RAMAKRISHNA

 

Le silence et la vie spirituelle
 

Swami Ritajanananda

 

Il y a une prière très connue en Inde adressée au Seigneur Dakshinâmurti.  On trouve dans cette prière une description du maître et sa manière d'enseigner.  Il était jeune et ses disciples des personnes âgées.  Le maître ne disait pas un seul mot.  Tous les doutes de ses disciples étaient dissipés.

 

Il donnait l'enseignement sans prononcer un seul mot.  Il n'en sera pas de même aujourd'hui.  Nous allons passer cet après‑midi ensemble en parlant.  Je ne suis pas un maître capable d'enseigner sans parler comme il le faisait et, d'autre part, vous ne seriez peut‑être pas assez évolués pour pouvoir comprendre par le silence seul.

 

Nous vivons dans un monde où une grande valeur est donnée à la parole.  Nous aimons parler à nos amis.  Plusieurs personnes sont venues ici aujourd'hui dans le but d'en rencontrer d'autres et pour leur parler.  La parole est d'une très grande utilité pour nous qui avons tant de choses à nous dire.  Celui qui a le don de la parole et qui, de plus, peut penser avec justesse, celui‑là réussira beaucoup mieux qu'un autre qui serait dépourvu de ce don.  Je connais un jeune homme qui parle l'anglais, le français, l'espagnol, le portugais et le grec, mais il est sans situation.  Quand il parle, même en anglais, on ne peut comprendre que quelques mots de ce qu'il dit, le reste est perdu.  Je lui ai conseillé d'aller dans une école où on lui apprendrait à parler, car cela lui serait très utile.  Voyez :  « Vous avez pu apprendre tant de choses par les livres, mais vous n'êtes pas capable de faire comprendre tout ce que vous savez ». On doit être capable de penser et de parler, ces deux qualités sont nécessaires.

 

La vie n'aurait aucun sens si nous ne pouvions pas nous exprimer.  Nous devons être capable de parler tout autant que de réfléchir.  Les deux vont de pair.  Un homme très habile utilise ces deux facultés de façon à faire impression sur ceux qui viennent le trouver.  La valeur d'un homme dépend de la manière dont il utilise les mots pour se faire apprécier.  Mais il y a des gens méchants qui savent si bien parler qu'ils peuvent attirer tous ceux qui manquent de jugement.  Et ceux qui les suivent deviennent les ennemis de la société.  Il ne faut pas accepter sans réfléchir les paroles des beaux parleurs.

 

Nous ne devons pas oublier que notre vie est une manifestation de l'énergie que nous possédons.  J'ai toujours cette pensée présente à mon esprit, elle est devenue comme une obsession.  Tout ce que j'ai appris par les paroles de Vivekananda et des autres grands maîtres spirituels m'a donné la certitude que nous sommes capables de réussir grâce à la force qui est en nous.  Nous devons être capables d'utiliser cette énergie énorme, la Shakti, comme disent les Hindous, pour notre bien et pour celui des autres.  La parole est un moyen de manifester cette énergie.  Nous ne devons pas la gaspiller, nous ne devons l'utiliser qu'à bon escient.

 

Vous pourriez me rappeler que le sujet de la causerie est le silence alors que je vous parle de l'importance de la parole.  C'est vrai, mais pourquoi le silence est‑il aussi important ?  Je n'ai jamais eu le goût de parler.  Quand je me trouvais en société, je restais presque toujours silencieux et, lorsque je vivais il y a quelques années avec un Swâmi, je gardais toujours le silence.  Cela le fâchait.  On dit qu'il y a trois types de personnes qui ne parlent pas :  le muet, l'idiot et le sage.  Le sage a le contrôle de ses paroles.  Lorsque je me trouvais en société et que je ne trouvais rien à dire parce que les sujets abordés me semblaient sans intérêt, je me tenais tranquille, laissant les amis à leurs discussions.

 

La valeur du silence est enseignée dans toutes les religions que nous connaissons.  Nous pouvons le voir dans les Oupanishads, dans les paroles du Bouddha, dans les enseignements de la Bhagavad Gîtâ, dans les paroles de Saint Jean de la Croix et les autres.  On y voit que la pratique du silence est indispensable pour notre développement spirituel.  Usez avec modération de cette énergie‑là, seulement lorsque cela est utile, et non pas continuellement.  Nous voyons ainsi des personnes parler à longueur de journée, sans chercher à vraiment comprendre ce qu'elles disent.  Et il arrive que l'on ne puisse plus supporter tous ces bavardages.

 

Quand nous réfléchissons à tout ce que nous disons, nous voyons que nos paroles n'ont pas grande signification.  Il se manifeste une sorte de nervosité, nous cherchons surtout à parler sur n'importe quoi, sur ce que nous avons lu, sur ce que nous avons entendu, et il apparaît là quelque chose de très important, le « je ».  Faites le compte du nombre de « je » que vous aurez prononcés au cours d'une conversation, des  « je »,  « je' »,  « je »  sans fin.  Nous sommes ainsi dans un cercle où le « je » veut parler, alors qu'il n'a, en fait, que peu de choses à dire.

 

Les grands maîtres disent qu'il est mauvais de chercher à tant parler, que cela apporte un trouble dans notre vie, que c'est un obstacle dans notre quête spirituelle.  Çri Krichna dit dans la Bhagavad Gîtâ :  « Je suis le Silence. »

 

Saint Jean de la Croix disait de même :  « Le Père a dit un seul mot, et ce mot est son fils.  Et il parlait toujours de lui dans un silence sans fin. Et, dans ce silence, l'âme entend. »

 

Dieu parle, mais vous n'êtes pas préparé à l'entendre.  Vous faites trop de bruit.  Vous devez changer.  Vous devez arrêter vos paroles pour que le silence puisse arriver jusqu'à vous.  C'est à ce moment‑là seul que vous pourrez entendre.  C'est la discipline du yoga.

 

Les paroles sont importantes pour la vie mondaine, mais pour la vie spirituelle, c'est le silence qui est important, pour ceux qui veulent aller profondément en eux‑mêmes, pour y découvrir ce qui s'y cache et pour voir autre chose que ce moi qui vit dans le monde.  Ce n'est pas une obligation de se livrer à cette recherche.  Si vous vous trouvez satisfaits de ce que le monde vous donne, vivez‑y aussi longtemps que vous le voudrez et de la façon que vous aimez.  Mais, un jour, vous vous demanderez, à quoi bon tout cela ?  Le mécontentement que l'on trouve dans la vie, le désir de comprendre, vous pousse à chercher plus avant.  Les grands saints, les grands maîtres disent, vous ne trouverez pas de bonheur dans la vie ordinaire, le bonheur vient d'ailleurs.  D'où vient‑il ?  Il vient de nous‑mêmes.

 

Vous recevrez l'enseignement quand vous le demanderez.  Ceux qui ont reçu ces conseils quittent souvent le monde et entrent dans un ermitage pour y vivre seuls et découvrent enfin la source de toute joie, ce qu'est Dieu et quelles sont ses paroles.

 

Je voudrais vous raconter maintenant une petite histoire.  Cela ce passait il y a deux ou trois cents ans.  Un économe était employé dans un palais en Inde.  Il mourut, et son fils, très jeune, dut prendre le travail de son père.  C'était un jeune homme intelligent, bien instruit, attiré par la vie spirituelle.  Il avait étudié la langue de son pays, le tamil, ainsi que le sanscrit.  Il s'était bien préparé pour la recherche spirituelle.  Il fut ainsi obligé de travailler au palais, mais passait chaque jour au temple, il y priait et revenait ensuite chez lui.  Il avait des difficultés au palais parce que la reine était tombée amoureuse de lui.  Il ne recherchait pas un attachement de cette sorte, cela le troublait et c'était la raison pour laquelle il passait de longues heures dans le temple.

 

Il aperçut un jour, dans un coin du temple, assis dans la posture de padmâsana, un maître absorbé dans la méditation.  C'était la première fois qu'il voyait une telle personne.  Il se sentit plein de curiosité et avait en outre un vif désir de recevoir un conseil spirituel.  Il s'assit en face de lui.  Les heures passaient, minuit, une heure, deux heures, trois heures.  Il était près de quatre heures quand le saint ouvrit les yeux.  Il voit un jeune homme assis devant lui et s'en étonne.

 

« Mon enfant, pourquoi es‑tu ici ? » demande‑t‑il.  « Maître, je voudrais recevoir un conseil spirituel ».  « Sois tranquille », fut la seule réponse.

 

Je ne peux pas vous dire ce que le jeune homme comprit, mais il écrira plus tard un grand livre que, malheureusement, personne ne traduisit ni en anglais, ni en français.  On y lit ce conseil donné par ce maître :  « Sois tranquille ».  Il aurait tout appris par ces simples paroles.  Mais il demande au maître de l'aider encore.  Le maître le regarde et lui dit :  « Ce n'est pas le moment.  Tu as encore quelques devoirs à remplir.  Tu dois te marier et donner un enfant à ta famille.  Je viendrai te chercher alors. »

 

Le maître vient toujours quand le disciple est prêt.  Vous ne demandez pas d'où il vient, ni quelles sont ses qualités.  Vous ne posez pas de questions, vous ne cherchez rien d'autre.  Vous sentez que c'est votre maître.  Le jeune homme choisit son maître et celui‑ci l'accepta.

 

Le jeune homme ne voulut pas rester au palais après le départ du maître.  Il revint chez lui, se maria et eut un enfant.  Il pensa :  « Je suis maintenant complètement immergé dans le monde, j'ai une femme et un enfant, que vais‑je pouvoir faire ? »

 

Sa femme mourut quelque temps après et ses parents vinrent chercher l'enfant pour l'élever.  Son maître vint ensuite le chercher. « Viens avec moi, mon enfant; tu en as fini de ton devoir dans le monde ».  Ils partirent.

 

Je ne peux pas vous dire ce qui lui arriva, quelle sorte d'enseignement il reçut, mais je peux vous assurer qu'il passa de nombreuses années dans le silence.  Personne n'écrivit la biographie de ce grand saint appelé Tayu Manava, nous ne savons pas ce que fut sa vie, mais nous avons ce grand livre dans lequel il donne un enseignement extraordinaire.  Il y parle d'une spiritualité qui dépasse le monde des noms et des formes.  Il parle comme le faisait Sri Râmakrichna :  Brahman est saguna et nirguna; c'est à dire, Brahman est Dieu avec forme et Dieu sans forme, l'Absolu.  Il a composé de nombreux poèmes bien connus dans le sud de l'Inde.  Tout est venu d'un simple conseil :  « Sois tranquille ».

 

Vous avez entendu parler de Trailinga Swami, qui vécut à Bénarès.  Sri Râmakrichna l'avait rencontré, la Sainte Mère également, comme de nombreuses autres personnes.  Il était un grand yogi, peut‑être unique, on disait qu'il avait vécu plus de 250 ans.  Il était très fort physiquement.  Personne ne l'a vu parler.  Mais il savait tout, sa sagesse était très grande.  Sa spiritualité impressionnait.  Il pratiquait le silence.  Le silence peut devenir un moyen.

 

Dans le livre de Tayu Manava, on voit que son maître lui avait dit seulement :  « Sois tranquille ».  Tous les enseignements sont condensés dans ces deux mots.  Nous aimons parler et la parole est ce qui est le plus facile à contrôler.  Les Écritures nous demandent la maîtrise de nous‑mêmes, la maîtrise du mental.  Le mental est très difficile à maîtriser.  Il va partout.  La première discipline enseignée par les maîtres comme Tayu Manava pour acquérir la maîtrise du mental est de contrôler les paroles.  Poussé par l'ego, nous avons toujours le désir de parler.  Parler de sa vie, parler de ce que nous faisons aujourd'hui, de ce que nous ferons demain.  Toujours « je », « je ».  Sinon parler des défauts des autres.  Le bavardage, établir sa supériorité, toutes ces pensées sont mauvaises pour la vie spirituelle. Il faut d'abord apprendre à contrôler ses paroles.  C'est la raison pour laquelle le silence est considéré comme une très grande discipline spirituelle.

 

Sri Râmakrichna disait souvent que pour les chefs de famille, pour ceux qui vivent dans le monde, il était bon de s'écarter de cela de temps en temps.  Quand vous ne pourrez parler à personne, votre cerveau deviendra très actif, vous penserez facilement et vous trouverez la solution de vos problèmes.

 

Je voudrais ajouter ceci.  Le Bouddhisme a pris une grande influence au Tibet.  La vie de Milarepa m'a toujours impressionné.  C'était un être extraordinaire.  Il parlait du silence.  Le maître examine soigneusement le garçon qu'il a choisi, il lui fait subir différentes épreuves et l'accepte s'il en est satisfait.  Il lui demande de construire une petite caverne qui est entièrement close, il ne peut en sortir.  La nourriture lui est passée par un petit orifice.  Il ne dispose que d'une lampe.  C'est une discipline très dure.  Certains en meurent, d'autres en deviennent fous, parce qu'ils ne peuvent supporter la solitude.  Mais ceux qui savent organiser leur vie, qui peuvent comprendre leur esprit, ceux‑là peuvent réussir.  Milarepa est devenu un grand maître spirituel.  Il parle de son expérience et de la valeur du silence qui vient nous aider.

 

Que devons‑nous faire ?  Voici un exemple bien connu de la vie de Mahâtmâ Gandhi.  Il n'était pas un maître spirituel comme nous les comprenons.  Il était un maître à sa façon.  Chaque lundi était pour lui le jour du silence.  Ce jour‑là il ne parlait pas.  « Je le fais pour mon bien » disait‑il, « parce que, pendant tout le temps que je parle, je réfléchis peu.  Lorsque je m'arrête de parler, il m'est facile de réfléchir à ce que je dis, à ce que je veux faire.  Et, lorsque je prie, je peux même oublier le monde. »

 

Si nous avons de la peine à méditer, c'est que nous parlons trop.  Si je parle toute la journée avec des amis sur toutes sortes de sujets, lorsque je m'assieds pour méditer, tout ce que j'ai dit, tout ce que j'ai entendu, tout cela revient se dérouler devant moi comme le film dans un cinéma.  C'est la raison pour laquelle le chercheur de vie spirituelle doit aller vivre seul, dans une caverne, pour être dans le silence.

 

Au début, il aura certainement des difficultés, mais, petit à petit, tout s'efface, et il peut commencer à méditer.  Le silence qu'il trouve alors est indispensable pour sa recherche.  C'est comme pour l'océan où les tempêtes sont produites par le vent.  Celui qui recherche la spiritualité se détache de plus en plus de la vie extérieure.  Je ne dis pas qu'une telle personne ne parlera plus jamais.  Elle parlera encore, comme le dit Sri Aurobindo.  Aurobindo a passé toute sa vie dans le silence.  Il n'a pas dit qu'il a coupé ses relations avec le monde, il disait seulement qu'il ne s'y attachait pas.

 

Si je suis trop attaché au monde, ma recherche spirituelle demandera plusieurs années, peut‑être plusieurs vies, car je dois être entièrement détaché pour entrer dans la voie.  Lorsque le mental devient tranquille, une autre dimension se manifeste.  Nous ne sommes plus comme nous sommes dans la vie actuelle.  Nous atteignons un autre niveau.  Comme le disait Saint Jean de la Croix, nous entendons les paroles de Dieu.  Tout devient clair.  Nos actions prennent une dimension différente, ce ne sont plus nos actions.  Je parle et vous m'entendez.  Là, il n'y a pas de « je » qui parle ni de « je » qui entend.  Les grands maîtres ne disent jamais, « je fais quelque chose ». Nous trouvons la même idée dans la Bhagavad Gîtâ.  Pour le sage, les actions sont faites par les sens, le lien entre le moi et les sens est coupé.  Le sage ne se sent que comme un témoin de tout ce qui se passe autour de lui.  Et vous serez surpris de le voir aussi heureux, toujours content, exprimant tout avec une facilité extraordinaire.  Rien ne peut le déranger.  Un changement total se produit lorsqu'un être atteint une autre dimension dans la vie.  C'est ce que nous appelons la vie spirituelle.

 

Si nous parvenons à ce silence, évitant les conversations inutiles, réfléchissant beaucoup, nous rappelant constamment notre idéal, notre vie va changer.  Et nous pouvons utiliser pour cela tout ce qui se présente à nous et quelque soit notre mode de vie.

 

Vous pouvez me demander :  « Dois‑je abandonner mon mode de vie actuelle et entrer dans une caverne pour devenir un ermite ? »  Non, je ne veux pas dire cela, car il faut subir une préparation très longue pour pouvoir supporter la vie érémitique.  Il faut pratiquer le silence dans la vie ordinaire, dans l'entourage qui est le vôtre aujourd'hui, vous taire lorsque vous pensez que vous n'avez pas à parler.  Si l'envie vous en vient, prenez d'abord un temps de réflexion.  Demandez‑vous s'il est vraiment nécessaire de le faire.  Vous ne parlerez qu'après avoir réfléchi et peut‑être vous tairez‑vous.  Vous avez ainsi un moyen de commencer à contrôler votre mental.  C'est le premier pas dans la maîtrise du mental, éviter toutes conversations inutiles.

 

Avec la maîtrise de la parole vient celle du mental.  Lorsqu'une personne commence à vivre seule dans une caverne, elle ne cherche pas à savoir ce qui se passe au dehors, elle n'est pas curieuse des bruits de la rue, elle n'a aucun désir de goûter les aliments.  Tous ses sens doivent avoir été maîtrisés.  Si elle a une expérience spirituelle, elle peut penser qu'elle est bénie.  Elle est bénie parce que rien ne peut plus l'attirer.  Elle vit déjà dans une autre dimension, votre dimension actuelle lui semble peu de choses en comparaison de cela, et elle peut utiliser toute son énergie sans avoir à rechercher les amusements, les plaisirs.  Elle est heureuse sans avoir à rechercher les plaisirs du monde.

 

Avec la maîtrise de la parole vient celle du mental.  Avec la maîtrise du mental, on atteint le but recherché.  On nous recommande de nous associer aux personnes qui vivent une vie spirituelle.  En les voyant, en parlant avec elles, notre aspiration devient de plus en plus claire, la vie spirituelle nous attire de plus en plus, alors que diminue notre attachement pour la vie matérielle.  Quand un homme est devenu complètement détaché, il ne peut plus être pris par cette vie.  Quand on est libre de l'illusion, l'attachement à la vérité devient bien établi.  Quand on est bien établi en elle, on atteint l'état de jivan‑mukta, l'état de libération dans cette vie même.

 

C'est l'idéal du silence selon Sri Aurobindo.  Un mental tranquille ne veut pas dire que l'on soit sans pensée, que l'activité mentale soit suspendue; mais toutes ces activités resteront en surface.  Vous sentirez toujours que vous êtes l'esprit, pas un être humain.  Vous devenez le témoin, la vie ordinaire n'a plus de prise sur vous.  Vous pouvez regarder, juger et rejeter ce qui vous parait sans valeur et garder ce qui vous parait bon.  C'est la conscience véritable, l'expérience spirituelle.

 

Sri Aurobindo parle ainsi de la grande valeur du silence.  Ce n'est pas un moyen négatif ni un obstacle.  Même si le plus haut idéal spirituel est la communion avec Dieu, le contrôle des paroles et le contrôle du mental sont très utiles dans la vie ordinaire.  Si vous continuez à persister dans cette pratique et que vous parvenez à une grande maîtrise, vous serez capable de contrôler le mental et d'atteindre le but de la vie.

 

Ramana Maharshi n'a jamais fait de conférences, il restait toujours silencieux, comme le grand maître Dakshinâmûrti.  Les gens se sentaient toujours bien en sa présence.  Ils y trouvaient la paix de l'esprit.  Il ne la faisait pas régner par la parole, il le faisait par la tranquillité même.  Il était comme l'océan dans lequel se perd le fleuve rapide.  C'est ce que ressentaient tous ceux qui allaient le voir.