RAMAKRISHNA

 

Le but de tous les Yoga(s)
 

Swami Ritajanananda

 

Une partie du Véda contient un hymne adressé à Nârâyana, c'est le Seigneur Suprême.  Je citerai seulement quatre versets de cet hymne :

 

La flamme subtile qui s'élève vers le haut est au dedans de notre coeur.  C'est cela qui garde le corps chaud de la tête jusqu'aux pieds. La flamme est brillante, jaune, comme un grain de blé ; elle est comparable aux choses très subtiles de ce monde ; elle brille comme le rayon d'un éclair dans le ciel bleu noir.  Dans cette flamme est assis le grand Être.  Lui, qui est Brahmâ, le Créateur, Il est Çiva, le Destructeur, Il est Indra le Dieu des dieux.  Il est le Suprême, l'Impérissable.  Il brille par Sa propre nature, sans dépendre d'aucun autre moyen, je lui offre mes salutations.  Il est devenu l'univers entier dans ses formes multiples.  Il est le Suprême BRAHMAN.  Il est la Vérité ultime.  L'Être est de couleur bleue noire et en même temps jaune.  Il a des yeux terribles.  Il est au‑delà de tous les désirs de toute la création.

 

Ce verset offre notre salutation au Seigneur appelé Nârâyana.  Qu'est‑ce que cela signifie ?  ‑ Il n'est pas question du Seigneur qui est au ciel, ni dans le Vaikuntha, mais du Seigneur qui est au‑dedans de nous.  C'est une description du Seigneur vu par les êtres qui ont eu quelques expériences spirituelles, expériences extrêmement importantes toujours contées dans la pensée indienne.  Vous pouvez avoir une doctrine, vous pouvez avoir vu beaucoup de choses, mais aussi longtemps que vous n'aurez pas quelques expériences spirituelles, vous n'aurez aucune connaissance profonde.  Cette pensée est très importante, c'est l'idée de la connaissance directe reçue par votre propre expérience spirituelle, c'est le principe fondamental, nécessaire pour comprendre l'Inde.  La religion des Hindous n'est pas seulement une croyance, elle est beaucoup plus, elle est le moyen par lequel nous atteignons le niveau de compréhension plus élevé que nous pouvons réussir à vivre en ce monde.  Et cela influence tout.

 

Je vais encore vous dire, en d'autres termes, que deux chemins sont suivis par l'humanité.  L'un de ces chemins est le « moi » et l'autre chemin est le « pas moi ».  Dans le monde entier, ces deux chemins sont suivis par la société humaine.  Je peux essayer de vous les expliquer un peu plus.

 

Par l'un de ces chemins toute l'importance est donnée à ce que je peux faire et à savoir comment je peux l'accomplir.  Je suis en quelque sorte le centre de l'univers entier.  Toutes les actions sont donc accomplies par moi et pour moi.  Cela indique la base de mon existence. Je vis pour moi.  La pensée indique que le « Je » est là.  Alors le « Je » devient de plus en plus grand et assez important pour entrer dans tous les domaines que nous voyons.

 

Il y a une autre pensée.  Je ne peux pas vous dire à quelle époque elle remonte, ni où elle a commencé, mais c'est la pensée des Hindous. Cette pensée affirme qu'en moi existe une vérité.  Pour les Hindous, ce n'est pas une doctrine à accepter, c'est une vérité que l'on peut voir et connaître.  On peut en parler et l'exprimer ainsi.  On dit même que c'est une religion intériorisée et aussi extériorisée.  Depuis que les Hindous ont découvert cela, ils ont trouvé que c'est la meilleure approche de la vie.  Et ainsi toute la littérature, toute la religion, toutes les sectes religieuses en Inde, toutes les différentes philosophies arrivent à ce même point.  Les Hindous ne peuvent échapper à cette influence.  Et même s'ils peuvent se convaincre eux‑mêmes d'être un être avec un « moi » affirmé, il y a tout de même derrière cela une trace, comme une ligne de « pas moi » et cette ligne en arrivant à « pas moi » ne peut aller très haut, c'est un frein.  Alors qu'arrive‑t‑il ?  À quelle époque cette question s'est‑elle imposée ?  ‑ Je ne peux pas vous le dire.  Si nous essayons de comprendre l'histoire de l'Inde, environ 4 000 ans avant Jésus‑Christ, nous savons que vivaient dans ce pays des gens qui s'exerçaient déjà à intérioriser leur esprit.  On a trouvé dans les excavations de Mohenjo‑Daro et dans d'autres parties de l'Inde des statuettes très anciennes représentant un être assis en posture de lotus, avec les yeux fermés comme s'il était en état de méditation.  On a trouvé plusieurs statues de ce type indiquant que, même à cette époque lointaine, les Hindous pratiquaient la méditation.

 

Quelle était la langue parlée à cette époque‑là ?  Nous ne le savons pas.  Il n'y a aucun moyen de connaître la civilisation d'alors, il n'y a aucun livre, mais seulement la trace de grandes villes, de bâtiments, de vêtements, de bijoux, de l'art.  Je mentionne tout cela pour vous rappeler que le Yoga dont nous parlons aujourd'hui est quelque chose de très ancien en Inde.  Peut-être même qu'à cette époque‑là les gens ne l'appelaient pas Yoga.  Cependant la pratique en était connue et a toujours exercé son influence.  Plusieurs fois, je vous ai parlé de l'adoration de Çiva considéré comme le Maha Yogui, le grand Yogui, celui qui est en profonde méditation.  Les statues de Çiva le représentent souvent ainsi.  Quand les Aryens entrèrent en Inde, nous avions la littérature védique.  À ce moment‑là, le Yoga est entré dans le domaine des Écritures sanscrites et nous en avons quelques livres.

 

À notre époque, en Europe, le Yoga est un sujet très attirant pour de nombreuses personnes.  Il existe des écoles un peu partout.  Des professeurs donnent des cours, ils sont connus ou inconnus, leur nombre est grand, ils ont voulu fonder une Fédération.  Ainsi il y a des écoles et des élèves.  Différents auteurs ont écrit des livres donnant une bonne introduction, qui me semble parfois amusante ; elle est préparée avec soin, mais ces livres eux-mêmes ne contiennent pas une large vue du Yoga.  Ainsi on dit qu'à notre époque le Yoga est trahi, les écoles et les professeurs n'exposant pas la vraie idée du Yoga.  Depuis toujours le Yoga a été réservé à une élite spirituelle. Maintenant, il paraît s'être démocratisé.  Se serait‑il déformé ?

 

Qu'arrivons‑nous à comprendre par cette étude ?

Ce qui est appelé Yoga aujourd'hui n'est, en fait, qu'une très petite partie de cette recherche donnant seulement quelques exercices de Hatha‑Yoga.  Mais il y a quelque chose de beaucoup plus important qui a été enseigné par le Yoga, c'est la découverte, si je puis dire, du Moi.  Ce qui n'est pas moi ne signifie pas qu'il n'y a rien, cela signifie quelque autre chose mais pas ce Moi avec lequel on vit en ce monde.  La connaissance de ce « Moi », on peut l'atteindre par une discipline très importante, absolument bonne à suivre.

 

Le mot Yoga signifie Union.  Union avec qui ?  Union avec quoi ?

Je vous parlerai tout d'abord un peu de philosophie.  Nous sommes premièrement la Conscience et nous considérons divers aspects de la vie.  La Conscience influence tout.

 

En parlant de moi, la conscience « mienne » est une conscience limitée et je me considère ainsi séparé des autres.  Je ne vois pas l'Unité. Ma conscience du mien doit être acheminée vers la Conscience Universelle.  Les Yogui connaissent cet idéal.  Ils en ont été impressionnés par leurs expériences.  Je ne peux pas vous transmettre cette impression, mais je peux vous assurer, suivant les paroles des grands Maîtres, des grands Yogui, qu'il n'y a rien de plus grand que cette expérience spirituelle.  Tout ce que vous pouvez penser, tout ce que vous pouvez désirer en ce monde est inférieur à cela.  Les livres sur le Yoga présentent une quantité d'idées devant vous, et il est certain que la découverte faite par les grands Yogui a une influence marquée en Inde, je vous l'ai dit.  Cette influence s'exerce à tous les niveaux et particulièrement à celui de la religion.  Il n'y a pas une religion indienne qui ne prenne conscience de l'importance du Yoga. Peut‑être que cette influence n'a pas toujours eu cette même forme, mais les techniques du Yoga et ses différents aspects sont devenus une partie des pratiques religieuses.

 

Il y a des gens qui adorent Dieu avec des noms différents et avec des formes différentes.  Il y a des gens qui font des cultes différents.  Il y en a qui ne font pas du tout de culte et vivent uniquement dans la recherche de leur nature, de leur esprit.  Il y en a d'autres qui utilisent leur raisonnement et ils trouvent quelque chose.  Et d'autres encore s'exercent à se maîtriser eux‑mêmes et cherchent plus avant intérieurement.

 

Çri Aurobindo a écrit « Le Guide du Yoga », exposant des idées très frappantes.  Swâmi Vivekânanda avait exprimé les mêmes idées avant le livre de Çri Aurobindo dans lequel nous lisons :  « Nous cherchons à maîtriser la nature ».  Nous en parlons souvent.  Que signifie maîtriser la nature ?  Nous voulons maîtriser le monde extérieur, tout ce que nous voyons.  Nous n'aimons pas être arrêtés dans nos efforts pour aller n'importe où, ni pour voler dans les airs, ni pour plonger dans les océans et non plus pour entrer dans la profondeur de tout ce que nous voyons et dans l'inconnu des objets qui se trouvent devant nous.  Nous cherchons l'énergie de la matière, même de celle qui ne semble pas en posséder.  Ainsi nos recherches nous ont amenés à découvrir une quantité de pouvoirs et une grande puissance, tout cela en essayant de maîtriser la nature autour de nous.  Mais nous n'avons jamais pensé sérieusement à maîtriser la nature de l'homme et à posséder la maîtrise de soi‑même.  Par le manque de maîtrise de soi se sont développées la convoitise, la jalousie, la haine et toutes les méchancetés qui semblent persister.  L'homme n'a pas pensé qu'il doit arriver à tout maîtriser en commençant sa recherche par la maîtrise de soi‑même et en cherchant dans les profondeurs de soi.  Là se trouve toute l'énergie qui paraît être extérieure à ce monde et que l'homme peut trouver.  Ainsi il y a tant d'énergie à découvrir en soi‑même.  Les Yogui ont trouvé cela.

 

Quand nous parlons du Pratyâhâra, c'est‑à‑dire de la maîtrise des sens, nous arrivons à une partie de cette énergie.  Cette recherche est essentiellement introspective, elle n'est pas extériorisée.  C'est le Yoga.

 

Le Yoga ne s'occupe pas beaucoup du monde extérieur ; il ne veut pas même donner tant d'importance au corps.  Il dit que le corps est seulement une manifestation de la matière.  Mais notre vraie Conscience que nous pouvons appeler « Moi » n'est jamais la matière.  Ce « Moi » est beaucoup plus grand, beaucoup plus subtil, beaucoup plus puissant que ce que nous voyons autour de nous.

 

Chaque philosophe exprime quelques idées.  Ainsi nous posons la question :  Que veulent dire les Yogui ?  Les Yogui disent :  Je ne vous donne pas une doctrine qu'il faille croire.  Je vous donne quelques idées qui sont à vérifier par vous‑même.  Il est vrai que le chemin du Yoga est dur et difficile, mais vous ne pouvez pas dire que difficile signifie qu'il n'y a rien.  Si vous avez de la patience et si vous êtes prêts à surmonter toutes les difficultés, vous pourrez vérifier par vous‑même tout ce que je vous dis.  C'est ainsi que se fait la recherche du Yoga.

 

Au cours des siècles, le Yoga s'est répandu partout dans la pensée de l'Inde.  Le Tantrisme a sa forme de Yoga, le Védanta a la sienne, les dévots adorateurs de Dieu ont la leur, et de même pour d'autres.  Mais tous arrivent à un certain point où ne se trouve pas le but du Yoga. Cependant il y a un but du Yoga.  Actuellement nous en voyons plusieurs.  Quand on s'arrête à mi‑chemin et dit :  « J'ai trouvé mon but », ce n'est pas le but suprême que le Yoga vous enseigne, car le Yoga vous demande d'aller encore plus en avant et de comprendre ce que vous avez trouvé.  Quand vous vous arrêtez à mi‑chemin, vous ne voyez que très peu.  C'est insuffisant.

 

Une histoire de Çri Râmakrichna raconte qu'un homme coupait du bois dans la forêt.  Quelqu'un lui conseilla d'avancer encore dans la profondeur ; c'est ainsi qu'il trouva des bois précieux.  Puis il avança davantage et trouva une mine de diamants.  Il devint très riche.  En ce qui nous concerne, la mine de diamants n'est pas en dehors mais au‑dedans de nous.  Les choses très précieuses sont cachées en nous. C'est ce que pensent les Yogui.

 

La tradition hindoue dit encore autre chose.  Il y a dans notre vie des expériences agréables et d'autres désagréables ; nous passons par une variété d'expériences plus ou moins satisfaisantes, sans jamais trouver le bonheur stable.  Si nous sommes heureux, ce n'est pas pour longtemps.  Il en est ainsi parce que nous ne sommes pas allés assez loin dans notre recherche du bonheur.  Avançons encore.  Et nous le trouverons.

 

Maintenant je vous dirai ce que les Yogui veulent enseigner.  Je vous ai parlé de la pratique du Yoga.  Mais la pratique seule ne nous satisfait pas, nous ne sommes pas captivés par un conseil pratique si nous n'avons pas quelque idée de la théorie, si nous ne savons pas pourquoi nous devons pratiquer et ce que nous pouvons gagner par ces pratiques.  Après nous être approchés de l'idée, nous voulons encore savoir si nous arriverons à quelque chose d'extraordinaire et quelle en est l'explication.

 

Les Yogui l'expliquent.  Leur explication est un peu différente suivant chaque école, malgré le fait que toutes les écoles acceptent les techniques du Yoga.  Seule la théorie n'est pas identique.  Je vous en donnerai quelques exemples.

 

En Inde, il y avait des systèmes philosophiques dont le plus ancien est le Sâmkhya.  Je ne sais pas à quelle époque il remonte ni le nom de celui qui l'a enseigné.  C'est très ancien.  Alors, il n'y avait ni livres ni croyances.  La philosophie du Sâmkhya enseigne que l'univers se divise en deux catégories :  l'esprit et la nature matérielle qui est PRAKRITI.  En sanscrit, l'esprit est POUROUCHA.  La plupart de notre vie appartient au domaine de Prakriti.  Pouroucha au‑dedans de nous est non reconnaissable.  Nous ne pensons pas beaucoup à Pouroucha tandis que nous pensons davantage à Prakriti.

 

Quand nous disons :  Que c'est joli !  Voilà la nature, le soleil, la verdure, les arbres couverts de bourgeons, nous sommes attirés par Prakriti.  Notre corps et le mental, fabriqués de Prakriti et nos yeux sont attirés par Prakriti vers ce qui paraît extérieur à nous.  Mais ce n'est pas notre vrai « Moi » qui se réjouit.  Notre vrai « Moi » est là, très calme, absolument indifférent à tout.  C'est à cause de la présence du Moi que nous pouvons voir, que nous pouvons comprendre l'univers entier et le trouver beau.

 

Donc, Pouroucha au‑dedans de nous est le vrai « Moi » et reste un témoin, sans réaction.  C'est le mental avec la présence de Pouroucha, qui expérimente la nature et passe par des expériences différentes.

 

Je vous ai donné ainsi une très petite description de la philosophie du Sâmkhya.  Alors, en ce monde et en nous, il y a Pouroucha et Prakriti.  Pouroucha est en chaque être humain.  Et bien que nous ayons Pouroucha en nous, nous oublions notre véritable nature.  C'est comparable à l'histoire du mouton et du tigre qui, étant né parmi les moutons, avait oublié sa nature de tigre.  Il pensait être un mouton jusqu'au jour où un tigre lui a dit :  Vous n'êtes pas un mouton, vous êtes un tigre.

 

Nous ne comprenons pas notre véritable nature qui est le vrai « Moi » avant qu'un Maître ne vienne nous secouer et nous enseigner par son bon conseil.  Nous devons penser :  je suis Pouroucha libre, toujours libre.  Maintenant je suis un esclave, dans l'esclavage de la nature.  Je suis poussé partout en ce monde.  Un jour, je suis poussé à me réjouir, mais immédiatement je reçois une gifle, alors je pleure. Et la vie continue.  Heureusement, nous ne sommes pas très conscients.  La Mâyâ est si puissante que nous oublions tout très vite.  Mais il y a les sages, ceux‑là n'oublient pas, ils sont très conscients de toutes leurs expériences.  Ils voient et ils comprennent qu'après avoir atteint le niveau de conscience le plus élevé, la vie entière dans son ensemble nous donne la joie qui nous réjouit, mais qui est très peu de chose en comparaison de tant de souffrances.  Cela est reconnu seulement par ceux qui ont du discernement et qui ont la capacité de comprendre en voyant et d'analyser en mettant chaque chose à sa place.  Ceux‑là comprennent qu'il n'y a pas de vraie joie durable.

 

Alors par quel moyen pouvons‑nous en sortir ?  Le Yogui dit :  Essayez de vous séparer de Prakriti.  Pouroucha est toujours là.  Cet Être, qui est votre véritable Moi, est toujours là, séparé de la conscience du monde extérieur, c'est‑à‑dire de Prakriti et de son influence.  ‑Est‑ce possible ?  ‑ Nous nous le demandons.  ‑ Certainement.  ‑ Comment ?  ‑Pratiquez le Yoga.  Ainsi le Yoga est la pratique qui nous amène à nous séparer de Prakriti.

 

Et les Écritures disent encore que Prakriti n'est pas contre nos efforts.  Swâmi Vivekânanda lui‑même expliquait dans une forme très frappante que la Mère Divine, la Prakriti, est bien gentille ; elle pense à notre bien, elle n'aime pas nous faire souffrir, elle vient nous aider à sortir de cet état.  Mais pour cela nous devons faire nous‑mêmes beaucoup d'efforts.

 

Les techniques du Yoga sont connues depuis longtemps, je vous en ai parlé en les nommant les techniques d'introspection par lesquelles nous arrivons à approfondir la conscience de nous‑même, comme étant Pouroucha libéré des influences de Prakriti.  Voilà un type d'explication.

 

Dans le Védanta, nous voyons qu'il utilise beaucoup d'idées provenant du Yoga.  Comme je vous l'ai dit, le Yoga est tout ce que nous connaissons de plus ancien.  Le Védanta est venu plus tard.  Il utilise les idées du Yoga parce qu'elles sont valables et faciles à comprendre, expliquant le monde et la nature humaine.

 

Le Védanta dit :  Votre véritable nature est ATMAN.  Il ne dit pas Pouroucha.  Ce mot est utilisé quelquefois mais plus souvent c'est Atman.  Vous êtes Atman.  Le monde entier est BRAHMAN.  Ce qui est en vous est souvent appelé Atman, qui n'est pas du tout différent de Brahman, la Réalité Ultime.

 

Donc, vous devez et nous devons travailler, c'est‑à‑dire pratiquer le Yoga pour atteindre le niveau de connaissance où nous trouverons que nous sommes Brahman et pas un Jivatman, pas un prisonnier en ce monde.

 

Dans les Tantra, système philosophique de l'Inde le plus proche de nous, il y a tout ensemble les Yoga, l'adoration du Bhakti‑Yoga, le Jnana‑Yoga du Védanta, les rites, les cultes, les Poudja, la méditation, les postures, la discipline sur soi‑même, tout pour atteindre l'intensité de la concentration ou la puissance qui est en nous et qui nous amène à l'état de Samâdhi.  Dans le Tantra, on parle du Chakra qui est sur la tête.  Quand l'énergie psychique monte au Chakra sur la tête, on atteint le but de ces disciplines :  la Réalisation.  C'est le Yoga de la Koundalini.

 

Le dévot ne peut pas immédiatement arriver à faire tout cela, tant qu'il est un homme très simple rempli d'affectivité.  Ce qu'il faut, c'est l'Amour.  Nous le comprenons bien parce qu'aucun être ne peut vraiment vivre en ce monde sans amour.  Un enfant qui manque d'amour ne peut entièrement se développer pour devenir un garçon ou une fille bien conditionné.  L'amour joue un rôle important dans la vie de chacun de nous, comme dans la vie de tous.  Ici, l'amour est utilisé comme un moyen, il est affiné pour devenir de plus en plus pur, de plus en plus parfait.  Et pour cela nous suivons encore une fois le chemin du Yoga.  C'est pour atteindre le niveau où nous allons dire :  Pas moi, Seigneur, mais Toi !

 

Le Yoga a donc joué un rôle très important dans la pensée hindoue, dans les différentes religions, en éveillant la conscience de l'être à la recherche de quelque chose de beaucoup plus précieux qui est la recherche de cette Présence plus grande dont a parlé au commencement un texte du Véda.

 

La doctrine prend forme en disant qu'un être dans le monde est conditionné par la matière.  Il peut en sortir par la discipline qui est la pratique du Yoga.  Maintenant viennent les questions sur la pratique dont un aspect concerne le corps physique.  Après viennent les sens avec lesquels nous comprenons le monde.  Il y a d'autres niveaux :  le niveau mental, le niveau psychique, le niveau émotionnel, un autre qui est celui de la raison, et encore d'autres dont un indescriptible :  celui de l'intuition.  Tout cela appartient à nous tous.  Ce n'est pas le privilège de quelques êtres.  Tout le monde peut arriver à ces niveaux, s'il le veut.

 

Il y a évidemment des différences entre une personne et une autre parce que certaines gens sont capables de se concentrer davantage en pouvant même s'oublier complètement dans le travail qu'elles ont devant elles, tandis que d'autres ne le peuvent absolument pas.  Et de même quand certaines personnes jouent, elles ne peuvent jouer attentivement, parce que leur esprit est toujours en état de grande agitation.

 

Ainsi la discipline du Yoga doit être pratiquée sans relâche.  Le premier livre qui a fait autorité en la matière est appelé :  Les Aphorismes de Patanjali.  Chaque Aphorisme contient seulement quelques mots.  On se demande quelle en est la signification ?  ‑Patanjali a voulu seulement rappeler à ceux qui pratiquent le Yoga ce qu'est tout l'ensemble du Yoga.  Ces quelques Aphorismes contiennent donc l'ensemble de l'enseignement.  Heureusement les commentateurs ont expliqué les idées enseignées par Patanjali.

 

La technique des postures est traitée vraiment dans le Hatha‑Yoga, mais elle n'est pas intéressante pour tous.  Il y en a 108 ou 1 008. C'est pour maîtriser le corps.

Que faire de la gymnastique si je n'en ai pas besoin ?

Mais tous nous avons quelque chose à atteindre.  Revenons au but du Yoga qui nous enseigne comment couper la racine de cette pensée : moi, moi, moi.  Ce n'est pas moi.  Le corps n'est qu'un moyen.  Je dois l'utiliser pour atteindre quelque chose de beaucoup plus élevé.  Si je peux améliorer ma santé, si mon corps peut devenir un véhicule, un instrument pour atteindre mon but c'est fini ainsi, je ne ferai plus de gymnastique.  Après avoir fait quelques exercices, on peut s'asseoir dans une posture assez confortable en retirant son attention de son corps.  On peut se concentrer.  Pour atteindre un niveau plus élevé, le Chitta ou esprit, le mental est la clé qui contrôle tout.  Quand le Chitta n'est pas contrôlé, il se mélange dans le monde, mais s'il est contrôlé et dirigé dans une autre direction, il nous amène vers la très grande connaissance que nous devons rechercher.

 

La pratique des techniques du Yoga peut être divisée en techniques au niveau physique, au niveau mental, au niveau émotionnel, au niveau psychique.  Il y en a plusieurs.  Tout le monde n'utilise pas toutes ces techniques.  Nous pouvons le faire, mais cela ne convient pas à tous.  C'est ainsi qu'il y a différentes écoles du Yoga.

 

Aujourd'hui encore, nous avons toutes sortes d'écoles, mais malheureusement nous n'avons pas autant de maîtres qualifiés et suffisamment perfectionnés dans ces différentes techniques, notamment dans les techniques de la maîtrise du corps.  Les maîtres sont allés jusqu'à un certain point, incroyable même, où le corps ne paraît plus être le corps.  Swâmi Vivekânanda a parlé de Pavhari Bâbâ, une grande âme qui était très développée spirituellement et aussi un grand Yogui qui a beaucoup travaillé pour cette religion.  Swâmi Vivekânanda a voulu devenir son disciple, mais chaque fois qu'il le voulait il avait un rêve, nous raconte sa biographie.  Dans ce rêve, Çri Râmakrichna venait lui dire :  Mon enfant, ce n'est pas la peine d'aller là.

 

Tout d'abord Vivekânanda n'a pas compris et peut-être était‑il un peu fâché.  Il pensait :  Pourquoi vient‑il me l'interdire ?  ‑ Par la suite, Vivekânanda a certainement compris.  Ce n'était pas nécessaire pour lui d'aller par ce chemin parce qu'il avait tout.  Quand nous atteignons le plus haut niveau, les techniques variées ne sont plus nécessaires.

 

Une grande école de Yoga est à Natha Panthi, ce qui signifie :  ceux qui passent par ce chemin.  C'est une secte, qui a produit de grands Maîtres, parmi lesquels Goraknath et Machendranath sont bien connus.  Tous les noms des membres se terminent par nath.  Dans l'ouest de l'Inde, le grand commentateur de la Bhagavad Gîtâ est Jnaeshvar, il est aussi disciple de cette école.  Son frère Nivrittinath était son Maître.  Je vous indique tout cela parce que cette école est particulièrement intéressée par la pratique du Hatha‑Yoga.  Ce Yoga‑là s'occupe beaucoup du corps.  Çri Râmakrichna critiquait violemment certains Hatha‑Yogui.  Des amis disaient alors :  Votre Râmakrichna est contre le Yoga, n'est‑ce pas ?

 

Râmakrichna parlait avec mépris de certains Hatha Yogui, qu'il avait rencontrés et qui n'étaient pas du tout admirables ; ils passaient trop de temps à faire des exercices physiques et mangeaient de l'opium.  Donc, quelle pouvait‑être leur spiritualité ?  ‑ Vous descendez au lieu de monter, disait Çri Râmakrichna, sans leur accorder une grande importance.  Si Râmakrichna avait rencontré un Jnaeshvar ou un Goraknath, son opinion aurait été différente.

 

Le Hatha‑Yoga n'est qu'une petite partie de la tradition du Yoga en Inde.  Comme nous l'avons indiqué, cette partie traite surtout de la maîtrise du corps.  Actuellement, il y a certainement en Inde une grande recherche faite à ce sujet, car en ce XXe siècle de nervosité une sorte de traitement est nécessaire pour calmer les gens nerveux et agités.  On leur enseigne le Yoga.  Mais sachons que ce n'est là qu'une parcelle de l'idéal du Yoga.  Pour maîtriser le corps, Patanjali a parlé tout d'abord des postures et du Prânayama, mais il n'y avait pas que cela.  Patanjali a donné une importance très grande aux disciplines morales et éthiques.  Aucune secte religieuse en Inde n'ignore cela. On ne dit pas que si vous agissez contre la moralité, vous serez punis par le Seigneur.  Ce n'est pas la punition infligée par le Seigneur.  Vous le savez déjà.  C'est vous qui faites mal à vous‑même par votre attitude, par vos actions.  Toutes nos actions reviennent à nous, ainsi le résultat nous arrive, il vient à nous.  Quand nous agissons mal, quand nous pensons mal, quand nous avons une réaction mauvaise, tout revient à nous.  Alors notre esprit devient agité.

 

En suivant les conseils de l'éthique, tout prend bonne forme.  Vous savez que dans la philosophie Sâmkhya, il n'y a pas Dieu.  C'est une philosophie sans Dieu.  On ne parle pas du Seigneur.  On pense à la nature et à l'esprit.  Il y a Pouroucha et Prakriti.  Patanjali a un peu changé cette pensée en y introduisant le Seigneur.

 

J'ai réfléchi à cette question et Swâmi Vivekânanda l'explique ainsi : Qu'est‑ce que Dieu ?  ‑ Dieu signifie notre idéal de la perfection. Dieu est l'Être parfait.  Si nous pouvons penser à la perfection personnifiée, alors Dieu est là.  Dans la religion des Jaïns, religion qui naquit en Inde, on ne parle pas de Dieu mais d'un Être parfait.  Celui‑là est le plus élevé.  Il y a des étapes différentes.  L'homme devient de plus en plus élevé et à la fin il arrive à la perfection.  L'Être parfait est Dieu.  Dans les Yoga Soutra, on parle de Ichvara.  Çiva est appelé Ichvara.  Il est Yoguichvara.  C'est le grand Yogui.  C'est le Seigneur.  C'est la perfection atteinte dans le Yoga.

 

Il est dit que le Seigneur peut être connu partout et par tous.  Quelquefois, nous ne pouvons pas réussir à Le connaître par nos propres efforts.  Alors nous avons besoin d'un autre être qui nous aide à y parvenir.  C'est le Gourou.  En Inde, l'adoration du Gourou est vraiment l'adoration de Dieu, qui a pris la forme du Gourou pour enseigner.  C'est un don de très grande valeur.  Et c'est l'acceptation du Maître spirituel.  ‑ Par Sa grâce, Ichvara peut nous aider à atteindre le but de notre pratique.

 

Après avoir enseigné tout d'abord la pratique de la moralité et de l'éthique, on parle des postures parce que nous allons toucher le point commun pour tous et c'est la contemplation intense.  Pour cela, tout doit complètement disparaître.  C'est la concentration dans laquelle il n'y a aucune autre pensée.  Aucune secte, aucun aspect de la religion hindoue n’ignore cela.

 

Vous pouvez être Védantiste, vous pouvez être Çivaïte, vous pouvez être un adorateur de la Mère Divine ou peut‑être vous incliner devant Krichna ou le Bouddha, mais toujours et pour tous il y a la concentration intense.  Dhyâna et Dhâranâ, tous deux deviennent Un pour tous les facteurs communs de toutes les pratiques spirituelles.

 

Et voilà certainement le Yoga devenu une partie très importante de la religion en Inde.  Pour arriver à la concentration intense, nous devons pratiquer plusieurs disciplines.  Dans le Jnana‑Yoga, comme dans le Bhakti Yoga, comme dans le Karma‑Yoga et les autres Yoga, il y a toujours un point important, c'est la méditation, disons‑nous, mais en vérité c'est une concentration intense dans laquelle nous oublions tout.  Le monde n'existe plus.  Nous pouvons aller de plus en plus loin et atteindre l'état appelé Samâdhi.  Cet état est difficile à exprimer, je ne peux pas dire une extase.  Ce n'est pas le vrai mot pour traduire cet état.

 

En étant dans l'état de Samâdhi, les êtres commencent certainement à avoir des visions.  Mais il y a plusieurs variétés de Samâdhi.  Dans l'état de Samâdhi très élevé, il n'y a plus la conscience du moi.  Tout est effacé.  Il ne reste que l'Unique.  Qu'est‑ce que c'est ?  ‑ On ne peut pas le décrire.

 

Alors, ce moi, qui a joué un grand rôle dans toute ma vie, devient‑il maintenant sans aucune valeur ?  Avant cela, j'ai pratiqué la méditation, la contemplation, la maîtrise du mental, Pratyâhâra et toutes ces disciplines m'ont aidé à atteindre le « Moi » Suprême, l'Un sans second.

 

Je vais vous donner quelques enseignements intéressants et assez frappants.  Par exemple :  Quand je veux voir quelque chose, je dois ouvrir les yeux et regarder un objet pour savoir ce qu'il y a là. Ainsi toute notre connaissance du monde extérieur dépend de la direction donnée à nos différents sens.  Quand j'ai la maîtrise de mes sens, ils ne peuvent pas agir d'eux‑mêmes sans être reliés avec le mental.  En retirant l'énergie, les sens sont maîtrisés.  Le mental est très puissant et peut aller partout.  Pour connaître une expérience, le mental peut avoir cette expérience, sans l'aide des sens.  C'est ce qui arrive dans le Pratyâhâra.

 

Un maître, qui a pratiqué le Yoga, peut atteindre un niveau de connaissance sans bouger, il reste assis à sa place, il peut connaître tout ce qu'il veut.  C'est bien.  Ainsi nous échappons à beaucoup de travail pour connaître beaucoup de choses.  Vous pouvez dire qu'il s'agit certainement d'un niveau de la perception supra‑sensorielle.  Quand nous pouvons maîtriser tout, nous arrivons à cela.

 

C'est le niveau psychique.  On ne s'arrête pas là.  On peut aller plus loin et encore plus haut, où il n'y a plus besoin ni de la raison ni de la perception supra sensorielle parce que là, dans cet état le plus haut, est tout.  Je ne peux pas vous donner beaucoup d'explications.  C'est là le but de tous les Yoga avec des techniques diverses.  Ce sujet est assez difficile à résumer, pour le comprendre en même temps.

 

Çri Râmakrichna, comme le grand Maître de notre époque, n'a ignoré aucun Yoga.  Il parle de tout.  Il a pratiqué toutes les variétés de Yoga pour nous convaincre que tous les Yoga sont bons et que tous ont le même but.  Mais certains Yoga conviennent mieux à certaines natures plus attirées par quelques aspects de la vie.

 

À notre époque, nous sommes très faibles, nous ne pouvons pas même manquer un repas.  Alors il vaut mieux suivre le chemin de la Bhakti enseigné par Nârada.

 

Essayons de diriger vers notre idéal – Jésus, ou Râmakrichna, ou Çiva, ou le Bouddha, ou même le Sans Forme Nirgouna Brahman – tout l'amour que nous disposons.  Mais vous devez diriger vous‑même votre amour.  Si vous ne pratiquez pas cette discipline, tout tombe.  Si vous la pratiquez, petit à petit vient l'intensité qui est la base du Yoga.  Cette intensité augmentera en vous et vous recevrez tout par la grâce du Seigneur.  Vous devez faire des efforts jusqu'au moment où vous serez bien préparés.  Alors le Maître vient et dit :  Tat Twam Asi ‑ Tu es Cela.

 

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Donc l'idéal est d'arriver à l'état d'émancipation ou délivrance.  C'est la Libération.

Patanjali parla de Kaïvalya – séparation du Pouroucha et de Prakriti.  Les mots employés peuvent être différents, mais l'idéal est le même.  Il est toujours le même.

 

L'idéal est d'atteindre l'état où je ne suis plus esclave de la nature en disant :  je parle, j'ai un nom, j'ai une forme, je suis ceci, je suis cela, je n'aime pas ça, j'adore cela.

 

Quand nous lisons Vivekânanda, nous voyons ce qu'est l'état de Libération.  L'enseignement du Yoga est intérieur et touche toujours le point essentiel :  Pas moi, mais Toi !

 

Cet idéal est celui de tous ceux qui cherchent l'état le plus élevé qu'un être puisse atteindre.  Le Yoga est un moyen.  Les religions, les philosophies, les théories sont pour nous autant d'encouragements à la pratique du Yoga.