RAMAKRISHNA

 

Le yoga de l'impérissable Brahman

 

Swami Ritajanananda

 

Commentaires sur le huitième Dialogue de la Bhagavad‑Gîtâ :  Akchara Brahma Yoga.

 

 

Celui‑ci parle de l'Impérissable Brahman.  On doit connaître ces deux aspects du Seigneur, pour arriver à l'adoration :  c'est l'aspect transcendantal de la Réalité ultime et l'aspect périssable de l'Univers manifesté.  Le huitième Dialogue ramène constamment notre attention vers le Seigneur pour la fixer sur Lui.  C'est une discipline dévotionnelle importante, fréquemment enseignée.

 

La pratique de la méditation aide à la concentration.  Pour arriver à méditer, il faut tout d'abord arrêter les modifications du mental, activités qui le font errer vers des pensées éphémères.  On doit purifier le mental pour amener toute notre attention vers le Seigneur.

 

Cette discipline répond au problème humain de la mort :  Comment devons‑nous quitter le corps ?  On sait que notre vie future dépend de notre dernière pensée.  C'est pourquoi nous devons discipliner le mental.  Çri Krichna nous conseille de méditer sur les deux aspects du Seigneur :  le Transcendantal et l'Immanent, de pratiquer la Dévotion, le Yoga, la Maîtrise de soi et la Méditation, moyens qui nous aident à atteindre, en quittant le corps, l'état sans renaissance du Seigneur Suprême.

 

Les versets qui suivent expliquent comment tous les êtres et la création entière traversent l'état de manifestation et celui de disparition. Seul le Seigneur ne change pas et ne traverse pas les états impermanents.  Le Seigneur est hors de la Prakriti et même hors de la Prakriti manifestée.  Il est l'Impérissable, le But Suprême, la Demeure Suprême, la Personne Suprême.  Une dévotion exclusive pour le Seigneur est le meilleur moyen de L'atteindre.

 

Le huitième dialogue nous apprend aussi quelles sont les deux voies que peut suivre l'Esprit de celui qui abandonne le corps.  Enfin Çri Krichna exprime son admiration pour le Yogi qui, connaissant ces deux voies, choisit celle allant au Suprême !

 

La Réalité absolue est au delà du domaine de la parole ; elle peut être réalisée seulement dans la méditation.

 

Arjouna demande des explications :

1 – Ô Pourouchottama (le meilleur des hommes) !  Qu'est‑ce que Brahman ?  Qu'est‑ce que Adhyâtman ?  Qu'est‑ce que l'action ? Qu'est‑ce qui est appelé Adhibhouta et Adhidaïva ?

2 ‑ Qui est l'Adhiyagna (Celui qui soutient les sacrifices) et comment est‑Il dans le corps, ô Madhousoudana (Krichna) ?  Et comment Vous révélez-Vous à l'heure du départ à ceux qui ont la maîtrise de soi ?

 

Les Oupanichad parlent toujours de ceux qui, cherchant l'Immortalité, essaient de connaître Brahman, parce que la connaissance de Brahman donne l'Immortalité.

 

Nous avons traduit Adhyâtman :  l'Âme.  Adhibhouta :  le Principe fondamental de tous les éléments.  Adhidaïva :  le Principe fondamental des Déva, les êtres célestes.  Adhiyagna :  Ce qui soutient les sacrifices.  Brahman signifie la Réalité absolue et aussi le manifesté ou le conditionné.  Adhyâtman signifie l'Âme universelle ou divine, le Principe de la Conscience.  L'action signifie toutes les actions.

 

Une explication est nécessaire :  Arjouna demande :  comment pouvons‑nous savoir qui est Adhiyagna ‑ l'Être qui soutient les sacrifices ? S'Il habite dans notre corps, est‑ce que je suis Adhiyagna ?  Comment est‑Il connu par les hommes qui ont la maîtrise de soi ?  

 

Les questions d'Arjouna appartiennent à trois catégories :  a) La création et sa relation avec l'âme, les éléments et les Déva, les êtres célestes.  b) L'action.  Celle qui est utile pour la vie spirituelle.  c) Comment la grâce du Seigneur vient‑elle en aide à l'heure de la mort ?

 

Le Seigneur béni dit :

3 ‑ Brahman est l'Impérissable Suprême.  Sa présence dans chaque corps est Adhyâtman.  La projection de Brahman qui produit la naissance des êtres est l'action.

 

Brahman est la Réalité Suprême, éternelle, sans aucun changement.  Il est indestructible.  La présence de Brahman dans chaque être est nommée Adhyâtman.  La nature de Brahman est d'être présent dans la création.  Brahman possède Prakriti, pouvoir qu'Il projette dans la création.  Ainsi c'est une action à la suite de laquelle la création des êtres se manifeste.  C'est l'action Karma.

 

Brahman est la force par laquelle le monde continue d'exister.  Tout dépend de Brahman qui soutient l'Existence.  Atman, présent dans notre corps, n'est pas différent de Brahman.  Par Sa présence au‑dedans du corps, Brahman exprime les choses.

 

4 ‑ Tout ce qui est périssable est Adhibhouta.  Ce qui est Pouroucha est Adhidaïva.  Et Moi‑même, ici dans le corps, Je suis Adhiyagna, ô Arjouna !

 

Ce verset répond aux trois questions :  Adhibhouta, Adhidaïva et Adhiyagna.  Bhouta signifie les éléments, la création.  Tout vient de la Prakriti du Seigneur.  Les différents objets vus en ce monde sont périssables.  Par exemple :  le corps est périssable.

 

Derrière le corps est l'Esprit impérissable.  Ce qui est périssable n'a pas une existence séparée de Brahman ; c'est aussi Brahman, appelé le mouvant, le mobile.

 

Pouroucha est Ichvara, le Seigneur appelé Adhidaïva.  Le mot Pouroucha signifie ce qui remplit le corps, ce qui demeure dans le corps ; c'est l'Âme universelle.  Adhiyagna est celui qui s'identifie Lui‑même avec tous les actes du sacrifice.  Il les dispense.  C'est Vichnou qui s'est incarné comme Çri Krichna.  Donc Çri Krichna dit :  Moi‑même je suis Adhiyagna.

 

Dans un autre de ses aspects, Çri Krichna est la Présence Divine en chaque être.  Il est ce qui dirige et contrôle nos actions.  Mais même en étant au‑dedans de nous, Il est complètement détaché.

 

Il a été répondu à toutes les questions posées par Arjouna, sauf à celle‑ci :  À l'heure du départ, comment le Seigneur se révèle‑t‑Il aux hommes qui ont la maîtrise de soi ?

 

Çri Krichna explique quels sont ceux qui méritent cette révélation et dit ce que l'on doit faire pour obtenir cette grâce :

5 ‑ Celui qui, à l'heure du départ, quitte son corps en ne pensant qu'à Moi, celui‑là sans aucun doute atteint l'état de Mon Être.

 

Tout le monde n'arrive pas à la Libération pendant cette vie‑ci.  Mais il y a encore la possibilité de l'atteindre en quittant le corps.  Cela dépend du temps de la méditation fixée sur le Seigneur.  Celui qui médite ainsi pensera à Lui à l'heure de la mort.  Donc il atteindra le Seigneur ‑ l'état de Mon Être.  Tout ce qui sépare un homme du Seigneur disparaîtra ; il sera pur, il manifestera la nature divine.

 

L'enseignement donné dit que l'on doit développer l'habitude de penser constamment au Seigneur.  Alors le Seigneur nous devient si précieux que nous ne pensons qu'à Lui au dernier moment de notre vie.

 

Comment pouvons‑nous penser uniquement au Seigneur à l'heure de la mort ?

6 – Ô fils de Kounti (Arjouna) !  Quel que soit l'objet auquel un homme pense en quittant son corps, il l'atteint étant absorbé dans la pensée de cet objet.

 

Notre dernière pensée prépare notre vie suivante.  Un homme attaché à sa richesse, ou à quelque personne très chère, etc. doit revenir en ce monde.  C'est la loi du Karma.  C'est l'habitude que cet homme a formée pendant sa vie.  Alors, cette seule pensée lui vient à l'heure de sa mort.  Et celui qui pense que la Présence du Seigneur est meilleure que toute autre chose atteindra le Seigneur.

 

7 ‑ Pense donc à Moi sans cesse et combats !  Ton mental et ton intelligence étant entièrement consacrés à Moi.  Et certainement tu viendras à Moi.

 

C'est le conseil de Çri Krichna à Arjouna.  Il en est de même pour tout le monde.  Accomplir tous ses devoirs en gardant sa pensée fixée sur Dieu.  C'est aussi l'attitude de Frère Laurent.  On n'y pensera pas seulement au dernier moment, mais tout de suite au lieu de passer sa vie dans des plaisirs sans valeur.  Certainement on doit pratiquer et développer en soi l'habitude de méditer et d'être en communion constante avec le Seigneur.  En faisant cela, ce sera tout d'abord une connaissance intellectuelle, puis viendra une concentration plus profonde, on arrivera à faire des progrès spirituels, on avancera sur la voie.

 

Pourquoi doit‑on accomplir ses devoirs ?  C'est parce que les devoirs bien accomplis sont un moyen de purification du mental.  Pendant notre travail, si nous pouvons penser à Dieu, si nous travaillons pour Lui, notre esprit se purifie.

 

8 ‑ Un homme pratiquant la méditation constante avec son mental uni au Suprême, sans errance vers rien d'autre, ô Partha, un tel homme atteint le Seigneur Suprême et Divin.

 

Ici est répété encore le conseil de pratiquer la méditation.  Le mot sanscrit est Abhyasa Yoga, c'est‑à‑dire que l'on doit constamment mettre en pratique cette discipline du mental.  La tendance générale, ou habituelle, est d'avoir de nombreuses idées, des pensées diverses. Le Yoga nous demande de ne pas laisser errer notre mental vers d'innombrables idées, parce que cette errance n'arrive jamais à la concentration.

 

La méditation indiquée par Patanjali est la concentration fixée sur une seule idée.  C'est le Dhyana Yoga.  Çri Krichna dit Abhyasa Yoga et quelquefois Samâdhi Yoga.  Parmi les multiples idées enseignées en Inde pour nous amener à la concentration, on utilise l'orbe du soleil pour méditer sur l'Être resplendissant qui est dans le soleil.

 

Pourquoi méditer constamment ?  C'est parce que notre vie est dirigée et influencée par les Samskâra, les impressions du passé.  Ces impressions sont très fortes.  Pour arriver à nous en débarrasser, nous en formons d'autres.  A la longue, les anciens Samskâra sont remplacés par des impressions meilleures.

 

Maintenant nous avons la description d'un homme qui parvient à la Libération après la mort :

9‑10 ‑ Celui qui, à l'heure du départ, le mental stabilisé par la force de la dévotion et la pratique du Yoga, ayant le Prâna fortement fixé entre les sourcils, médite sur l'Omniscient, l'Ancien, le Seigneur de l'Univers, plus subtil que le subtil, Soutien de tout, dont la forme est inconcevable, Seigneur Suprême resplendissant comme le soleil par delà les ténèbres, celui qui médite ainsi parvient au Seigneur Suprême et Divin.

 

La Bhagavad‑Gîtâ cite parfois des versets entiers des Oupanichad.  Ces deux versets se trouvent dans la Svetasvatara Oupanichad ; ils sont la description de l'expérience mystique d'un Richi.

 

Il est dit :  « Le mental stabilisé par la force de la dévotion et la pratique du Yoga ».  On pratique le Yoga pour avoir la maîtrise du corps et du mental.  On arrive à former une volonté forte.  Cette volonté est une condition absolument nécessaire au progrès spirituel.  On atteint alors le contrôle du Prâna, énergie vitale.

 

Les grands dévots peuvent quitter leur corps au moment où ils le veulent et comme ils le veulent, en amenant le Prâna, qui est répandu partout dans le corps, à un point situé entre les sourcils.  Pour cela, ils méditent avec concentration, aidés par le Yoga de la Dévotion, amour intense pour Dieu.

 

Le premier attribut du Seigneur est ici Kavi ; on peut traduire ce mot par Poète.  Le Seigneur est l'Omniscient.  Il connaît tout ce qui se passe dans l'Univers et dans tous les temps.  Il n'y avait rien avant Lui.  Il est l'Ancien, le Seigneur qui gouverne l'Univers.  Par Lui sont protégées, guidées et aidées toutes les créatures.

 

Le Seigneur n'a pas une forme à laquelle nous pouvons penser, mais cela ne signifie pas qu'Il n'existe pas.  Le Seigneur est brillant comme le soleil au delà des ténèbres.  Le Seigneur est plus subtil que le subtil, c'est-à‑dire que nous ne pouvons pas Le percevoir avec nos sens. Ces deux versets nous expliquent comment un Jnanin, un dévot et un Yogi abandonnent leur corps, et le quittent en atteignant le Seigneur Suprême.

 

Arjouna a demandé à Çri Krichna :  Comment Vous révélez‑Vous à ceux qui ont maîtrisé leur ego ?  C'était au deuxième verset.  Cette question est souvent reprise car il y a en ce monde différentes religions.  Toutes parlent de la mort et de ce qui vient après.  C'est une question importante qui touche chacun de nous.  Tout ce qui se passe jusqu'au dernier jour de notre vie, que ce soit le bien ou le mal, je ne le sais pas, mais en tout cas je peux le comprendre.  Mais qu'arrive‑t‑il après la mort ?

 

Les religions donnent leur explication.  Autrement dit, la pensée de la mort contrôle notre conduite actuelle.  Si vous faites le bien, vous irez au ciel ; si vous êtes méchants et ne faites pas le bien, vous irez en enfer ou vous serez en purgatoire ; vous serez punis.  C'est une pensée commune à presque toutes les religions ; même dans l'Hindouisme et une partie des Pourana, on parle de cet aspect.  Donc, quand vous êtes sur la terre, vous devez être vertueux et bien vous conduire, faire de bonnes actions ; cela vous assurera au ciel après la mort.

 

Certains hommes ont très peur de ce qui pourra leur arriver, peut‑être n'ont‑ils pas assez bien vécu selon les règles de la société ; peut‑être pensent‑ils à l'enfer ou au purgatoire.  La pensée de la punition fait naître la crainte.

 

Çri Krichna n'a pas donné cette sorte d'explication.  Il n'y est pas intéressé.  Il donne l'enseignement comme nous le trouvons dans le Védanta et les Oupanichad.  Ce que nous allons lire, jusqu'au seizième verset, est sur ce même sujet :  Comment pouvons‑nous aller au Seigneur Suprême ?

 

Une grande description indique ce qui arrive après la mort.  À l'époque des Véda, on a parlé seulement des trois mondes :  Bhou, Bhouvah, Svar.  C'est ce que nous répétons dans les rites.  Plus tard, probablement pendant la période épique, on savait qu'il y a sept mondes en haut et sept mondes en bas, donc quatorze mondes.  Quand nous quittons le corps, nous allons dans l'un ou l'autre de ces mondes.  Cela dépend du Karma.  Notre vie actuelle prépare notre vie suivante.  Mais la mort du corps physique n'est pas la fin de notre existence.  C'est un aspect particulier de la pensée de l'Inde, nous devons revenir sur terre plusieurs fois.

Combien de fois reviendrons‑nous ?  D'innombrables fois.  Autant que nous le voudrons.  Autant que nous ne pourrons pas l'éviter.  Cela arrive.

 

Tout d'abord il peut sembler que c'est assez bien pour nous parce que nous n'avons pas pu connaître toutes les découvertes de la science. Alors nous devons revenir.  Un homme, qui a vécu dans des conditions difficiles, voudra revenir pour avoir beaucoup d'argent.  I1 peut revenir.  Celui qui a été toujours malade voudrait se réjouir d'une bonne santé.  Il pourra revenir.  Ainsi chacun peut avoir un idéal pour lequel il renaîtra sur terre.  Ce n'est pas une punition.  Aussi longtemps qu'un homme en aura le désir, il reviendra.

 

Mais une âme peut finir par comprendre que les innombrables naissances sont éphémères.  Ce n'est pas nous.  Ce n'est pas la véritable nature du Moi.  Nous sommes encore mélangés avec les expériences et la pensée.  Alors ce que nous sommes est la vérité mélangée au mensonge.  Si, un jour, nous comprenons quelle est notre véritable nature, immédiatement toute vie éphémère nous semblera ridicule ; nous nous demanderons :  Quelle sorte de jeu est-ce que je joue là ?

 

Tout le temps je reviens, je ne gagne rien, ce n'est pas intéressant.  La pensée que la vie terrestre n'est pas assez intéressante vient seulement à quelques êtres plus évolués.  Alors ils commencent à chercher le Seigneur avec une sorte de nostalgie.

 

Çri Râmakrichna a donné l'exemple de l'oiseau Homa qui n'a pas voulu tomber sur terre, mais vivre au plus haut des cieux, libéré de toutes les expériences mondaines.  Ceux qui cherchent ainsi le Seigneur Krichna ne retomberont pas sur terre, ils iront au Suprême, comme l'exprime le verset :

 

8 - Un homme pratiquant la méditation constante avec son mental uni au Suprême, sans errance vers rien d'autre, atteint le Seigneur Suprême et Divin.

 

Un dévot se concentre intensément.  Il n'y a pas de pensée qui lui soit plus agréable que celle du Seigneur. Il pratique la méditation constante, son mental uni au Suprême.  Cette idée est répétée avec insistance dans la Bhagavad‑Gîtâ.

 

Çri Krichna continue de nous instruire en indiquant comment il est possible d'intensifier notre méditation sur le Seigneur Suprême.  Cela dépend de la maîtrise du mental.  On le comprend facilement.  La nature du mental est de courir vers la pensée qui lui est agréable.  Il y revient sans cesse.  De même, il court vers les pensées désagréables.  Quand il s'accroche à une pensée, il y revient.  Donc s'il s'habitue à se concentrer sur le Seigneur Suprême, cette pensée sera présente à l'heure de sa mort.  Entraîner notre pensée à se fixer sur le Suprême est pour nous une sage nécessité.

 

Un autre point :  Les Hindous croient que l'être humain, à la mort, abandonne le corps grossier et que l'âme part avec le corps subtil. Atman quitte un corps humain avec le corps subtil.  Qu'est‑ce qu'un corps subtil ?  C'est un composé.  D'abord le mental ou Manas, très important parce qu'il entraîne notre vie comme les chevaux d'un char.  Il y a encore l'intelligence, le Chitta, les cinq organes des sens subtils, les cinq organes subtils de l'action, les cinq Prâna.

 

Les cinq organes des sens subtils dépendent des sens extérieurs dont ils reçoivent le message pour le transporter au mental.  Le mental transmet le message à l'intelligence ; elle discrimine et transmet le message au Chitta pour le conserver et l'utiliser prochainement.

 

Le Prâna émet la force vitale groupant ce qui est nécessaire à notre vie.  Sans Prâna, il n'y a pas de vie.  Les cinq Prâna sont dans le corps, chacun ayant sa fonction ; mais dans l'ensemble c'est le Prâna divisé en cinq parties dont l'une est la plus importante ; nous le verrons plus loin. 

 

Le corps subtil d'un être humain reste dans le corps grossier aussi longtemps qu'il est en vie.  Quand il meurt, le corps subtil sort, mais ce n'est pas si facile.  Prenons une comparaison.  Quand nous voulons abandonner une maison, parce que nous en avons acheté une autre, ou que nous en avons fait construire une autre, nous emportons avec nous ce que nous pouvons encore utiliser dans la nouvelle demeure. Il en est de même d'un homme qui abandonne un corps.  Il prend avec lui les organes des sens subtils, de l'action et les Prâna.  Avec tout cela, il commence son voyage.

 

Le mental cherche partout une nouvelle maison assez commode et satisfaisante.  Il cherche avec beaucoup d'efforts parce qu'il emporte avec lui tout ce qui est désirable et il a développé beaucoup de choses.  Il ne peut pas entrer dans n'importe quelle maison.  Finalement, il trouve où il peut renaître et continuer sa vie.  Il prend alors l'autre corps choisi.

 

Est‑ce obligatoire pour chacun de nous de renaître ?  Oui, plus ou moins.  Il y a des exceptions :  les Yogi.  Un Yogi cherche uniquement le Seigneur Suprême.  Il est sur un plan élevé d'où il peut voir nettement le tableau de la vie entière avec le bien et le mal.

 

Dans la vie ordinaire, nous n'avons pas cette sagesse.  C'est pourquoi nous voulons revenir sur la terre.  Il y a, je vous l'ai dit, six mondes plus évolués que la terre.  Chacun peut atteindre le monde qu'il souhaite.  Le Yogi, fortement établi dans la concentration sur le Suprême, ira au Suprême.

 

Sois donc un Yogi, ô Arjouna !  lui a dit Çri Krichna.

11 ‑ Je vais t'exposer brièvement la voie que les connaisseurs du Véda appellent celle de l'Impérissable, suivie par ceux possédant la maîtrise de soi et libérés de l'attachement, voie à laquelle aspirent ceux qui prononcent les voeux du Brahmacharya.

 

Çri Krichna est vraiment un Maître extraordinaire.  À cette époque‑là, c'est‑à‑dire il y a trois ou quatre mille ans, Çri Krichna avait déjà vu la nécessité de tout établir dans une relation harmonieuse.

 

Il y avait le Védanta, la religion, la métaphysique, la philosophie, les pratiques religieuses.  Peu à peu, tout devenait comme étranger l'un à l'autre.  Le Védanta paraissait être de plus en plus intellectuel, la religion semblait se resserrer dans les rites.  C'était l'école du Mîmânsaka.  Les autres écoles faisaient le culte, la Puja, et se contentaient de cela.

 

Çri Krichna parla tout d'abord de la pensée védantique qui conseille de chercher l'Immuable, Akchara qui ne change jamais.  Celui qui parvient à l'Immuable n'a plus rien à découvrir.  C'est comme une goutte d'eau qui se mélange à l'eau d'un lac.  Akchara est Brahman, le salut suprême.

 

De nombreux textes l'indiquent.  Le Jiva, c'est‑à‑dire l'âme individuelle, en arrivant à la réalisation, se libère de tous les attachements et de tous ses liens.  Le Jiva devient le pur Atman et entre en Brahman.

 

La condition de ce salut est décrite comme le détachement des objets matériels.  C'est le renoncement complet.  Mais rien ne peut nous forcer à renoncer.  C'est un tempérament, une nature qui se développe en quelques êtres, particulièrement chez ceux qui ne recherchent pas les choses mondaines.  Çri Râmakrichna a souvent cité l'exemple du jeune Souka, fils du grand Richi Vyasa.  Ce jeune garçon, dès l'âge de cinq ans, avait déjà renoncé au monde ; il ne jouait pas avec les enfants ; il était comme absorbé en méditation.  Son cerveau était très clair, très concis.  Il comprit vite les Écritures sacrées.  Son père pensa qu'il ne lui avait peut-être pas donné les enseignements nécessaires.  Plus tard, il l'envoya auprès du roi Janaka, grand sage lui aussi.

 

En voyant le jeune Souka, le roi comprit immédiatement que ce garçon n'avait besoin de rien.  Il était déjà très affermi dans une grande sagesse.  Le roi lui dit :  Mon enfant !  Je n'ai rien à vous apprendre !  Par la suite, Souka expliqua le Bhagavata Pourana au petit-fils d'Arjouna, Parîkchit.  Ceci nous montre que, de temps en temps, même des enfants naissent avec un renoncement complet.  Le monde ne les attire pas.

 

Les hommes qui possèdent la maîtrise de soi et sont libérés de l'attachement, sont appelés des Yatis.  Ce sont des moines, des ascètes qui abandonnent tout pour atteindre Brahman.  Il y a aussi la vie de Brahmacharya.  Le Brahmacharin est un célibataire qui pratique la vie spirituelle en observant la continence, qui a la maîtrise du corps et du mental et qui étudie les Écritures sacrées.

 

Le véritable Yogi pratique le Yoga de la Maîtrise de soi.  Souvent nous pensons que la maîtrise de la respiration est le Prânayama.  Mais en fait, le Prânayama signifie la maîtrise du Prâna, force vitale que nous devons contrôler.  Quand nous arrivons à la maîtrise du Prâna, nous avons non seulement la maîtrise de notre corps mais aussi celle du monde extérieur.  Le Yogi peut tout contrôler.  Pour arriver à cette sorte de perfection, il faut commencer par la maîtrise du corps :

 

12‑13 ‑ Toutes portes des sens closes, le mental enfermé dans le coeur, la force vitale, Prâna, élevée dans la tête, établi dans la concentration en Atman, prononçant la syllabe Aum, cela étant Brahman, et pensant à Moi le Seigneur, le Yogi qui part ainsi en quittant son corps parvient au But Suprême.

 

C'est très compréhensible pour les Hindous.  Le Yogi abandonne son corps quand il le veut et comme il le veut.  En lui se développe une volonté assez forte et une telle maîtrise de soi que le Yogi ne contrôle pas seulement les organes des sens, mais également le mental, le Prâna, la Bouddhi, l'intelligence.

 

Le Prâna est la vie.  Par le contrôle du Prâna, on peut quitter le corps quand on le veut.  Sans Prâna, il n'y a plus de vie.  Quand le Yogi le veut, il retire son mental des sens.  Il ne ferme pas seulement les yeux, il n'entend plus, etc.  Ainsi la porte des sens est close.  Puis le mental est dirigé vers le coeur.  Il emplit le coeur.  Les instructions pour la méditation attirent toujours notre attention sur le centre situé au milieu de notre poitrine.  Ce n'est pas le coeur physique.  Le mental est dirigé vers ce centre de la poitrine, où nous imaginons un lotus brillant sur lequel notre Ichta, notre idéal choisi, est assis.  Nous commençons à méditer, c'est‑à‑dire que le mental est entièrement absorbé dans la pensée unique de la méditation.

 

Il y a une autre préparation, celle concernant le Prâna.  Swâmi Turiyânanda a dit à ceux qui l'entouraient au moment de sa mort comment le Prâna quittait progressivement son corps.  Le Prâna a cinq parties dont la cinquième est uniquement nécessaire pour quitter le corps.  Le Prâna ouvre un trou et sort par la tête.  Ceci est considéré comme la mort volontaire du Yogi, parce qu'il sort de soi‑même.  Il abandonne tout d'abord le corps grossier, puis le corps subtil et va directement au Suprême.

 

Mais ce n'est pas fini, quand le Yogi a retiré le Prâna du corps, il reste encore un autre exercice à accomplir.  Son intelligence doit s'unir au Suprême :

13 - Prononçant la syllabe Aum, cela étant Brahman, et pensant à Moi le Seigneur…

 

Je vous ai dit que Çri Krichna a vu la nécessité d'établir une relation harmonieuse entre la philosophie et la religion.  La philosophie parlait de Brahman.  La religion parlait du Seigneur.  Le Seigneur n'est pas différent de Brahman.

 

Çri Krichna dit :

13 - … Répétant la syllabe Aum, pensant à Moi, le Yogi qui part ainsi, en quittant son corps, parvient au But Suprême.

 

Quel est celui qui peut aller au Seigneur ?  Çri Krichna le dit :

14 ‑ Pensant à Moi et à nul autre, celui‑là toujours établi en Yoga, ô Partha, M'atteint facilement.

 

Ce n'est pas seulement une description.  C'est une instruction pour nous tous.  Nous sommes encouragés à développer en nous cette forme de Yoga, à nous concentrer intensément sur le Suprême, à pratiquer le détachement de toute autre pensée.

 

Celui qui est établi constamment dans la pensée du Seigneur L'atteint facilement.  Il n'a pas besoin de suivre une autre discipline.  C'est celui‑là qui est appelé un Yogi.  Son mental est fermement concentré sur le Seigneur.

 

Maintenant voici une autre question :  Quand nous atteignons le Seigneur, y a‑t‑il là un bénéfice ?  Nous sommes très pragmatiques et voulons savoir quelle est l'utilité de tout cela ?  Çri Krichna l'explique :

15 ‑ Venant à Moi et ayant atteint la Perfection Suprême, ces grandes Âmes ne reviennent plus en ce monde éphémère de la souffrance.

 

Est‑ce difficile de comprendre que le monde est la demeure de la souffrance ?  Pourquoi ne pas y voir la demeure de la Béatitude ?  Un sage seulement le comprend.  Patanjali dit qu'un homme ayant la capacité de discriminer voit la présence de la souffrance même dans la joie que nous trouvons en ce monde.  Mais vraiment, comme vous le dites, la grâce du Seigneur est nécessaire.  Sinon nos yeux ne voient pas, nous sommes complètement obnubilés par Mâyâ.  Nous pensons comme ce poisson qui se trouvait dans la vase au fond d'un filet et se croyait en sécurité.

 

Quand une âme réalise le Seigneur, on dit qu'elle est parfaite.  Seulement ce qui est parfait, va au Seigneur.  En vérité, c'est la nature pure d'Atman que nous devons atteindre.  Sa nature est parfaite.  C'est sa qualité.

 

L'âme libérée de tout attachement ne cherche plus rien en ce monde, elle n'y revient plus.  Le monde est décrit comme le lieu éphémère où demeure la souffrance.  Il est éphémère parce qu'il doit disparaître à la fin du Kalpa, à la fin de l'âge du monde.  Tout ce qui est sur terre est transitoire.  Le monde est plein de souffrance.  Un moment vient où même la joie est remplacée par la souffrance.  Donc, Çri Krichna appelle le monde Douhkalaya ‑ la demeure de la souffrance.

 

16 ‑ Tous les mondes, en commençant par celui de Brahmâ, sont assujettis à la renaissance, ô Arjouna !  Mais celui qui vient à Moi, ô fils de Kounti, n'aura plus à renaître.

 

Même les six mondes plus hauts que la terre doivent disparaître et recommencer.  C'est un jeu sans fin.  Seul, le Suprême Brahman reste sans changement.  Brahman n'est pas un monde, parce que le monde est une manifestation de Brahman.  La terre, avec tout ce qui existe ici‑bas, est une manifestation de Brahman.

 

Entre le Suprême et la terre, il y a des Loka différents :  Bhou Loka, c'est la terre.  Au‑dessus sont :  Bhouvar Loka, Souvar Loka, Mahat Loka, Fana Loka, Tapa Loka, Satya Loka.

 

Çri Râmakrichna a souvent parlé de Satya Loka.  C'est le Brahmâ Loka.  Le Yogi devenu de plus en plus parfait vit dans d'autres Loka que la terre.  Chacun est tout à fait libre de choisir sa vie.  Les êtres veulent revenir sur terre plusieurs fois.  D'autres Yogi veulent vivre comme de grands saints.  Les saints bénissent et font du bien au monde ; ils ne reviennent pas sur terre, mais ils gardent leur corps subtil pour aider les êtres humains qui cherchent.  Donc, on peut les voir, on peut faire leur connaissance et recevoir leur aide pour notre vie spirituelle.  Tout est ainsi jusqu'au Brahmâ Loka.  C'est le Loka le plus élevé.  Au delà, il y a Brahman.

 

On peut demander :  qu'est‑ce que Brahmâ ?  C'est la première manifestation du Seigneur comme Personne, comme Créateur.  Brahmâ est responsable de tout ce qui existe.  Quelquefois le Brahmâ Loka est identifié au Ciel.  Curieusement, les Hindous n'acceptent pas le Ciel comme fin, Brahman étant le But.  Tout ce qui existe est là seulement pour une période d'existence.

 

17 ‑ Ceux qui connaissent le jour de Brahmâ durant mille âges du monde ‑ Youga ‑ et la nuit durant aussi mille Youga, ceux‑là sont les connaisseurs de la mesure du temps, du jour et de la nuit.

 

Pour nous, le jour et la nuit sont ce que nous connaissons sur terre.  Mais ici on parle du jour et de la nuit de Brahmâ.  C'est le septième Loka.  Quelle est la différence ?  Nous savons que le temps, l'espace et la causalité expliquent le conditionnement de notre vie.  C'est un autre point important.  Pour nous, le temps, l'espace et la causalité sont réels.  Nous les comprenons.  Quand nous cherchons à comprendre quelque chose, nous utilisons toujours notre intelligence et nous voulons savoir comment cela se fait.  C'est la causalité.

 

Des questions se posent :  Quelle est la cause de tout cela ?  D'où vient tout cela ?  De même pour l'espace, de même pour le temps.  Il faut que ces trois facteurs soient ensemble.  Ils sont nécessaires à notre compréhension par la raison.  Donc, le temps est un facteur.

 

Le sage réalise que la connaissance du jour et de la nuit de Brahmâ, comme tout ce que nous cherchons en ce monde et en dehors de ce monde, est conditionnée par le temps, ou par la raison.  Et aussi ce n'est pas avec la même échelle de calcul métrique que nous pouvons parler de ces mondes différents.  Ce qui est, pour nous, la durée d'un jour et d'une nuit ne correspond pas à celle d'un jour et d'une nuit d'un autre monde.  Ce qui est, pour nous, la durée d'un mois peut être celle d'un jour pour les esprits désincarnés et encore un autre de nos mois peut être la durée de leur nuit.  Donc la durée de deux de nos mois peut correspondre à un jour entier d'un esprit désincarné.

 

Alors pourquoi, pour un autre être, la durée de six de nos mois ne correspondrait‑elle pas à l'un de ses jours ?  Et encore six de nos mois à l'une de ses nuits ?  C'est‑à‑dire un de nos ans correspondant à un de ses jours entiers.  Ou encore une centaine de nos années correspondant à un jour et une centaine de nos années correspondant à une nuit.  En progressant ainsi, le jour et la nuit de Brahmâ font un nombre incroyable de nos années.

 

Le jour de Brahmâ dure mille âges du monde, c'est un Mahâ Youga.  Qu'est‑ce que le Mahâ Youga ?  Le Mahâ Youga est composé de quatre Youga :  Satya Youga, Tréta Youga, Dwâpara Youga et Kâli Youga.  Actuellement, nous sommes dans la première partie du Kâli Youga de notre Mahâ Youga.  La durée du seul Kâli Youga correspond à 432 000 ans terrestres.  Après 432 000 ans, notre Mahâ Youga sera terminé.  Ce sera la nuit de Brahmâ.  Je ne vous indique pas tous les calculs, seulement nous voulons savoir à combien d'années correspond le jour de Brahmâ ?  Le jour de Brahmâ correspond à 4 320 000 de nos années.  Pendant le jour de Brahmâ, le monde est manifesté, l'univers est là, la création demeure.  Donc vous pouvez imaginer combien de fois, dans une période aussi longue, nous venons, nous partons, nous revenons, nous repartons.  Et ce n'est pas seulement nous.  Il en est ainsi pour les animaux et les insectes.  Toutes les créatures qui ont une âme doivent revenir et partir.  C'est la période de la manifestation.

 

Après cela, ce sera la nuit de Brahmâ.  Pendant la nuit, nous dormons.  Brahmâ aussi va dormir.  C'est une sorte d'expression qui rend l'explication aussi vivante que possible.  C'est la période de non‑manifestation.  Alors il n'y a ni monde, ni nous, ni vous.  Il n'y a personne.  Tout est à l'état de non‑manifestation, comme le germe.  Dans nos régions, pendant l'hiver, les plantes disparaissent ; cependant, elles sont là.  Ainsi tout reste à l'état de non‑manifestation, de germe.

 

Dès que Brahmâ est éveillé, le jour de Brahmâ commence.  Toute la création revient et continue.  Ici, c'est un point important.  Les gens posent cette question :  Si nous devons revenir toujours, où commence la création ?  Il n'y a pas de commencement, elle demeure toujours ainsi.  C'est comme un cercle.  Il n'y a ni commencement, ni fin.  Le cercle roule constamment, sans fin.  La création restera toujours ainsi.  Il y a seulement le changement.  Une fois, c'est la manifestation.  Une autre fois, c'est la non‑manifestation.

 

Immédiatement, une autre question se pose :  Alors, qu'est‑ce que le salut ?  Comment serons‑nous libérés ?  Qu'arrive‑t‑il à ceux qui sont libérés ?

 

Certainement, le cercle continue à rouler et nous devons revenir.  C'est la roue du Samsâra.  Quelques-uns s'échappent.  Mais la création est infinie.  Il y a toujours quelques êtres qui continuent à venir et à partir.

 

En parlant du jour et de la nuit de Brahmâ, nous sommes arrivés à concevoir que Brahmâ, lui aussi, est conditionné.  Donc Brahmâ, a un âge.  On considère qu'une centaine de nos années correspond à la durée possible d'une vie humaine.  Tout homme peut vivre cent ans.  Brahmâ aussi peut vivre une centaine de ses années.  Avec de la patience, vous pouvez faire le calcul pour savoir le nombre de nos années que cela représente.

 

A ce moment‑là, tout rentrera en Prakriti complètement non‑manifestée.  Seul, le Seigneur Nârâyana est dans l'océan de la Non‑manifestation.  Puis un autre Brahmâ naîtra.  Et Brahmâ commencera à créer tout ce qui est déjà dans le Non‑manifesté.  Ainsi la création continue sans cesse.

 

Pourquoi avons‑nous parlé de tout cela ?  Est‑ce intéressant ?  Certainement, c'est très intéressant.  Cela nous donne du discernement et nous indique le sens de la disparition.

 

Donc, mon enfant, il n'y a pas de fin.  Vous êtes obligé de tourner avec la roue du Samsâra.  Si vous voulez en sortir, pensez à Moi.  C'est à la fois un conseil et un enseignement.

 

Comment est‑ce possible ?  Dès que vous arriverez à la Réalisation, vous dépasserez le temps.  Le temps n'existera plus.  Qu'est‑ce que cela signifie ?  Cela signifie qu'immédiatement le passé, le présent et l'avenir seront visibles en même temps.  Donc le temps sera dépassé.  C'est inexplicable à tous ceux qui sont encore conditionnés par le temps.  Mais un homme de réalisation dépasse le temps et ne parle plus de commencement ni de fin.

 

18 ‑ À la venue du jour, le manifesté sort du non-manifesté.  À la venue de la nuit, le manifesté se dissout dans le non‑manifesté.

 

Comprenez bien ce que je dis :  tout rentre en l'état non‑manifesté.

 

19 ‑ Cette même multitude d'êtres, qui naît et renaît, disparaît dans la nuit, ô Partha !  Et reparaît impuissante à la venue du jour.

 

Cette pauvre multitude ne peut pas sortir de la roue du Samsâra ; elle est dite impuissante.  Elle n'a pas le pouvoir d'en sortir.  Alors qui peut en sortir ?  Seulement ceux qui sont attachés au Seigneur, dit Çri Krichna.  La création n'a pas le pouvoir d'arrêter la manifestation.  Donc tous les êtres sont obligés de renaître.  Cela continuera sans cesse.

 

Çri Krichna montre la voie :  le Yogi, qui est concentré sur le Suprême, peut arriver à la Libération.

 

La dernière partie du huitième Dialogue de la Bhagavad‑Gîtâ parle de ce qui arrive après la mort.  C'est un sujet traité dans toutes les religions.  Mais ici, ce n'est pas seulement une explication ; il nous est indiqué comment l'homme peut atteindre le But Suprême.  Et c'est l'essentiel.

 

Tant que l'âme individuelle – le Jiva – n'est pas délivrée, la naissance et la mort sont inévitables.  Certainement, vous savez que la religion hindoue reconnaît la renaissance de l'âme individuelle, ceci se produit jusqu'au moment de la Délivrance, de la Réalisation.  L'âme s'unit au Suprême.  Donc la naissance et la mort sont jusque‑là inévitables.  La délivrance est nécessaire pour échapper au cycle de la naissance et de la mort.

 

Maintenant nous avons le corps grossier, nous vivons sur terre.  Avec le corps subtil, nous pouvons vivre dans d'autres mondes.  Parmi les différents Loka, le Brahmâ Loka est le plus élevé.  Çri Krichna nous enseigne l'importance de la vie spirituelle, plutôt que de nous parler des différentes théories et des différents mondes.  A quoi bon comprendre ce qui peut satisfaire seulement notre curiosité intellectuelle ?

 

Le but de la Bhagavad‑Gîtâ est de nous amener au But Suprême.  Elle ne nous dit pas tout ce qui se trouve dans les Véda, les Oupanichad, les livres du Yoga.

 

Il existe plusieurs mondes à différents degrés d'évolution.  On naît dans le monde que l'on mérite.  Avec le corps matériel, nous pouvons beaucoup de choses, nous pouvons faire des expériences, nous pouvons réaliser ce qui n'est pas autrement possible.  En tout cas, le corps humain est le seul instrument à notre disposition pour arriver à notre délivrance.  C'est un point très important.  Un être ne peut pas atteindre la Réalisation sans avoir un corps humain, sauf s'il est allé au Brahmâ Loka.

 

Brahmâ est décrit comme un être qui naît, qui a sa période de vie, puis doit disparaître.  Il en est de même de Indra et des autres êtres, conditionnés par le temps.  Un Brahmâ disparaît, un autre Brahmâ vient.  Et tout recommence.  C'est un point très important.  La création n'a ni commencement, ni fin.  Elle est éternelle.  Le Samsâra n'a pas de fin.  Il est éternel.

 

Après nous avoir instruits jusqu'à ce point, Çri Krichna parle de ce qui arrive après la mort.  Chaque pays a sa tradition et sa forme de description.  On trouve dans les Véda, et mieux encore dans les Oupanichad, ce qui est exprimé au verset :

 

20 ‑ Mais au delà de ce non‑manifesté, il est un autre Non‑Manifesté, Éternel, qui ne périt pas même quand toutes les créatures périssent.

 

Nous avons appris que, pendant la nuit de Brahmâ, toute la création est à l'état de non‑manifestation.  Elle demeure à l'état de germe.  Est‑elle détruite ?  Elle ne l'est pas.  Même les créatures ne disparaissent pas.  À l'état de germe, elles attendent le jour.  C'est ainsi que leur vie recommence.  Le manifesté est ce que nous appelons Prakriti.  Tout vient de son propre intérieur.  Il n'y a ni plantes, ni arbres, ni montagnes, ni hommes.  Il n'y a rien.  Mais tous prendront leurs formes des germes.  Il n'y a pas de pommier, mais il existe la graine de pommier sous une forme très subtile.  De même que le pommier est dans la graine de pommier, le monde entier et l'univers prennent leurs formes des germes qui existent en Prakriti pendant la nuit de Brahmâ.  Dès que le jour de Brahmâ vient, tous recommencent à se manifester.

 

Mais il y a une autre Non‑Manifestation dont parle Çri Krichna.  Le Seigneur Suprême n'est pas manifesté comme un être, même quand il est décrit comme Pouroucha.  Ce n'est pas une personne dans le sens attribué à ce mot.  Pouroucha est Esprit.  Pas matière.  C'est la Réalité Suprême, le Non‑Manifesté, la Cause de toute manifestation.  Les Écritures sacrées de l'Inde Le nomment :  Brahman, Akchara, c'est‑à‑dire l'Impérissable.  Adviakta :  Non‑Manifesté.  Akchara Brahman, Pouroucha, c'est‑à‑dire Parabrahman, le Seigneur Suprême.

 

21 ‑ Ce Non‑Manifesté, Impérissable, est appelé le But Suprême.  Ceux qui L'atteignent ne reviennent plus.  C'est Ma Demeure Suprême.

 

C'est une description de Dieu selon la religion hindoue.  L'idée de Dieu est exprimée dans le Védanta.  C'est la philosophie :  l'Absolu est Dieu.  Tandis que l'Absolu, avec Ses attributs, est adoré par les êtres humains.  Le Non‑Manifesté n'a pas une forme particulière.  Il est Impérissable.

 

Il est appelé le But Suprême.  Pourquoi est‑ce le But Suprême ?  En ayant un autre but, je dois revenir sur la terre.  Vous pouvez dire :  pourquoi pas ?  C'est possible, vous pouvez revenir, mais après quelque temps, quand vous aurez plus de sagesse, vous comprendrez petit à petit que cette sorte de vie n'est pas assez intéressante :  c'est toujours le bien et le mal, le plaisir et la peine, il y a la souffrance.  Il n'y a pas assez de sagesse.  Aussitôt que nous comprenons notre limitation, nous n'aimons plus cette sorte de vie.  Nous voulons avoir une vie plus large, plus grande qui comprenne tout.  Nous voulons une vie plus puissante.  Donc le But Suprême est la Réalisation.  Ce n'est pas seulement une connaissance intellectuelle, c'est la connaissance de notre véritable nature :  notre véritable Soi est le Seigneur Suprême.  Alors tout change !  Les Écritures sacrées nous disent de chercher Akchara Brahman, le but de notre vie.

 

Ma Demeure Suprême :  Le Seigneur a‑t‑Il une demeure ?  De la Suprême Réalité viennent toutes les Incarnations Divines et elles rentrent en Cela.  Quand le Seigneur le veut, Il prend un corps humain pour vivre parmi nous et nous enseigner.  Son travail terminé, Il peut rentrer dans l'Absolu.  Çri Krichna est identifié à une Incarnation Divine.  Parlant de la Demeure Suprême, Il dit :  Je suis venu de Cela, je rentrerai en Cela.

 

Cette idée se trouve dans la Katha Oupanichad.  Quand une âme est en Brahman, elle a atteint le but de sa vie.  Après, elle n'a rien d'autre à gagner.  Mais ceux qui se trouvent dans l'autre Non‑Manifesté, c'est‑à‑dire dans la Prakriti pendant la nuit de Brahmâ, ceux‑là doivent revenir.  Pas ceux qui sont entrés en Brahman.

 

La création entière est aussi la Demeure du Seigneur, parce que rien d'autre n'existe que Brahman.  Tout ce qui est vient de Brahman.  Donc Brahman est en tout et en tous.  C'est un aspect inférieur.  La manifestation du Seigneur en ce monde n'est pas complètement le Seigneur.  C'est une manifestation partielle.  Un autre aspect est Brahman, Réalité Ultime, Infinie, Transcendantale.  Le monde est Sa manifestation.  Mais la Réalité Ultime n'est pas changée par Sa manifestation.  Elle reste toujours la même.

 

Brahman Lui‑même est manifesté en tant qu'Univers.  Comment peut‑on L'atteindre ?

 

22 ‑ C'est le Pouroucha Suprême, ô Partha, que l'on atteint par une dévotion exclusive.  En Lui, tous les êtres demeurent et par Lui, l'univers entier est pénétré.

 

Il y a deux aspects.  Tous les êtres sont en Brahman.  Et aussi Brahman est en chaque être.  Ces deux aspects doivent rester présents à notre esprit quand nous pensons à Dieu, selon la pensée indienne.  Dieu est au‑dedans de nous, immanent, Il dirige notre vie entière.  Dieu est hors de nous comme l'univers entier.  Brahman étant la source de tout, tout est en Lui.  Aucune chose n'existe sans la présence de Brahman.  Cette idée est exprimée plusieurs fois dans la Bhagavad‑Gîtâ qui est un prolongement de la pensée oupanichadique.  Ainsi la Bhagavad‑Gîtâ est aussi appelée une Oupanichad.

 

C'est le Pouroucha Suprême, la Personne Suprême.  Pourquoi le Pouroucha ?  Parce que Sa présence est en nous.  En sanscrit, le mot signifie au‑dedans de nous, ou Sa Présence en tout.  Si chaque être doit Le considérer au‑dedans de lui, c'est parce que Brahman est la Cause.  L'effet ne peut durer sans sa cause.

 

Alors pourquoi toute cette description du but de la Bhagavad‑Gîtâ ?  Pour attirer notre attention vers la nécessité de méditer sur le Suprême.  Par divers chemins, nous sommes amenés vers l'idéal.  De plus en plus, nous apprenons pourquoi nous devons méditer sur Dieu.  Le chemin de la Dévotion sera enseigné :  Ce n'est que par une dévotion exclusive…  Pourquoi exclusive ?  Comprenons clairement :  C'est un amour intense pour Lui seul.  Pas pour un autre.  S'il y a attachement pour autre chose, nous ne pouvons pas aller jusqu'à Lui.

 

Cependant, nous pouvons avoir ce que nous cherchons.  Il n'est pas dit qu'il est mauvais de penser, d'aimer et d'avoir de la dévotion pour un autre, ni pour ce que vous voulez dans le monde.  Ça n'a pas d'importance.  Un jour viendra où rien ne sera aussi intéressant, ni aussi attrayant que le Seigneur.

 

Les enfants passent leur temps avec des jouets, mais cela ne dure pas toute leur vie.  Il en est de même de notre évolution intérieure.  Quand rien d'autre ne captivera notre intérêt, nous aurons alors la conviction profonde qu'il n'existe rien de plus précieux que le Suprême Brahman.

 

 

Le sujet abordé maintenant est le suivant :  Nous avons compris la nécessité d'aller à Brahman.  Mais est‑il possible de L'atteindre ?  Qui peut réussir ?  Quelle est la condition pour Le réaliser ?

 

Selon la tradition hindoue, quand un homme meurt, son corps est incinéré.  Son âme en quittant le corps part avec la flamme et la fumée.  À ce moment‑là, il y a deux voies :  l'âme peut prendre l'une ou l'autre.  L'une est la voie des Déva, l'autre celle des ancêtres.  L'âme est guidée par les divinités, disent les Véda.  Tout ce que nous allons lire a été exprimé pour les Hindous déjà à cette époque ancienne.  Au temps de la Bhagavad-Gîtâ, tout ceci était bien connu.  Çri Krichna touche seulement quelques points le rappelant.  L'âme est guidée tout d'abord par la divinité du Feu, Agni.  Tous ceux qui ont un bon Karma, qui ont accompli de bonnes actions, qui ont une connaissance juste de la nature de Brahman, ayant abandonné toute autre pensée, ceux‑là prennent le chemin des Déva, êtres célestes, brillants.  Ceux qui reviennent sur terre prennent la voie des ancêtres – Pitri.  Çri Krichna l'explique :

 

23 ‑ Je vais te dire maintenant, ô le meilleur des Bhârata (Arjouna), la période pendant laquelle le Yogi part et ne revient plus et celle pendant laquelle il part pour revenir.

 

Ceci montre la croyance en une période favorable pour obtenir la Délivrance et une période défavorable, c'est‑à‑dire pour revenir sur la terre.

 

24 ‑ Les Yogi qui connaissent Brahman, l'Absolu, et qui s'en vont au temps du feu, de la lumière du jour, durant la phase claire du mois lunaire et durant les six mois de la course du soleil vers le nord, ces Yogi vont à Brahman.

 

Cette croyance est la même aujourd'hui.  Les Hindous préfèrent mourir pendant la course du soleil vers le nord, etc. ; il faut toujours qu'il y ait la lumière.  Alors le Yogi n'est pas obligé d'attendre longtemps.

 

Qu'arrive‑t‑il à celui qui meurt pendant la période sombre ?  Il doit attendre.  La divinité qui est le Seigneur de cette partie sombre garde l'âme et ne la donne qu'ensuite.  Cette voie n'est pas ouverte à tous.  C'est la voie des Yogi qui ont acquis pendant leur vie terrestre une grande connaissance de Brahman, une grande maîtrise de leur corps physique et même de leur corps subtil.

 

Je vous ai parlé une fois de Bishma, héros du Mahâbhârata qui a été transpercé par les flèches d'Arjouna.  Mais il ne voulait pas mourir avant l'époque favorable.  Ainsi il a attendu jusqu'au mois de février pour abandonner son corps.  Et d'autres grands Maîtres de l'Inde ont choisi le jour désirable pour quitter ce monde.  Comment est‑ce possible ?  C'est grâce à une volonté très forte et à une grande maîtrise du corps physique.  Il se peut que le corps physique ne soit pas bien du tout, mais il reste vivant.

 

C'est Agni qui dirige le temps du feu.  Çamkara en a fait le commentaire.  Il existe différentes divinités qui dirigent le temps à des moments différents.  Agni est une grande divinité.  Le Rig Véda commence par une prière adressée à Agni.  Les Hindous de notre temps, s'ils ne sont pas toujours fidèles à leurs anciennes traditions, en gardent quelques‑unes.  C'est ainsi pour le culte du feu en certaines occasions :  mariage, naissance d'un enfant et au moment de la mort.  On doit utiliser le feu, que l'on a adoré toute sa vie, pour l'incinération du corps.  Le feu représente le messager des Déva, première manifestation du Seigneur Suprême.  C'est une tradition très ancienne.

 

On dit que les Aryens, qui ont écrit les Véda et les Écritures du Védanta, ont habité près de l'Océan Arctique où il y a six mois de soleil et six mois de ténèbres.

 

Le chemin de la Réalisation de Dieu est toujours associé à la Lumière, au temps du jour, à la phase claire de la lune.  Il s'agit de la divinité du jour qui est le Seigneur du monde – Bhou Loka ; c'est dans le Véda.

 

Ainsi l'âme progresse par différents chemins jusqu'à ce qu'elle atteigne le Brahmâ Loka.  Ceux qui y parviennent ne reviennent plus sur terre.

 

Maintenant, nous étudierons le chemin de ceux qui doivent revenir sur terre.

 

25 ‑ Le Yogi qui s'en va dans la fumée pendant la moitié sombre du mois lunaire, pendant les six mois de la course du soleil vers le sud, ce Yogi, obtenant la lumière de la lune, revient.

 

Il est assez intéressant de voir, dans la religion ancienne, la place importante donnée au soleil et à la lune.  Quand on fait le culte des ancêtres, on invite la divinité qui habite dans le soleil et celle qui habite dans la lune.  Ce n'est pas la lune que nous voyons.  C'est un Loka appelé Chandra Loka.  En tout cas, ce n'est pas de la matière.  C'est la demeure de nos ancêtres, région occupée par les Pitri.  Il ne s'agit pas de l'astre exploré maintenant de plus en plus, mais de la région où nos ancêtres peuvent se réjouir de leurs bonnes actions.

 

Donc prendre le chemin des Pitri n'est pas mauvais.  Seulement, nous devrons revenir sur la terre.  Ceux qui sont attachés au culte et qui désirent obtenir les fruits de leurs pratiques n'iront pas plus haut que le domaine du Chandra Loka.  Les deux chemins sont bons.  Ceux qui les suivent sont appelés Yogi, parce qu'ils font de bonnes actions ; ils ont la foi et font leurs devoirs assez bien, avec concentration.  C'est pourquoi ils sont des Yogi.  Seulement, l'un ne pense pas à la récompense, l'autre y pense.  Ne pas penser à la récompense n'est pas facile.  Donc on dit :  Tous sont bons.

 

Les êtres malfaisants ne peuvent prendre ni l'un ni l'autre de ces chemins.  Ils tombent plus bas pour renaître dans des formes inférieures.

 

26 ‑ Lumière et ténèbres, ces deux voies sont considérées comme les voies éternelles du monde.  Par l'une, on part et ne revient plus.  Par l'autre, on revient.

 

Pourquoi ces voies sont‑elles éternelles ?  Parce que la création est éternelle.  Puisque le Samsâra est éternel, la voie aussi doit être éternelle.  Chacun s'engage sur sa voie.  Pourquoi parle‑t‑on de la lumière ?  Vous le savez, le Seigneur est quelquefois appelé la Lumière.  La connaissance est appelée la lumière.  On peut associer la lumière aux voies qui nous amènent au Suprême.

 

27 ‑ Le Yogi connaissant ces deux voies, ô Partha, ne s'égare jamais.  Sois donc toujours ferme dans le Yoga, ô Arjouna !

 

Çri Krichna indique à Arjouna que la pratique du Yoga est importante pour tous ceux qui aspirent à la Libération.  Celui qui comprend la nature éphémère des plaisirs de ce monde ne désirera pas atteindre un ciel inférieur au Suprême parce qu'il ne sera pas attiré par un ciel temporaire.  Cela dépend de l'évolution de l'âme.

 

28 ‑ Le Yogi qui connaît tout cela transcende les fruits des mérites assignés à l'étude des Véda, des sacrifices, des austérités et de la charité.  Il parvient à l'état suprême primordial.

 

Dans tout ce que nous faisons en ce monde, il y a toujours une idée cachée, parce que la nature humaine est ainsi faite.  Alors nous posons des questions :  Que puis‑je gagner ?  Quelle en est l'utilité ?  La question posée ne l'est pas seulement par la pensée immédiate, c'est une chose inhérente à nous tous.  Faire de grandes actions ou le culte, c'est naturellement beau.  Alors quel mal y a‑t‑il là ?  La charité, c'est parfait.  Malgré cela, il y a très souvent en nous un désir, un attachement, quelquefois incompréhensible, invisible, très subtil.  Même s'il n'y a qu'une petite trace de cette sorte de pensée, nous devrons renaître.  C'est seulement l'âme plus évoluée, convaincue de n'avoir rien d'autre à chercher que le Seigneur, capable de s'établir constamment dans la pensée du Suprême, capable aussi de faire le culte, d'accomplir tous ses devoirs et de vivre comme tout le monde, cet être‑là n'ayant aucun attachement, peut être libéré.  Çri Krichna nous a dit plusieurs fois :  Soyez détachés !  L'attachement nous ramène sur la terre.

 

Le vrai Yoga est celui par lequel on ne recherche pas le fruit des actions méritoires.  La lecture des textes sacrés est une action bonne.  Le rite védique, le culte, les austérités (tapas en sanscrit), la pratique de la charité sont des actions bonnes qui produisent des mérites pour lesquels on reçoit une récompense.  Le vrai Yogi n'est pas intéressé par ces récompenses.  Il ne cherche rien d'autre que le Seigneur.  Il se tient à l'écart.  Il passe son temps, autant qu'il le peut, dans la contemplation intense.  Les grands Yogi transcendent tous les mérites.  Ils cherchent seulement à aller au Suprême, Éternel, sans commencement, sans fin, Impérissable, Éternelle Réalité.

 

Si nous voulons méditer sur le Seigneur, il nous faut tout d'abord penser à Sa nature.  Nous devons vivre quelque temps avec cette pensée de la concentration sur le Suprême jusqu'à devenir de plus en plus établis en Cela.

 

Nous voyons la grandeur du Seigneur dans différents aspects, Sa manifestation dans le monde et hors du monde.  Le Non‑Manifesté se présente sous deux formes :  l'une temporaire, l'autre éternelle.  Nous avons vu les différents états par lesquels nous passons tous après la mort.  Mais tout cela est décrit comme étant inférieur au Suprême.

 

En résumé, ce Dialogue contient des points importants de la religion hindoue.  Toutes les religions parlent de ce qui arrive après la mort ; elles en donnent quelquefois plusieurs explications.  Quand un homme quitte son corps, l'âme qui est venue du Seigneur doit retourner au Seigneur.

 

Les Hindous disent que ce n'est pas si facile.  Ce qui arrive après la mort est relié à la vie terrestre.  Dès l'époque des Véda, on pensait que la mort n'était pas la fin de l'existence.  Les Véda indiquent déjà deux idées :  La doctrine de la renaissance et le chemin pris par l'âme quittant le corps mortel.

 

Quand le corps est incinéré, l'âme sort mais n'est pas libérée du corps subtil.  Elle le garde avec elle.  Elle devra traverser plusieurs expériences conditionnées par son Karma, ses attachements, ses désirs, ses aspirations, etc.  Cette pensée rudimentaire se trouve déjà dans les Véda ; elle a été développée dans les Oupanichad.

 

Les Véda parlent des divinités :  Agni, Varouna, Indra, Mitra.  Il n'y a pas l'idée du Dieu unique.  Les divinités viennent aider l'âme et la conduisent en lui faisant traverser différents états.

 

Quand je vous ai parlé de la Vie éternelle, je vous ai dit comment, à la dernière étape, un Être resplendissant vient emmener l'âme au domaine de Brahmâ.  Habillée dans la forme de Brahmâ, elle ira devant lui.  Dès que l'être humain entre, il est transformé et le sera de plus en plus.  Il aura une forme qui mérite de rencontrer Brahman.  Après, il doit dire :  Seigneur, Vous êtes Moi aussi.  Alors, il devient un avec Brahman.  C'est frappant !  Dans une langue très simple et avec beaucoup de poésie, avec une imagination extraordinaire, on a su décrire ce qui arrive après la mort.  Qu'arrive‑t‑il ?

 

À l'époque des Véda, on croyait que les êtres qui avaient accompli leurs devoirs et avaient vécu selon l'éthique étaient emmenés par la divinité Marout, dans une région plus élevée que la terre, où habitaient les ancêtres.

 

Plus tard, les Véda parlent des deux chemins :  Dévayana et Pitriyana.  Ceux qui ont la connaissance du Suprême, par leur vie, leurs études, mais qui ne l'ont pas réalisé, peuvent, au moins au dernier instant, atteindre le domaine de Brahman.  Leur chemin est tout d'abord la flamme (puisque le corps est incinéré), puis ils entrent dans la lumière.  Arrivés à Brahman, ils sont délivrés, ils ne renaîtront plus dans le monde terrestre.  Ils sont libérés.

 

Quant à ceux qui ont été religieux, qui ont pratiqué le culte avec une arrière‑pensée de récompense, ceux‑là n'ont pas la vraie connaissance de Brahman ; ils atteindront le domaine de la lune :  Chandra Loka.  Ceux‑là partent dans la fumée, la nuit, dans la moitié sombre du mois lunaire, pendant les six mois de la course du soleil vers le sud.  Quand ils sont dans le Chandra Loka, ils jouissent des mérites de leurs actions, mais ils retourneront dans le monde terrestre.  C'est ici la différence entre les deux voies :  Dévayana et Pitriyana.

 

Çri Krichna ne cite pas les textes.  Il parle du feu, de la lumière.  En vérité, dans l'Oupanichad, il n'y a pas les deux mots :  fumée et lumière, on parle du feu, d'une seule flamme.  Nous voyons que le premier chemin, du commencement à la fin, est entièrement illuminé, tandis que l'autre est noir et obscur.

 

La voie prise par les sages, les connaisseurs de la Vérité, est pleine de lumière.  C'est compréhensible en nous rappelant que la connaissance est associée à la lumière.  Les textes anciens citent encore d'autres régions :  le soleil, l'éclair, le Pouroucha du mental, etc., pour arriver au créateur Pradjapati qui est Brahmâ, au Brahmâ Loka.  Mais Çri Krichna ne fait pas mention de tout cela.

 

On se pose la question :  Était‑ce vraiment ainsi au temps de la Gîtâ ?  Ou bien y a‑t‑il une autre idée exprimée là ?  Dans le texte védique on trouve les mots :  feu, lumière et les divinités.  L'âme n'entrera pas seule dans ces régions, elle y sera emmenée par différentes divinités.

 

Çri Krichna a employé ces mêmes mots sans parler réellement du temps parce qu'Il a voulu nous enseigner de bien choisir notre vie.  Il nous a dit comment nous devons vivre.

 

Un autre point ici est intéressant à signaler :  L'être qui prend la voie lumineuse et celui qui prend la voie sombre sont tous deux appelés des Yogi.  Tous deux ont fait des actions méritoires en étant concentrés sur leur action.  L'attachement n'est pas considéré comme un péché.  S'attacher pour la vie n'est pas un péché.  Cependant, il y a une distinction à faire.  Le chemin du Devayana conduit à la Délivrance.  Et le Yogi qui le suit est le meilleur.  Cela est nettement indiqué au dernier verset.

 

L'enseignement de Çri Krichna insiste beaucoup sur la nécessité d'arriver à une dévotion intense pour le Suprême, plutôt que de connaître tout ce que les Écritures disent de la vie et de la mort.

 

Enfin, vous poserez, je suppose, encore une question :  Où vont ceux qui ne sont pas des Yogi ?  Selon les Écritures la voie suivie par les êtres humains après la mort est quadruple :  tout dépend de leur vie terrestre, de leurs actions et de leurs pensées. 

 

Premièrement :  Les grands Yogi.  Leur vie est parfaite ; ils connaissent la nature de Brahman, méditent sur Lui et pratiquent la vie spirituelle.  Ils iront au Brahmâ Loka.  C'est une délivrance qui s'effectue par étapes, petit à petit.  Le Brahmâ Loka est comme le ciel de Dieu.  Parmi ceux qui sont là, quelques‑uns s'ils le veulent se fondront en Brahman.

Deuxièmement :  Ceux qui font le culte védique, qui sont charitables, iront au Chandra Loka.  Ils y jouiront des satisfactions méritées par leurs actions et ils reviendront sur terre, car ils désirent encore jouir des plaisirs terrestres.  En étant au Chandra Loka, ils deviennent des Déva.

Troisièmement :  Ceux qui agissent contre les règles religieuses, contre l'éthique.  Ceux‑là prennent des formes inférieures à celle des hommes ; ils doivent vivre dans des régions correspondant à l'enfer.  Après avoir souffert de leurs mauvaises actions, ils reviendront sur terre.

Quatrièmement :  Ceux qui font beaucoup de mauvaises actions doivent renaître plusieurs fois comme des insectes :  des mouches et des moustiques.  Vous pouvez penser :  Quelle comparaison !  Pourquoi ?  Les distinctions existant entre ces quatre types d'êtres témoignent de la qualité et du développement de la vraie conscience.  Chez un être évolué, la conscience spirituelle est très élargie, tandis qu'elle est très petite chez un moustique.  C'est l'explication.

 

Tout le monde n'est pas obligé d'accéder à l'état suprême par étapes, c'est‑à‑dire de partir par le feu, la fumée, la lumière, etc.  Nous pouvons être libérés dès maintenant, pendant notre vie sur terre.  Pour ceux‑là, l'âme n'ira dans aucun monde.  Quand ils quitteront leur corps, Atman s'immergera en Brahman :  la Conscience Universelle.  Je vous l'ai dit plusieurs fois, c'est comparable à une goutte d'eau qui se mélange à l'eau de l'Océan.

 

Par cette étude, nous avons appris que le but de notre vie est la Réalisation du Suprême.  Nous devons nous concentrer sur cette idée et ne pas l'oublier.  Une autre idée également intéressante est que personne n'est égaré.  Tout le monde obtiendra la Réalisation un jour ou l'autre.  C'est l'enseignement donné dans le huitième Dialogue de la Bhagavad‑Gîtâ.

 

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Question posée par un auditeur :  Les saints affirment qu'il faut désirer Dieu très ardemment, en étant littéralement assoiffé de Sa Présence, pour qu'Il nous accorde Sa vision.  Existe‑t‑il un moyen d'accroître cette soif de Dieu ?

 

Çri Râmakrichna a dit que nous pouvons demander à Dieu :  Donnez‑moi la foi de plus en plus.  Donnez‑moi la capacité d'aimer de plus en plus.  C'est la vraie prière !  Elle devient une sorte de nostalgie, comme cela est arrivé à de grands saints qui ne pouvaient plus vivre sans la pensée de Dieu.  Nous en trouvons des exemples partout dans le monde.  Dans la biographie de Çri Râmakrichna, on lit qu'il appelait constamment sa Mère Divine :

« Ô Mère !  Où êtes‑Vous ?  Je Vous appelle.  Ne m'entendez‑Vous pas ?  Je ne peux pas vivre ainsi.  Je voudrais plutôt mourir que de vivre sans Votre vision. »

 

Cette nostalgie intense doit se manifester.  Certainement, elle doit se manifester, selon Çri Râmakrichna qui est passé Lui‑même par cet état.  Sûrement, vous pouvez arriver à la nostalgie intense.

 

 

AUM !  Conduis‑nous de l'irréel au Réel !  Des ténèbres à la Lumière !  De la mort à l'Immortalité !  Paix !  Paix !  Paix !