Ramakrishna Ramakrishna Ramakrishna

 

 L'Islam

 

Les origines

Les origines de l'Islam se confondent avec la vie de Muhammad. Né vers 570 à La Mecque, il fut élevé par son grand père puis par son oncle Abû-Tâlib. A l'âge de 25 ans, il fit la connaissance de Khadîja, une riche veuve de 30 ans qui lui confia la vente de marchandises en Syrie. Petit à petit il prit en charge la gestion des caravanes et finit par épouser Kadîja. Ensemble ils eurent sept enfants parmi lesquels Fâtima, la future épouse de son cousin 'Alî. Il mena alors une vie prospère en recherchant le calme et en s'imposant des retraites à l'écart du monde.
En 605, un incendie éclata dans le célèbre temple de La Mecque qui possédait dans ses fondations le pierre noire qui, selon la légende, aurait été découverte par Abraham et son fils Ismaël dans les sables du désert. Seuls les fondements échappèrent à l'incendie. Muhammad décida de participer à la reconstruction du temple et fut choisit pour remettre en place la pierre noire.

C'est au mont Hira', près de La Mecque que l'archange Gabriel apparu en rêve à Muhammad. Il lui révéla la parole de Dieu et lui ordonna de proclamer aux hommes le message divin.

Vers 609, c'est au cours d'une de ses nombreuses retraites en solitaire qu'il eût en rêve la visite de l'archange Gabriel. Celui ci commença à lui transmettre les révélations d'Allâh. Après quelques années, un premier groupe de fidèles à cette nouvelle culture monothéiste se forma autour de lui. Ils rejetaient en bloc les cultes polythéistes en vigueur à La Mecque. L'archange Gabriel lui ayant demandé d'exhorter ses frères à n'adorer qu'un seul Dieu et à pratiquer la charité, il envoya ses disciples, qu'il nommait musulmans "(muslimûn) ceux qui se soumettent à la volonté de Dieu" prêcher aux environs de la Mecque. Mais les prêtres des cultes en place déclenchèrent des représailles contre les fidèles de Muhammad qui furent torturés. Nombre de survivants quittèrent alors La Mecque. La nouvelle religion prit le nom d'Islam "salut et soumission à Dieu", tous les croyants étant frères et égaux devant Dieu.
La vie du prophète devint alors très rude, il perdit son épouse et son oncle. Il partit lui aussi de La Mecque et après de nombreuses pérégrinations, il arriva à Yathrîb (Médine) où il retrouva ses premiers disciples. Petit à petit les quelques disciples restés à La Mecque le rejoignirent. C'est en 622 que fut institué l'an 1 de l'Hégire (émigration).

Muhammad appela ses compatriotes à se détourner du polythéisme et à se préparer au jugement de Dieu. Il se consacra comme le montre cette miniature à l'enseignement du dogme.

Le ton monta rapidement entre les deux villes car les caravanes de pélerins devant se rendre à La Mecque étaient détournées par les Médinois. Ils en vinrent aux armes et l'armée de Muhammad remporta une première confrontation à Badr. De nombreuses autres batailles suivirent. Au cours de cette période les juifs de Médine qui contestaient sa valeur de prophète, et refusant donc de se battre à ses côtés, furent expulsés de la ville. Cela amena un changement dans la prière des musulmans. Ils se tournèrent dès lors en direction de la Mecque alors que jusqu'à présent ils se tournaient vers Jérusalem.
Muhammad proposa alors la paix aux Mecquois et négocia avec eux en 628. Il se consacra alors à la propagation de sa religion sans beaucoup de succès. En 630, à la tête de dix mille hommes, il prit La Mecque sans violences et ordonna la destruction des autels aux Dieux païens. Il réorganisa l'administration et retourna à Médine.
Le 6 juin 632 après une courte maladie, il s'éteignit. Rapidement après sa mort, deux femmes se disputèrent le pouvoir, 'Â'isha, son épouse favorite (il en eu 14 excepté sa première femme) et Fâtima la fille qu'il avait eu avec Kadhîja.

Ascension de Muhammad sur son cheval Bûraq. L'ascension de Muhammad eu lieu à partir du rocher protégé par le dôme de la mosquée d'Omar (de 'Umar).

Cette querelle allait entraîner une guerre et de nombreuses violences mais surtout un schisme qui sépara les islamistes en deux camps, les Sunnites et les Chiites (Shî'ites).

 

Les textes

Le livre sacré de l'Islam, l'un des plus grands ouvrages spirituels du monde, est le Coran (Qur'ân) un mot que l'on traduit par récitation. Le Coran (Qur'ân) est donc le livre qui doit être récité ou lu. C'est aussi le premier mot de la révélation divine à Muhammad qui est inscrit dans la plus ancienne sourate Coranique (qur'ânique), la sourate (sûra) 96.
Le Coran (Qur'ân) est considéré comme étant de source divine, éternel et non pas créé, et ayant existé auprès de Dieu avant même la création, sous la forme d'un livre originel céleste (umm al-kitâb) littéralement Mère du livre ou Parole de Dieu dont le message a été transmis directement et sans altération à Muhammad. Pour les musulmans, le Coran (Qur'ân) livre le message de Dieu à l'humanité et constitue le point culminant de toutes les écritures sacrées qui l'on précédé.

Le Coran (Qur'ân) se compose de 114 sourates (sûras) où chapitres ouvertes par une expression que l'on peut traduire par "Au nom de Dieu tout puissant et miséricordieux". Les révélations divines, intégralement recueillies dans le livre furent communiquées à Muhammad en plusieurs temps, à La Mecque d'abord, puis à Médine. La principale méthode de conservation des sourates (sûras) était la mémoire. Dès que le prophète recevait une révélation, il en faisait part à ses compagnons afin que ceux ci la retienne également. Des copistes avaient pour tâche de transcrire ces révélation mais à la mort de Muhammad en 632, le texte, bien que quasiment transcrit dans sa totalité, se trouvait sur des supports très divers et n'était pas structuré, le temps ayant manqué au prophète.

Abû Bakr, premier calife après la mort de Muhammad.

Abû Bakr, le premier calife (632-634) commença à collationner les révélations mais c'est sous le califat d'Omar (de 'Umar) (634-644) que l'on confia à Zayd ibn Thâbit le soin de rédiger l'ensemble. Ce travail dura un an pendant lequel Zayd ibn Thâbit prit le soin de vérifier que chaque document écrit l'avait été en présence du prophète avec deux témoins oculaires. Il confronta le texte avec la mémoire de ceux qui connaissaient le mieux le Coran (Qur'ân) par cœur. Avec le troisième calife Othman ('Uthmân) (644-656) se posa un nouveau problème. L'Islam s'étant étendu, les musulmans de chaque région avaient appris des passages du Coran (Qur'ân) auprès de compagnons du prophète installés chez eux. Or Muhammad avait appris à ces divers compagnons des variantes de prononciation ce qui provoque certaines confusions. Othman ('Uthmân) chargea alors une commission de 4 membres présidée par Zayd ibn Thâbit de produire un nouvel exemplaire du texte en y faisant figurer les variantes de lecture pour éviter d'éventuelles divergences. Cette version appelée la Vulgate fut reconnue par tout le monde musulman, de l'Inde au Maghreb. Une version fut conservée à Médine, tandis que les autres étaient envoyées à La Mecque, à Kûfa, à Bassora et à Bagdad.
Dès le premier siècle de l'hégire (VIIème siècle) le besoin de correction du texte au niveau de l'orthographe se fit sentir avec l'expansion de l'Islam. Ainsi petit à petit des signes diacritiques (points distinguant les lettres) et des symboles de voyelles furent ajoutés non sans hésitation au sujet de la légalité de telles modifications. Mais elles furent admises devant le risque de déformation de la lecture faute de signes. Au cours du temps on vit ensuite apparaître des signes marquant le fin des versets, la numérotation, les titres des sourates (sûras) et le découpage en parties sans pour autant altérer le texte lui même.

Une page du Coran (Qur'ân), livre saint dans lequel est inscrite la révélation faite par l'ange Gabriel à Muhammad telle qu'il l'a apporté aux hommes.

Il y a 4 thèmes majeurs dans le Coran (Qur'ân).

1) Le Dieu unique.
La foi en un Dieu seul et unique, Allâh, est le dogme au cœur de l'Islam. La lutte contre tout polythéisme et l'affirmation exclusive de l'unicité (tawhîd) d'Allâh sont des thèmes centraux des enseignements religieux de Muhammad. Il est le Vivant, le Tout puissant, l'Invincible, le Très haut, la Vérité, le Réel, la Lumière des cieux et de la terre… Les noms des attributs de Dieu sont innombrables. Le texte du Coran (Qur'ân) en donne beaucoup, la tradition va jusqu'à en compter 99 mais celui qui revient sans cesse est le Miséricordieux.
L'unicité d'Allâh est sans cesse formulée, comme dans la courte sourate (sûra) 112, 1-4. "Dis: il est Dieu, il est un, Dieu de plénitude qui n'engendre, ni ne fut engendré. Et nul n'est égal à lui" . Aussi en dépit du grand respect et de la vénération que le Coran (Qur'ân) témoigne à Jésus, l'Islam ne reconnaît pas au Jésus historique de divinité. Il refuse de voir en lui le fils de Dieu et considère de telles affirmations comme une exagération intervenue ultérieurement dans les écritures des chrétiens.

2) L'action de Dieu.
Dieu est présenté dans le Coran (Qur'ân) comme le libre créateur de toute chose. Le Coran (Qur'ân) souligne aussi parfois que Dieu a créé le monde en prononçant simplement le mot créateur "Sois !" et il fut. Toutes les lois qui régissent le monde, et entre autre la causalité, sont directement issues de la volonté et de la sagesse divine. La création s'entend ici comme création permanente de Dieu. Le monde dépourvu de cohésion autonome est à chaque instant recréé par Dieu et il en est de même de l'être humain. Et avec ces hommes qu'il crée, il signe un pacte, il conclut une alliance: "Avec les prophètes, avec Noé, Abraham, Moïse et Jésus, fils de Marie, nous avons conclu une alliance éternelle , afin que Dieu demande compte aux véridiques de leur sincérité, mais il a préparé pour les incrédules, un châtiment douloureux" (sourate (sûra) 33, 7-8).

La Kiswa est l'étoffe qui recouvre la Kaaba (Ka'ba). Elle est entièrement ornementée de textes du Coran (Qur'ân). Au centre, il est question du retour du prophète à La Mecque pour chasser les idoles et en faire un sanctuaire de l'Islam.

3) La soumission à Dieu.
Islam est un mot qui signifie soumission. "Celui qui s'est soumis à Dieu et qui fait le bien aura sa rétribution auprès du seigneur" (sourate (sûra) 2, 112). Tout ce qui arrive à l'être humain est voulu par Dieu, c'est la prédestination (maktûb). En raison de l'importance accordée à la prédestination, le problème du libre arbitre devint un point de controverse au cours de l'étude de la relation Dieu-homme. C'est ainsi qu'aux premiers temps de l'Islam, ceux qui contestaient la liberté humaine, les Jabrites, entrèrent en conflit avec les défenseurs de la liberté de l'homme de décider et d'agir, les Mu'tazilites, dont la doctrine devint officielle au IXème siècle durant une courte période. C'est l'école des Ash'arites qui s'est imposée depuis le Xème siècle. Elle situe tous les actes sur un plan double. Toute action est créée par Dieu en l'homme, mais l'homme approuve cette action et la reprend à son compte dans un processus d'acquisition, ce qui lui donne un sentiment de liberté. Cette faculté de reprise et d'assimilation a été elle-même crée par Dieu en l'homme.

4) L'Au-delà.
La foi dans le jugement dernier constitue un élément essentiel de l'Islam. Pour les musulmans, la mort signifie la séparation du corps et de l'âme. Le jugement dernier est représenté de manière presque aussi martiale et colorée que dans l'Apocalypse selon St Jean du Christianisme. Les actes des hommes sont inscrits dans des livres et le tribunal de Dieu les cite et accuse. Ensuite Dieu seul prononce la sentence qui sépare les justes des injustes. Les tourments de l'enfer sont dépeints avec la même sensualité et la même force que les plaisirs du paradis. La prise en compte des bonnes actions ne considère pas seulement la foi, mais aussi son expression pratique, c'est à dire le lien entre cette foi et les bonnes œuvres exercées. Le Coran (Qur'ân) mentionne dans plusieurs passages la surabondance de nourritures et de délices des sens qui attendent les justes au paradis (sourate (sûra) 47, 15).

A La Mecque, Muhammad se présenta comme le chef de la première communauté islamique, il rassembla rapidement ses premiers disciples.

Lors de la révélation du Coran (Qur'ân), eut lieu vers 615-616, d'après la tradition, l'affaire des versets sataniques. A cette époque les fidèles de la nouvelle religion étaient particulièrement persécutés par les adorateurs des trois divinités féminines de la Kaaba (ka'ba) (al-Lât, al-Uzzâ et Manât). Allâh révéla alors à Muhammad la sourate (sûra) de l'étoile (An-Najm) que le prophète choisi de réciter sur l'esplanade de la Kaaba (Ka'ba) devant un public composé de fidèles et d'idolâtres. Il récita le début de la sourate (sûra) où il était question des trois divinités. Puis, toujours d'après la tradition, il y eut un instant de silence à la suite duquel il prononça les deux versets:
"Ce sont de sublimes déesses
Et leur intercession est certes admise."
Les idoles se trouvaient donc intégrées à la nouvelle religion, leur intercession étant acceptée. Cela remplit de joie les opposants mais heurta la foi de quelques musulmans qui croyaient en un dieu unique et omnipuissant. Cette crise majeure dans l'Islam naissant, qui aurait pu modifier profondément son devenir, est un point obscur car sur la période qui a suivi cette révélation, la tradition est particulièrement muette et aucune information ne nous est parvenue ce qui a alimenté les polémiques au cours des siècles. On sait seulement que Muhammad affirma que l'ange Gabriel lui reprocha énergiquement ces versets et que la crise prit fin avec la révélation de la sourate Joseph (Yûssûf) où l'on apprend que l'hommage aux idoles n'était qu'une tentation inspirée par Satan et pardonnée au prophète par la miséricorde d'Allâh. Les versets sataniques furent donc abrogés ce qui raviva les persécutions envers les musulmans.

Calligraphie du nom du prophète. Lorsque l'on prononce ou que l'on écrit son nom, on doit toujours le faire suivre de la formule "Que le salut et la bénédiction de Dieu soient sur lui".

A la mort du prophète, la communauté entreprit de rassembler ses préceptes, ses paroles et le récit de ses actes. La tradition du prophète (sunna) a été compilée en une série de compte-rendus connus sous le nom de hadîths. Un hadîth est composé de deux parties, le texte (matn) et une chaîne de transmetteurs (isnâd) qui doit idéalement remonter jusqu'à Muhammad ou à défaut à l'un de ses proches compagnons. C'est à la fin du VIIIème siècle et au début du IXème qu'eurent lieu les plus grands rassemblements de hadîths. Parmi les proches du prophète, les plus importants transmetteurs sont Abou Houraya son serviteur, 'Â'isha son épouse préférée, Anas ibn Mâlik qui se mis très jeune à son service et Abdullah, le fils du second calife Omar ('Umar). A l'époque médiévale, ces commentaires donnèrent lieu à de grands débats car les commentateurs émettaient des opinions postérieures à la vie du prophète. On créa donc la science des hadîths ('ilm al-hadîth) qui aboutit à une classification selon la composition de la chaîne des transmetteurs, ceux remontant au prophète ayant une plus grande importance. Parmi les recueils de hadîths les plus importants on trouve celui d'al-Kûlaynî pour les sunnites et celui d'al-Bukhari pour les chiites (shî'ites). Les hadîths chiites (shî'ites) sont plus complexes mais, transmis par les imams, ils ont la même utilité, celle d'expliquer le Coran (Qur'ân) et d'être la source de la pensée religieuse et juridique.
On désigne par sîra, l'ensemble des biographies du prophète. La plus célèbre est celle d'Ibn Ishâq écrite un siècle après la mort de Muhammad. Si ces biographies ont un grande valeur religieuse, leur réalité historique est assez douteuse.
Les hadîths et la sîra servirent au cours des siècles de point de départ à de nombreux récits sur la vie et les actes du prophète.

 

Les 5 piliers de l'Islam

En ce qui concerne le culte, l'Islam s'appuie sur ce qui est appelé les 5 piliers de l'Islam ou obligations majeures, les arkân ad-dîn.

1) La profession de foi (shahâda).
Elle doit être prononcée en arabe. "J'atteste qu'il n'est de Dieu que l'unique et j'atteste que Muhammad est l'envoyé de Dieu". On devient musulman par l'énoncé volontaire et sincère de cette formule devant témoins. L'entrée au sein de la communauté des croyants est irrévocable et l'apostasie est punie de mort. C'est la raison pour laquelle les savants juristes islamiques soulignent la gravité de cette démarche et recommandent un examen scrupuleux de la disposition intérieure. L'adhésion à la foi ne peut se faire qu'en toute liberté et sans contrainte. La shahâda est le seul des 5 piliers à faire l'objet du dogme théologique et non des lois de la sharia (sharî'a).

L'adhân est l'appel à la prière lancé par le muezzin cinq fois par jour:
Dieu est le plus grand (4 fois)
J'atteste qu'il n'y a de Dieu que Dieu (2 fois)
J'atteste que Mouhammad est le messager de Dieu (2 fois)
Venez à la prière (2 fois)
Venez au succès (2 fois)
(Pour la prière du matin : La prière vaut mieux que le sommeil) (2 fois)
Dieu est grand (2 fois)
Il n'y a de Dieu que Dieu (1 fois)

2) La prière rituelle (Salât).
Les 5 prières dont le moment est fixé avec précision, le matin, le midi, l'après midi, le soir et la nuit sont destinées à rappeler nuit et jour aux musulmans leur situation d'adorateurs d'Allâh. La prière collective est annoncée aux croyants par les muezzins du haut des minarets des mosquées. Le salât doit être dit par les croyants là où ils se trouvent mais un certain nombre d'entre eux au moins doivent le dire à la mosquée. La solidarité des musulmans est mise en lumière par le fait que tous les fidèles disent la prière tournés vers la Kaaba (Ka'ba) de La Mecque.

La salle des ablutions de la mosquée Hassan II à Casablanca. La pureté rituelle (tahâra) est une condition préalable à tous les actes religieux et rituels.

La pureté rituelle (tahâra) est une condition préalable à tous les actes religieux et culturels. C'est pourquoi le croyant exécute une série d'ablutions rituelles pour se trouver en état de pureté. Chacune des prières de la journée se termine par la louange "Allâhu Akbar" (Dieu est grand) et par une récitation de la première sourate (sûra) du Coran (Qur'ân) ce qui fait que chaque fidèle dit "Salâm alaykum" (la paix soit avec toi) à ses voisins de droite et de gauche. La liturgie du vendredi midi à la mosquée est constituée par la khutba, sorte de prêche qu'un prédicateur doit faire debout. A l'inverse des juifs et des chrétiens, Muhammad avait choisi le vendredi comme jour de prière sans en faire un jour de repos civil.

Le Salât où prière fait partie des obligations religieuses à heure fixe et à l'endroit où se trouve les croyants. Ils se tournent vers la Kaaba (Ka'ba) de La Mecque, ils s'agenouillent et touchent le sol de leur front en signe d'abandon à Dieu. Les cinq prières journalières sont: Salât al-Subh, Salât al-Zuhr, Salât al-'Asr, Salât al-Maghrîb et Salât al-'lshâ.

3) L'aumône (Zakât).
Cette institution a pour but de purifier l'âme du croyant de l'avarice, de l'avidité, de la convoitise et de cultiver en elle l'esprit de partage et de sacrifice. C'est aussi le fondement de l'action sociale de tous les musulmans. Le Zakât n'est pas un acte volontaire, mais une obligation religieuse. Le Coran (Qur'ân) évoque peu l'importance et la fréquence des aumônes et s'intéresse plus à la valeur intrinsèque de l'acte de donner et au comportement éthique de celui qui donne. Après la mort de Muhammad, le système juridique de l'Islam a proposé une réglementation précise de l'aumône légale. La sharia (sharî'a) fixe de manière précise les taux de prélèvement, qui dépendent de la diversité des biens et de la nature des produits qui y sont soumis. Les bénéficiaires des aumônes sont divisés en 8 catégories dont les pauvres et nécessiteux, les orphelins, les malades, les voyageurs en détresse… et les œuvres publiques à la gloire d'Allâh. En fait le Zakât fait le lien entre l'obligation religieuse et culturelle et une juridiction fiscale de caractère profane.

4) Le jeune rituel du ramadan (sawm).
Le neuvième mois de l'année musulmane, chaque croyant doit s'abstenir de manger, de boire, de fumer et de s'adonner aux plaisirs de la chair entre le lever et le coucher du soleil. L'autodiscipline corporelle doit permettre la purification intérieure. Le mois de jeûne du ramadan est comparable à l'examen de conscience qui est accompli pendant le jeûne du carême chez les chrétiens. Mais seuls les musulmans, majeurs et en bonne santé sont soumis au Sawm. Les vieillards, les malades, les femmes enceintes, et les mères allaitant sont dispensés du jeûne qu'ils doivent rattraper en pénitence particulière. Le fréquentation des mosquées augmente au 27ème jour du ramadan quand dans "la nuit du destin" (laylat al-qadr) est commémorée la première révélation de la parole de Dieu au prophète. Cette nuit-là, le prophète Muhammad eut la révélation de la mission dont il allait être chargé par Allâh.

Le sanctuaire de la Kaaba (Ka'ba) à La Mecque est le plus important du monde musulman. Chaque pèlerin s'efforce d'y accomplir au moins une prière. L'accès est strictement interdit aux non musulmans.

5) Le pèlerinage à La Mecque (Hajj).
Tout musulman doit entreprendre ce pèlerinage au moins une fois dans sa vie, si sa santé, sa situation financière et la sécurité du voyage le permettent. Arrivé à proximité de La Mecque, chacun d'eux accomplit un rite de sacralisation (ihrâm) et formule pour lui même le sens et la forme de son pèlerinage. Il revêt une simple pièce de tissu blanc pour exprimer son désir de purification et se soumet à certaines règles. Dans la grande mosquée de la Mecque, il déambule 7 fois autour de la Kaaba (Ka'ba) (Tawâf) puis 7 fois entre les collines Al-Safa et Al-Marwa. Le pèlerinage signifie la vénération de La Mecque comme centre de rassemblement pour les musulmans du monde entier.

Le Rocher sacré à l'intérieur de la mosquée du Dôme du Rocher à Jérusalem. On pense que ce rocher est au sommet du mont Moriah, sur le lieu du sacrifice d'Ismaël par Abraham dont les musulmans sont les descendants.

 

Les groupes et écoles

Le monde musulman est divisé en 2 grands groupes, les sunnites et les chiites (shî'ites).
Les sunnites (ceux qui suivent la sunna: ensemble des paroles et des actes du prophète et de la tradition) sont généralement considérés comme les musulmans orthodoxes et représentent près de 90% des musulmans dans le monde.
Les chiites (shî'ites) (partisans de 'Alî, cousin et gendre de Muhammad, dont l'épouse Fâtima était la seule survivante des enfants de son beau père) voient en Alî le successeur légitime du prophète d'où leur nom, dérivé de shî'at 'Alî, qui signifie "le parti de 'Alî". Ils représentent environ 10% des musulmans.

La rupture entre chiites (shî'ites) et sunnites survint après la mort de Muhammad en 632 car ce décès inattendu laissa la communauté sans chef. La tribu Quruychite imposa l'un des siens comme successeur, le vieil Abû Bakr, beau père de Muhammad. Celui ci régna comme calife de 632 à 634. Il réprima les mouvements de mécontentement au sein des musulmans d'Arabie et étendit les frontières de l'Islam à la Syrie byzantine.
Omar ('Umar) lui succéda jusqu'en 644 et étendit les frontières de l'Islam en Egypte et en Iran. Grand homme politique, Omar ('Umar) fut le premier à se déclarer "commandeur des croyants". Il fut assassiné par un esclave perse et à sa mort, 6 des compagnons de Muhammad élirent un nouveau chef du clan des Omeyyades (Umayyades), Othman ('Uthmân). Il régna jusqu'en 656. Originaire de La Mecque, il avait rejoint très tôt Muhammad et il fit promulguer le texte officiel du Coran (Qur'ân), mais il se rendit très impopulaire en pratiquant des détournements de fonds et fut accusé de népotisme. Il fut assassiné à Médine par des membres égyptiens et irakiens et c'est en déclenchant une guerre civile que ce meurtre fut à l'origine du schisme sunnisme-chiisme (shî'isme).
En 657, un troisième groupe se forma, les Khârijites qui se désolidarisèrent de 'Alî.

Les musulmans sont séparés en deux groupes principaux, les sunnites (majoritaires) et les Chiites (Shî'tes) ("partisans de 'Alî"). Les Khârijites forment un troisième groupe fondé en 657 par désolidarisation de Alî parce qu'il avait accepté de soumettre sa légitimité à le tête du Califat à un arbitrage. Avec le temps, les Chiites (Shî'tes) se divisèrent en de nombreux groupes dont les plus importants sont les Duodécimains qui reconnaissent douze Imams et les Ismaéliens nizâriens qui ont toujours un Imâm vivant.

 

Les sunnites

L'Islam à majorité sunnite vit naître 4 écoles juridiques orthodoxes.
L'école des Hanafites, fondée par Abû Hanifa (699-767) fut la première et la plus répandue. Elle est la plus libérale et laisse le champ libre à la raison et au libre arbitre. Cette école est dominante en Asie centrale, en Inde, au Pakistan, en Turquie, en Afghanistan et dans certaines régions de l'Egypte et de la Tunisie.
L'école des Malékites, fondée par MAlîk ibn Anâs (715-795) est très conservatrice et s'appuie sur le droit coutumier en vigueur à Médine au temps du prophète. Elle domine en Afrique du nord et de l'ouest, en Mauritanie, au Soudan et au Koweït.
L'école des Chaféites a été fondée par Ach-Shâfi'î (767-820) élève des deux écoles précédentes. Son mérite résidant dans la distinction qu'elle a su faire au sein des principes juridiques. Elle est répandue dans tout le Proche Orient, en Indonésie, Malaisie, Jordanie, Palestine, Syrie, Liban et quelques régions d'Egypte.
L'écoles des Hanbalites, fondée par Ahmad ibn Hanbal (780-855) incarne une piété rigoureuse, traditionnelle et sans compromis. En raison de sa rigidité, cette école est peu répandue. Elle domine en Arabie Saoudite et dans certains petits états de la presqu'île arabique. Elle est également présente en Syrie, en Irak et en Algérie.
Ces 4 écoles qui s'affrontaient parfois durement sont arrivées à s'harmoniser en ce qui concerne la pratique de la religion. Elles reconnaissent toutes 4 racines du droit qui sont:
- Le Coran (Qur'ân).
Le Coran (Qur'ân) est l'autorité non négociable de la vie et de la croyance musulmanes. Cependant comme il ne traite pas de toutes les circonstances en détail, les paroles, les actes et les silences de Muhammad et de ses compagnons sont acceptés comme un commentaire vivant de ce que signifie le Coran (Qur'ân) et de la façon dont il faut l'appliquer. Ce commentaire fait l'objet de six recueils révérés, le Sahih, ce qui signifie "authentique" et cette pratique coutumière du prophète se nomme hadîth ou sunna.
- La Sunna.
- Le premier procédé juridique qui s'établit à partir d'une déduction analogique (qiyâs). Une situation sera jugée d'après sa ressemblance avec d'autres ayant déjà été jugées. Ce procédé manifeste la considération des juristes envers les décisions et jugements pris au début de l'Islam.
- Le second procédé juridique(ijmâ'), ou accord des savants religieux sur une question, procède d'un consensus. Dans le doute, le croyant et même des groupes entiers ou des gouvernements s'adressent à un savant religieux pour qu'il établisse une expertise juridique concrète, la fatwa. Ainsi celui qui en tient compte se trouve personnellement dégagé de sa responsabilité puisqu'il se fie en toute bonne foi au savoir du religieux.
Puis de grandes traditions se sont développées qui ont établi les codes de la charia (sharî'a) ("Le chemin bien aplani que les chameaux empruntent pour aller boire"). La charia (sharî'a) instaure un mode de vie directement inspiré par Dieu, la loi islamique qui en découle est en principe immuable et elle régit l'attitude des musulmans vis à vis de l'état et de leurs concitoyens, et détermine leur conscience ainsi que leur rapport à Dieu.

 

Les chiites (shî'ites)

Les chiites (shî'ites) ne reconnaissent comme imams que les descendants directs du prophète. Cet arbre généalogique indique quels sont les Imâms reconnus par chacun des groupes chiites (shî'ites).

Des divergences existent chez les chiites (shî'ites) sur la personne qui clôt la série des imams. C'est ainsi que l'on distingue 3 groupes.
Les zaydites. La lignée de leur imams se termine par Zayd, un fils du IVème imam tombé vers 740 au cours de la révolte contre les Omeyades. Ils sont considérés comme modérés et tolérants. Il n'y a pas de trace dans leur dogme de l'idée d'Imâm occulté (ghayb), ni du Mahdî. Ils soulignent comme particularité la lutte victorieuse des compétents pour la dignité d'Imâm et rejettent le principe de sa transmission par héritage. Les dynasties Zaïdites régnèrent plus de 1000 ans de 901 à 1962 sur le Yemen.
Les ismaïliens. L'ismaélisme (ismâ'îliyya) est né au milieur du VIIIème siècle et demeuré vivant jusqu'à l'époque actuelle. Il tire son nom d'Ismâ'îl, fils aîné de Ja'far al-Sâdiq qui le désigna pour lui succéder. La réforme entreprise par l'ismaélisme vise à faire triompher l'esprit sur la lettre. Le fils aîné de Mustansir bi'llâh, Nizâr I, ne pût accéder au califat à la mort de son père bien qu'il fut désigné, car le visir al-Afdal l'emprisonna et mit sur le trône son demi-frère, al-Musta'lî. Cet événement fut à l'origine de la scission entre les Ismaéliens musta'liens (Bohras) et les Ismaéliens nizâriens. Âghâ Khân IV devint le 49ème Imâm en 1957, il a réussi à introduire des réformes majeures danns la communauté ismaélienne pour faciliter l'adaptation aux nouvelles situations contemporaines.

Meshed, avec le sanctuaire du huitième imam des chiites (shî'ites) Duodécimains, est un lieu important de pèlerinage et d'étude du monde musulman.

Les Duodécimains. C'est la branche de plus importante du chiisme (shî'isme) islamique. Ils reconnaissent douze Imâms comme descendants légitimes de 'Alî, le cousin et gendre du prophète et ils soutiennent que les quatre premiers cAlîfes usurpèrent sa place. Ils maintiennent que seuls les descendants directs de 'Alî et de sa femme, Fâtima, la fille du prophète sont d'authentiques imams, infaillibles en matière de religion. Le caractère le plus distinctif des duodécimains tient à ce qu'ils croient au retour de l'Imâm occulté (ghayb). Ils disent que, en 874, le dernier des douze Imâms, Imâm al-Mahdî disparut pour obéir à la volonté de Dieu. Ils pensent qu' al-Mahdî "le bien guidé" est un personnage messianique qui viendra sur terre pour délivrer l'homme du mal et instaurer la règne du bien à la fin des temps et restaurer la religion vraie.

 

Le Soufisme (Sûfisme)

La tradition mystique de l'Islam est connue sous le nom de soufisme (sûfisme), de sûf en arabe. Il s'agit d'un vêtement de laine blanche que portaient les premiers soufis (sûfîs) pour marquer leur détachement du monde.
Comme les mystiques d'autres religions, les soufis (sûfîs) recherchent l'union avec Dieu, un but qu'ils atteignent à travers la pauvreté, le renoncement au monde, l'abstinence et la méditation. On distingue deux temps forts dans l'histoire du soufisme (sûfisme). Premièrement celui de son développement initial qui s'étendit du VIIème au Xème siècle et secondement celui de son organisation en confréries formelles du XIème au XIIIème siècle.

Soufis (Sûfîs) en extase. Les soufis (sûfîs) recherchent l'état d'extase au cours duquel l'âme s'unit à Dieu.

Le mouvement prit naissance en réaction contre l'Islam officiel, celui des omeyyades, installé à Damas et plus préoccupés de conquêtes et de biens matériels que de vie religieuse. Le soufisme (sûfisme) se présentait comme un retour à la pureté primitive, à la vie intérieure des croyants et à une interprétation toute spirituelle et ésotérique du Coran (Qur'ân). Bien que fidèles à la loi de l'Islam, et respectant ses observances, les soufis (sûfîs) tenaient pour secondaires les manifestations publiques du culte et donnaient une priorité absolue à l'expérience personnelle de la présence divine, dont le monde créé et l'homme lui même ne sont que les émanations. Cette expérience devenait possible grâce à la méditation, réduite souvent à la technique du dikhr, répétition incessante du nom de Dieu, au cours de laquelle l'âme se souvient de son créateur et s'unit à lui.
Durant cette période le chef des soufis (sûfîs) fut Hasan al-Basrî(642-728). Bien qu'il n'ait pas fondé un ordre, ses disciples constituèrent une communauté de style monastique à Abadan près de Bassora en Irak. Le mouvement ascétique se transforma alors en une authentique théosophie dont l'un des premiers représentants fut al-Muhâsibî (781-837) apôtre du renoncement à soi qui vécut à Bagdad. Le concept d'union avec Dieu, quête suprême des soufis (sûfîs), suscita une vive hostilité chez les théologiens musulmans orthodoxes. C'est ainsi qu'en 922 le soufi (sûfî) persan al-Hallâj fut exécuté à Bagdad en raison de ses idées "hérétiques" il avait écrit: "Je suis devenu celui que j'aime et celui que j'aime est devenu moi. Nous sommes deux esprits confondus en un seul corps." Ces mots violaient le principe fondamental de l'Islam: "Il n'est de Dieu que Dieu".

La confrérie des Mawlawiyya ou derviches tourneurs a été fondée au XIVème siècle à Konya.

Pendant la seconde période du soufisme (sûfisme), plusieurs confréries virent le jour, dont les membres vivaient en communauté et menaient une existence monacale, observant des rituels stricts, des services collectifs. Ce fut l'époque des grands penseurs tel Abî Hamid al-Ghazzâlî (1058-1111) qui tenta de réconcilier le soufisme (sûfisme) et la théologie. Après une vie d'étude poussée en droit, philosophie et théologie et un rôle de théologien et de juriste de premier ordre, al-Gazzâlî, troublé par le matérialisme de ses collègues et une crise spirituelle, se sépara de ses biens et devint un saint homme. Selon lui, le chemin le plus sûr pour accéder à la connaissance spirituelle passait par l'expérience personnelle plutôt que par l'intellect. La grande préoccupation des soufis (sûfîs) de cette époque fut de découvrir le nature du vrai "moi". Cette tendance fut illustrée dans le Mathnawî œuvre du mystique persan Djalâl al-Din Rûmi (1207-1273). Le Mathnawî ou Coran (Qur'ân) de la littérature persanne offre un véritable trésor de doctrines mystiques exposées en six livres de poèmes lyriques dont le thème dominant est l'exploration des relations entre le moi et le Dieu unique. Il fonda également le confrérie des derviches tourneurs dont la danse sacrée prend la forme d'un tourbillon provoquant un état de transe propice à la communion avec le cosmos et le créateur transcendant. Une longue pratique a permis à certains d'expérimenter le fana ou extinction, c'est à dire la perte de toute appréhension de leur moi matériel.

La danse sacrée des derviches tourneurs crée un état de transe propice à la communion avec Dieu.

Jalâl al-dîn Rûmî est reconnu comme l'un des plus grands mystiques de tous les temps. Son œuvre immense exprima l'essence même du soufisme (sûfisme), qui atteint avec lui son apogée, mais tout entière consacrée à la nostalgie du divin, à la célébration d'un amour terrestre en apparence mais qui est en réalité une hypostase de l'amour divin. Elle en acquiert une portée vraiment universelle.

 

De AACAWEB