RAMAKRISHNA

 

Bhagavad Guita - Sixième chapitre

 

Le Seigneur béni dit :

            Celui qui accomplit l’oeuvre qui est son devoir sans rechercher les fruits de son oeuvre, celui-là est un sannyasin, un homme de renoncement et un yogui, mais non celui qui n’allume point le feu du culte et n’accomplit pas les rites.

Sache, ô Pandava, que ce qu’on appelle renoncement est en réalité yoga, car celui qui n’a pas renoncé au désir ne peut devenir un yogui.

Pour le sage qui veut parvenir au yoga, l’action est dite le moyen, pour celui qui est parvenu au yoga, la sérénité est dite le moyen.

En vérité, celui qui n’est plus attaché ni aux objets des sens ni aux actions, ayant renoncé à toute détermination, celui-là est établi en yoga.

Un homme doit s’élever par soi-même et non s’abaisser, car lui-même est son propre ami mais il peut être aussi son ennemi.

Celui qui a vaincu son moi inférieur, le corps, le mental, la raison, est son propre ami tandis qu’il est son ennemi s’il ne l’a pas vaincu.

Celui qui a la maîtrise de soi est calme.  Il demeure dans le Moi suprême que ce soit dans le froid ou le chaud, le plaisir ou la peine, l’honneur ou le déshonneur.

Le yogui qui est satisfait par la sagesse et la réalisation, qui est stable, qui a la maîtrise des sens, et pour qui une motte de terre, une pierre ou de l’or sont de même valeur, celui-là est un yogui bien établi.

Celui qui considère d’un même regard, les amis, les ennemis, ceux qui sont proches, les inconnus, ceux qui sont charitables, les méchants, les bons, les pécheurs, celui-là les dépasse tous dans le yoga.

Ce yogui doit se concentrer constamment dans un lieu solitaire, en ayant maîtrisé son corps et son mental, en étant délivré de tous désirs et de toutes idées de possession.

Dans un lieu pur, assis sur un siège stable, ni trop haut ni trop bas, recouvert successivement d’herbe kousha, d’une peau de daim et d’une étoffe, le mental et les sens contrôlés, il doit s’adonner au yoga avec concentration pour la purification de son esprit.

Tenant droits et immobiles, le corps, la tête et le cou, le regard fixé sur l’extrémité du nez, sans voir rien d’autre, apaisé et sans crainte, ferme dans le voeu de chasteté, le mental maîtrisé, la pensée dirigée sans cesse vers moi, qu’il demeure ainsi me prenant comme but suprême.

Ce yogui au mental soumis, toujours équilibré et uni au moi, atteindra la paix, le nirvana suprême qui réside en Moi.

Ô Arjouna, le yoga n’est pas pour celui qui mange trop ou trop peu, ni pour celui qui dort trop ou qui reste toujours éveillé.  Pour celui qui est modéré dans sa nourriture et ses mouvements, dans ses efforts et ses actions, dans son sommeil et son état de veille, le yoga détruit toute souffrance.

Quand son mental maîtrisé et libéré de tous les désirs se fixe tranquille en Atman, on dit de ce sage, celui-là est en yoga.

Semblable à la flamme d’une lampe abritée du vent qui ne vacille pas, tel est considéré le mental du yogui qui a            maîtrisé ses sens et est absorbé dans la concentration en Atman.

C’est l’état dans lequel, bien maîtrisé par la pratique du yoga, le mental atteint le calme et où, le yogui, voyant Atman par son mental, trouve la joie en Atman.

Ce en quoi est la joie suprême que la raison subtile peut saisir par délà les sens est l’état véritable d’où le yogui, une fois bien établi, ne retombe jamais.

Ayant atteint cet état, on ne pense pas qu’il puisse y avoir un gain supérieur.  Une fois bien établi dans cet état, on n’est plus ébranlé, même par le plus grand chagrin.

On doit savoir qu’on appelle yoga, le détachement du contact avec la douleur.  Ce yoga doit être pratiqué avec résolution, sans céder à aucun découragement.

On doit abandonner sans réserve tous les désirs nés de l’imagination, et en maîtrisant par le mental seul, la totalité des sens en toutes directions, on doit gagner peu à peu la tranquillité par la fermeté de l’intelligence.  Alors, le mental fixé sur Atman, il ne faut penser à rien d’autre.

Il faut, dans un mental agité et instable, réfréner tout ce qui le fait errer et l’amener à se soumettre à Atman seul.

La béatitude suprême est pour le yogui au mental calme et apaisé de toute passion, il est sans tache et absorbé en Brahman. 

Le yogui, libéré de l’impureté et dont le mental est constamment en yoga atteint aisément la béatitude infinie au contact de Brahman.

Celui dont le mental est établi en yoga, voit d’un regard égal, Atman dans tous les êtres et tous les êtres établis en Atman.  Je ne suis jamais perdu pour celui qui Me voit partout et voit tout en Moi, et lui non plus n’est jamais perdu pour Moi.

Le yogui établi dans l’unité M’adore, Moi qui suis présent dans tous les êtres, il vit en Moi quel que soit son mode de vie. 

Celui qui voit l’égalité partout, ainsi qu’en lui-même, que ce soit bonheur ou chagrin, on le dit un yogui parfait.

 

Arjouna dit :

            Ce yoga que tu m’as enseigné, caractérisé par son égalité, ô Madousoudhana, je ne lui vois pas de base stable, à cause de la nature agitée du mental.  Vraiment, ô Krishna, le mental est inconstant, turbulent, fort et rebelle, je le crois aussi difficile à contrôler que le vent.

 

Le Seigneur béni dit :

            Sans doute, ô Arjouna, guerrier aux bras  puissants, le mental est inconstant et difficile à réfréner, mais ô fils de Kounti, on peut le dompter par des efforts persévérants et par le détachement.

Le yoga de la concentration est difficile à atteindre pour celui qui n’a pas la maîtrise de son mental, c’est ma pensée, mais celui-là y parvient qui l’a et utilise les moyens approppriés.

 

Arjouna dit :

            Celui qui est plein de foi, mais n’a pas la maîtrise de son mental, qui erre loin du yoga de la concentration, quel est son destin n’ayant pas atteint la perfection, ô Krishna ?

Ne périt-il pas comme un nuage déchiré, ô guerrier aux bras puissants, égaré sur le sentier de la vie humaine ordinaire et de la vie éternelle, sans soutien, éloigné du sentier de Brahman ?

Mon doute, ô Krishna, daigne l’écarter complètement, nul autre que toi ne peut le dissiper.

 

Le Seigneur béni dit :

            Ô Partha, ni ici bas ni dans l’autre monde, il n’est de destruction pour lui.  En vérité celui qui fait le bien ne suivra jamais la voie du malheur. 

Ayant obtenu les mondes des vertueux et y étant demeuré très longtemps, celui qui est tombé du yoga renaîtra dans une maison pure et prospère ou bien il renaîtra dans une famille de sages yoguis, mais en vérité une telle naissance est très difficile à obtenir en ce monde.

Là, il retrouvera l’état de perfection de son intelligence acquis dans sa vie précédente et il s’efforcera de nouveau d’atteindre la perfection, ô joie des Kourous.  Il est poussé irrésistiblement par ses efforts antérieurs.

Même celui qui cherche seulement la connaissance du yoga est superieur à ceux qui pratiquent les rites védiques.

Mais le yogui qui s’efforce avec assiduité, se purifie, se perfectionne au cours de plusieurs naissances, et il parvient finalement au but suprême.

Le yogui est plus grand que l’ascète, plus grand que le sage, plus grand que l’homme d’action, devient donc un yogui, ô Arjouna.

De tous les yoguis, celui qui M’adore de tout son coeur et qui s’abandonne à Moi, plein de foi en Moi, c’est lui que je tiens comme le plus uni à Moi en yoga.

 

            Tel est dans les Oupanishads de la Bhagavad Guita, la science de Brahman, les écritures du yoga, le dialogue entre Shri Krishna et Arjouna, le sixième chapitre, intitulé le yoga de la concentration.