que Sa présence est partout dans le monde, nous ne devons pas en conclure que tout ce qui arrive touche le Seigneur.  Le Suprême est hors de tout.  Rien ne peut Le toucher.  Çri Krichna dit :  Tel est Son Pouvoir.  C'est le Yoga Divin, le Mystère.

 

9 ‑ Ces oeuvres ne M'enchaînent pas, ô Dhananjâya, car je me tiens indifférent, détaché de ces actions.

 

Puisque le Seigneur est au‑dedans de Moi quand j'agis, est‑ce que l'action n'appartient pas aussi au Seigneur ?  Çri Krichna dit :  Ce n'est pas ainsi.  Le Seigneur est le Témoin de tout ce qui se passe ; non celui qui y participe.  La distinction est faite.  Notre âme véritable est le Témoin de tout ce qui se passe dans notre vie.  L'âme ne souffre pas.  C'est le mental qui se place entre le Seigneur et le corps ; en s'identifiant de plus en plus au corps, il souffre.  Quand notre mental est entraîné à vivre de plus en plus dans le Seigneur, il ne souffre plus.

 

Naturellement, je veux savoir ce que je dois faire pour être toujours en présence du Seigneur.  Le Seigneur est présent dans tous les êtres mais les oeuvres ne l'enchaînent pas, dit Çri Krichna.  Alors qui fait le travail ?  C'est la Prakriti du Seigneur.  Tout ce qui se passe dans le cosmos est l'oeuvre de Prakriti ; elle est très active.

 

Çri Râmakrichna adorait l'Énergie, Chakti ‑ la Mère Divine, en disant :  « Prions la Mère Divine !  Seule Sa grâce nous est possible ; Elle doit nous libérer et nous permettre d'avancer dans le chemin de la dévotion afin d'aller de plus en plus près du Seigneur ».

 

S'il en est ainsi, comment Çri Krichna a‑t‑Il pu dire au verset 8 :  « Au moyen de Ma Prakriti, je projette maintes et maintes fois cette multitude totale d'êtres au pouvoir de Prakriti ? »  C'est ainsi.  Tout arrive, mais n'imaginez pas que c'est Moi qui le fais.  C'est Prakriti qui agit.

 

10 ‑ Sous Ma direction, Prakriti produit tout ce qui se meut (les êtres vivants) et tout ce qui ne se meut pas (montagnes, terre, autres matières inertes).  Par cette cause, ô fils de Kounti, l'univers accomplit sa ronde.

 

II y a naissance, mort et changement.  C'est l'oeuvre de Prakriti.  Le Seigneur ne fait rien.  Lui‑même n'agit pas.  Sa présence suffit pour que Prakriti agisse.  Et Prakriti n'agit pas sans la présence du Seigneur.  Sa présence est nécessaire.  Vous connaissez l'image de Çiva et de Kâli.  Sans Çiva, Kâli ne fait rien.  Quand Çiva est là, Lui ne fait rien, c'est Kâli qui fait tout.  De même, Prakriti agit, crée, projette, fait tout ce qui se passe en ce monde, mais pour cela Elle a besoin de la présence du Seigneur.  Sans cette présence, Elle n'agit pas.  L'univers entier dépend ainsi de la présence du Seigneur mais non de Sa participation active.

 

La Réalité Suprême est SAT ‑ Existence.  Sat est derrière tout.  Quand nous parlons d'un objet ou d'un homme, nous le décrivons.  Pour être décrit, l'objet doit exister.  Cette existence vient du Seigneur.  Cette existence est possible uniquement par la présence du Seigneur. C'est le Mystère.

 

Le Seigneur est là.  En même temps, le Seigneur n'agit pas, ne participe pas.  Il est tout près de nous et partout.  En même temps, Il est plus grand que tout.  Rien ne peut Le contenir.  C'est pourquoi il est dit :  « Tous sont en Moi, mais je ne suis pas en eux ».  Dans quel sens doit-on le comprendre ?  Dans le sens de la Totalité.  Le Seigneur est présent en nous comme un rayon de Lumière.  Ce n'est pas le Seigneur dans Sa Totalité.  Il est beaucoup plus grand :  Rien ne peut L'exprimer.  Tous les langages sont incapables de parler de Lui ; nous ne pouvons pas dire que le Seigneur est ainsi ou de telle nature, nous ne pouvons pas Le comprendre totalement.

 

Si nous voulons vivre unis à Lui, nous pouvons L'atteindre uniquement par l'adoration de Sa Perfection, bien que dans Sa Totalité nous ne puissions pas Le comprendre.  Çri Râmakrichna a dit souvent :  « C'est un Océan immense ».  Même les grands saints qui ont vu, qui ont peut‑être touché ou pris quelques gouttes de cet Océan immense, ne peuvent en dire davantage.  Ils peuvent seulement nous donner un tout petit peu l'idée de notre difficulté de comprendre la Nature Infinie du Seigneur.  D'un autre côté, l'existence du Seigneur n'est pas une certaine sorte d'existence.  C'est le Tout.  IL EST.  Il est sans borne, hors du temps et de l'espace, libre de tout conditionnement.

 

Dans le Seigneur, le cosmos entier n'est qu'un petit phénomène, qui ne peut même pas agir par lui‑même ; pour exister, le cosmos a besoin de la présence du Seigneur.

 

Et maintenant, qu'avons‑nous appris ?  Deux points, deux idées.  1) Le Seigneur est transcendant.  2) Le Seigneur est tout près de nous.  Il est au‑dedans de nous et en dehors de nous, dans l'univers.  Nous ne pouvons Le comprendre dans Sa Totalité.  C'est difficile même pour les grands saints.  C'est encore plus difficile naturellement pour les ignorants qui manquent de sagesse.

 

11 ‑ Les ignorants Me méprisent quand je suis revêtu d'un corps humain ; ils ignorent Mon être supérieur, le grand Seigneur de toute existence.

 

Nous sommes amenés à cette idée :  Les ignorants Me méprisent quand je suis revêtu d'un corps humain.  Cette idée, difficile à penser, est une philosophie plutôt qu'une adoration.  Pourquoi ?  Parce que je suis comme tout le monde, je parais être comme tout le monde.  Et comme je parais être un homme, on ne pense pas que je suis aussi une Incarnation Divine.  Le corps humain cache Ma divinité. L'Incarnation sera comme les autres hommes, mangeant et agissant dans ce monde terrestre, participant à la vie de tous et même souffrant.

 

Les Hindous ont l'histoire de Râma qu'ils adorent comme leur première Incarnation Divine.  Très peu de gens le comprirent.  Çri Râmakrichna a dit :

« Douze sages seulement reconnurent en Râmachandra une Incarnation Divine lorsqu'Il descendit en ce monde.  Quand Râma perdit Sita, il pleura comme un homme aurait pleuré.  Dans l'histoire de Râma, on dit :  C'est une Incarnation qui a caché son Soi dans un corps humain ».

 

Les ignorants ne purent Le reconnaître ; ils ne savaient rien de la Nature divine.  Généralement, on pense que la Nature du Suprême ne peut pas être dans un corps humain.  L'Immanence divine n'est connue que par une approche très près de Lui, dans la vie quotidienne, à travers Ses actions et Ses paroles.  Donc, pour reconnaître dans un Être une Incarnation divine, nous devons avoir l'opportunité de vivre près de cet Être‑là.

 

Il n'y a pas toujours et partout une Incarnation Divine.  C'est très rare.  Et même quand une Incarnation est là, nous ne La reconnaissons pas tant que notre esprit n'est pas bien purifié.  L'impureté est une obstruction.  Çri Krichna explique comment nous pouvons l'écarter. Après, on comprend.  Seuls les musiciens peuvent apprécier vraiment un musicien, seul un saint peut comprendre un saint, et seul un homme très évolué spirituellement peut reconnaître la présence divine parmi nous.  Dans la vie de Çri Krichna, dont nous savons beaucoup de choses, nous Le voyons jouant avec tous en ayant de l'intérêt pour tout.  Il jouait avec les Gopi, les filles et les garçons comme aussi les dévots.  Il participait à toutes sortes d'activité mais, en même temps, Il était en dehors de tout.  Donc Arjouna Lui dit :  « Ô Krichna, je n'avais pas compris que Vous êtes un être si extraordinaire ».

 

Plus tard, dans le onzième Dialogue, Arjouna sera stupéfait de voir les Formes universelles de Krichna  « Que vois‑je devant moi ?  C'est le même Krichna que j'ai appelé mon ami, avec qui j'ai mangé dans la même assiette.  Nous avons joué ensemble comme des amis très intimes.  Maintenant je ne peux plus Vous parler de même.  Vous êtes le Seigneur Suprême qui a pris un corps humain ».

 

Çri Krichna lui a révélé Sa forme divine.  S'Il ne l'avait pas fait, Arjouna serait resté un ignorant.  Arjouna parlait à Krichna avec la liberté des amis intimes.  S'il est difficile de le comprendre, c'est en raison de la puissante Prakriti qui voile notre sagesse et nous fait attacher de l'importance aux choses matérielles.  En pensant qu'il est bon d'avoir un beau vêtement, de jolis bijoux, de lire des livres intéressants, de trouver le cinéma attrayant, des millions de choses nous attirent et nous éloignent de notre but ; nous ne pensons pas beaucoup à la spiritualité.  C'est parce que le monde est très puissant.  Il est l'obstacle à surmonter.  Si, par la grâce divine, il nous arrive un peu de sagesse, cependant nous ne sommes pas attirés complètement par la spiritualité.

 

Les Incarnations Divines ne s'attardent pas à parler d'un gâteau pour dire s'il est bien sucré ou non, s'il est délicieux ou ne l'est pas.  S'il est bon c'est tout et pas plus, c'est fini.  Il en est de même d'un cadeau.  On n'en deviendra pas fou.  On ne voudra pas l'avoir toujours.  Les expériences de la vie ordinaire passent et l'esprit doit rester détaché de tout.  Dans sa vie, Çri Râmakrichna nous en a donné l'exemple. Les gens lui apportaient beaucoup de choses et de cadeaux.  Tout arrivait et repartait.

 

Alors, pour nous, d'où vient l'obstacle ?  De la puissante Prakriti.  C'est par les trois Gouna que Prakriti influence notre vie.  Rien n'existe sans les trois Gouna.  Leurs différentes influences produisent des combinaisons très diverses qui forment ainsi la matière, notre corps, notre intelligence, nos tendances.  Il y a des choses que nous aimons, d'autres que nous n'aimons pas.  Et il y a aussi le sentiment que la haine peut même exister.  Sachons que tout vient de la nature, pas du Seigneur qui est présent en nous.  Lui est le Témoin de tout ce qui se passe.

 

Quand nous arrivons à nous approcher du Seigneur, nous voyons quelles sottises nous avons faites et combien nous n'avons pas été gentils.  Alors nous commençons à réfléchir ; nous tâchons de voir l'objet séparé de nous pour mieux l’étudier.  C'est de la sagesse venue de la Gouna Sattva.  D'autres hommes peuvent avoir des tendances différentes venant de Rajas, ceux‑là veulent gagner d'innombrables objets en ce monde ; et d'autres ont des tendances tamasiques d'ignorance et de méchanceté.  Mais attention, il y a toujours les trois Gouna.  Seul leur pourcentage diffère.  Chez les saints, le pourcentage de Sattva sera de 80 %, tandis que Rajas et Tamas y seront peut‑être de 1 à 18 %.  Les ignorants ne cherchent pas Çri Krichna.

 

12 ‑ Vaines sont les espérances, les actions et la connaissance des insensés qui possèdent la nature trompeuse des Rakchassa (esprits malins) et des Assoura (esprits sataniques).

 

Ceux‑là ont égaré leur compréhension.  On les dit « insensés » en expliquant ainsi pourquoi les hommes ne reconnaissent pas le Seigneur revêtu d'un corps humain.  L'Incarnation Divine a la Gouna Sattva à 99 %.  C'est la différence.  Ceux qui n'ont pas beaucoup de Sattva ne peuvent pas reconnaître l'Incarnation Divine.

 

Chez les humains en ce monde, ce sont généralement les Gouna Rajas et Tamas qui les influencent.  Leur connaissance n'est qu'intellectuelle et non spirituelle.  Leur vie est vaine et inutile.  Ceux‑là passent leur temps à la poursuite d'activités de peu de valeur ; ils possèdent la nature trompeuse des Rakchassa, nature trompeuse parce qu'elle ne les amène pas vers le Suprême.  Les hommes qui ont la nature des Rakchassa et des Assoura ne cherchent pas le Suprême ; ils agissent pour satisfaire seulement leurs désirs personnels égoïstes.

 

Tout le monde n'a pas la même nature.  S'il y a des méchants qui font le mal, il y a aussi de grandes âmes, des sages ‑ Mahatma.

13 ‑ Mais les grandes âmes, ô Partha, possédant la nature divine, M'adorent uniquement sachant que je suis l'origine de tous les êtres et que je suis immuable.

 

Les hommes possédant beaucoup de Sattva peuvent comprendre la sagesse unie à la Réalisation.  Ce sont les grandes âmes.  La nature sattvique est divine.  Ceux qui la possèdent ne se trompent pas ; ils reconnaissent l'Incarnation Divine et adorent uniquement le Seigneur. Rien d'autre.  Leur sagesse est développée ; ils voient derrière toutes les expériences de ce monde la seule présence de Dieu.  Tout ce qui nous trouble vient de notre mental ; il nous donne l'impression que c'est vrai.  Mais çà ne l'est pas.  Le sage contrôle son mental et arrive à le dépasser.  C'est la discipline spirituelle enseignée partout.  Le Zen en parle aussi.  Donc il faut certainement arriver au delà du mental. Pourquoi ?  C'est parce que le mental nous donne toutes les complications des pensées différentes et nous plonge ainsi dans le monde matériel et la confusion.  Alors nous ne voyons pas ce qui est au delà du mental.

 

Quel est ce jeu de marionnettes du monde ?  Qui le met en mouvement ?  C'est le doigt qui joue avec le fil qu'il tient.  Çri Râmakrichna donne l'exemple des pommes de terre mises dans une casserole à bouillir sur le feu.  Les pommes de terre commencent à danser.  Ce n'est pas d'elles‑mêmes, mais à cause de la chaleur du feu.  La chaleur les oblige à danser.  Il en est ainsi du monde.  Derrière le corps, la puissance du Seigneur met tout en activité.  Quand les sages le comprennent, ils se concentrent sur le Seigneur.  Leur mental étant purifié, ils peuvent connaître quelques aspects du Seigneur.  Que comprennent‑ils ?  Ils savent que le Seigneur est l'origine et la source de tout. Donc tout vient de Lui.  De Brahman vient le monde entier.  Alors comment les sages passent-ils leur temps ?

 

14 ‑ Les grandes âmes sans cesse Me glorifient, faisant beaucoup d'efforts, fermes dans leurs voeux, Me rendant hommage avec dévotion et toujours harmonieuses, elles M'adorent.

 

C'est la description d'un dévot.  Sans cesse, le dévot médite, parce qu'il est convaincu qu'il n'y a rien d'autre que le Seigneur.  Donc son esprit se fixe et vit en Lui.  Son esprit concentré sur le Suprême, il chante les louanges et la gloire de Dieu.  Les grandes âmes répètent Son saint Nom.  Telle est la discipline spirituelle à suivre, sans entrer en discussion sur la nature du Seigneur, parce que la discussion n'apporte rien.  Comment discuter de l'Esprit invisible ?  Ce n'est pas un objet.

 

Les sages font des lectures qui augmentent leur dévotion.  Dans la vie ordinaire, les grandes âmes s'efforcent beaucoup de maîtriser leur corps et leur mental.  Pourquoi maîtriser le corps ?  Pour ne pas disperser les énergies corporelles.  Il faut se dire :  je ne disperserai pas l'énergie à des choses inutiles.  Je les utiliserai toutes pour la recherche du Suprême.  C'est le seul objet réel de ma vie.  Les grandes âmes pensent ainsi et méditent sur Lui avec la conviction profonde que le Seigneur est très proche de nous et qu'Il est nôtre.  Il est bien certain que, pour Çri Râmakrichna, sa Mère Divine n'était pas éloignée de lui, mais très proche.  En le pensant, il disait :

« Si j'ai réalisé Dieu, cela me suffit.  Qu'importe que je ne sache pas le sanscrit ?  Dieu répand Sa grâce sur tous Ses enfants également. Les aînés L'appellent « papa », les plus jeunes disent seulement « pa » ou « ba ».  Les aime‑t‑Il moins pour cela ? » Il les aime tous également.

 

Lire un texte comme celui‑ci augmente en nous notre dévotion.  Çri Râmakrichna a donné lui‑même cet exemple :  « Lorsque je pense à ma Divine Mère, je sors complètement de mon corps qui n'existe plus pour moi.  Il m'est donc impossible d'intercéder pour quoi que ce soit de corporel ».  Et une autre fois :  « J'ai dit à la Mère que par suite de ceci (son mal à la gorge), je ne pouvais plus rien avaler.  Mais ma Mère m'a indiqué vous tous en disant :  Vous mangez par toutes les bouches ».  C'est ainsi que la Mère Divine ou le Seigneur devient notre Maître, constamment près de nous pour nous enseigner.

 

Naturellement, on le dit difficile à atteindre tant que nous n'avons pas l'expérience spirituelle.  C'est le Mystère !  Mais quand nous entrons dans ce mystère tout devient petit à petit plus clair.  Cela dépend surtout de notre expérience personnelle.  Les grandes âmes méditent sur le Seigneur dans un état de parfaite tranquillité ; alors leur nature harmonieuse, sans conflit, est capable de se concentrer avec intensité.

 

Il y a plusieurs formes d'adoration :

15 ‑ Et d'autres aussi M'adorent par le Yajna de la connaissance, Me voyant parfois uni à eux et parfois séparé d'eux ou même en plusieurs formes, Moi qui suis présent dans tout l'univers.

 

Le Seigneur est unique, mais Il est adoré par des moyens différents.  Donc, il n'y a pas une seule religion, mais plusieurs, selon la nature de chacun.  Le Jnana‑Yoga est la voie de la connaissance.  Quand on arrive à savoir que « Tout est Vasoudéva », que dit la grande âme rare à trouver, on voit la présence de Dieu partout.  C'est la Connaissance.  Le sachant, on adore la présence divine.  Comment ?  Il y a plusieurs formes d'adoration et tout d'abord c'est l'Advaïta‑Védanta, exprimé dans les Oupanichad.  On adore le Seigneur comme le Moi unique, universel.  On s'unit par le Moi au Suprême.  On sait qu'ATMAN EST BRAHMAN.

 

L'Oupanichad dit :  « Tu es Cela.  Tu es Brahman.  Et je suis Brahman ».  C'est un chemin.  On peut méditer sur cette idée.

 

D'autres adorent le Seigneur hors d'eux‑mêmes, le Seigneur qui est au ciel ou qui est près d'eux, mais séparé d'eux.  On peut L'adorer, Le prier.  Pour ceux‑là, voir le Seigneur près d'eux est beaucoup plus intéressant, comme le disait le saint Toukârâm :  « Je ne veux pas devenir le sucre.  Je veux le goûter.  Je veux avoir le plaisir d'être en présence de Dieu plutôt que de devenir uni à Lui ».

 

Ceux‑là voient le Seigneur au dehors et ils L'adorent en Le voyant ainsi.  C'est la dévotion de ceux qui n'identifient pas leur Soi éternel avec le Seigneur.  Le dévot adore le Seigneur en se considérant lui‑même comme « son serviteur », « son enfant », gardant toujours une sorte de distance, nommée « respect », entre le Seigneur Suprême et son Soi.

 

Il y a encore d'autres formes religieuses comme Çiva, Vichnou, Krichna, Kâli, Dourga.  En Inde, la religion a commencé par la célébration des Sacrifices.  Puis elle est devenue le Védanta.  Plus tard, elle s'est exprimée comme la Dévotion.  Donc Çri Krichna indique les trois formes pratiquées partout.