RAMAKRISHNA

 

La mort et l'après-vie
 

Swami Ritajanananda

 

Attention : Le sujet traité ici l'est d'un point de vue hindouiste - nous le présentons donc comme tel et laissons chacun libre de ses convictions sur le sujet.

 

Que le Seigneur Suprême nous protège !

Qu’Il nous nourrisse !

Que nous fassions nos études avec un grand intérêt !

Que nous fassions tous nos efforts !

Qu’il n’y ait aucune inimitié entre nous !

Paix !  Paix !  Paix !

 

 

Je voudrais vous conter tout d’abord une histoire tirée des Upanishads.  Les Upanishads sont des livres très anciens et les histoires qu’on y trouve peuvent ne pas sembler tellement intéressantes aux hommes du vingtième siècle, mais elles nous apportent quelque chose que nous ne pouvons normalement pas comprendre.  Cependant je suis convaincu que, le temps aidant, nous parviendrons à découvrir la sagesse qu’elles recèlent.

 

Il y avait une fois une assemblée de gens très instruits qui étaient tous des philosophes.  Ils s’étaient réunis à la cour d’un roi.  Svetaketu, un jeune homme, s’y rendit, car il désirait assister à cette réunion de philosophes.  On pouvait penser qu’il n’était pas un ignorant, qu’il devait avoir quelques connaissances, pour avoir osé se joindre à cette assemblée.  Aussi, quand il arriva, l’un des assistants, Pravahana, lui demanda :

         « Mon fils, est-ce que ton père t’a donné tous les enseignements ?

         -Oui, Monsieur.

         -Alors, dis-moi où iront les gens quand ils quitteront le monde ?

         -Je ne le sais pas.

         -Tu ne le sais pas.  Quand un homme quitte le monde, il trouve deux chemins, le devayana et le pitriyana.  Où se séparent-ils ?

         -Je ne le sais pas, personne vénérée.

         -Peux-tu me dire pourquoi l’autre monde n’est pas rempli par les gens qui sont partis ?

         -Non, personne vénérée, je ne le sais pas. »

 

Alors le maître, quelque peu étonné, lui posa d’autres questions et le jeune homme donna toujours la même réponse.  « Tu m’as dit que ton père t’avait donné tous les enseignements, mais tu es absolument ignorant.  Comment peux-tu oser dire que tu es instruit ?  Tu n’as certainement reçu aucune instruction. »

 

C’est ainsi que commence la grande Upanishad très connue et très lue par les Hindous, appelée Chandogya Upanishad, où l’on trouve un enseignement extraordinaire.  Elle est très ancienne, mais n’a rien perdu de son importance.  Celui qui connaît ce sujet est considéré comme un homme sage, comme un homme bien instruit.  Il sait ce qu’on doit savoir, mais, s’il l’ignore, toutes les autres instructions tombent comme des riens.

 

Heureusement, vous ne m’avez pas posé toutes ces questions.  Vous m’avez demandé de vous dire ce que l’on peut penser de la mort et de l’après-vie selon le Védanta.  Je m’en tiendrai à cela.  C’est un sujet qui peut apporter beaucoup de tristesse, et nous pourrons repartir un peu plus heureux, car nous serons contents d’avoir appris quelque chose de très utile pour notre vie.

 

Nous pouvons aujourd’hui parcourir le monde, rencontrer une grande variété de personnes ayant des Écritures différentes, des sociétés primitives, des sociétés très modernes, mais nous voyons toujours que les gens sont heureux quand il y a des naissances et qu’ils sont très affligés en cas de décès.  Nous le voyons partout.  On le voit sur les photos prises à la naissance d’un enfant, tout le monde semble gai et heureux, et à l’occasion d’une mort, la photo nous montre la tristesse sur tous les visages.

 

Les gens sentent que celui qui était avec eux est parti, qu’il ne vivra plus jamais avec eux.  Ils sont saisis de voir qu’une personne pleine de vie peut devenir subitement immobile, sans aucun espoir de retour à la vie.  Les gens expriment leur amour pour cette personne par des rites funéraires qui peuvent durer plusieurs jours et même plusieurs mois, et les faire toujours, comme pour le jour de la Toussaint et le jour des morts, où l’on pense à tous ceux qui sont partis.

 

Il existe, sur ce sujet, une grande variété de pensées depuis des siècles et des siècles.  Autrefois, on croyait que celui qui partait reviendrait pour retrouver le corps qu’il venait de quitter pour y vivre à nouveau.  C’est le témoignage des pyramides.  Le corps est bien conservé et celui qui est parti reviendra peut-être pour le reprendre et y vivre encore.  Mais aucun pharaon n’est revenu vivre en Égypte pour reprendre son royaume.

 

Il y a d’autres traditions où il est dit que le corps est gardé non pour revenir vivre sur la terre, mais parce que la personne morte aura peut-être besoin de ce corps pour aller témoigner de sa vie passée devant Dieu et être présente le jour du jugement dernier.  Nous voyons qu’il y a une grande variété d’opinions sur la mort et la vie après la mort.

 

Nous consacrons notre étude à la façon dont la pensée hindoue, particulièrement le Védanta, conçoit la vie après la mort, sans nous étendre sur les autres formes de pensée dans le monde.  Mais nous devons remarquer que, malgré une immense variété de croyances, tout le monde est certain que la mort n’est pas la fin d’un être humain et qu’il y a quelque chose qui continue à vivre même quand le corps est détruit.  Cela n’est peut-être pas accepté dans notre siècle très matérialiste.  Mais c’est sans importance à partir du moment où vous pouvez penser que le monde matériel n’est pas le seul monde et qu’il existe beaucoup de choses que nous n’avons pas vues, que nous ne pouvons pas comprendre, et que quelque chose doit changer en nous.  Je crois que nous faisons beaucoup plus de progrès aujourd’hui qu’auparavant.  Des recherches sont faites partout dans le monde.  Je pensais que nous devions réfléchir à ce sujet :  la spiritualité moderne.  Cette spiritualité moderne est un autre aspect de la société d’aujourd’hui.  Les recherches actuelles vont plus loin que ce que les religions ont enseigné jusqu’à maintenant.  Cela ne concerne pas une religion ou une société particulière, mais c’est ce que l’on constate partout.

 

Heureusement les Écritures anciennes nous montrent que la connaissance que nous avons du monde et surtout celle que nous avons de nous-même est très limitée.  Cette découverte est d’une grande valeur et ce sera le sujet de notre étude.

 

Considérons le spiritisme.  Il y avait une époque où personne ne voulait y croire.  Maintenant, on ne peut pas dire que de telles choses n’existent pas, qu’elles ne sont que le fruit de l’imagination.  Ceux qui allaient voir un voyant recevaient un certain enseignement.  Ils pouvaient apprendre quelque chose sur leur propre famille et ils étaient tellement surpris !  Comment ce voyant pouvait-il leur parler de leur grand-mère qui avait placé un objet dans un endroit précis sans jamais l’avoir dit à personne !  Et il le leur disait.

 

C’est ainsi que commencèrent les recherches sur le spiritisme.  Voici quelques idées sur ce sujet :

Que reste-t-il à l’être humain quand il a quitté son corps physique ?  Où va-t-il ?  Quelle sera sa vie à l’avenir ?  Ces questions ne se posent pas, bien entendu, si nous n’acceptons pas qu’il y ait quelque chose en dehors du corps physique.  Mais, si nous l’acceptons, cette étude prend alors une valeur certaine.  La pensée hindoue parle du corps physique et aussi d’un autre corps, le corps subtil.  Sthula sharira et sukshma sharira.  Sthula sharira est composée de matière grossière, sukshma sharira est le corps subtil, composé d’éléments subtils.  Il est impossible de voir ce dernier avec nos yeux physiques, mais nous pouvons le voir si nous entrons dans un autre niveau de conscience.

 

Ramakrichna en a parlé plusieurs fois.  Quand il alla dans la maison d’Agoramani, il prit son repas avec elle, en bas.  Agoramani demanda ensuite à Sri Ramakrichna d’aller se reposer dans la pièce du premier étage.  Il y a vu deux êtres et a trouvé l’ambiance très désagréable.  Ils mangeaient des restes de viande qui avaient été jetés de l’autre côté du mur.  C’étaient des esprits désincarnés.  Ils allèrent trouver Sri Ramakrichna et lui dirent :  « Monsieur, laissez-nous tranquille, allez-vous-en ! Nous ne pouvons pas supporter votre présence. »

 

Je vous donne cet exemple uniquement pour vous faire savoir qu’il y a des choses que nous ne pouvons pas percevoir nous-mêmes, mais que d’autres personnes peuvent voir.

 

Certaines Écritures indiquent de quoi est composée sukshma sharira.  Elle a la forme du corps et possède un constituant très important pour la vie, le prana.  Le prana est l’énergie vitale.  C’est grâce au prana que nous pouvons vivre.  Toutes les créatures sont appelées en Inde prani.  C’est ce qui les rend vivantes.  Quand un homme meurt, on dit que son prana est parti.

 

Le corps prend naissance avec le prana.  Il possède d’autres éléments également subtils.  Les Hindous ne considèrent pas que le mental soit une partie du cerveau.  Pour eux, le mental est composé de matière subtile.  Il fait partie du corps subtil avec la buddhi, l’intelligence.  Il s’y ajoute d’autres éléments comme notamment le karma, qui est une contribution spéciale.  Toutes les actions que nous faisons ici-bas produisent un résultat.  Ce résultat restera.  Swami Vivekananda a dit en parlant du karma :  « Les actions sont comme les graines.  Pensez que l’on peut trouver dans les pyramides des graines mises avec la momie et que, cinq mille ans après, on peut encore les semer et qu’elles poussent !»

 

Une fois que le karma est fait, il reste.  Il doit produire un résultat avant de disparaître.  Nous sommes venus dans le monde avec notre propre karma.  Il n’y a pas de vie pour nous sans un karma venant de bonnes ou de mauvaises actions.  Mais ne le confondez pas avec la simple action que nous faisons pendant notre repas.  Manger ne produit pas de karma.  Vous travaillez pour gagner votre vie.  Il n’est pas là question de karma.  Vous faites votre karma par votre propre décision, par votre propre jugement.  Vous savez parfaitement quand vous faites une bonne action.  C’est un bon karma que d’aider les autres.  Mais si je suis fâché contre quelqu’un, je veux le punir par tous les moyens possibles.  Je punis mes ennemis, poussé par une vive colère.  C’est un mauvais karma, parce que j’ai voulu faire du mal.  Il y a ainsi dans notre vie un bon karma, un mauvais karma et un karma qui n’est ni bon ni mauvais et tout cela mis ensemble produit un résultat qui nous suit.  Ces mêmes idées sont répétées constamment dans la Bhagavad Gîtâ et dans les Écritures sacrées de l’Inde.  Vous êtes le seul responsable de ce qui vous arrive.  Si c’est du bien, pensez que c’est le résultat de quelque bonne action, si vous avez à souffrir, ne blâmez personne, pensez seulement que vous avez certainement dû faire quelque mauvaise action.  En tout cas, j’ai reçu une leçon et la prochaine fois, je n’agirai pas mal car je n’aime pas souffrir.

 

Mais, derrière tout, il y a l’Atman.  L’Atman est la lumière du Seigneur, la présence de Dieu en chacun de nous.  C’est ce qui nous guide dans la vie, le seul point important.  Et c’est avec cela que nous revenons dans le monde.  L’Upanishad explique ensuite comment nous venons, où nous vivons, comment nous devons vivre, comment vivre avec les autres.

 

Voyons maintenant comment le corps sera laissé.  L’Upanishad le décrit avec des détails impressionnants.  Elle parle d’abord du prana qui remplit le corps tout entier.  Le prana le quitte petit à petit.  Quand le prana a quitté le corps, celui-ci ne bouge plus.  Quand le prana quitte les yeux, la personne ne voit plus, n’entend plus.  Le prana est ainsi rassemblé.  Il cherche ensuite une issue pour sortir.  Il peut sortir par les yeux, par la bouche, par les oreilles.  Mais chez les gens bien évolués il prend le chemin de la tête.  On dit qu’un être entre dans le corps humain par un point de la couronne de la tête.

 

Quelle est la réaction des gens à la mort d’un homme ?  Il y a toujours beaucoup d’affliction, tout le monde est très triste.  Les Hindous attachent également une grande importance à la mort d’une personne.  Même dans les temps très anciens, les Hindous n’adoptèrent jamais la coutume de conserver le corps de leurs morts, parce qu’ils ont toujours pensé que le corps physique ne pouvait plus servir.  Il n’a plus aucune valeur sans la vie.  Il semble tellement triste.  Le mort peut avoir envie de manger, mais il ne peut le faire parce qu’il n’a pas de bouche.  C’est le corps physique qui possède une bouche.  Les Hindous pensent qu’il est préférable de détruire le corps quand il est abandonné.

 

La Bhagavad Gîtâ dit à ce sujet :  « Comme un homme jette ses vêtements usés et en revêt de neufs, ainsi l’être incarné quitte les corps usés et entre en de nouveaux corps »

 

Les Hindous ne pensent pas que le corps puisse servir une autre fois après avoir été abandonné.  Les défunts sont honorés et une offrande leur est faite.  Si une personne ne peut leur faire cette offrande, ils deviennent des « âmes en peine », parce que leurs habitudes ne sont pas immédiatement perdues.  C’est pourquoi les Hindous pensent que le défunt doit être nourri et qu’il faut lui donner de l’eau pour apaiser sa soif.  Il est très malheureux quand il n’y a personne pour le faire.  Plusieurs histoires le rapportent :

 

« Il y avait dans la vie de Tulsidas le fantôme d’un brahmane à qui personne n’offrait d’eau.  Mais Tulsidas jetait de l’eau sans aucune pensée particulière, et cette eau était bue par le fantôme du brahmane qui en était très heureux.  Il remercia vivement Tulsidas pour sa bonté de lui donner de l’eau »

 

La tradition hindoue est d’offrir de la nourriture et de la boisson à ceux qui sont partis.  On le fait plusieurs jours de suite, puis pendant un an, on célèbre plusieurs fois la cérémonie funéraire.  Il y a ensuite une époque pendant laquelle, chaque année, on fait un service pour ceux qui sont partis.  Vous pouvez dire :  « Vous portez à manger une fois par an à ceux qui sont partis.  Il devra donc jeûner pendant 364 jours et rester ainsi sans nourriture » Mais leur temps est tout à fait différent du nôtre.  Un an pour nous est un jour pour eux.  Il n’y a alors rien de mal à offrir de la nourriture une fois par jour de leurs jours.

 

De nombreux hymnes des Védas parlent de ce culte funéraire.  Lorsqu’un homme vient de mourir, il faut d’abord choisir un morceau de terrain dirigé vers le sud.  Pourquoi le sud ?  Parce que c’est la direction que prennent ceux qui quittent le corps pour aller dans la maison des dévots de Yama.  Yama est le roi des morts.  Il fut le premier qui découvrit le chemin.  Les gens parlent à ceux qui sont partis : « Écarte-toi, éloigne-toi, les mânes de tes ancêtres ont préparé cet endroit pour toi.  Yama te donnera un séjour de repos qui te sera rendu agréable par le jour, l’eau, la nuit, etc. » On procédait même à cette époque au sacrifice d’un animal au moment des funérailles.  On faisait de nombreuses offrandes et des dons au prêtre qui étaient comme une aide, pour celui qui avait quitté le monde, sur sa route vers la vie après la mort.

 

Il disait :  « En vérité, tu auras pris naissance et tu renaîtras maintenant dans le monde de la lumière » Lorsque le corps brûlait, on disait : « Va par le chemin ancien pour suivre nos premiers pères, le roi Yama et Varuna.  Tu les verras » On avait de grands sentiments pour ceux qui étaient partis.  Ils ne pensaient pas qu’ils resteraient toujours séparés parce que les Hindous croient qu’ils pourront retrouver leurs parents, leurs amis, tous ceux qui ont quitté le monde.  Ils pensaient toujours à leur bien, ils priaient avec beaucoup de sentiment le feu qui brûle le corps :  « Oh !  Feu, ne fais pas de mal à mes parents qui sont partis.  Ils étaient très bien.  Aide-les sur ce chemin afin qu’ils trouvent leur route et qu’ils atteignent le but de la vie »

 

Cette Upanishad parle de deux chemins, celui de devayana et celui de pitriyana.  Les gens prennent l’un ou l’autre selon ce qu’aura été leur vie.

 

Nous lisons une prière dans le Rig-Véda :

« Ô Pavamana, emmène-moi dans cette région, dans ce monde où la lumière du ciel brillera toujours éternellement.  Rends-moi éternel dans ce royaume où les gens vont comme ils veulent, dans la troisième sphère très profonde du ciel intérieur, où les mondes clairs sont plein de lumière.  Rends-moi immortel dans ce royaume des désirs et des envies, où brille la lune rayonnante, où les désirs et les envies sont satisfaits et où les gens trouvent la nourriture et les divertissements.  Rends-moi immortel dans le royaume où le bonheur, la joie et la félicité sont réunis et où l’on trouve ce qui est éternel »

 

Cela nous semble très enfantin.  Tous les désirs, toutes les espérances.  Mais n’oublions pas que nous savons peu de choses en dehors du monde où nous vivons.  Nous considérons comme bonnes toutes les joies que nous trouvons ici.  Nous voudrions retrouver les mêmes divertissements même après avoir quitté le monde.  En ces temps, les gens étaient fortement attirés par cette pensée et ils priaient : « Oh ! Aidez-nous afin d’aller là-bas pour retrouver en abondance tout ce que nous avions dans cette vie ici » Ils voulaient continuer à se divertir.

 

Mais ce n’est pas la pensée du Védanta, seulement celle du Véda.  On célébrait alors un grand culte afin de plaire à Indra, à Varuna et aux autres divinités.  Celles-ci, ayant été satisfaites, disaient à ceux qui quittaient le monde :  « Venez vivre avec nous.  Comme vous avez été agréables pour nous, nous ferons à notre tour tout ce qui pourra rendre agréable votre séjour ici » C’est ainsi que fut conçu le paradis, avec cette pensée qu’il n’y aurait là-bas aucune peine, seulement de la joie sans la souffrance.  Cette croyance extraordinaire durera pendant des siècles.

 

Les rishis vinrent ensuite.  Les rishis du Védanta disent :  « Non, cela n’est pas possible.  Cette vie dans l’autre monde ne peut pas être éternelle avec des divertissements sans fin.  Elle peut être plus longue, mais avec un commencement et une fin » Une question se pose alors :  Qu’y aura-t-il à la fin ?  Avec cette question commence un autre chapitre de la pensée hindoue.

 

Quand un homme quitte le corps physique, il part avec le corps astral ou corps subtil.  Il est surpris.  Il voit son corps inerte et ne peut pas le toucher.  Il le voit tout à fait séparé de lui, comme le rapporta une fois Ramana Maharshi qui en fit l’expérience.  C’est une coupure définitive.  Maintes expériences ont été faites avec le corps astral, de nombreux livres en parlent.  Selon la pensée hindoue, celui qui est mort est d’abord très triste de se trouver séparé de tous ceux qui étaient près de lui.  Il ne peut pas parler, mais il voit tout.  Il reste dans cet état pendant quelque temps.  Tous ceux qui étaient partis viennent l’accueillir.  Il retrouve ses frères, sa mère, ses parents et ses amis qui l’emmènent parce qu’il vient d’un autre monde.  Il commence une nouvelle vie, mais tant que sa relation n’est pas définitivement coupée, il reviendra constamment sur terre pour voir tous ceux avec lesquels il avait vécu, mais il ne peut le faire que dans un autre niveau de conscience, dans un rêve, dans une vision ou par une expérience particulière.  Étant donné qu’il n’a pas de corps, il peut avoir besoin de prendre le corps de quelqu’un de vivant afin de l’utiliser pour son propre bénéfice.  Des esprits désincarnés le font parfois.

 

Certaines personnes pressentent le genre de vie qui leur conviendra pour l’avenir.  Sri Krishna en parle dans la Bhagavad Gîtâ.  Notre dernière pensée détermine notre prochaine vie.  Les Hindous acceptent facilement le fait qu’un être doit revenir plusieurs fois sur la terre.  Il doit épuiser son karma.  Il doit ensuite se libérer de son ignorance et atteindre la sagesse nécessaire.  Il vit autant de fois qu’il le faut.  Ne pensez pas que la réincarnation ou la renaissance soit une chose dénuée de tout fondement.  Nous sommes ici sur la terre parce que nous l’avons voulu et aussi en raison de notre karma.  Ce sont ce karma et les désirs sous une forme très subtile, les vasanas, qui nous forcent à revenir sur la terre.  Le karma est très important, parce que le karma existe toujours en fonction des désirs.  Nous faisons chaque action sous la poussée du désir.  Je voudrais venir, donc je viens.  Je voudrais entendre et je fais l’effort nécessaire pour entendre.  Mais si je développe en moi un grand désir de connaître davantage ce que le monde peut me donner, mes efforts seront également très grands dans cette direction.

 

Voici une charmante description donnée sur ce point dans une Upanishad :

« Une chenille ronge la feuille d’une plante, ne laissant que le bout de la tige lorsque la feuille est complètement rongée.  Puis, elle regarde autour d’elle et voit une autre feuille qui sera bonne à manger; elle se dirige alors vers cette nouvelle feuille qui lui semble meilleure. »

 

Ainsi, l’âme, au dernier moment de sa vie dans un corps, regarde autour d’elle et cherche un autre corps pour faire les expériences qui lui seront utiles afin d’épuiser son karma et satisfaire les désirs qui lui restent encore.

 

Après avoir quitté le monde, un homme peut prendre deux chemins différents selon le Védanta.  L’un est le chemin de lumière dont parle Sri Krishna dans la Bhagavad Gîtâ au chapitre VIII.  Il ira là-bas avec la lumière et sa vie sera très longue.  Il ira vers le soleil.  Le soleil est pour nous l’objet céleste le plus brillant.  La lune, en comparaison, est considérée comme noire.  Pourtant elle a aussi de la lumière.  Nous ne voyons qu’un côté de la lune.  Nous ne pouvons pas voir l’autre côté parce qu’il est toujours de l’autre côté de nous et qu’il reste invisible.  C’est de ce côté-là que vont les ancêtres quand ils quittent le monde.  Ils y vivront selon leurs actions passées aussi longtemps qu’ils le pourront.  Quand tous les mérites accumulés seront épuisés, ils devront revenir sur terre.  Combien de fois ?  Ils disent qu’on ne peut pas le fixer, les gens reviennent autant de fois qu’ils le veulent.  Et les yogis qui connaissent Brahman, l’Absolu, s’en vont au temps du feu, de la lumière, du jour, durant la phase solaire du mois lunaire et les six mois de la course du soleil vers le nord.  Ces yogis vont à Brahman.

 

Mais il y a une autre force qui agit en nous, et cela nous ne le comprenons pas.  C’est un sentiment très subtil.  Qu’est-ce que la vie ? Est-elle toujours la même ?  Je ne trouve pas de joie dans les choses ordinaires, elles ne me semblent pas tellement attrayantes.  Nous voyons parfois cette sagesse chez des personnes qui ne participent pas à tout ce qui se passe autour d’elles.  La pensée change de direction quand il n’y a vraiment aucun désir pour le monde.  Un homme peut chercher autre chose.  Il dirige son regard vers Dieu.  Nous chantons des prières dans toutes les religions, particulièrement au cours des derniers moments de la vie.  Nous cherchons à créer une atmosphère spirituelle pour aider celui qui va quitter le corps.  « Mon ami, pourquoi penses-tu encore à ce monde, toi qui es si près du départ ?  Je te montre ce que tu dois chercher, ce qui est bon pour toi » On répète le nom du Seigneur dans la plupart des religions.  En Inde, on chante ainsi de nombreuses prières, et l’âme, quand elle quitte le corps, voit son esprit se diriger vers ce qui est spirituel.

 

Nous lisons dans la Bhagavad Gîtâ :

« Celui qui, à l’heure du départ, le mental stabilisé par la ferveur de sa dévotion et la pratique du yoga, le prana fermement fixé entre les sourcils, médite sur l’Omniscient, l’Ancien, le Seigneur de l’Univers, plus subtil que le subtil, le soutien de tout, le Seigneur Suprême resplendissant comme le soleil par delà les ténèbres, celui qui médite ainsi parvient au Seigneur Suprême et divin. »

 

J’arrive à la conclusion.  Nous avons beaucoup parlé de l’être, de la naissance et de la mort, et aussi de ce qui se passe après la mort.  Mais quel est le but du Védanta ?  Est-ce de nous apprendre la joie de la vie, de nous parler du paradis et de l’angoisse que l’on ressent en raison de l’enfer ?  Tout cela ne présente pas un grand intérêt.  Et même la réincarnation, la renaissance, est aussi un sujet d’importance mineure.  La doctrine du karma ne sert qu’à soutenir la croyance en la renaissance.  Le Védanta tient surtout à attirer notre attention sur un point important, que tout le monde est capable de comprendre, mais que nous ne voyons pas néanmoins.  C’est l’ignorance, l’absurdité dans laquelle nous vivons.  Il est inutile de blâmer les autres pour nos souffrances.  Personne n’en est responsable et personne ne peut détruire notre bonheur.  C’est nous-mêmes qui faisons le mal en nous accrochant à l’ignorance.  Une personne peut être fortement attachée à un animal, un chat, un chien, et l’aimer beaucoup ou bien à un bijou, un livre ou tout objet qui lui est très cher.  Et un jour, cet objet très cher disparaît.  Vous pouvez comprendre son chagrin.  Il lui est difficile d’y échapper et elle y pense constamment.  Qu’est-ce que l’attachement ?  C’est l’identification.  La personne s’est mise elle-même dans cet objet favori.  C’est uniquement une attitude de sa pensée, elle a investi une partie d’elle-même dans cet objet.  Tout le mal vient de cette identification.  L’Upanishad en parle comme de l’ignorance.

 

Le Védanta conseille de cultiver la sagesse et de ne s’identifier à aucun objet.  Vous êtes celui qui est tout, la Réalité derrière tout.  L’idée de moi avec un corps est ainsi une identification.  C’est ce qu’il veut dire finalement.  Vous n’êtes pas le corps, mais vous êtes l’Atman, derrière tout.

 

C’est l’enseignement que donnent les Upanishads, et avec cette idée commence la Katha Upanishad.  Il y a une conversation entre un jeune homme et Yama, le Seigneur de la mort.  Yama est le meilleur maître qui soit pour donner un enseignement sur la mort.  Quel est l’enseignement de Yama ?  Réaliser l’Atman.  Ce qui est composé, un jour ou l’autre, se décomposera.  Mais vous n’êtes pas cela.  Le corps est comme un vêtement que vous avez mis.  N’oubliez jamais cette idée de votre réalité.  Croire que nous sommes un corps, nous dit le Védanta, est une erreur.  Nous devons vivre avec cette vérité que nous ne sommes pas ce petit être limité et conditionné par le corps, mais l’Être Universel.  Quand l’âme atteint sa véritable nature, que je sais que je suis Cela et non cet être, doté d’un nom et d’une forme, avec lequel j’ai joué dans le monde, tout change.  Pitriyana et devayana ne sont pas pour lui, ils n’existent pas.  Et une fois que l’ignorance a été détruite, l’identification avec le corps cesse.  Tout change.  Vous pouvez vous demander si cela est possible.  Oui, c’est possible parce que ce n’est pas moi qui parle.  Le Védanta dit :  « Il y a des êtres qui ont suivi l’enseignement du Védanta et qui, par leur vie personnelle, ont réalisé cette vérité » Ceux qui ont lu le livre de Ramana Maharshi ont vu que ce livre était rempli de tels enseignements.  Il nous montre comment vit dans le monde l’être qui a réalisé sa véritable nature.  Il est avec nous, c’est vrai, il mange, il boit, il parle, mais il n’est pas attaché, rien ne peut le toucher.  Le Védanta veut dire :  « Ne pensez pas trop à ce corps, mais pensez de plus en plus que vous êtes l’Atman.  Il déclare alors :  « Nous atteindrons notre propre royaume » Ce n’est pas le royaume de la matière, mais le royaume où il n’y a aucun chagrin.  Ce n’est pas le paradis, mais le royaume où il n’y a aucun chagrin.  Ce n’est pas le paradis, mais le royaume de la pleine compréhension, où le plaisir dont nous parlons ici-bas n’existe pas.  Il y a une expansion immense.  Vous êtes Brahman, c’est-à-dire, vous êtes Tout.  Si vous avez Tout, vous ne cherchez plus rien.  Il y a seulement la différence, moi et ça, et je vais chercher ce que je ne suis pas.  Mais quand je deviens Tout en tout, tout a changé.

 

La mort ne peut donc pas nous faire peur et nous n’avons pas à nous demander ce qui arrivera après la mort, parce que pour moi, il n’y a pas de mort.  Je suis toujours vivant.  Je suis aujourd’hui comme un comédien au théâtre, je peux être roi ou mendiant, je suis toujours libre.  Avec ce sentiment, vous changez immédiatement.  Rien ne peut vous affliger, rien ne peut vous blesser.  Vous vous sentez un esprit beaucoup plus large que ce avec quoi vous avez vécu jusqu’ici.  Que répondre à cette question, qu’arrive-t-il après la mort ?  Nous pouvons dire qu’il n’arrive rien.  Nous avons toujours été là.  Nous sommes déjà Cela, ce qui arrivera, ce qui doit arriver.  Nous sommes l’Esprit Universel.

 

C’est l’enseignement du Védanta sur la question de la mort.

 

Om !  Conduis-nous de l’irréel au Réel, des ténèbres à la Lumière, de la mort à l’Immortalité !  Paix !  Paix !  Paix !