RAMAKRISHNA

 

Comment pratiquer la spiritualité
 

Swami Ritajanananda

 

Qu'est‑ce que la spiritualité ?  La spiritualité n'est pas une religion.  C'est une recherche, la recherche de notre véritable âme, du principe divin, de la source de la manifestation de notre vie.  On est l'Esprit qui utilise le corps et qui dirige les pensées et les sentiments.  C'est le principe important en nous, et les Hindous L'appellent Atman.  C'est un concept plus qu'un objet, et personne ne peut Le voir.  On ne peut pas voir Atman ; l'intellect ne peut pas Le connaître parce qu'Il est la source de tout.  Sa présence nous permet de comprendre les choses extérieures.  Et de même que nous ne pouvons pas voir notre propre visage, de même, aucun effort, quel qu'il soit, ne pourra nous permettre de voir Atman avec les yeux physiques.  Aussi longtemps que nous pensons être un individu, nous sommes obligés de considérer qu'Atman est esprit, et les Hindous utilisent ce mot pour L'identifier.

 

En Inde, quand les gens sont petits, ils reçoivent un mantra qu'on leur demande de répéter.  Le mantra et le tapas (austérité) sont les deux enseignements principaux de l'hindouisme.  Quand.  nous étions enfants nous entendions :  « Fais le tapas et le tapas t'emmènera vers Dieu, tu Le verras et Il te donnera ce que tu cherches ».  Les gens essayaient d'avoir un contact avec le Suprême à l'aide d'un mantra.  On répète un mantra, par exemple la Gayatri, plusieurs fois, c'est l'enseignement de cette religion.  Plus tard ces enfants entendent beaucoup d'autres choses, mais la répétition du mantra reste une pratique importante, quelle que soit la secte religieuse.  Cela peut être un simple mot comme Ram, Ram, Ram.  Le dévot passe son temps à répéter ce mantra, pour lui c'est assez.  Nous essayerons de comprendre plus tard pourquoi on insiste sur ce point.

 

La soif pour la réalisation caractérisait les Hindous depuis les temps très anciens.  La Réalisation est le but de la vie spirituelle, et non pas d'aller au ciel pour vivre près du Seigneur.  Le contact avec le Suprême, ou la Réalisation, transformera complètement notre vie.  On peut avoir la Réalisation en suivant n'importe quelle religion à condition d'avoir foi dans la répétition du mantra.  Un verset en sanscrit dit : « Comme l'eau qui tombe du ciel prend la forme de nombreuses rivières et retourne à l'océan, de la même manière les salutations faites aux différentes divinités vont au même Suprême ».  Ainsi les différentes religions sont des moyens différents pour atteindre la même suprême Réalité.

 

La spiritualité est universelle.  Elle offre le moyen de réaliser la vérité.  La vérité est ce qui ne change pas, ce qui est immuable et qui reste éternellement le même.  C'est la définition, pour la pensée hindoue, de ce qui est vrai.  Le Vrai est toujours vrai ; ce qui est une chose aujourd'hui et demain une autre ne peut pas être vrai.  Les écritures disent aussi que cette Réalité ne peut pas être trouvée par la lecture, ni par le raisonnement, ni par la croyance.  Ainsi notre intelligence ne nous aide pas beaucoup, car la Réalisation est une expérience.  L'intelligence nous sert à analyser et comprendre mais elle ne peut pas atteindre la Réalité.

 

Cette expérience est supra‑consciente, on l'appelle parfois le samadhi.  La personne qui en fait l'expérience voit le monde entier et elle‑même provenant de la même source unique, source imperceptible, indescriptible, infinie et éternelle.  Puisque telle est sa nature nos efforts vers la Réalisation sont difficiles.  Nous vivons dans un monde où les objets sont visibles, perceptibles ; mais « l'objet » de notre recherche spirituelle est au‑delà de toutes descriptions.  Dès que vous êtes en présence du Suprême, dit un maître, le monde est complètement changé, comme le serpent qu'on voyait dans la corde et qui maintenant n'existe plus, seule la corde demeure.  Ainsi vous voyez Brahman seul, les autres choses sont surimposées à cette Réalité.

 

Quand une personne est capable de se détacher de toutes les pensées, de tous les désirs pour les expériences matérielles et mondaines, alors cette personne-là est prête, car les désirs sont des obstacles qui empêchent d'atteindre le Suprême, et ce n'est pas facile lorsqu'on vit en ce monde depuis l'enfance, entouré d'objets tentants.  On est pris par la vie jusqu'à son dernier jour.  Le monde est très puissant, nous sommes pris par tout ce qui nous entoure ; c'est pourquoi cette recherche n'attire pas tout le monde.  Nous disons que nous avons besoin de la grâce de Dieu.  Le désir de la Réalisation est un désir très rare, exceptionnel, et on dit que c'est une faveur particulière de l'avoir.  Il y a des enfants qui, dès leur enfance, ne sont pas attirés par les objets des sens, ils cherchent autre chose.  Il y a un mécontentement divin.  Vous pouvez leur présenter les meilleures choses ; ils ne sont pas intéressés.  Si un enfant est comme ça, aujourd'hui, on dira qu'il est malade, car il n'est pas comme tout le monde.  Il n'est pas attiré par les objets du monde.  Mais il ne peut pas changer, sa nature est ainsi, il veut, comme l'oiseau Homa, vivre dans un état très, très supérieur.  Parfois les gens comprennent la futilité de leur vie mais le désir pour la recherche spirituelle se produit très rarement.

 

La première raison pour laquelle les gens ne sont pas attirés est la grande différence entre l'idéal spirituel et notre vie ordinaire, il n'y a pas beaucoup de ressemblances.  Extérieurement nous ne voyons pas sa grandeur.  Même s'il y a parmi nous un être qui a réalisé le Suprême, nous ne remarquons pas qu'il est différent des autres.  Il vit, il mange comme tout le monde, il plaisante avec les autres comme Sri Ramakrichna l'a fait.  Mais il se produit tout d'un coup quelque chose qui montre qu'il est différent.  Prenons le cas de Sri Ramakrichna.  Une personne se met à chanter avec beaucoup de dévotion, l'esprit de Sri Ramakrichna s'élève au‑dessus de ce monde, il entre dans l'océan de conscience où le monde n'existe plus.  Cela s'est produit si rapidement que nous nous demandons ce qui est arrivé à cette personne.  Il était avec nous il y a seulement un instant et maintenant il n'y est plus.  Puis il revient à la conscience ordinaire et reprend sa vie comme avant.  Il parle avec les gens qui l'entourent.  Mais, quand tout le monde est parti, il vit sa vraie vie, dans la présence constante du Suprême.  Nous ne voyons pas cela couramment et nous disons qu'il n'est pas comme les autres.  Son idéal est différent du nôtre.

 

Je voudrais vous raconter une petite anecdote.  Une jeune fille est venue me voir ; elle avait lu des livres de Swami Vivekananda, ainsi que d'autres livres spirituels.  Elle était très attirée par ce qu'elle lisait et elle lisait de plus en plus, elle voulait aussi passer son temps libre à méditer.  Ses parents lui dirent que tout cela était imaginaire, que ce n'était pas vrai, qu'il lui était donc inutile de passer son temps à étudier ces livres et à méditer.  Pour ses parents tout ceci est imaginaire, mais nous pouvons nous demander qu'est‑ce qui n'est pas imaginaire.  La vie ordinaire est‑elle vraie ?  Tout vient de notre imagination.  Comment dire qu'une chose est vraie sans l'intervention de la pensée ?  La pensée établit une relation entre nous et le monde.  Si la pensée s'arrête, le monde n'existe plus.  C'est l'expérience que nous faisons quand nous dormons profondément.  À ce moment‑là nous ne pouvons même pas nous poser la question :  le monde existe‑t‑il ou pas ?  Pour les autres le monde existe mais pour celui qui dort il n'existe plus.  Le monde extérieur est intimement lié à la pensée, à notre expérience mentale.  Les Oupanichads et les grands mantras disent donc que le monde a la nature des images reflétées dans un miroir, c'est‑à‑dire que tout est projeté par l'esprit, tout est dans l'esprit.  Nous ne pouvons pas établir la vérité par le raisonnement ; c'est pourquoi la spiritualité peut sembler imaginaire, comme aux parents de cette jeune fille.

 

Notre connaissance du monde se fait uniquement par l'intermédiaire de la pensée, nos expériences sont converties en pensées et ainsi nous arrivons à la conclusion que le monde est réel.  Pourtant les savants actuels, qui ont étudié profondément la nature du monde, ne peuvent pas dire où se trouve précisément la réalité du monde.  Aussi longtemps que nous voyons le monde avec notre propre conscience, il existe ; il y a moi et le monde.

 

Dans la religion on parle du Dieu personnel, il y a moi et il y a Dieu.  Mais il faut distinguer Brahman, l'Absolu, l'un sans second, et le Seigneur, mon Bien Aimé.  Tout ce à quoi nous avons pensé jusqu'à maintenant, l'univers et ses multiples manifestations, vient de Lui.  Les dévots se concentrent sur cet Être suprême.  L'homme qui cherche la spiritualité, c'est‑à‑dire l'expérience supra‑consciente, demande à Dieu de le bénir et de lui faire comprendre ce qui est réel.  C'est la prière, c'est le mantra.  Par exemple le mantra Gayatri que les enfants hindous apprennent, dit :  « Je médite sur cet Être suprême qui est le créateur de l'univers, qui est adoré par les divinités différentes.  Puisse‑t‑Il éclairer mon esprit ».   Le dévot ne demande pas au Seigneur de lui donner beaucoup d'argent et de succès.  La prière est unique, elle demande d'éclairer l'esprit pour pouvoir comprendre la vérité.  Pour cette raison, et encore aujourd'hui, le grand mantra parmi les mantras est la Gayatri.  Il n'exprime aucun désir de jouissances mondaines.  La compréhension de la vérité doit être notre idéal et le chercheur spirituel doit en être convaincu.

 

Nous allons maintenant parler de la pratique de la spiritualité.  La conviction est à la base de nos efforts, dans n'importe quel domaine d'ailleurs.  Nous aurons tel et tel bénéfice, cela nous fera du bien.  Sans cette assurance notre intérêt pour la recherche spirituelle diminue.

 

Vivre uniquement dans un plan physique est‑il notre idéal ?  Est‑ce que ce sont les sentiments et les pensées qui sont importantes dans notre vie ?  Est‑ce suffisant ?  Ce sont quelques questions que nous pouvons nous poser.  Les Oupanichads nous affirment qu'il y a à trouver quelque chose de très intéressant.  Qu'est‑ce que c'est ?  Si vous pouvez comprendre Brahman vous comprendrez tout.  Quel est le moyen de tout comprendre ?  On peut aussi poser les questions autrement :  qu'arrive‑t‑il après la mort ?  C'est une question importante.  Il y a tout d'abord un mécontentement pour la vie présente et le désir de comprendre davantage et cela nous pousse vers la spiritualité.

 

Sri Ramakrichna a présenté la religion d'une façon très simple.  Il a dit qu'on pouvait prier le Seigneur pour Lui demander beaucoup d'argent et de succès.  Pourquoi ne pas essayer ?  On peut espérer gagner quelque chose, de même qu'on peut tenter sa chance à la loterie.  Ainsi le dévot commence à prier, prier.  Quel sera le résultat ?  Vous serez peut‑être surpris de la réponse mais je dois la donner : vous changerez.  En répétant la prière un changement se fera.  Tout d'abord vous vous demanderez qui est celui que vous priez.  Que fait‑Il, quelle est sa puissance ?  En allant plus loin vous finirez par penser qu'Il est extraordinaire et vous voudrez Le connaître Lui plutôt que chercher à avoir de l'argent.  On commence par avoir des désirs matériels pour aboutir à un autre désir complètement différent.  Ceci est arrivé à de nombreuses personnes.  La répétition de la prière et la méditation sur le Suprême changent l'attitude envers la vie, on se sent attiré par ce qui est la source de tout.  Sri Ramakrichna disait que vous pouvez prier la Mère Divine pour tout ce que vous désirez, mais vous devez être préparé à tout, car vous pouvez obtenir un résultat différent de celui que vous attendiez.

 

Il faut tout d'abord être convaincu que le monde que vous voyez n'est pas satisfaisant, qu'il y a beaucoup de problèmes pour lesquels personne ne peut rien.  Les gens souffrent pour de multiples raisons, d'autres sont angoissés même s'ils semblent bien réussir dans la vie.  Vous pouvez poser une question :  « Voulez‑vous dire que la spiritualité pourra m'aider à éliminer mon angoisse ?  Voulez‑vous dire que je serai en bonne santé ? ».  Je ne peux pas vous assurer que vous aurez tout de suite une santé parfaite, la spiritualité et la santé ne sont pas toujours prêtes à collaborer.  Sri Ramakrichna ou Sri Ramana Maharshi n'ont pas toujours eu une bonne santé.  La spiritualité ne guérira pas nos maladies physiques ou mentales.  Mais elle nous apportera autre chose.  Intérieurement on est dans un tel état qu'on supporte tout sans aucune réaction, on ne dira même pas « Je suis malade ».  Ramana Maharshi n'a pas dit qu'il était malade, c'est quelqu'un qui s'en est aperçu.  On voulait faire venir un médecin, mais il a répondu que ce n'était pas nécessaire, car avoir un corps est déjà en soi une maladie.  Il vivait dans un plan où les difficultés que nous rencontrons n'existaient pas.

 

Il faut aussi être convaincu que derrière la multiplicité, il existe une source unique qui est en chacun de nous et que l'on appelle Atman.  On ne parle pas d'Atman au pluriel, ce serait absurde.  Il y a un seul Atman qui se manifeste dans les êtres différents, comme le même courant électrique se manifeste dans différentes ampoules, en donnant force et lumière.  S'il en est ainsi, on voudrait savoir comment Il existe, quelle est sa nature et que fait‑Il ?  On est tout d'abord convaincu par la lecture, ensuite viennent les pratiques spirituelles.

 

Qu'est‑ce qu'une pratique spirituelle, ou sadhana en sanscrit ?  Sans sadhana on ne peut pas atteindre le but parce qu'on ne voit pas, sans faire d'efforts, ce qu'il y a derrière toutes les pratiques.  Il y a de nombreuses personnes que l'on appelle spirituelles et qui font des efforts pour atteindre quelque chose de surnaturel.  On associe souvent la spiritualité avec les pouvoirs occultes, quelque chose que les autres n'ont pas.  Par exemple, si je pratique la spiritualité je pense que je dois être supérieur à tout le monde, j'aurais alors atteint quelque chose par mes pratiques spirituelles.  Mais ceci n'est pas vrai, ce n'est pas la spiritualité.  Un homme spirituel ne manifeste rien d'extraordinaire.  Il vit comme tout le monde.  Swami Saradananda a remarqué que les gens pratiquent des disciplines qui ne sont bonnes ni pour la spiritualité ni pour la santé.  Les gens imaginent que l'observance de quelques rites ou cérémonies et des austérités physiques sont des pratiques spirituelles.  On donne ainsi trop d'importance à l'activité extérieure :  on ne peut pas faire ceci, on doit faire cela – il y a une grande liste.  On est alors content, car on a discipliné son corps.  Mais l'esprit, qui est à la base de la spiritualité, quelle discipline lui avez‑vous imposée ?  Vous avez changé les conditions imposées par la société par d'autres conditions, mais toutes ces conditions vous empêchent d'aller de l'avant.  La spiritualité est aussi souvent entourée de mystère.

 

Il faut dire aussi que les pratiques spirituelles données à des personnes particulières pour se débarrasser de leurs mauvaises habitudes ne peuvent pas devenir un enseignement spirituel pour tout le monde.  Cela je l'ai trouvé dans l'enseignement de Sri Ramakrichna.  Les gens allaient voir le Maître pour lui poser des questions personnelles.  Le Maître donnait quelques conseils.  À qui ?  À cette personne‑là, pas aux autres.  Et si l'on veut appliquer à tous ce conseil personnel, cela ne donnera pas de bons résultats.  Il y a des gens qui ruinent leur vie avec des idées erronées, croyant que par certaines actions on pourra contrôler Dieu pour satisfaire ses désirs.  Sri Ramakrichna a dit une fois :  « Voir Dieu dans tous les êtres est le dernier mot de la spiritualité.  Et à la fin de toute sadhana cette grande vision bénie surgira ».  Voir Dieu dans tous les êtres, ou comme on le dit dans le Védanta, « tout est Brahman ».  Sri Ramakrichna a dit plusieurs fois :  « Je vous le dis sincèrement, je vois Dieu en vous tous ».  Pour nous cela ne signifie rien, mais Ramakrichna avait cette expérience qui lui faisait sentir la présence de Dieu en chacun de nous.  Cette expérience change tout, notre relation avec le monde et notre vie elle‑même changent.  C'est là la réalisation spirituelle et non la capacité de faire des miracles.  N'importe quel magicien peut faire des choses étonnantes, mais vous ne pouvez pas dire qu'il est un homme spirituel.

 

À la fin de la sadhana cette grande vision bénie surgira, il n'y a là aucun mystère, mais seulement une vision élevée de la vie, un changement complet.  Cette fausse idée de la spiritualité qui consiste à croire que nous pouvons faire ceci ou cela, vient de notre ignorance.  L'ignorance est un autre mot très commun utilisé par les maîtres spirituels.  Actuellement notre vie est gouvernée par l'ignorance.  Quand celle‑ci est écartée nous pouvons voir la vérité sous une forme juste.  Le but de la sadhana est donc d'écarter l'ignorance.  Nous pouvons douter de la réalité de cette expérience, c'est-à‑dire de voir Dieu en tous les êtres, car peu de personnes l'ont eue.  Mais est‑ce une question de statistique ?  Non.  La personne qui a réalisé la vérité que Dieu est présent dans tous les êtres a un comportement différent des autres.  Il n'agit pas comme nous, sa relation avec les gens est différente, et cela nous frappe immédiatement.  Comment se fait‑il qu'il soit si différent ?  Il semble être toujours content même avec peu de choses.  Il est très gentil, très aimable avec tout le monde.  Il est certainement meilleur que moi.  C'est ce qui nous permet de reconnaître en premier lieu l'homme qui a atteint la réalisation.  Il n'existe peut‑être qu'une seule personne comme ça, mais cela suffit à nous convaincre qu'il y a quelque chose de différent de ce que nous avons appris jusqu'à ce jour.  Même si c'est une minuscule minorité qui a expérimenté cet état, nous voyons que cette expérience a changé leur vie.  Même si nous ne croyons pas que l'expérience des sages est vraie ; mais que nous fassions notre sadhana, nous trouverons la vérité par notre propre expérience.  Nous pouvons comprendre que tout dépend de notre conviction venant d'une connaissance juste et que la sadhana est basée sur un entendement juste.

 

L'aspirant essayera donc tout d'abord de comprendre ces enseignements, c'est‑à‑dire qu'il existe une perception plus grande et plus juste que ce que nous voyons, et que l'idée que nous nous faisons de nous‑mêmes n'est pas correcte, comme :  « Je suis un être petit, conditionné par le corps et l'esprit ».  Je ne suis, peut‑être, pas très intelligent et cela me rend très malheureux, mais cela a peu d'importance.  L'intelligence est sans doute un facteur important dans la vie ordinaire, mais dans le domaine spirituel l'intelligence ordinaire compte pour peu.  Nous retrouvons la même idée dont je vous ai déjà parlé plusieurs fois :  ce n'est pas la raison qui compte, mais l'intuition.  L'intuition vous amène à une autre forme de compréhension du monde.

 

Les Oupanichads disent que la réalisation ne vient pas par l'intelligence, ou par la capacité de raisonner, ou par l'étude des textes sacrés, etc., elle vient de l'intuition.  C'est pour cela que les maîtres en Inde, et cela depuis fort longtemps, demandaient à leurs disciples de répéter un mantra.  En répétant le mantra on ne pose pas la question de savoir ce qu'il signifie, car cela a peu d'importance, la raison n'intervient pas.  Le disciple le reçoit et le répète.  Il le répète, répète, jusqu'à ce que la partie gauche de son cerveau devienne peu active et que l'autre côté commence à fonctionner.  Quand cette partie commence à fonctionner on comprend beaucoup mieux qu'avant.  Cette compréhension plus large est beaucoup plus satisfaisante et nous nous apercevons que jusqu'alors on n'était pas conscient que notre compréhension de la vie et de nous‑mêmes n'était pas juste.

 

Qu'arrive‑t‑il après la réalisation ?  Il y a beaucoup de changements.  Tout d'abord toutes les inhibitions qui nous empêchaient de manifester notre puissance tombent.  Un homme réalisé a une telle conviction de sa vraie nature qu'il montre un courage exceptionnel, il accepte tout ce qui lui arrive sans aucune difficulté.  D'autre part, l'esprit étant devenu pur, en s'étant débarrassé d'innombrables idées fausses, il voit la vie plus justement.  Pour comprendre, nous utilisons toutes sortes de questions et de réponses, mais l'être réalisé ne pose pas de questions.  Il voit directement ce qui est vrai.  Est‑ce possible ?  Je voudrais dire que oui, c'est possible.  Ce n'est pas le monopole de quelqu'un, il n'est pas nécessaire d'être une incarnation divine ou un grand maître spirituel.  La réalisation est possible pour tous, seulement nous n'avons pas essayé, tandis que ces personnes‑là ont essayé d'y arriver.  Combien de saints sont nés dans des familles très modestes, très simples ?  Ils n'avaient pas une grande instruction.  Voici un exemple peut‑être très peu connu, celui de Frère Laurent.  Quelles études avait‑il faites ?  Aucune.  Mais quand vous lisez son livre, vous sentez tout de suite qu'il n'était pas un homme ordinaire, qu'il savait de quoi il parlait.  Il n'avait pas une connaissance livresque.  Chaque fois que je lis un passage de son livre, j'y trouve toujours beaucoup d'enseignements.  Ce livre est très intéressant, très impressionnant.  Cela nous montre que la réalisation n'est pas réservée uniquement aux gens qui ont des diplômes universitaires.  Ils ne sont pas nécessaires.  La réalisation est possible pour tous sans distinction.

 

Cela peut sembler très difficile d'y arriver, comme d'escalader le Mont Blanc, mais une fois que nous commençons à faire des efforts, sachez qu'ils ne seront jamais perdus.  Si nous avons commencé nos pratiques spirituelles d'une façon très simple, cela nous aidera toujours, parce que la discipline nous aide à clarifier de plus en plus notre esprit, ce qui nous permet de mieux comprendre.  Mais le principal obstacle pour tout le monde c'est le désir.  Nous voudrions avoir ceci ou cela, c'est sans fin.  Nous sommes tout le temps tourmenté par le désir.  Nous vivons dans un monde où le désir est sans cesse encouragé.  Les grands magasins nous invitent à acheter ceci et cela, même si nous n'avons pas l'argent.  Dès que nous recevons notre salaire nous devons payer nos dettes.  Les désirs continuent, avec eux viennent les soucis, et ainsi la vie semble parfois très difficile.  Qui l'a rendue difficile ?  Nous‑mêmes.  Sans beaucoup réfléchir nous achetons plus que nous pouvons payer, alors nous sommes complètement pris.  Ce n'est pas nécessaire, il y a des gens qui vivent d'une façon extrêmement simple en étant très contents.

 

Je voudrais vous rappeler une histoire qui est intéressante et que vous avez peut‑être déjà entendue, l'histoire de la Mère de Gopal.  La Mère de Gopal était une femme qui ne possédait rien, pratiquement rien.  Elle avait perdu son mari quand elle était très jeune.  Elle décida alors que le Seigneur Krichna serait son Bien-Aimé.  Elle a adoré l'image du petit enfant Krichna.  Elle a donné tout son amour, toute son affection à Krichna.  Chaque jour elle passait son temps comme une femme hindoue orthodoxe ; elle prenait son bain dans le Gange, puis elle s'installait devant son Krichna, lui apportait des fleurs, lui préparait de la nourriture, puis elle passait le reste de son temps à répéter le nom de Krichna.  Plusieurs années se passèrent ainsi, elle n'avait aucune idée du monde extérieur.  Cette pratique l'a conduite à sentir que Krichna était vraiment là.  Elle le voyait, l'entendait, elle faisait tout ce qu'il voulait.  Elle était absorbée dans la joie de la présence de Krichna.  Quelque temps après elle fait la connaissance de Sri Ramakrichna qui fut très impressionné de voir cette femme à la nature si différente de celle des autres.  Elle demanda au Maître :  « Que dois‑je faire pour ma vie spirituelle ?  »

« Vous n'avez plus rien à faire », dit le Maître.  « Vous avez déjà tout fait.  »

« Vraiment, j'ai tout fait ?  »

 « Oui, vous avez fait tout ce qui était nécessaire.  »

 

Elle était très étonnée d'avoir ainsi atteint le plus haut état spirituel.  C'est un autre exemple très impressionnant où l'intellect ne joue aucun rôle pour arriver à un haut état de réalisation spirituelle.

 

Pour finir, je voudrais dire qu'il n'est pas nécessaire de pratiquer de nombreuses choses.  Tout d'abord il faut avoir la conviction, mais cela est quelque chose qui ne peut être donnée, vous devez la trouver vous‑même.  Vous pouvez étudier tous les enseignements, puis les examiner, uniquement pour être convaincu.  Une fois que vous l'êtes, vous pouvez jeter les livres, ils ne sont plus nécessaires.  Maintenant, vous êtes sûr de pouvoir atteindre un niveau plus élevé qui vous donnera une meilleure compréhension de vous‑même ainsi que du monde extérieur, et cela uniquement en se concentrant sur cet Être universel qui est à l'extérieur de moi et à l'intérieur de moi.  Pour cela une seule discipline :  répéter Son Nom sans cesse.  Vous pouvez dire, « Seigneur jésus, fils de Marie, ayez pitié de moi », ou n'importe quel mantra que vous avez choisi.  Mais vous devez le répéter de tout votre coeur, vous devez être sincère.  Il ne peut pas y avoir une autre pensée.  Vous commencez vos pratiques spirituelles et peu à peu le monde change, vous changez, mais là je m'arrête, car on ne peut pas décrire ce changement.  Vous vous sentirez très bien, très content.  Le monde que vous croyiez être tout à fait vrai en réalité ne l'est pas.  L'ignorance est partie et vous voyez tout dans sa vraie nature ou comme Sri Ramakrichna l'a dit :  « Je vois la présence de Dieu dans tous les êtres ».  Nous devenons les membres d'une même famille, les enfants du Seigneur.