RAMAKRISHNA

 

Disciplines védantiques
 

Swami Ritajanananda

 

Au cours de nos entretiens, nous avons appris que le Védanta est la recherche de l'unique Réalité.  Nous y trouvons la réponse à la question :  QUI SUIS‑JE ?  C'est Cela qui une fois connu fait comprendre tout le reste.

 

Les sages des Oupanichad ont exprimé l'idée fondamentale de l'existence d'une seule Réalité : BRAHMAN, manifesté dans l'univers sous des formes multiples.  De Brahman, l'univers est né, il vit en Lui et en Lui il se réabsorbe.  Le principe de l'Unité est accepté dans les religions de l'Inde et il est caché derrière toutes les croyances ; nous pouvons dire que cette idée est la grande contribution de la pensée hindoue dans les domaines philosophique et religieux.

 

Les Oupanichad donnent une explication intellectuelle de la Réalité et indiquent le moyen de parvenir à cette connaissance.  Le sujet de la réalisation spirituelle n'y est pas exposé avec clarté, sans doute parce qu'il s'agit là d'une discipline intérieure difficile à suivre, qui demande un grand effort de volonté et les conseils d'un Gourou qualifié.

 

Souvent nous avons inconsciemment des idées préconçues qui nous empêchent de comprendre un enseignement heurtant nos préjugés.  Il en est ainsi, par exemple, de l'idée de conscience.  L'explication donnée par le Védanta sur l'énoncé d'une conscience sans contenu et sans objet peut sembler incroyable de prime abord.  Il en est de même des Oupanichad qui ne considèrent pas l'intelligence humaine, c'est‑à‑dire le raisonnement, comme le meilleur moyen d'arriver à la réalisation.

 

En vérité, la compréhension de la Réalité ultime n'est pas un fait de connaissance mais d'existence.  Celui qui a réalisé ne dira pas :  je suis Brahman.  Il l'est.  Sa conscience individuelle, qui s'était identifiée jusque‑là avec le nom et la forme d'un humain, perdra cette identification.  Pour un tel individu, la réalisation est une expérience entièrement différente de toutes celles de sa vie ordinaire et sa connaissance aussi devient différente de ce qu'il avait compris jusque‑là.

 

Les Oupanichad nous engagent constamment à réaliser ATMAN pendant notre vie terrestre ; elles affirment que c'est le seul but de la vie.  L'idée :  Tout est Brahman, signifie que l'âme individuelle, en son essence, n'est pas différente de Brahman.  Cette idée peut paraître une constatation compréhensible, mais l'admettre seulement par le raisonnement et la métaphysique ne serait pas suffisant.  Celui qui comprend vraiment doit devenir Brahman, ce qui veut dire vivre dans un état d'esprit constamment conscient de son unité avec l’univers entier. Il perdra conscience de son individualité et son ego disparaîtra.  Pour la plupart des hommes, imaginer seulement cet état est déjà pénible car tous sont très attachés à leur individualité ; la perdre leur parait affreux et désagréable comme l'entrée d'un domaine ténébreux.  Seul le sage comprend que cette sorte de nuit devient le jour.

 

La Bhagavad‑Gîtâ dit au Dialogue II, verset 69 :

 

« Ce qui est nuit pour tous les êtres, c'est le temps de veille pour le sage. »

 

Nous citerons le commentaire de Çri Çamkarâchârya sur ce passage :

 

« Pour tous les êtres, la Réalité suprême est la nuit.  Par sa nature, la nuit est tamasique (c'est‑à‑dire ténébreuse) ; elle cause la confusion de la compréhension.  La Réalité n'est perceptible qu'à un homme dont la connaissance est stable.

 

« De même, ce qui paraît être le jour pour tous les hommes est la nuit pour ceux qui errent dans la nuit.  Tous les ignorants ressemblent aux êtres qui errent dans la nuit ; la Réalité suprême leur paraît noire comme la nuit, car la Réalité n'est accessible qu'à ceux ayant leur esprit en Elle.  Seul, l'homme de réalisation, après avoir maîtrisé ses sens et écarté la nuit de son ignorance, est éveillé à la Réalité. »

 

Réaliser l'idéal du Védanta n'est pas facile.  Cela demande une volonté persévérante; nous allons étudier les disciplines védantiques qui conduisent à la réalisation.  Nous avons déjà dit que le Védanta n'est pas uniquement une philosophie, une psychologie, une religion, mais qu'il contient tous ces éléments.  Il a un but.  Donc il y a un chemin vers ce but.

 

En comparant le Védanta avec les religions, nous constatons qu'il ne nous demande pas d'adorer Dieu pour obtenir le salut.  S'il y a une adoration, c'est celle de notre propre Soi – Atmopâsana.

 

Deuxième point important :  le but cherché n'est pas d'aller au paradis ni au ciel, mais de réaliser le Suprême.  Cela n'est ni séparé ni distinct de notre propre Soi.  Exprimé ainsi, le but du Védanta est unique en son genre.

 

La discipline védantique commence par reconnaître le principe de l'existence du Soi – ATMAN – l'ABSOLU.  Il n'y a pas d'autre Réalité qu'ATMAN‑BRAHMAN.  Quand un homme réalise Atman, il découvre qu'Atman est Brahman.  Atman nous est plus proche et plus cher que nos enfants, plus précieux que nos richesses, plus cher que toute chose; en même temps, Il est Cela – Essence de tous les êtres – nous dit la Brhad Aranyaka Oupanichad.

 

Puisque notre but est d'arriver à Atman, notre véritable Soi, ce but n'est pas situé en dehors de nous, il n'est pas une acquisition mais une réalisation.  Ce n'est pas un objet acquis par un sujet ni une connaissance de ce qui serait en dehors du Soi.  Ce n'est pas le résultat d'un processus et cela ne dépend pas de conditions.  Tout ce qui est conditionné est temporaire, donc disparaît.

 

L'Éternel n'est pas un produit.  Tout ce qui n'est pas éternel ne devient pas éternel.

 

Il en résulte que dire :  je réaliserai Atman, n'est pas exact.  Il n'y a aucun intervalle entre l'adorateur et l'adoré.  Les Oupanichad disent :

 

S'il voit la moindre distinction entre Brahman et Lui, il n'a pas compris.

 

Toutes formes d'adoration d'un Seigneur séparé de nous sont imparfaites, car elles renferment encore l'idée d'un sujet séparé de l'objet. Le sujet peut essayer d'atteindre la réalisation par l'adoration, mais le Védanta considère que le résultat acquis est seulement une forme d'expression temporaire car la discipline védantique conduit à l'adoration de Cela qui n'est pas séparé du Soi.  Cela est l'aspect parfait du véritable Soi éternel.

 

Dans la discipline de la dévotion – Bhakti‑Yoga – l'adorateur garde son Seigneur présent devant lui ; il aura une expérience spirituelle dans laquelle il réalisera la présence du Seigneur au dedans de lui et au dehors.  Naturellement la réalisation appartient au domaine de la mystique.

 

En suivant la discipline du Yoga, il est possible d'arriver à une expérience d'identité, dans laquelle le mental se fond complètement en l'Absolu.  Mais notre raison pourrait demander quelle serait la valeur d'une telle expérience s'il restait après quelque différence entre l'expérience et l'expérimentateur.  Toute expérience, dans laquelle le sujet garderait une conscience individuelle séparée, différente ou distante du Suprême, signifierait que cette expérience n'est pas celle de la Réalisation ultime.

 

Le Védanta insiste sur ce point et affirme qu'en fait il n'existe pas de séparation, car il n'y a ni sujet ni objet ni conscience de sujet‑objet. Cela devient évident et clair lorsque nous nous rappelons que la même unique Réalité se manifeste partout sous des formes diverses.

 

Dans le Védanta, l'adoration est celle du Soi par le Soi, états de conscience différents, bas et plus élevé, c'est toute la distinction à faire.

 

Autrement dit :  c’est une ouverture sur l'Infini caché au-dedans du fini apparent.

 

Pourquoi le Soi apparent n'est‑il pas conscient de son Infinitude ?  C'est une question difficile à comprendre.  C'est un fait.  Nous ne pouvons expliquer comment le fini peut atteindre l'Infini ni comment il est déduit de l'Infini.  Le Védanta dit qu'en nous, l'Infini réalise son Infinitude.

 

Il en est de même d'un prince‑enfant qui s'étant égaré dans la forêt y est recueilli et élevé par des hommes sauvages.  Plus tard le jeune prince est retrouvé et reçoit finalement son héritage.  Il a toujours été prince, même lorsqu'il vivait parmi les tribus sauvages de la forêt.  Il n'y a pas de changement fondamental, mais à un moment l'enfant n'était pas conscient d'être prince.  Par cet exemple, le commentateur explique que nous sommes toujours l'Infini bien qu'il nous arrive de ne pas en être conscients.  Le but de notre vie est de réaliser cette Vérité.  C'est une expérience :

 

CELUI QUI CONNAIT BRAHMAN DEVIENT BRAHMAN LUI‑MÊME

 

enseigne l'Oupanichad.  Il n'y a pas de sujet et d'objet mais une seule Réalité.  Celui qui réalise cette expérience le sait :  il est lui‑même cette expérience.  C'est ainsi que nous comprenons finalement les apparentes contradictions des descriptions disant qui Atman est plus petit que le plus petit et plus grand que le plus grand.  Cela est proche et éloigné.  Cela n'est ni existant ni non‑existant.

 

Après avoir réalisé l'expérience mystique, nous savons qu'Atman est toujours au dedans de nous.  Avant, il nous paraissait très éloigné ou même il nous semblait ne pas exister.  Les enseignements du Védanta sont incompréhensibles pour celui qui n'a pas eu cette grande expérience spirituelle :  Atma Bodha – Aparoksha Anubhuti, ce qui signifie la réalisation directe et intime de la véritable nature divine du Soi, notre Soi éternel.  Quand un homme réalise cette expérience, il comprend n'avoir jamais été esclave de la nature et cette connaissance ne s'efface jamais.

 

La réalisation du Soi est difficile à exprimer parce que notre idée de l'individualité nous empêche d'arriver au Soi éternel.  Ici nous devons souligner que la conscience de la vie ordinaire, du petit soi égoïste, est seulement relative et non‑absolue.  La connaissance d'un objet dans sa relation avec les autres n'est qu'un aspect particulier de l'éphémère.  Au contraire, la connaissance absolue nous demande d'être un avec l'objet.  C'est l'unité !  C'est la distinction essentielle.  Et c'est être l'expérience elle‑même comme nous l'avons dit plus haut.  Ce n'est plus une connaissance de la vie ordinaire, mais une compréhension intuitive.  Bergson a écrit que toute autre forme de connaissance n'est que partielle, imparfaite, mutilée et dérangée.  Cette forme de connaissance, sans relation avec des objets, sans aucun dérangement, est l'intuition.

 

Le Védanta affirme que la connaissance du Soi est intuitive, directe, sans aucune relation.

 

Atteindre la Réalité n'est possible qu'à l'esprit absolument transparent et paisible, capable de se concentrer sur l'extrêmement subtil.

 

La transparence de l'esprit est un état du mental complètement détaché de toutes sortes d'idées ; chaque idée forme une tache sur l'esprit. A cause des idées, l'esprit s'agite ; il n'est alors ni pur ni paisible.  On arrive à la transparence de l'esprit en s'y préparant par le détachement et une intense concentration.  C'est le moyen de couper toute relation avec les objets éphémères.  Sans cette coupure, la relation sujet‑objet nous empêcherait d'atteindre la réalisation.  La discipline védantique demande donc une complète purification de l'esprit comme préparation indispensable.

 

La plus grande difficulté à surmonter dans cette voie est la tendance de nos sens à courir vers les objets des sens.  Dans la Katha Oupanichad, Yama dit :

 

Le Seigneur a percé les ouvertures des sens, c'est pourquoi le regard va à l'extérieur et non à l'intérieur.

 

Un certain sage qui cherchait l'immortalité a tourné ses yeux, ses sens, vers l'intérieur.  Il a vu le Soi.

L'essentiel est d'avoir l'esprit complètement détaché des objets des sens, de tout ce qui retient dans l'éphémère.

 

Lorsque le jeune Nachiketa est allé trouver son Maître Yama pour lui demander de l'instruire, ce dernier l'a tout d'abord tenté en lui offrant tout ce qui pouvait être désirable :

 

Choisis d'avoir des fils et des petits‑fils qui vivront cent ans !

Choisis de nombreux troupeaux, des éléphants, des chevaux, de l'or, un grand domaine !

Et pour toi‑même choisis de vivre autant d'années que tu le désires !

Si tu penses qu'il existe une autre faveur égale à celle‑ci, choisis‑là, choisis la fortune et une longue vie ! Sois le roi d'un grand royaume ! Je te rendrai capable de jouir de tous ces plaisirs !

Tu peux me demander de t'accorder la réalisation de tous les désirs difficiles à obtenir en ce monde mortel :  Voici des femmes belles, des carrosses, des instruments de musique ; les mortels habituellement n'en obtiennent pas de semblables.  Je te les donne.  Ces femmes t'attendent… dit Yama.

Mais Nachiketa répondit :  Je voudrais seulement connaître ce qui est éternel.

 

Toutes les Oupanichad enseignent que la première disposition essentielle est d'avoir le grand désir de la réalisation spirituelle et pour cela de renoncer fermement à tous les biens de ce monde.

 

Ainsi l'épouse du sage Yajnavalkya répondit à son mari ne pas avoir besoin de richesses en ce monde qui ne lui feraient pas atteindre Atman.  L'important est d'arriver à Atman !

Les Oupanichad affirment qu'après la réalisation, rien d'autre ne saurait nous attirer.  Celui qui réalise Atman, arrive à l'état de satisfaction complète, de Béatitude infinie ! C'est pourquoi ceux qui veulent arriver à la connaissance d'Atman cherchent un Maître capable de leur montrer la voie spirituelle à suivre.

 

Dans la Chandogya Oupanichad, Narada est allé auprès de Sanat Kumara pour lui demander de l'instruire.

 

Le Maître répondit :  Dis‑moi ce que tu as déjà appris.  Je t'instruirai ensuite.

 

Narada : ‑ Vénéré Seigneur, j'ai étudié le Rig‑Véda, le Yajur‑Véda, le Sama‑Véda, l'Atharva‑Véda, la mythologie, la grammaire, les rites des ancêtres, les mathématiques, l'astrologie, l'économie, la logique, l'éthique, l'étymologie, la politique, l'astronomie, l'art de dompter les serpents et les beaux‑arts.  J'ai appris tout cela.  Mais je ne connais pas ATMAN !  J'ai entendu des sages, comme vous, dire que celui qui connaît Atman surmonte toutes les souffrances.  J'ai du chagrin.  Donc, je vous prie, Seigneur, conduisez‑moi au delà de cette souffrance.

 

‑ Alors Sanat Kumara aida Narada à dépasser l'une après l'autre les formes du manifesté jusqu'à ce qu'il arrive à Prana, le principe vital répandu partout et en tout.  Puis Sanat Kumara dit :   C'est de Prâna qu'est venu tout cela.  Le connaisseur de Prâna en méditant sur cela devient un homme qui parlera de la plus haute Vérité.

 

‑ Entendant cet enseignement, Narada resta silencieux.

 

‑ Sanat Kumara voulant l'instruire encore ajouta :  Celui qui voit la Vérité ultime, la Vérité des vérités, celui‑là parle de la Vérité la plus haute.

 

‑ Narada dit :  Seigneur, je veux devenir celui qui parle de la Vérité la plus haute.

 

‑ Sanat Kumara :   Alors tu dois avoir la réalisation.  Pour réaliser, on doit réfléchir.  La réflexion a besoin de la foi.  La foi dépend de la vénération.  La vénération demande la discipline de soi.  Cela n'est pas possible sans le bonheur.  Le bonheur n'existe que dans l'Infini.  Il n'y a pas de bonheur dans le fini.  L'Infini est Cela dans lequel on ne voit rien d'autre et ne comprend que le Soi.  Si l'on en voit un autre, en entend un autre, en comprend un autre, c'est le fini.  Ce qui est Infini est immortel.  Ce qui est fini est mortel.  Seul l'Infini est en haut, en bas, derrière et devant, à droite et à gauche.  Tout, ce qui est, est cet Infini.

 

Je suis Cela.  Je suis en haut, je suis en bas, je suis à droite et je suis à gauche, je suis derrière et je suis devant.

 

Maintenant c'est le même enseignement avec Atman.  Seul Atman est en haut, Atman est en bas, Atman est derrière, Atman est devant, Atman est partout.  Seul Atman est tout ceci.

 

En vérité, celui qui voit ainsi, qui réfléchit ainsi et qui comprend ainsi, celui‑là a la joie d'Atman, le plaisir d'Atman et l'union en Atman. Il devient le Seigneur du Soi.  Il est libre d'agir comme il le veut dans les trois mondes.

 

La compréhension de Cela est possible seulement à ceux qui ont une vie pure.

 

Parmi les Oupanichad, la Chandogya est une des plus anciennes ; elle demande à ceux qui entendent de réfléchir sur ce qui est enseigné. Il y a là quelques idées vraiment très intéressantes, par exemple cette affirmation que le bonheur n’existe pas dans le fini mais seulement dans l'Infini :  Nous cherchons toujours le bonheur, la joie ; mais nous ne sommes jamais satisfaits parce que les joies rencontrées ne durent pas et disparaissent.

 

Celui qui a réalisé Atman‑Brahman – le Soi – connaît sa véritable nature divine, joie constante ; satisfait, il ne cherchera plus rien.

 

Cela peut paraître incompréhensible dans l'état où nous sommes actuellement ; il ne s'agit pas d'un argument, c'est la vérité.  Si nous pouvons rencontrer un être de réalisation dont la vie a été transformée par son expérience spirituelle, alors nous serons encouragés.  En tout cas, cela demande un grand effort de volonté et la purification de l'esprit.

 

Le passage cité de la Chandogya Oupanichad nous montre comment le Maître décrit, étape par étape, le chemin à suivre ; il a parlé de la réflexion, de la méditation et il est nécessaire d'avoir la foi.  L'aspirant spirituel doit posséder une maîtrise de soi affermie et constante. Après la préparation commence la discipline à proprement parler.

 

Cette discipline consiste en :

 

Sravana – entendre,

Manana – réfléchir,

Nidhidhyâsana – méditer, contempler.

 

Le Maître conduit ainsi l'aspirant spirituel à la conviction que Brahman est la seule Réalité.  Par la discrimination entre le Réel et l'irréel (c'est‑à‑dire l'éphémère), on arrive au détachement des plaisirs de ce monde et hors de cette terre.  Le chercheur sincère doit développer en lui six qualités, appelées les six trésors : le calme de l'esprit, la maîtrise de soi, le recueillement mental, l'endurance, la stabilité du mental favorable à la concentration parfaite, et la foi.  Ces qualités sont décrites également dans le Viveka Çuda Mani.  Sans foi – Sraddha – on ne pourrait réussir dans la vie spirituelle.  Les grands prophètes nous l'ont enseigné de même.  Mais la foi, qualité spirituelle, est très différente de la foi dans la vie ordinaire.  La foi spirituelle ne comporte aucune possibilité d'erreur parce que la Vérité ultime est parfaite.  La conviction de l'existence de la Vérité suprême est une attitude positive, affirmative sans laquelle l'aspirant spirituel ne saurait faire de progrès.  Il faut aussi croire à l'honnêteté des grands sages de la spiritualité qui ont abandonné tous leurs biens terrestres pour vivre sans égoïsme dans le seul but d'atteindre la Vérité ultime ; ils nous ont transmis l'expression de leur réalisation pour nous aider à y parvenir nous‑même.

 

La deuxième étape, celle de la réflexion, signifie qu'après avoir entendu, nous devons considérer avec attention, à l'aide de la raison, tout ce que nous avons étudié et retenu.  Les hommes de foi peuvent dire qu'ils n'ont pas besoin du raisonnement, mais dès qu'il se produit quelque défaillance dans la foi, le doute surgit et nous commençons à raisonner.  Les Oupanichad ne demandent jamais d'accepter l'enseignement sans le raisonner.  Au contraire, à l'aide de la logique, les textes nous expliquent l'enseignement oupanichadique afin de nous conduire à une conviction intellectuelle.  La réflexion affermit notre foi.  Çri Çamkarâchârya a dit que les Écritures sacrées et le raisonnement établissent l'unité du Soi.  Alors nous pouvons le voir comme un fruit dans la main.

 

Tout le monde n'arrive pas directement à l'expérience de la Réalité suprême, ni même à accepter l'autorité des Écritures.  Pour ceux‑là, l'argumentation est nécessaire mais ils ne parviennent qu'à une connaissance indirecte.

 

Les Oupanichad nous invitent à rechercher la compréhension intuitive totale et directe.  Pour y parvenir, il faut la troisième étape, celle de la méditation et contemplation qui transforme la conscience intellectuelle en processus vital.  En nous concentrant, la seule discipline vraiment indiquée dans les textes est celle de la méditation‑contemplation.  Par elle, toute l'énergie mentale est dirigée exclusivement sur la Vérité.  Et l'Oupanichad insiste toujours sur la nécessité d'un Gourou capable de nous conduire au but de la recherche spirituelle.

 

Dans la vie ordinaire, l'activité mentale nous retient toujours en relation avec le monde; c'est pourquoi il est nécessaire d'arrêter toutes les modifications du mental pour en diriger l'énergie exclusivement vers le but à atteindre.  Ceci constitue une partie du Yoga.  Les disciplines védantiques acceptent cette même pratique, mais ne s'arrêtent pas là, car il s'agit de dépasser la conscience du moi‑expérimentateur pour atteindre l'unité du Moi universel, éternel.  Et c'est encore la purification de l'esprit et la concentration avec un complet détachement des choses de ce monde.

 

Les Mandukya Karika l'expliquent ainsi :

 

« Rappelle‑toi que toute dualité est causée par l'ignorance et qu'elle est par conséquent entachée de souffrance.  Dissuade ton mental de rechercher des jouissances produites par le désir.  En d'autres termes, retire ton mental de tous objets de multiplicité en lui imprimant l'idée de non‑attachement absolu. »

 

La concentration est le seul moyen de nous approcher de l'expérience spirituelle.  La Mundaka Oupanichad la compare au tir à l'arc. Brahman est la cible.  Aum est l'arc.  Celui qui médite est la flèche, ou plutôt Atman, et celui qui médite réalise Brahman !  L'Infini réalise son Infinitude.  Par la concentration, la conscience individuelle se dirige vers la Conscience infinie et finalement, comme une goutte d'eau tombant dans un lac, se perd dans l'Infini.

 

La Mandukya Oupanichad affirme que la syllabe sacrée Aum s'achève dans le silence – TURYA – état dans lequel la conscience individuelle s'immerge dans la Conscience universelle.

 

Par contemplation, nous entendons une technique qui nous permet d'arrêter toutes les pensées diverses des activités mentales.  Il ne s'agit pas d'un jeu de l'imagination, ni d'un effort qui tendrait à établir un contact avec Dieu.  Notre seul effort est de nous immerger dans le silence complet.  C'est le silence intérieur.  Dans un tel état, il n'y a pas d'idées extérieures ni même une haute pensée religieuse.  Il suffit à l'homme d'abandonner absolument tous ses désirs et de se tenir entièrement tranquille.  Alors son mental, n'ayant plus à s'occuper de quoi que ce soit, se perd en sa propre existence.  Quand l'esprit est pur et calme, la Conscience se manifeste dans toute sa gloire.

 

Les Écritures disent que l'homme de réalisation atteint un état de conscience très élevé.  Il n'y a rien de plus grand à rechercher.

 

La Mundaka Oupanichad l’exprime ainsi :

 

« Comme les rivières coulent et disparaissent dans l'Océan en perdant nom et forme, de même celui qui s'est affranchi du nom et de la forme accède à l'Être divin, plus haut que ce qu'il y a de plus haut.

 

« Qui connaît le Suprême Brahman devient lui‑même Brahman.  Nul dans sa race n'ignore Brahman.  Il passe outre à la souffrance.  Il passera outre au mal.  

 

« Délivré des liens extérieurs, il devient immortel ! »