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 Le Jaïnisme

 

Les origines

L'ordre jaïn venait de la nuit des temps lorsque naquit Vardhmâna Mahâvîra. Né au VIème siècle avant J.C., il n'est que le vingt quatrième des Tîrthankara "ceux qui passent le gué" par où passent les âmes à travers le fleuve de la renaissance pour atteindre la liberté spirituelle. Bien d'autres l'avaient précédé en commençant par Rsabha le premier Tîrthankara, en passant par Bhagavan Aristenami et enfin par Pârsva deux siècles plus tôt. De tous ces prédécesseurs on ne connaît pas grand chose. Mahâvîra arrivant en vingt quatrième position ne fut donc pas un fondateur d'une nouvelle religion mais le réformateur d'une croyance existante. C'était une époque où la tradition védique et l'autorité de ses gardiens, les brahmanes, faisaient l'objet de contestations.

Représentation d'un Tîrthankara. Bien qu'ils ne puissent pas aider les croyants de façon directe, la concentration sur ce type d'image contribue au progrès spirituel.

Comme Siddharta Gautama, fondateur du Bouddhisme et né à la même époque, il appartenait à la classe des nobles. Second fils d'un couple de jaïns fervents, il se fit moine et suivit avec zèle les règles monastiques. Après treize mois et à la suite d'une longue épreuve, il se dépouilla de ses vêtements et connut l'omniscience et la séparation totale des biens terrestres. Pendant les quarante deux ans qui suivirent, il prêcha la doctrine dans tout le pays et mourut à l'âge de soixante douze ans au terme d'une dernière méditation de deux jours près de Patna.

Certains disciples du maître, à la fin du IVème siècle avant J.C. décidèrent de sauvegarder le contenu des enseignements. Ils s'assemblèrent à Paliputra en 312 avant J.C. et fixèrent les Angas. Mais ces textes se perdirent et la communauté se divisa suite à la migration d'une partie des jaïns le long du Gange, à cause des famines. D'un côté les Digambara "vêtus d'espace" et donc nus qui conservèrent la tradition et de l'autre les Svetambara "vêtus de blanc" qui établirent de nouveaux textes lors du concile de Valabhi au Vème siècle de notre ère.
Le Jaïnisme connut une expansion dans le bassin du Gange et c'est encore à cet endroit que l'on trouve les plus nombreuses communautés. Un de leurs chefs Raychandbhai Mehta a joué un grand rôle auprès du Mahatma Gandhi dans son respect de la non violence.

Jaïns Svetambaras. Ils portent des vêtements blanc et un masque en mousseline devant le visage pour protéger toute forme de vie de leur souffle. Ces nonnes ne pourront pas directement accéder à l'omniscience car d'après les textes jaïns, elles devront d'abord se réincarner en homme.

 
 

Les textes

Les Angas ont été établis à la fin du IVème siècle avant J.C. Ils se composent de onze livres qui décrivent la doctrine et la discipline jaïna pour les moines et pour les laïcs. L'ensemble est exposé de façon assez anarchique bien que chaque passage reflète les courants existant en Inde à cette époque. Les légendes hindoues sont exposées teintées de pensée jaïna.
Le premier Anga, l'Acaranga, donne essentiellement les règles de vie des moines en donnant en exemple la vie de Mahâvîra en décrivant son ascèse la plus rigoureuse quelque soient les conditions environnementales. D'autres parties du texte font intervenir les divinités hindoues telle que Kali, influencée par Pârsva, le Tîrthankara ayant précédé Mahâvîra, avant sa réincarnation.
Les Angas donnent également les cinq vœux principaux et les sept vœux complémentaires que doivent suivre les jaïns. Ils mettent à contribution les légendes et les données cosmologiques et numérologiques pour expliquer la doctrine mais laissent de nombreuses questions en suspens.

Un extrait du Kalpasûtra, "livre du rituel" du XVIème siècle. Il s'agit d'un livre biographique sur la vie de Mahâvîra et qui fait le lien avec les Tirthankaras qui l'ont précédés.

Aussi existent également les Upangas qui sont considérés comme des sous Angas car ils donnent seulement des explications complémentaires sur divers sujets comme la loi, la réincarnation, l'astronomie, la cosmologie… Comme dans tous les textes jaïns, on retrouve des séries numériques, les vingt six sujets de philosophie, les dix aspects de la morale monastique, les neufs vérités…

D'autres ouvrages canoniques existent. Les dix Prakimakas donnent le tableau des moments fastes et néfastes. Les Chedasûtras ont pour objet la vie monastique dont ils donnent les règles dans le détail. Les Mulâsûtras forment une sorte d'anthologie de tous les autres textes, on y trouve des sermons, des récits de légendes, des prières et des hymnes.

 

Les croyances

La doctrine jaïn repose sur un système cosmologique très rigoureux régi par les nombres. L'âme individuelle des jaïns, pour parvenir à son but final doit suivre les disciplines enseignées par les Tîrthankaras. Le moyen de se dégager du Karma et de suivre ces enseignements réside surtout dans la pratique d'un ascétisme très exigeant. Le sens du terme Karma est ici considéré comme étant la nature matérielle de l'univers. Les âmes ainsi délivrées (Siddha) résident alors dans la liberté spirituelle. Les jaïns pour atteindre cette délivrance ne comptent pas sur une aide divine mais uniquement sur l'enseignement des êtres parfaits que sont les Tîrthankaras. En effet, les êtres divins appartiennent au cosmos mais ne sont pas des dieux créateurs et ne peuvent en aucun cas aider les pratiquants.
L'enseignement comprend principalement cinq vœux majeurs (Mahâvrata) que doivent suivre les ascètes.
- Ne pas nuire aux êtres vivants et sensibles;
- Ne pas mentir;
- Ne pas voler;
- Ne pas se livrer à des actes sexuels;
- Ne pas s'attacher à des biens matériels.
Les laïcs doivent suivre des vœux mineurs (Anuvrata) qui sont une application des cinq grands vœux à la vie journalière.

Bâhubali est selon les Digambaras, la première personne de l'ère actuelle à avoir atteint la délivrance spirituelle.

Outre ces cinq vœux majeurs, les moines doivent respecter un certain nombre de recommandations que l'on peut rassembler sous la forme de sept autres vœux.
- Aller seulement dans certaines directions et à certaines distances;
- Eviter les paroles et les actes inutiles;
- Eviter de penser à des choses coupables;
- Restreindre son régime alimentaire et ses plaisirs de chaque jour;
- Faire des adorations à des moments fixés matin, midi et soir;
- Jeûner certains jours;
- Faire la charité chaque jour.

Temple jaïn de Parasnath.

Toutes ces pratiques, extrêmement contraignantes ont pour but de purifier l'âme de toute sa composante karmique accumulée et à ne pas en créer de nouvelle. Dès que l'âme, après de nombreuses existences aura été libérée, elle s'élèvera jusqu'au faîte de l'univers. Elle ne sera alors que pure connaissance dans l'infinie béatitude de la délivrance.
Les cinq êtres supérieurs, modèles du cheminement religieux sont les exemples à suivre dans la voie de la délivrance. Le plus élevé des êtres supérieurs est le Tîrthankara, celui qui montre la voie. Vient ensuite le Siddha, l'âme parfaite vivant au sommet de l'univers dans la béatitude. Puis le maître spirituel qui dirige les communautés monastiques. Le quatrième être supérieur est celui qui instruit les moines et les nonnes dans les écritures et le cinquième représente tous les autres moines.

 

La vie

La vie d'un membre de la communauté monastique est la seule qui avec l'ascèse et le détachement complet peut mener à la délivrance. Dès l'âge de sept ans et demi, le novice en abandonnant ses biens peut entrer dans la communauté. Après le noviciat on lui rase les cheveux, on lui remet une robe monastique qu'il n'aura pas le droit de laver ou de raccommoder, un bol pour l'aumône et un balai court qui lui permettra d'écarter les animaux se trouvant sur son chemin quelque soit leur taille. Il ne pourra rien posséder d'autre. Ces règles déjà contraignantes ne sont valables que pour les Svetambaras. Elles sont encore plus restrictives pour les Digambaras où la robe monastique n'existe pas car ils vivent nus, et où le bol à aumône, bien matériel, pose problème vis à vis de la doctrine. Seuls les moines Digambaras sont astreints à vivre nus, les nonnes en sont dispensées du fait qu'elles devront d'abord se réincarner en homme pour accéder à l'omniscience. Il est tout de même à noter que le nombre de moines Digambara est bien plus faible que celui des moines Svetambara.
Il devra toute sa vie suivre les cinq vœux et sera toujours un itinérant à l'image de Mahâvîra. Sa journée se divise en quatre parties consacrées à l'étude, à la méditation, au sommeil et aux aumônes. Il ne fait que deux repas par jour mais il doit également jeûner parfois jusqu'à ce que mort s'en suive. Chaque défaillance doit être confessée à son maître qui lui infligera une pénitence en rapport. Pour obtenir une délivrance totale, le moine devra tout au long de sa vie exercer une surveillance de tous les instants sur ses activités mentales, verbales et corporelles.

Tous les douze ans, la statue de Bâhubali est vénérée par des milliers de pélerins à Sravanna Belgola. Les fleurs utilisées pour cette vénération doivent, dans l'absolu, être des fleurs déjà tombées afin de ne pas leur ôter la vie.

La vie des laïcs est plus souple car ils ne sont pas tenus de respecter la règle aussi strictement. Ils s'astreignent à faire de leur mieux. Un texte jaïn le Tattvârthâsûtra fractionne la voie de la délivrance en quatorze étapes. Les laïcs cherchent donc à gagner quelques étapes en sachant bien qu'ils resteront de toutes façons au bas de cette échelle. Ils pratiquent une foi qui se concentre sur certains aspects des cinq vœux principaux, sur des rites quotidiens et sur quelques cérémonies.

Intérieur d'un temple jaïn à Delwara datant du XIème siècle.

La pratique religieuse peut quant à elle avoir lieu au temple ou à domicile. Les dévotions ne nécessitent pas l'assistance d'un prêtre ni d'aucune personne agissant en tant qu'intermédiaire. Ce qui explique qu'il existe de nombreux autels domestiques qui reproduisent souvent ceux en pierre se trouvant dans les temples.

Autel domestique jaïn.

 

De AACAWEB