RAMAKRISHNA

 

Le symbolisme de Kâlî
 

Swami Ritajanananda

 

Que signifie l'adoration de Kâlî ?  Aucune religion connue ici n'adore le symbole de la destruction.  Il est difficile de bien comprendre le symbolisme religieux en Inde.  Sans symboles, on ne pourrait aider les gens et les amener vers la spiritualité.  Le symbole est incompréhensible pour notre raison.  En cherchant à le comprendre, on peut aller au delà de tous les symboles.

 

Ainsi je vous ai parlé souvent de Krichna, symbole d'amour et de bonté.  Avec la divine Kâlî, nous avons l'autre aspect, peut‑être effrayant ; nous ne l'aimons pas ; nous voudrions voir la vie pleine de paix et de justice.  C'est important pour nous, malgré le fait d'avoir constamment à supporter une expérience pénible ou désagréable.  Si Dieu existe, pensons‑nous, Dieu doit être juste, plein de compassion, bon et faisant toujours le bien.

 

Cependant le monde n'est pas toujours bon et il ne manifeste pas tellement de compassion ; nous n'y voyons pas la justice ; il y a des conflits fréquents ; nous devons vivre dans ce monde et accepter l'injustice.  Ce n'est pas facile.

 

En expliquant l'adoration de la Mère Divine, j'ai dit que la Mère Divine exprime les forces de la Nature dans laquelle nous vivons.  La Nature est plus importante et elle nous semble plus réelle que Dieu Lui-même, parce que nous pouvons dire :  je vois cet arbre, voilà des fleurs, je vois le ciel avec des nuages.  Je n'ai pas de mots pour exprimer Dieu ; je ne peux pas Lui parler.  Donc, en voyant des choses proches de nous, l'adoration de la FORCE DE LA NATURE est facile.  Mais que dois‑je adorer ?  L'arbre ?  Les animaux ?  Les nuages ? Ce serait sans fin.  Peut‑on trouver autre chose ?  Il y a la FORCE DIVINE qui est derrière toute la NATURE, qui est en dehors de nous et aussi au‑dedans de nous.  Cette force nous aide ; nous la sentons en traversant de nombreuses expériences.  Nous vivons par cette force.  Tout ensemble, LA FORCE EST CHAKTI – LA MÈRE DIVINE, la Force est la Nature, la Force est Kâlî, la Force est Dourga !

 

Alors pourquoi cette force est‑elle représentée sous cette forme de Kâlî ?  Uniquement pour nous suggérer la signification de la destruction, qui est là autour de nous.  Tout doit être détruit pour produire quelque chose de nouveau !  Les trois aspects de Dieu sont, vous le savez, le créateur, le protecteur et le destructeur.  Les gens disent habituellement qu'ils aiment voir Dieu le créateur, parce que toutes les religions en parlent ; nous acceptons aussi l'idée de la protection, mais la destruction n'est pas facilement admise.

 

La tradition religieuse, en Inde, a toujours montré ces trois aspects ensemble.  Les arbres anciens ou morts sont détruits ; un arbre nouveau pousse.  Si nous considérons la vie, ou la Nature, les trois aspects existent en même temps.  Çiva – Roudra – est l'aspect destructeur.  Les trois aspects divins sont représentés par BRAHMA :  le créateur, VICHNOU :  le protecteur, ÇIVA :  le destructeur. Les trois forces divines de ces aspects sont trois CHAKTI.  La force destructive est KALI.  Ce qui est détruit n'est pas seulement ce que nous appelons la mort, mais aussi la destruction de beaucoup d'autres choses en nous, comme la petitesse ou l'étroitesse de vue, le faux moi.  Si nous voulons vivre comme un être puissant, ayant une grande paix, nous devons voir et accepter la mort, sans aucune peur, car c'est un phénomène naturel.

 

La Kâlî Pouja est une fête caractéristique au Bengale.  La force destructrice de la Mère Divine Kâlî a ses adorateurs.  Les coutumes changent suivant les régions de l'Inde ; près de Bombay, les gens n'adorent pas Kâlî, mais Lakchmi, Déesse de la prospérité ; ils veulent posséder des biens.  Au Bengale, on croit nécessaire d'adorer la force effrayante de Kâlî pour avoir le courage de surmonter toutes les difficultés de la vie.  De grands maîtres ont enseigné la valeur de cette adoration.  Si nous ne comprenons pas les adorateurs de la Chakti, Force Divine de la Nature, non seulement protectrice, mais aussi destructrice, nous avons de la difficulté à admettre que cette adoration est aussi une discipline spirituelle.  Il y a eu de tels adorateurs de Kâlî au cours des siècles ; ceux qui ont écrit des chants sont bien connus, comme Râmprâsad et Kamalakanta.  D'autres ont écrit les commentaires des Tantra exposant la philosophie de l'adoration de la Mère Divine Kâlî.  La discipline à suivre n'est pas toujours facile, même en utilisant nos passions pour arriver au delà de ce qui est passions et sentiments.

 

Célébrer un culte toujours accompagné de pensées et de choses agréables est facile.  Rassembler les adorateurs d'une forme divine agréable est aussi facile, mais célébrer le culte de Kâlî, parfois même dans un champ d'incinération, est difficile.  Il n'y a pas beaucoup de gens qui acceptent d'aller au cimetière ou dans un lieu de crémation, pendant la nuit.  Normalement, peu de gens le comprennent.  On craint d'être molesté par les esprits désincarnés.  Aller seul, le jour de la nouvelle lune, dans le noir faire un culte en entendant le cri des chacals qui cherchent quelque chose à manger, n'est pas si facile.  Celui qui fait le culte doit oublier toutes les peurs.  Çri Râmakrichna raconte le culte que la Bhairavi Brâhmani lui avait montré.  Les disciplines des Tantra doivent être pratiquées toujours avec l'aide et sous la direction d'un Gourou qui a lui‑même accompli ces rites.  Le Gourou est la seule personne autorisée à enseigner ces disciplines, comprenant beaucoup de Mantra très importants qui ne sont pas dans les Véda.

 

Le point essentiel est de comprendre que Çiva et Chakti sont identiques.

 

Çiva est tout, Çiva est tout‑puissant, sans attribut, indescriptible !  En même temps, Çiva est la base des trois Gouna.  Il est sans forme, mais donne forme à la création entière.  Et quand Il pense que le temps est venu de reprendre la création qu'Il a créée, Il réabsorbe tout.

 

C'est une tradition, en Inde, de croire que la création est sans commencement ni fin.  Elle est manifestée puis rentre à l'état de Non‑manifestation.  La question du créateur strictement n'existe pas.  Ce que nous appelons la création a été là auparavant, les arbres étaient là, nous étions là, le monde était là toujours.  Seulement le monde n'est pas toujours comme nous le voyons en ce moment, il passe des siècles à l'état de Non‑manifestation.  Le monde est manifesté, puis il est réabsorbé.  L'Oupanichad et d'autres livres disent qu'il en est ainsi pour un arbre par exemple.  L'arbre est dans la graine ; la graine tombe, germe et l'arbre pousse une nouvelle fois.  Ainsi la manifestation du monde et la Non manifestation se poursuivent.  Çiva, c'est‑à‑dire Dieu, Se manifeste et reprend tout en Lui.

 

La Svétasvatara Oupanichad dit que Çiva possède Chakti, qui est la demeure et la cause de tout ce qui existe en ce monde.  Çiva, dans cette Oupanichad, est appelé Roudra ; Il n'est pas toujours décrit de la même façon :

 

Ô Roudra !  Par Votre Mâyâ, l'univers entier se manifeste.  Protégez‑nous dans Votre compassion !

 

Le Nirouttra Tantra représente Çiva sans mouvement, c'est‑à‑dire qu'Il n'agit pas, Il est inerte.  C'est le symbole de Çiva cadavre.  L'autre aspect est dynamique, c'est Çiva ‑ Brahman ; nous devons accepter ces deux aspects.  C'est pourquoi l'image de Kâlî les représente tous deux :  Çiva cadavre, étendu sous les pieds de Kâli, dynamique !

 

Çiva a différents noms :  Adhinata, Mahâkâla, Paramaçiva, Paramabrahman.  Il est indivisible, sans commencement, sans fin.  Il est Mahâkâla, c'est‑à‑dire l'origine du Temps, Kâla, Kachta.

 

Cet ensemble sans fin est dans Sa grandeur Suprême appelé Paramaçiva, idée figurant dans tous les livres parlant de Çiva.  On doit comprendre que Çiva agit par Sa Chakti.  C'est par Chakti que les créatures sont créées ; elles naissent enfants, elles grandissent, traversent l'âge moyen et vieillissent puis quittent le monde.  La Chanti Parva du Mahâbhârata dit que les enfants naissent par la présence du Temps et que, par Lui, il y a naissance et mort.

 

Brahma, Vichnou, Roudra semblent étendus par la Chakti de Kâla, le Temps.  Kâli est notre Gourou :  Paramechti Gourou.  Kâlî nous donne le salut.  Sa compassion est extraordinaire pour Ses enfants, qui sont sensuels et tellement attirés par les choses matérielles.  C'est parce qu'ils sont conscients de leurs faiblesses qu'ils adorent la Mère Divine.

 

Les adorateurs, Chakta, de la Mère Divine, Chakti, pensent qu'à notre époque cette adoration de la Mère est le meilleur moyen pour nous aider à surmonter les obstacles de la vie ordinaire.  La Mère, dans Sa compassion, peut écarter nos obstacles.  C'est Elle qui les a tous mis autour de nous.

 

L'adoration de Kâlî expose, en quelque sorte, la voie de la Dévotion et celle du Védanta avec la philosophie des Tantra, qui reprend toutes les idées du Védanta.

 

« Je suis Brahman » est une affirmation trouvée dans les Oupanichad.  Un Sâdhaka, adorateur de Kâlî, pratique sa religion en se levant de très bonne heure le matin ; il s'assoit sur son lit et médite ainsi :  « Je suis la Mère Divine et rien d'autre.  Je suis Brahman qui ne connaît pas le chagrin.  Je suis.  J'ai la forme de l'être qui est conscient de la Béatitude.  Ma véritable Nature est la Libération éternelle ! »  À midi, ce Sâdhaka fera le culte selon les Tantra dont les détails sont très nombreux.  Il dit :  « Je suis Lui !  Soham » et il médite sur Cela. La philosophie de l'adoration de Kâlî est la même que celle du Védanta.  Une prière dit :

 

« Que la Mahâ Dévi, la Mère Divine, appelée Kalika, qui n'a ni commencement ni fin, que les gens imaginent de couleur bleue‑noire parce qu'Elle est Chitghana, comme un nuage très épais, quand tout est noir.  Elle est Chitghana Satvagounamayi, c’est‑à‑dire pleine de la Gouna Sattva. »

 

On imagine qu'Elle est noire parce qu'Elle est au delà de toute notion de couleur, Elle est au delà de toutes les Gouna de couleurs différentes.  Malgré le fait qu'Elle ne change pas, Elle retient de nombreux Jiva dans les filets de Mâyâ, représentés par Ses cheveux épars, dénoués – Mouktakéchi.  Chaque être est un filet dans lequel un Jiva est tenu sous le contrôle de Mâyâ.  Et aussi la Mère Divine peut libérer le Jiva si Elle le veut.

 

Kâlî a trois yeux.  Que représentent‑ils ?  En Inde, on adore Brahma, Vichnou, Çiva, trois Divinités représentées par les trois yeux, qui voient les trois aspects du Temps :  le passé, le présent et l'avenir.  Sa forme est terrible.  Des cadavres L'entourent.  Quelquefois, deux petits garçons morts sont Ses boucles d'oreilles.

 

Que signifie tout cela ?  Il y a deux Écritures sacrées :  les Agama et les Nigama.  On dit qu'un homme doit pouvoir recevoir le bien et le mal, dans la vie quotidienne, absolument sans perturbation ; il est alors comme un enfant que la Mère aime beaucoup, car Elle regarde ceux qui suivent Agama et Nigama comme des bijoux que les femmes aiment porter.

 

Dans l'image de Kâlî, nous lui voyons de grandes dents et la langue tirée hors de la bouche ; dans Sa main gauche, Elle tient une coupe faite d'un crâne humain.  C'est parce qu'Elle est Chinmayi qu'Elle boit le vin de l'illusion.  Un homme qui boit ce vin a trop de Tamas, ignorance ; il ne comprend pas la Vérité.  Kâlî porte une guirlande de têtes humaines.  Il y en a cinquante‑deux, nombre des lettres de l'alphabet hindou.  Parfois il n'y en a que cinquante.  Ce sont des Bîdja, des graines d'un Mantra, par exemple :  Hram, Hrim, Hrum, Hrim, Hraim.  Chaque son représente un Bîdja différent.  Ces sons ont une puissance particulière.  Ainsi a été imaginé la guirlande de crânes parce que le son vient de la bouche ; la guirlande de crânes est autour de Son cou.  La Mère Divine est Çabda Brahman ; Elle est appelée Çabda‑Brahma‑Roupini.

 

Maintenant nous voyons les deux mains qui portent les deux Moudra :  Abhaya et Vara.  Abhaya signifie :  Ne craignez pas !  Je vous protège !  Même au Tibet, nous trouvons les deux Moudra Abhaya et Vara.  La Mère Divine est toujours pleine de compassion.  Elle nous assure de Sa protection et nous dit :  Ne craignez rien.  Je vous fais ce don !  En détruisant tous les dangers, toutes les peurs, Elle satisfait les désirs.  Un homme L'adore.  Ainsi, d'une main Elle tient une tête coupée et de l'autre une épée, parce que de Son épée Elle coupe les enchaînements de l'illusion.

 

Ceux qui cherchent la vie spirituelle rencontrent une difficulté s'ils ont un attachement pour une chose matérielle ou mondaine ; ils peuvent croire ne pas remporter la victoire facilement.  Alors ils implorent la Mère :

 

« O Mère !  Aidez‑moi parce que Votre Nature autour de moi est puissante.  Je souffre.  Je ne peux réussir. »

 

Alors la Mère vient avec Son épée couper l'enchaînement.

 

L'adorateur, qui a le désir d'avoir des biens matériels, est appelé Sakâma Sâdhaka et celui qui cherche autre chose que ce monde est dit Nichkâma Sâdhaka.  La Mère Divine les aide tous deux.  Que leur donne‑t‑Elle ?  Finalement Elle leur donne Tattva Jnana, la Connaissance du Suprême !

 

La Mère est habillée d'espace parce qu'Elle est Brahman !  Elle est ainsi libérée de tous les vêtements de Mâyâ ; alors Elle est absolument indifférente à tout ce qui est en ce monde.  Des images La représentent aussi portant une ceinture de mains coupées, parce que les mains sont l'instrument principal de notre travail, Karma.  Quand le KALPA est fini, tous les Jiva quittent le monde avec leur KARMA et sont immergés dans l'AVIDYA CHAKTI de MAHAMAYA.  Donc la Mère prend tous les Karma des êtres en Elle et quand les êtres ressortent, Elle leur restitue leur Karma à l'aube d'une nouvelle vie.

 

Considérons maintenant la représentation de ÇIVA, comme un cadavre sous les pieds de la Mère Divine.  Pourquoi ?  Parce que l'état suprême Paramapada qu'un homme peut atteindre est celui dans lequel la Mère Divine avec Çiva nous amènent à un état sans changement.

 

A la fin du Kalpa, toutes les choses de l'univers de Brahma, jusqu'au brin d'herbe, sont résolues en Mahâkâla.  La Mère Divine est un avec Mahâkâla, Seigneur Suprême ou Brahman.  On dit que la Mère Divine est adorée dans un YANTRA composé d'un cercle représentant Mâyâ.  Il y a huit pétales de lotus, les huit formes de la Nature.  Elle est Paramatman, le Suprême ATMAN !

 

La prière dit :

« Nous adorons la Mère Divine Dakchinakâlî.  Elle seule satisfait nos désirs et tout ce que nous demandons dans le culte.

Peut‑être, me suis‑je mal exprimé, pardonnez à ma nature enfantine.  Donnez‑moi Votre bénédiction.

Protégez ma vie, ma réputation, ma famille, ma femme, mes enfants et quand je quitterai ce monde, donnez‑moi la Libération ! »

C'est une prière typique d'un adorateur de Kâlî qui est un chef de famille et non un moine.

 

Swâmi Vivekânanda a dit que l'image de Kâlî nous rend conscients du fait, qu'avec Sa grâce, nous devons trancher Mâyâ et nous défaire de toute illusion, de tous faux attachements pour les choses mondaines.  Nous devons penser à cela :  Si nous sommes attachés, nous ne pouvons pas avancer.  Tous ne le comprennent pas tout de suite ; alors ils passent leur temps à des choses matérielles.  Plus tard, ils arriveront, par Sa grâce, à l'état de Libération.  La Mère Divine dit :

« Je viens avec mon épée couper l'attachement illusoire pour les choses matérielles et mondaines. »

 

Soeur Nivédita a parlé de Kâlî en termes très frappants :

« Pourquoi adorons‑nous la Mère Divine ?  L'âme qui adore est semblable à un petit enfant.  Alors pendant sa méditation l'âme pense à la Mère, avant le sacrement béni.  Certains ont dit avec assurance :  Ô mon enfant !  Ce n'est pas nécessaire de connaître ce qui Me plaît. Aimez‑Moi seulement de tout votre coeur !  Parlez‑Moi comme vous parlez à votre mère quand elle vous prend dans ses bras ! »

 

Cette pensée de la Mère s'est réalisée en Inde dans sa plénitude.  L'image de Kâlî y est un symbole des plus populaires de la Divinité.

 

En Occident, l'art et la poésie ont associé ce qu'il y a de plus tendre et de plus précieux pour exprimer l'adoration de la femme.  La mère y tient une petite place avec le Seigneur Jésus, son petit enfant.  Quelquefois, la mère fait de sa main un trône où le Seigneur Jésus est assis pour bénir le monde.

 

En Orient, le symbole accepté de Kâlî est une femme nue, échevelée, très noire avec quatre bras.  Deux de Ses mains sont bénissantes, les deux autres tiennent une épée et une tête sanglante.  Elle porte une guirlande de crânes et danse la langue pendante sur la forme inerte d'un homme couvert de cendres.  Image terrible et extraordinaire !

 

Ceux qui la disent horrible peuvent être excusés, car ils sont encore hors du premier mur du temple ; ils n'ont pas entendu la voix de la Mère ; ils arriveront dans le temple ; en tous cas, ils sont sur le chemin.  Bien que cette image paraisse effrayante en Occident, elle est chère et très vénérée au Bengale.  Ce n'est pas seulement une représentation de l'Énergie Divine, très connue en Inde ; pour les Sikhs, elle indique le symbole de l'épée ; toutes les filles, tous les enfants sont Ses incarnations.  Ainsi Kâlî paraît très proche ; nous pouvons admirer les femmes, aimer des êtres, mais avec Kâlî c'est autrement :  nous Lui appartenons.  Peut‑être, ne savons‑nous pas que nous sommes Ses enfants jouant autour d'Elle, près de Ses genoux ?  La vie entière n'est rien d'autre qu'un jeu de cache‑cache avec la Mère.

 

Si, par chance, nous arrivons à toucher la Mère, personne ne sait quelle sera la réaction en nous.  Qui peut dire comment s'expriment les joies ou les sensations en pensant :  « Ô Mère !  Ô Mère ! »

 

Soeur Nivédita a écrit un petit livre sur Kâlî la Mère, en citant les chants de Râmprasad et Kamalakanta.  Le langage de la Mère est « Le voile de la Mère »

 

« Éveillez‑vous Mon Enfant !  Marchez comme un homme !  Supportez courageusement ce qui arrive sur votre chemin en cette vie ! Que votre main fasse ce qu'elle doit faire !  Ayez courage !  Ne craignez rien.  N'oubliez pas que je donne aux hommes la virilité et aux femmes la nature féminine.  Je suis Moi, votre Mère, ce qui assure la victoire !  Ne pensez pas que la vie est quelque chose de très sérieux !  Qu'est‑ce que le destin sinon le jeu de la Mère ?  Venez !  Soyez avec Moi un ami de jeu !  Rencontrez gaiement toutes les expériences de la vie.  Peut‑être pensez‑vous que la vie n'a pas de but ?  La vie est le jeu de la Mère Divine.  L'ignorez‑vous ?  (Krichna.)  Le jouet avec lequel la Mère s'amuse est la foudre d'une puissance extraordinaire ; Elle peut même détruire le monde en tournant seulement Son poignet !  Ne demandez pas quel est le but.  Ce n'est pas nécessaire.  Si une flèche doit bondir d'un arc, l'arc ne demande pas un nom et la flèche n'interroge pas l'arc sur son but.  Vous êtes ainsi !  Vous êtes la flèche !  C'est Moi qui vous envoie dans le monde !  Quand la vie sera vécue, vous verrez quel est son but !  Jusque‑là, ô Mon enfant, vous ne connaissez rien.

Mon jeu est tout à fait la voie juste avec un but très net.  Donc, en comprenant cela, commencez votre vie et sachez toujours que nous n'êtes pas ici pour vous‑même, mais pour Moi, pour Me donner du plaisir !  Je vous ai envoyé dans le monde.  Quand les ténèbres de la nuit tomberont, quand Mes désirs seront accomplis, alors je reprendrai tout en Moi pour le repos.  Ne demandez rien.  Ne cherchez rien. N'ayez aucun plan.  Laissez Ma volonté pénétrer partout comme l'Océan entre dans une coquille qu'il vient remplir sur le bord de la mer. Vous devez comprendre que chaque mouvement a sa valeur.  Rien n'est inutile dans ce qui se passe en ce monde !  Aucun effort n'est sans apporter quelque chose !  Les rêves ne deviendront pas plus grands que l'action !  Vous irez çà et là pour une raison peut‑être limitée.  N'oubliez pas que vous servirez une cause très grande, un but important !

 

Vous rencontrerez des gens, vous leur parlerez, et avec plusieurs, il y en aura certains qui Me sont très proches depuis le commencement.

 

Avec eux, vous échangerez peut‑être un signe secret, et ils vous suivront.  Ah !  Quel signe ?  Dans la profondeur de leur cœur il y a l'éclair, l'éclat de l'épée de Kâli. »

 

L'adorateur de la Mère Divine n'est pas toujours, dès sa naissance, une incarnation de la paix, mais un adorateur de la mort et non de la vie.  Ceux‑là adorent l'orage et la difficulté.  Les gens de cette nature viendront à vous pour allumer et enflammer votre tison.

 

« Ma voie sur la terre est de prendre tout, et même les rois qui portaient une grande couronne.  Tous doivent venir à Moi ! Souvenez‑vous que je les appelle tous !  Je pose les questions et c'est Moi qui donne les réponses, parce que toutes les créatures terrestres ont la Mère pour protectrice, même pour les aider quand ils doivent sauter dans la mort ! »

 

« La religion, que vous l'appeliez de n'importe quel nom, a toujours été l'amour de la mort.  Aujourd'hui, nous devons l'éclairer sous la forme du renoncement.  Demain, il faut que mon pays entier brûle avec passion pour le renoncement, hors de tout contrôle de la pensée. Alors les peuples, ayant soif du sacrifice de soi, viendront ! »

 

« Il y en a d'autres qui veulent se réjouir ; pour eux, le travail, les souffrances et le service sont également doux ; ils n'appartiennent pas à des choses amères. »

 

« À notre époque, qui est le Kâlî Youga, Kâlî est la mère de nations différentes qui luttent.  Ne craignez pas la défaite.  Vous serez peut‑être vaincus, n'ayez pas peur, ne vous laissez pas aller au désespoir.  La douleur et les souffrances ne sont pas très différentes du plaisir parce que c'est Moi‑même qui les suis toutes deux.  Réjouissez‑vous donc, Mon enfant, quand vous vous trouverez au milieu des larmes qui coulent.  Dans tout cela, voyez‑Moi souriante !  À cette place-là, J'ai foi et confiance dans les hommes !  Je les serre sur Mon coeur ! »

 

« Déracinez tous intérêts personnels qui éloigneraient votre chemin de Moi.  Ni amour, ni confort, ni amitié, ni amusements ne peuvent empêcher Ma voix d'être entendue quand je parle.  Sortez du palais et plongez‑vous dans l'Océan de terreur.  Rencontrez le destin avec un sourire.  Ne cherchez pour vous‑même ni pitié, ni compassion, parce que Moi je vous donne la force de tout supporter.  Par cette force, vous pourrez exprimer de la compassion à tout le monde !  Acceptez Brahma dans votre état de ténèbres ; la lampe que vous possédez donnera ainsi de la clarté à tous ! »

 

« Faites tous vos travaux, et même les plus modestes, sans chercher une situation plus haute.  Sachez que tous les travaux sont donnés par Moi !  Devenez forts et sans peur avec une résolution fortement établie.  Quand le soleil se couchera et que le jour sera fini, vous comprendrez très bien, Mon petit, que Moi, Kâlî, je suis Celle qui vous a donné courage et force, Celle qui a donné aux femmes la nature de la féminité, Je suis Celle qui assure la victoire.  Ainsi je suis votre Mère ! »

 

C'est un poème en prose de Nivédita ; elle avait souvent entendu les enseignements de Swâmi Vivekânanda, elle s'en est inspirée ; le Swâmi a composé des poèmes sur Kâlî.

 

Quand nous devons vivre dans le monde et y vaincre des obstacles, en supportant des difficultés, c'est la Mère Kâlî qui nous donne le courage de les surmonter.  La vie est rarement sans peine et confortable ; souvent nous y trouvons des souffrances.  Donc, nous avons besoin de l'adoration de la Mère Divine.  C'est Elle qui nous donne tout ce dont nous avons besoin !