RAMAKRISHNA

 

Çri Râmakrichna et le Védanta
 

Swami Ritajanananda

 

Le Centre de Gretz est nommé Centre Védantique Râmakrichna.  Très souvent, nous avons l'idée que le Védanta est une métaphysique où la dévotion n’a pas de place, où nous ne discutons pas de la religion parce que nous vivons constamment dans la présence de l'Absolu.  Alors quelle est en cela la contribution de Çri Râmakrichna ?  Pourquoi le Centre porte‑t‑il aussi le nom du Maître ?  Quelle est la relation entre Çri Râmakrichna et le Védanta ?

 

C'est un sujet inépuisable, car nous pouvons toujours découvrir une source intarissable de méditation dans la vie et les enseignements du Maître.  Chacun de ses enseignements est plein de signification, disait Swâmi Vivekânanda ; il est possible de le commenter pendant plusieurs jours ou même d'en faire la base d'un grand discours.  En expliquant cela à ses disciples, le Swâmi leur citait l'histoire, que vous connaissez très bien, de Vichnou‑éléphant et de Vichnou‑cornac :

 

Cette histoire raconte qu’un jour un étudiant du Védanta sortit pour faire une promenade.  Un éléphant fou se trouvait dans la rue.  Le cornac, assis sur le dos de l'animal, dit à l'étudiant de se sauver.  L'éléphant était dangereux et pouvait l'attaquer, Mais l'étudiant pensait que tout est Brahman.  Dans l'éléphant aussi Brahman est là.  Brahman ne peut faire de mal à Brahman.  Enhardi par ses affirmations, l'étudiant resta dans la rue.  Quand Çri Râmakrichna raconte une histoire il la décrit de façon aussi amusante que possible.  L'humour en Occident est peut‑être un peu différent, mais une histoire de Çri Râmakrichna est toujours plaisante.  Donc, cet élève du Védanta alla chercher des fleurs et commença à les offrir à ce Vichnou‑éléphant en chantant ses louanges.  Et voilà que ce Nârâyana, ce Vichnou, ce Brahman‑éléphant, ignorant tout de cette adoration, attrapa le jeune homme avec sa trompe et le jeta dans un coin.  C'est l'histoire.  Pourquoi l'étudiant n'avait‑il pas écouté aussi le Vichnou‑cornac ?

 

Swâmi Vivekânanda commentait cet incident longuement, montrant à ses disciples jusqu'à quel point nous avons la liberté, le libre arbitre et la grâce du Seigneur.  Les disciples étonnés pensaient à la signification profonde de cette petite histoire.

 

Le Raja Gopal Achari, devenu vice‑roi en Inde après le départ des Anglais, a écrit sur les enseignements de Çri Râmakrichna, en disant que chacun de ses enseignements est une sorte de commentaire des Oupanichad.  Le Maître, pour lui, est vraiment l'Oupanichad en chair et en os.  Il est vrai que généralement nous considérons Çri Râmakrichna comme un Enfant du Seigneur, grand dévot de la Mère Divine, dont la dévotion a été fortement mise en relief par tous ses biographes.  En parlant de Çri Râmakrichna, on pense à la Mère Divine.  Les conversations du Maître, fidèlement rapportées par "M", forment un livre appelé :  L'Évangile de Çri Râmakrichna qui nous révèle l'intensité de son adoration.  Mais la nature du Maître possédait des facultés très variées.  Chacun de ses disciples, dans sa propre vie, nous en montre un des aspects frappants.  Nous voyons le grand renoncement de Swâmi Touriyânanda, la dévotion profonde et le culte de Swâmi Râmakrichnânanda, l'amour pieux des dévots de Swâmi Premânanda.  Cela ne signifie pas que les disciples du Maître aient été partiaux dans le choix de leur voie d'élection, mais simplement qu'ils ont exprimé surtout un aspect marqué de la vie spirituelle de Çri Râmakrichna.

 

Par exemple, Swâmi Râmakrichnânanda peut nous paraître étonnant en vénérant la photographie de son Maître comme si le Maître était réellement présent, vivant devant lui.  Cependant à d'autres moments, parlant du Védanta, il montrait une compréhension très grande des Oupanichad, de la philosophie de Çri Çamkarâcharya et il donnait un exposé excellent de l'Advaita‑Védanta.

 

Un autre exemple est Swâmi Vivekânanda, qui manifesta la nature d'un grand Jnanin, d'un Védantiste convaincu.  Il nous a enseigné différents Yoga, il célébrait des cultes et adorait Dieu avec une très grande sincérité.  Il a instauré à Belour Math le culte que l'on y célèbre aujourd'hui encore.  Si Çri Râmakrichna lui-même s'est attiré une admiration unanime dans le monde entier, c'est parce qu'il a manifesté, en lui, chaque jour dans sa vie, divers aspects des plus variés et des plus élevés de la vie spirituelle.  Nous avons eu son exemple en Inde, mais nous le voyons aussi en Occident, chez nos amis, de confessions religieuses différentes, qui trouvent ici une compréhension qui ne fait pas de distinction, qui ne demande pas quelle est votre religion ou celle de votre famille, quels sont vos ancêtres ?

 

De telles questions n'ont pas d'importance, parce que le but de la vie spirituelle est toujours unique.  C'est le Suprême.  Cependant est‑ce que Çri Râmakrichna est seulement un dévot du Seigneur ?  Quelle est son attitude vis‑à‑vis du Védanta, du monisme ou de l'Advaïta‑Védanta ?  Pouvons‑nous établir une relation entre Çri Râmakrichna et le grand Maître advaïtiste Çri Çamkarâchârya ? Tel est le sujet de cette étude.

 

L'explication donnée par Çri Çamkarâchârya du système moniste, ou Advaïta‑Védanta, est exacte et vraie.  Mais l'explication donnée par Çri Râmanouja du système dualiste est aussi acceptée comme vraie.  C'est un autre angle de vision.  Çri Râmakrichna a dit que ces deux explications sont correctes.  Mais en Inde, ce n'est pas une interprétation si courante ni si facile.  Par exemple, les Vichnouïstes, qui suivent la philosophie de Râmanouja, n'aiment pas participer aux cérémonies des fidèles de Çri Çamkarâchârya.  Jamais nous ne voyons des Vichnouïstes assister à des conférences expliquant l'Advaïta‑Védanta.  Mais dans le temple de Çri Râmakrichna, on ne fait pas de distinction entre les amis qui proviennent de religions différentes.  Ces amis viennent nous aider dans toutes nos activités :  il y a des Vichnouïtes, des fidèles de Çri Çamkarâchârya – Advaïta‑Védanta – et tous considèrent que l'enseignement donné par Çri Râmakrichna est vraiment acceptable.  Ainsi se trouvent là, des Advaïtistes de l'Advaïta‑Védanta ou monistes, des Vichistadvaïtistes ou monistes mitigés et des dualistes.  Tous acceptent de participer aux fonctions de la Mission Râmakrichna.

 

Le Védanta est en cela un système extraordinaire en donnant les deux explications :  moniste et dualiste, parce que ces deux interprétations sont acceptées sans que les Écritures aient subi d'altération.  Les enseignements du Védanta sont, vous le savez, tirés des Oupanichad.  Ces textes ne sont pas des systèmes philosophiques écrits par des philosophes.  Ces textes sont basés sur l'expérience et la connaissance directes.  Quelle que soit l'explication donnée, il y a toujours un but très net :  c'est d'arriver à la réalisation du Suprême.  En Inde, la philosophie n'est pas du seul domaine intellectuel, mais quelque chose que l'on peut exprimer et réaliser dans sa propre vie.

 

Çri Çamkarâchârya est reconnu comme un grand philosophe de l'Advaïta‑Védanta, moniste.  Mais il est aussi considéré comme un grand dévot, ayant établi le culte de la Mère Divine dans chaque monastère qu'il a fondé.  Il a commenté les Tantra, c'est‑à‑dire les Écritures expliquant le culte de la Mère Divine, les cultes de Chakti.  Il a composé de nombreux hymnes d'adoration à Çiva, Vichnou, la Mère Divine et d'autres Divinités.

 

Aujourd'hui surtout, la renommée de Çri Çamkarâchârya est basée sur ses fameux commentaires de l'Advaïta‑Védanta.  Quand on parle du Védanta ; on pense à Çri Çamkarâchârya et au Védanta‑Advaïtiste.  Ses commentaires des Oupanichad et des Brahma‑Soutra donnent une explication parfaitement claire du monisme.  Personne avant lui ne l'avait fait.  C'est donc à juste titre que Çri Çamkarâchârya est considéré comme le sauveur de l'Hindouisme.

 

En Inde, plusieurs fois et chaque fois qu'une religion déclinait ou se désorganisait, quand il semblait qu’il n’y avait plus de maître pouvant diriger les aspirants spirituels sur le juste chemin, immédiatement un nouveau Maître se manifestait et venait en aide.  Çri Çamkarâchârya est considéré comme un tel Maître, venu pour sauver l'Hindouisme.  En ce temps‑là, il y avait d'une part, déjà mille ans de Bouddhisme.  Chaque religion change beaucoup en mille ans.  D'autre part ; la religion Mimamsa, qui maintient l'importance du culte Védique, était très populaire mais pas facile à pratiquer par tous.  L'Inde avait besoin d'une personnalité capable de donner un enseignement très clair, qui garde de l'ancien Hindouisme ce qui était la voie rationnelle, satisfaisante pour tous les chercheurs spirituels.

 

À cette époque‑là, on ne trouvait pas en Inde, un autre savant donnant une solide orientation de la pensée, expliquant les Écritures du Védanta, et pouvant en souligner la sagesse, aussi satisfaisante à la raison que susceptible d'être mise en pratique aisément.  Il était devenu nécessaire d'exposer l’enseignement des Écritures sacrées, les Oupanichad, pour convaincre les Pandit, en leur montrant que tous les enseignements spirituels se trouvent dans les Oupanichad.

 

Les oeuvres de Çri Çamkarâchârya ne sont pas uniquement des traités de métaphysique du Védanta ; il y a aussi une explication de la discipline à suivre comme moyen d'arriver à la réalisation de la Vérité, de la Réalité Ultime.  L'Advaita‑Védanta n'est pas seulement une philosophie, mais encore un Yoga – le Jnana‑Yoga ou Yoga de la Connaissance.

 

Quelle est la philosophie de Çri Çamkarâchârya ?  Cette philosophie se résume en quelques mots :  « Seul Brahman est réel.  Le monde est irréel.  Le Jiva est Brahman et rien d'autre que Brahman. »

 

Çri Çamkarâchârya explique sa philosophie en disant que la Réalité est cela qui ne change jamais.  C'est toute son explication de la Réalité.  Or, dans ce monde apparent tout change.  Il n'y a rien qui ne change pas.  Mais quand nous constatons cela, même à ce moment‑là, nous pouvons comprendre que derrière tout changement, il y a une Réalité qui, Elle, ne change pas.  Le changement est donc une surimposition sur la Réalité.  Derrière toutes nos expériences est la Réalité, Conscience pure, Réalité absolue, éternelle !  Et aussi, c'est notre véritable Moi, qui n'est pas en dehors de notre connaissance propre, réelle.

 

Les écrits de Çri Çamkarâchârya sont pour nous une voie préparatoire à la compréhension de l'Advaïta‑Védanta.  Plusieurs de ses livres l'expliquent aussi clairement que possible, dans une langue simple, très attirante, car il ne se contentait pas de commenter les Oupanichad et les Brahma‑Soutra, il enseignait l'Advaïta.  Un de ses livres est Viveka‑Çuda‑Mani – Le plus beau Fleuron de la Discrimination.  Un autre est Drig‑Driçya‑Viveka – Comment discriminer le Spectateur du Spectacle.

 

Le plus beau Fleuron de la Discrimination indique les qualifications de l'aspirant spirituel, les efforts à accomplir pour arriver à la discrimination et à la réalisation.  Les versets 3 et 8 disent :

 

« Il est au monde trois choses bien peu communes, car la grâce du Seigneur en est la dispensatrice :  C'est la naissance dans un corps humain – l'ardent désir d'indépendance – la protection attentive d'un sage accompli. »

 

« Dès qu'un aspirant, instruit dans la science sacrée, a renoncé au désir de tirer jouissance des objets extérieurs, il devrait s'approcher, dans les formes requises, d'un bon et généreux instructeur, fixer son attention sur la vérité que ce dernier lui enseigne, et se vouer, corps et âme, à sa propre libération. »

 

Çri Râmakrichna possédait les qualités indiquées par Çri Çamkarâchârya comme distinctives de la spiritualité.  Tout d'abord vient la discrimination entre le Réel et l'irréel.  Puis le détachement du fruit des oeuvres accomplies ici‑bas et en d'autres mondes.  Ensuite, c'est un groupe de qualités telles que le calme de l'esprit, etc.  En dernier lieu, c'est l'intense désir de s'affranchir de toute servitude, condition essentielle.  L'inébranlable conviction que Brahman est la seule Réalité et que l'univers entier est éphémère, c'est‑à‑dire illusoire, est la discrimination – Viveka – entre le Réel et l'irréel.

 

Quand nous lisons la vie de Çri Râmakrichna, nous voyons qu'il avait ces qualités essentielles.  Mais, dès l'enfance, il n'a pas suivi la voie de Çri Çamkarâchârya qui, très jeune, peut‑être à six ou sept ans, étudiait déjà et qui termina ses études avant l'âge de quatorze ans.  Il était certainement un garçon extraordinaire.  Alors il chercha un Maître et se plongea dans l'étude de l'Advaïta.  Il n'y est pas parvenu par la voie religieuse, par l'adoration de Dieu pour recevoir Sa grâce.

 

Il est intéressant de savoir que Çri Râmakrichna s'est trouvé prêt à entendre le Védanta, tout en ayant suivi les seules disciplines dévotionnelles des Écritures sacrées, sans même avoir lu les Oupanichad.  Il y est arrivé directement par le chemin de la dévotion que lui avait enseigné Bhaïravi Brahmani, qui connaissait toutes les disciplines du Bhakti‑Yoga ou chemin de la dévotion.  Çri Râmakrichna cherchait seulement la réalisation ; il avait abandonné toute autre pensée, comme le demandait aussi Çri Çamkarâchârya.  Il n'avait aucun désir de jouissance des sens, aucun attrait pour l'argent ou la richesse.  Il était fermement établi sur la base solide du renoncement à la luxure et à la convoitise ; et ceci même avant d'avoir accepté les disciplines dévotionnelles.  Il est parvenu ainsi très vite à son but.

 

Çri Râmakrichna était capable d'arriver à un degré de concentration extraordinaire ; il avait fait le grand effort de s'y exercer pendant neuf ans, en renonçant à tout désir pour les objets de ce monde.  Son mental était capable de rester en état de contemplation constante, il ne pouvait penser à rien d'autre qu'à Dieu.  Toute autre pensée lui était insupportable, comme le serait un poison.  Il se trouvait donc dans l'état où la Réalité de Dieu est l'essentiel de l'essentiel, l'ultime de tous les ultimes.  Çri Râmakrichna en parle, il nous l'enseigne et dit que réaliser Dieu est le but de notre vie.

 

Ici je ne parlerai pas de l'Incarnation Divine comme d'une personne extraordinaire ayant une nature très différente de celle du commun des mortels.  Je m'appuierai sur l'enseignement du Maître et sur ses expériences.  Il était devenu absolument indifférent au monde extérieur et même à la souffrance corporelle, qui ne l'atteignait plus.  De même, il était indifférent à tout plaisir.  Quand il le voulait, il se concentrait si intensément sur son idéal choisi qu'en un moment il pouvait se soustraire entièrement à toute influence extérieure et ceci lui procurait une joie intérieure sans égale.  Cela provenait naturellement de sa dévotion et de sa foi inébranlable, de sa confiance totale dans la Mère Divine universelle.

 

Le Maître a fait d'innombrables expériences religieuses, ce qui est une des possibilités de la religion hindoue.  Il a voulu vérifier la vérité des enseignements dans les sectes différentes.  Il a trouvé Râma, il a fait l'expérience de Sîtâ, il a vu Hanoumân, il a fait l'expérience de Krichna, de Çiva, de Kâlî, de Dourga, de Mahomet, du Christ.  Il a voulu expérimenter tous les enseignements des livres sacrés.  Heureusement ou curieusement, il a trouvé aussi les Maîtres pour l'instruire.  Les Maîtres sont venus à lui.  Çri Râmakrichna a dit qu'il avait eu d'innombrables expériences et il ajoutait :  Je ne peux pas vous raconter tout.  Il avait établi avec la Mère Divine des relations très affectueuses.  Il commençait toutes ses actions de la vie quotidienne après en avoir reçu la suggestion de sa Mère Divine, par un simple geste.  Quand il avait un problème à résoudre, il courait au temple demander la solution à sa Mère Divine.  Il était immédiatement convaincu et savait ce qu'il devait faire.

 

Souvent le Maître avait des difficultés.  Vous connaissez bien sa lutte avec son disciple Vivekânanda.  Quand Çri Râmakrichna ne trouvait pas ce qu'il devait lui répondre, il allait immédiatement le demander à sa Mère Divine :  Qu'est‑ce que vous en dites, Maman ?  Ce garçon Naren dit que je suis déséquilibré.  Je ne comprends pas bien.  Que dois‑je lui dire ?  ‑ La Mère Divine lui donnait tout de suite la réponse.  Le Maître revenait aussitôt gronder ce garçon qui avait dit des choses très désagréables.

 

Il est certain que la Mère Divine était très proche, pour Çri Râmakrichna.  Il ne pouvait pas l'ignorer.  C'est dans un état semblable que son Maître Védantique, Tota Pouri vint à lui.  Tota Pouri arriva un jour sans être attendu.  Çri Râmakrichna ne savait pas qu'il aurait un Maître du Védanta.  Tota Pouri n'avait pas pensé qu'il aurait un disciple qui l'attendait ; il est arrivé à Dakshineswar, au bord du Gange, dans le pavillon où Çri Râmakrichna était assis parmi d'autres personnes.  Tota Pouri vit Râmakrichna, qui avait vingt‑neuf ou trente ans, lui en avait environ cinquante.  En voyant cet homme jeune ; il remarqua aussitôt qu'il possédait les qualités spéciales qui méritaient de l'instruire du Védanta.

 

Tota Pouri était un homme vraiment très indépendant, possédant une grande connaissance, il n'avait peur de rien.  En voyant Çri Râmakrichna, il se demandait s'il était possible de trouver au Bengale un véritable aspirant à la pratique du Védanta ?  Râmakrichna était plongé dans la pratique des Tantra, avec le culte qui n'était pas apprécié de Tota Pouri, car il y avait, pour lui, beaucoup de choses désagréables dans la pratique tantrique.  Il y avait aussi le dualisme des gens qui adoraient Vichnou, selon l'enseignement de Çri Chaïtanya.  Le Bengale représentait donc une partie de l'Inde où il ne devait pas y avoir un Védantiste, encore moins un de ses disciples.

 

Quand Tota Pouri vit Çri Râmakrichna, il fut étonné de trouver un homme qui lui donnait l'impression d'être prêt à recevoir l'instruction du Védanta.  Lorsqu'il s'en approcha, il lui dit :  « Tu sembles être un homme bien qualifié pour pratiquer le Védanta ! »  Nous pouvons imaginer la réaction de Çri Râmakrichna.  En vérité, il était toujours gai.  Il se trouvait dans ce pavillon avec les gens qui étaient là, mais son esprit détaché était accidentellement là.  Quand Tota Pouri vint lui parler, il lui répondit :  « Je ne sais pas ce que je ferai ou ne ferai pas.  C'est ma Mère qui sait tout, je lui demanderai conseil. »

 

Après cette réponse déjà étonnante, on se demandait pourquoi un homme de son âge devait en parler à sa Mère ?  En tout cas, Tota Pouri dit :  « Alors va lui demander et reviens, car je ne resterai pas longtemps ici »  Sans mot dire, Çri Râmakrichna alla directement au temple où il entra en communion avec la Mère Divine.  Il entendit qu'Elle lui disait :  « Va t'instruire, et apprends.  Ce moine est venu ici uniquement pour cela. »

 

Çri Râmakrichna revint du temple, le visage rayonnant de joie et dit à Tota Pouri la réponse de la Mère Divine.  Tota Pouri, fervent fidèle de l'Advaïta, ne croyait pas à la Mère Divine.  Pour lui, Ishwara est Dieu, pas dans le sens du Seigneur plein de grâce et de miséricorde, mais comme guide de notre vie de Karma.  Jusque‑là Tota Pouri n'avait pas pensé que nous puissions avoir besoin d'adorer Dieu.  Çri Râmakrichna était allé au temple.  Qu'avait‑il vu ?  Évidemment l'image de Kâlî.  Pas Brahman.  Mais pour Çri Râmakrichna, Kâlî est Brahman.  Pour Tota Pouri, l'image est une image, Brahman est une toute autre idée.  Brahman est tout en tout, pas uniquement dans cette image du temple.  D'une part, Tota Pouri était enchanté par la simplicité de Çri Râmakrichna.  D'autre part, il se demandait s'il n'était pas encore plein d'ignorance et de superstition :  Comment, devant cette image, pouvait‑il entrer en communication avec la Mère Divine ?

 

Tota Pouri croyait que la philosophie de Çamkarâchârya est tout en tout.  Aujourd'hui encore, des fidèles de Çamkâra n'acceptent généralement rien d'autre.  Tota Pouri croyait que le monde est irréel et que l'idée de Dieu l'était aussi, parce qu'elle venait de Mâyâ.  Il ne voyait pas la présence de la Mère Divine dans l'image sacrée.

Certainement, il est possible d'atteindre la Réalisation sans aucune aide extérieure.  Mais Tota Pouri se sentait très attiré par Çri Râmakrichna et pensait, sans savoir pourquoi, qu'il devait lui enseigner le Védanta.  De son côté, Çri Râmakrichna avait reçu de la Mère Divine la permission de s'instruire.  Il répondit donc :  « Bon !  Je ferai le nécessaire ».  On sait que pour recevoir l'enseignement de Çri Çamkarâchârya, il faut tout d'abord devenir moine et renoncer au monde.  C'est ainsi que Çri Râmakrichna commença par suivre scrupuleusement les règles obligatoires avant de recevoir l'enseignement de son Maître ; il prononça des voeux monastiques et renonça au monde, à toutes les choses de ce monde en répétant, comme on le demande, par trois fois :  « Je renonce à tout. »

 

Les mondains peuvent croire qu'il s'agit d'un engagement en paroles, mais pour Çri Râmakrichna cela signifiait un engagement de toute sa personne ; il s'est plongé dans la discipline védantique.  Pour lui, après avoir dit :  Je ferai cela, il le faisait, même si ce n'était pas bon pour lui.  Il a dit une fois :  « Très souvent, j'ai fortement gardé la vérité, bien que cela m'ait causé de la souffrance ».  Un jour, il s'était engagé à ne pas manger une certaine nourriture.  Puis il avait été invité chez des amis qui avaient justement préparé cette nourriture‑là.  Le pauvre Râmakrichna ne put en manger, car il devait tenir parole.  Il avait renoncé à tout.  Ce qu'il promettait devenait une partie de lui‑même.

 

Tota Pouri lui enseigna le Védanta :

 

« Brahman est la seule substance éternelle, pure, éternellement éveillée, sans limite de temps, d'espace et de causalité.  C'est l'unique Réalité absolue.

« Par l'influence de Mâyâ, qui semble faire l'impossible pour exercer sa puissance, Brahman paraît être divisé en de nombreuses formes, avec des noms différents.

« En vérité, Brahman n'est jamais tel.  Dans le Samâdhi, on ne voit pas même une gouttelette d'un nom ou d'une forme différente.  La seule Réalité est Un.

« Tout ce qui a nom et forme est éphémère.  Ce n'est pas réel.  Donc, évitez tout cela et plongez‑vous dans la Réalité du Soi qui est au‑dedans de chacun de nous.

« En atteignant le Samâdhi, sois un avec Cela.

« Tu verras l'univers du nom et de la forme s'évanouir comme dans le vide.  Tu verras le petit « je » s'immerger dans le « Je » immense qui n'agit pas.  Tu auras la connaissance immédiate de l'indivisible que tu es toi-même :  CONNAISSANCE – EXISTENCE – BÉATITUDE. »

 

Entendre tout cela et le comprendre demande une grande préparation.  Celui qui ne serait pas introduit dans cette pensée ne la saisirait pas.  Mais pour Çri Râmakrichna, toutes les disciplines avaient été déjà accomplies.  Seulement pour lui, ce n'était pas Brahman, mais la Mère Divine.  Il n'avait plus à parcourir une grande distance.  Tota Pouri lui enseigna le Viveka-Çuda-Mani en citant les Écritures sacrées qui conduisent au dépassement de la conscience de la vie ordinaire.  Pour ceux qui considèrent encore le monde comme absolument réel, il faut beaucoup d'instructions parce qu'en lisant le Védanta, ils ne sont pas préparés à ne pas voir une division constante entre moi et le monde extérieur.  Si nous ne voyons pas l'unité, c'est parce qu'elle est pour nous une idée que nous étudions théoriquement ; ce n'est pas une pratique, ni une chose réalisée par nous‑même.

 

Çri Râmakrichna avait reçu de différents Maîtres l'instruction qui avait préparé son esprit à entendre et à comprendre, en fixant fortement son attention.  En parlant de Tota Pouri, Çri Râmakrichna disait que son Maître avait essayé, autant que possible, de le mettre en présence de sa propre expérience personnelle, acquise après quarante ans d'efforts avant d'arriver au Nirvikalpa Samâdhi.  Il avait renoncé au monde peut‑être à l'âge de dix ans et avait rejoint un groupe de Sannyâsin – les Naga – qui menaient une vie très dure pour s'entraîner à supporter les souffrances du corps physique :  Tota Pouri voulait arriver à la réalisation ; il supporta avec patience toutes les expériences pénibles.  Il atteint le Nirvikalpa Samâdhi, expérience mystique, but de l'Advaïta‑Védanta.

 

Çri Râmakrichna, en le racontant, ajoutait :

 

« Tota Pouri m'enjoignit de détacher mon esprit de tous les objets et de le plonger dans le sein de Atman.  Mais en dépit de tous mes efforts, je ne pouvais pas traverser le domaine du nom et de la forme pour amener mon esprit à l'état inconditionné.  Je n'avais aucune difficulté à détacher mon esprit de tous les objets, à l'exception d'un seul :  la forme très familière de la radieuse Mère Bienheureuse, essence de la pure Conscience.  Elle apparaissait devant moi comme une vivante réalité et me barrait la route.  J'ai essayé à plusieurs reprises de concentrer mon esprit sur les enseignements de l'Advaita, mais chaque fois la forme de la Mère s'interposait devant moi, me rendant impossible de sortir du nom et de la forme.  Je ne pouvais pas aller au delà de cet état.  En croyant que cela m'était impossible, j'ai été obligé de dire à Tota Pouri :  « Non, c'est impossible.  Je ne peux pas arrêter mon esprit et le forcer à plonger dans le Soi dont vous me parlez. »

 

« Tota Pouri m'a grondé sévèrement :  "Quoi !  tu ne peux pas ?  quel défi !".  Jetant ses regards autour de lui, il trouva un morceau de verre, le prit et m'en enfonça la pointe entre les sourcils en me disant :  "Concentre ton esprit sur cette pointe".  Je me mis à méditer de toutes mes forces et, dès que la gracieuse forme de la Mère m'apparut, usant de ma discrimination comme d'un glaive, je la fendis en deux.  Alors, il n'y eut plus d'obstacles devant mon esprit qui s'envola aussitôt au delà des choses conditionnées.  Et je me perdis en Samâdhi. »

 

Telle est la description donnée par Çri Râmakrichna à ses disciples.  C'est une chose extraordinaire, très difficile à accepter ; nous n'avons pas une autre description qui lui soit semblable.  Comment peut‑il tuer l'image de la Mère Divine qu'il a adorée toute sa vie et qui est venue l'aider chaque fois qu'il avait des problèmes à résoudre ?  Pour les dévots, c'est vraiment impossible d'accepter cette sorte de meurtre.  Çri Râmakrichna était capable de faire tout ce qu'il jugeait conforme à sa décision de suivre son Maître.

 

C'était une image, une vision.  D'où provient une vision ?  Elle est produite en Brahman par notre esprit.  Brahman et la Mère Divine sont sans forme.  Le nom et la forme appartiennent à notre esprit, pas à l'Infini.  Dieu est l'Esprit pur, sans nom et sans forme.  C'est à cause de notre corps, de notre mental, de notre faiblesse, de notre incapacité d'adorer Dieu sans forme que nous acceptons des formes avec quelques qualités, parce qu'elles nous aident.  Mais un jour viendra où nous dépasserons toutes les distinctions.  Quand nous les dépasserons toutes, naturellement nous n'existerons plus dans un corps humain, parce que dans ce corps nous sommes mélangés à cela.  Cette sorte d'effet que l'on distingue par la discrimination est une explication.  En vérité, le Viveka-Çuda-Mani m'a enseigné que tous les noms et toutes les formes appartiennent à Mâyâ.  Je dois dépasser Mâyâ.

 

Donc la forme est inacceptable.  Quand Çri Râmakrichna s'est concentré avec une volonté très forte, il a dépassé même le nom et la forme de la Mère Divine.  Il a dit :  Je me perdis en Samâdhi, en Nirvikalpa Samâdhi.  Telle fut son expérience.  Aussitôt que Çri Râmakrichna s'est plongé dans cet état, Tota Pouri le laissa dans cette hutte dont il ferma la porte à clé.  Il attendait en se disant :  Il reviendra et sûrement il m'appellera.  Les heures et les jours passèrent.  Trois jours étaient passés et personne n'avait frappé à la porte.  Tota Pouri l'ouvrit et vit que Çri Râmakrichna était assis dans la posture où il l'avait laissé ; son corps ne donnait aucun signe de circulation des forces vitales, mais son visage était rayonnant et calme.  Tota Pouri vit que son disciple était immergé en Brahman et mort à ce monde des sens.  Il étudia minutieusement le corps de Çri Râmakrichna et constata que son disciple était en Nirvikalpa Samâdhi.

 

Tota Pouri en était très étonné, naturellement.  Il se disait :  Comment ce garçon peut‑il arriver si vite dans cet état ?  Je ne l'ai pas atteint en un jour, ni même en un an, mais après plusieurs années.  Lentement, il ramena Çri Râmakrichna au niveau de la conscience de veille en chantant dans son oreille :  « Hari Aum ».  Çri Râmakrichna revint dans le monde ordinaire, mais il était complètement transformé.  Une autre fois, il resta en Nirvikalpa Samâdhi pendant six mois.  Si le corps de Râmakrichna est cependant resté en vie, c'est grâce à un jeune homme qui est venu auprès de lui et a mis quelque nourriture dans sa bouche.  Personne ne sait d'où est venu ce jeune homme.  Telle a été l'expérience de Çri Râmakrichna !

 

Que dit Çri Çamkarâchârya de cette expérience dans le Viveka‑Çuda‑Mani ?

« Elle vient enfin à cette heure bénie où le disciple, qui a maîtrisé ses sens et concentré son mental, sent son corps se pétrifier.  En suivant les instructions de son Gourou et en s'appuyant à la fois sur l'autorité des Écritures et sur son raisonnement personnel, il s'établit inébranlablement en Atman.  Il conserve cette attitude pendant un certain temps, le mental immergé dans le suprême Brahman, puis il redescend au plan supra-conscient et, encore tout imprégné de la Félicité infinie, il s'écrie :

« Mon mental et ses diverses activités se sont dissous à l'instant où j'ai réalisé l'identité de Brahman et du Soi.  Il ne m'est plus possible de distinguer une chose d'une autre.

« Je ne saurais dire en quoi consiste la Félicité ni en sonder l'abîme.

« Je ne peux ni exprimer par des mots ni concevoir par l'esprit la majesté de ce suprême Brahman, de cet océan que pénètre tout entier la Félicité du Soi, plus douce que le nectar.

« Comme un grêlon dans la mer, mon mental s'est fondu en une fraction infinitésimale de cet océan, et il est maintenant saturé de l'essence de la Félicité. »

 

Les Oupanichad disent :  « Comme une goutte d'eau se mélange à l'eau de l'océan, la conscience d'un homme arrivé au Nirvikalpa Samâdhi n'est plus une conscience particulière.  C'est comme un pot rempli d'eau qui est immergé dans un lac.  Quand le pot est cassé, l'eau du pot se mélange à celle du lac. »

 

Après cette expérience du Nirvikalpa, Çri Râmakrichna n'avait plus à en faire une autre.  Pourquoi ?  C'est parce que cette expérience est finale.  Ainsi on arrive à l'Océan de l'Esprit suprême.  Tous les noms, toutes les formes, toutes les Divinités adorées par nous, en sont une manifestation, selon notre esprit particulier, mais ne sont pas l'Esprit suprême.  Pour Çri Râmakrichna, qui avait toutes les qualifications voulues, cette expérience a été réalisée facilement.  C'est ainsi et c'est bien.  Cela signifie‑t‑il que Çri Râmakrichna était un Védantiste ? Il a eu l'expérience suprême du Védanta, sans aucun doute.  Cependant il n'a pas été un Védantiste parce qu'Il était le tout en tout du Védantiste.

 

Alors nous demandons :  Si Çri Râmakrichna a réalisé la Réalité absolue, s'il l'a vécue, pourquoi n'a‑t‑il pas prêché l'Advaïta ?  Le Védanta est considéré comme l'enseignement suprême.  Le Maître aurait dû nous enseigner l'Advaïta.

 

Selon ma compréhension, Çri Râmakrichna n'est pas venu en ce monde pour enseigner seulement l'Advaïta‑Védanta.  Il avait à accomplir un message plus vaste et qui me paraît plus grand que l'Advaïta.  Ce message est l'Harmonie des Religions, c'est‑à‑dire l'harmonie des différents chemins qui mènent à Dieu.  S'il avait parlé seulement de l'Advaïta, particulièrement au Bengale, comme nous l'avons déjà remarqué, il n'aurait pas eu facilement des disciples ; même les membres du Brahmo‑Samaj n'auraient pas pu le suivre.  Il est difficile de s'adresser aux hommes vivant dans le monde des objets des sens, car ils ne sont pas convaincus par l'étude d'un principe, ni d'une philosophie.  La réalisation demande tout d'abord un renoncement complet et total.  Si Çri Râmakrichna avait été exclusif dans son enseignement, il n'aurait pu aider qu'un petit nombre d'hommes.

 

Et justement, c'est parce que l'Advaïta est la dernière phase de l'évolution spirituelle que tout le monde n'est pas capable de le saisir tout de suite.  Il faut renoncer à tout pour aller au delà du nom et de la forme.  Nous vivons généralement chaque instant de notre vie quotidienne dans cet état du nom et de la forme.  Tout le monde n'accepte pas d'emblée l'idée que ce monde‑là est irréel.

 

C'est ainsi que Çri Râmakrichna n'est pas le guide des seuls Advaïtistes.  Quand il avait des élèves qualifiés, il les instruisait du Védanta, mais il donnait à d'autres une approche différente.

 

Le Maître disait très simplement :  « Ma Mère Divine peut vous donner tout ce que vous cherchez et Elle peut même vous donner l'expérience de l'Advaïta‑Védanta. »

 

Çri Râmakrichna ne faisait pas de distinction entre Brahman et Chakti ; il disait aussi que Dieu et Brahman sont toujours le même.  Ceci s'explique par une image :  l'eau qui n'est pas gelée est fluide, elle prend une forme quand elle est gelée, alors elle peut prendre différentes formes.  Çri Çamkarâchârya lui‑même a montré aussi ces deux voies ; il enseignait le Védanta non dualiste et il adorait Dieu.  De même, Çri Râmakrichna adorait Dieu et acceptait le monisme, l'Advaïta‑Védanta.  Çri Râmakrichna, parlant de Brahman, du Jiva, du Samadhi, s'exprime exactement comme Çri Çamkarâchârya.  Mais ce dernier pensait qu'après la réalisation de l'Advaïta, il n'y avait plus rien à découvrir dans la vie spirituelle.  Çri Râmakrichna ne s'est pas arrêté là, parce que son message était d'exprimer l'universalité de l'expérience mystique transcendantale, dans laquelle il n'existe plus ni les noms ni les formes diverses de Dieu.

 

Si nous pouvons aller à Çri Râmakrichna, nous trouverons facilement la voie spirituelle qui nous convient, quel que soit le groupe spirituel auquel nous ayons appartenu.  Les hommes qui vivent au niveau de la vie ordinaire sont entourés par le domaine du relatif.  Pour eux, la vie religieuse est un moyen d'arriver à l'idéal suprême.  Au Bengale, la Mère Divine est Dieu.  Si Çri Râmakrichna avait parlé uniquement de l'Advaïta, ses contacts avec les humains auraient été difficiles.  De nombreux exemples le prouvent.  Quand un Maître parle uniquement de Brahman, son enseignement est très bien.  Mais qu'arrive‑t‑il ensuite ?  On voit souvent qu'un temple ou un tombeau a été construit pour ce Maître qui est adoré comme un Dieu.

 

C'est le côté faible de la nature humaine, elle aime l'adoration.  On peut trouver des temples construits pour le Bouddha qui avait dit de ne pas l'adorer comme Dieu.  Et il y a la Salutation au Bouddha.  Ceci n'est pas contre l'idée du Bouddha, mais c'est une expression de la nature humaine qui demande d'avoir quelque chose de plus proche, de plus facile à comprendre et qui l'aide à trouver son chemin.

 

L'Advaita‑Védanta est très frappant pour ceux qui comprennent cette philosophie.  Cette voie a ses saints.  La Bhakti aussi.  De nos jours, on ne remarque pas une bien grande différence entre les saints qui sont parvenus au but suprême par la voie du Jnana ou par celle de la Bhakti.  Çri Râmakrichna disait :

 

« La pure dévotion – Soudda Bhakti – et la pure connaissance – Soudda Jnana – sont un.  Elles ne sont pas deux. »

 

Il est rare de trouver un homme qui manifeste la spiritualité dans les différentes voies de la vie spirituelle ou dans toutes ces voies ensemble.  C'est ce qui particularise Çri Râmakrichna.

 

Que nous suivions l'Advaïta‑Védanta ou que nous aimions la dévotion, l'essentiel est d'arriver au même but :  c'est‑à‑dire de dépasser le domaine des noms et des formes et de réaliser l'Indescriptible :

 

EXISTENCE – CONNAISSANCE – BÉATITUDE          SAT – CHIT – ANANDA