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Salomon et la reine de Saba

En Afrique noire, Chrétiens depuis deux millénaires
 
L'Éthiopie, une Église chrétienne et des traditions judaïques isolées en Afrique depuis presque deux millénaires

 

Les sources bibliques

La Bible, dans le Livre des Rois, recoupe de très anciennes traditions éthiopiennes. Salomon, le plus grand des Rois d'Israël, recevant la reine de Saba, aurait eu avec elle des relations plus que diplomatiques. Ainsi serait né Ménélik, père de la dynastie des Salomonides éthiopiens, qui fondèrent leur légitimité sur cette illustre ascendance. Se réclament aussi de celle-ci les Falachas, juifs noirs d'Ethiopie "rapatriés" dans l'actuel Etat d'Israël depuis quelques années.

Mais qui était cette reine de Saba ? Elle aurait régné vers 900 av. J.C. sur le Yémen actuel, séparé du reste de l'Arabie par un immense désert, le Rub-el-Kali. Son royaume était donc davantage tourné vers le Sud de la Mer Rouge et l'Ethiopie que vers les pays arabes.

Les Sabéens auraient ainsi dominé un temps le royaume d'Axoum, premier embryon de l'Ethiopie actuelle - mais les Ethiopiens prétendent l'inverse: Axoum aurait vassalisé Saba, ce qui est exact, mais pour une cinquantaine d'années seulement de leur histoire commune.

 

 

Axoum et Saba: une hypothèse très vraisemblable

L'hypothèse la plus probable demeure que des tribus sud arabiques auraient immigré au-delà de la Mer Rouge, et que de leur fédération serait né le royaume d'Axoum. Quoi qu'il en soit, les hommes, les dialectes et les écritures anciennes se ressemblent de part et d'autre du Sud de la Mer Rouge. Et la similitude des paysages rappelle qu'il y a très longtemps avant l'apparition de l'homme, l'Afrique fut arrachée de l'Asie par la dérive des continents: la Mer Rouge témoigne de cette déchirure.

L'Ethiopie est elle-même séparée de l'Afrique par les à-pic occidentaux de son plateau, alors que celui-ci descend plus progressivement, à l'Est, vers la Mer Rouge et, au Nord, vers le Nil. Africaine, par sa situation géographique, elle regarde donc plutôt vers l'Orient, l'Egypte et la Méditerranée. On peut légitimement penser qu'Axoum entretenait d'étroites relations avec ses voisins, les "pharaons noirs", dits "koushites", de Napata, qui dominèrent l'Egypte vers 600 av. J.C.

Rien ne l'atteste formellement, sinon que la Bible dénomme l'Ethiopie comme étant le pays de Koush. Et de leur côté, les sources égyptiennes attestent que Ramsès II (1300 - 1234 av. J.C.) aurait combattu les "Ethiopiens", et que des vaisseaux égyptiens commerçaient avec le débouché abyssin sur l'Océan Indien, la Somalie. S'agissait-il déjà des Sabéens, ou plutôt de populations antérieures "foncées", mais non négroïdes, classées aussi par les linguistes et les ethnologues comme "koushitiques" ?

 

Eglise 

Axoum, Alexandrie, Rome et Byzance

Il est certain, par contre, que les contacts, à la fois commerciaux et diplomatiques, furent constants avec l'Egypte hellénistique des Ptolémées, qui devint romaine sous Auguste et enfin byzantine après le partage de l'Empire Romain. Axoum fut ainsi impliquée dans les rivalités entre Rome et la Perse. L'Empereur romain d'Orient Justinien, en conflit avec un souverain arabe judaïsant demanda aussi à son collègue éthiopien d'intervenir en Arabie du Sud, pour protéger les Chrétiens, dont les églises étaient systématiquement pillées et démolies. Rome et Byzance, de leur côté, mirent l'Ethiopie en rapport avec la Syrie et l'Arménie; ce qui eut d'importantes conséquences religieuses.

Par ses débouchés sur la Mer Rouge et l'Océan Indien, l'Ethiopie commerçait aussi avec l'Iran, Bahrein, dans le Golfe Persique, et les Noirs de Kilwa, sur la côte de l'actuelle Tanzanie.

Avant sa période obscure, qui commença avec l'expansion de l'islam, et s'accentua durant une période féodale, l'Ethiopie était donc considérée comme une puissance mondiale. Aux limites du Monde connu en Occident, elle avait vocation à intervenir là où les souverains d'Egypte, de Rome et de Byzance devaient s'avouer impuissants et s'assurer son alliance pour pouvoir lutter contre de trop lointains ennemis.

Mais au Moyen Age, en Europe, ce pays mystérieux n'était plus connu que comme le royaume d'un puissant "prêtre Jean" (voir ci-dessous) , avec lequel il fallait chercher à s'allier pour prendre les Arabes à revers. Ce ne fut cependant pas avant le XVe siècle que moines franciscains et voyageurs italiens, suivis bientôt par les Portugais, purent renouer le contact.

 

Moines en prières matinales

Le Christianisme

L'introduction du christianisme ne se situe cependant pas dans le fil de cette histoire politique et diplomatique. Ce fut plutôt le fruit d'un hasard. Vers l'an 320, deux laïcs syriens, Edesius et Frumentius, venant probablement d'un des établissements gréco-romains du Nord de la Mer Rouge, firent naufrage sur les côtes éthiopiennes (le littoral de l'actuelle Erythrée) et conduits à la cour du souverain, qu'ils convertirent. Frumentius reçut en récompense l'ordination épiscopale de saint Athanase, patriarche d'Alexandrie, et devint le premier évêque du pays. Ses successeurs furent aussi, jusqu'à une époque récente, désignés par l'Eglise copte.

Vers 480, un groupe de moines syriens (les Neufs Saints) introduisit le monachisme et le monophysisme (qui affirme l'union du divin et de l'humain dans le Christ en une seule nature, alors que le concile de Chalcédoine distingue deux natures dans la même personne). Le sens et l'importance de ce genre de débat théologique nous échappent actuellement, mais il est, avec la querelle du "filioque" - la filiation éventuelle du Saint-Esprit par rapport aux deux autres personnes divines - à l'origine de la scission entre les patriarcats de Rome (la papauté) et de Byzance.

L'Eglise éthiopienne renforça ainsi ses liens avec Alexandrie et se rapprocha davantage des Coptes d'Egypte, de l'Eglise apostolique d'Arménie et de l'Eglise orthodoxe syrienne. Mais elle s'éloigna ainsi du courant principal du christianisme, tout en accroissant l'influence politique des moines locaux, devenus pratiquement les seuls juges de l'orthodoxie. Pour y faire contrepoids, mais surtout pour pouvoir mieux lutter contre un islamisme menaçant, l'Empire esquissa un rapprochement avec l'Eglise d'Occident à partir du XVe siècle, c'est-à-dire dès que le contact avec l'Europe fut rétabli.

 

L'Islam, rupture et rapprochements de l'Ethiopie avec l'Occident

La conquête de l'Arabie par les musulmans et l'invasion islamique de la vallée du Nil, en 640, avaient en effet coupé pour plusieurs siècles l'Eglise éthiopienne du reste de la chrétienté. Ne subsista que le fil ténu de la reconnaissance purement formelle de l'abouma (le chef religieux) et des évêques par le patriarche d'Alexandrie. Du VIIe au XIIIe siècle, pendant six ans ou sept cents ans, la théologie et les rites évoluent de façon complètement autonomes. On sait seulement qu'à plusieurs reprises, durant cette période dite "obscure", les souverains éthiopiens intervinrent pour protéger les Coptes d'Egypte des persécutions musulmanes. Dans le même dessein, ils se rapprochèrent de la chrétienté de Jérusalem et participèrent même à un concile (celui de Florence) de l'Eglise d'Occident.

On ne peut donc assimiler tout simplement le christianisme éthiopien à celui des Coptes. L'union avec Rome fut toutefois éphémère (1626-1632), surtout à cause des tendances trop dogmatiques et latinisantes des Jésuites, opposées à la tolérance des Franciscains, qui avaient beaucoup contribué au rapprochement entre les Eglises.

Mais le distanciement à l'égard d'Alexandrie ne cessa aussi de s'accroître. Y contribua l'annexion progressive et l'assimilation autour du noyau primitif axoumite de nombreuses populations périphériques. Même christianisées, elles ne l'étaient pas au point de partager la stricte orthodoxie aharamite, et beaucoup (30 % environ) demeurèrent musulmanes ou païennes. Une courte alliance avec les Portugais pour combattre l'expansion arabe au-delà de la Mer Rouge, et l'influence de religieux espagnols jouèrent aussi leur rôle.En 1959, un accord définitif consacra l' "autocéphalie" de l'Eglise éthiopienne avec à sa tête un patriarche "catholicos", indépendant et égal par rapport aux autres patriarches (principalement ceux de Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem), mise à part une "primauté d'honneur" à l'égard de celui d'Alexandrie. Mais le patriarche "catholicos" a d'autres soucis que protocolaires: il doit surtout se concilier avec le chef de son ordre monastique (etchéguié) qui règne sur dix-sept mille couvents et régente ainsi les croyances et les rites des plus ardents adeptes de l'orthodoxie monophysite.

  

Moine montrant un crucifix 

Le royaume du prêtre Jean

Nous sommes en 1165, l’évêque de Frisingen Bavière rencontre près de Rome, celui de Jabala en Syrie. Il lui raconte une histoire extraordinaire, une histoire qui va perdurer tous le moyen-âge. Un prêtre roi chrétien quelque part à l’Est de la Perse a remporté une grande bataille contre les armées Perses et Medes et s’est emparé de leur capital (aujourd’hui Hamada en Iran). Ce prêtre-roi s’est mis en route vers Jérusalem pour retrouver les croisés venus d’Europe, mais devant le Tigre, il a attendu vainement que celui-ci gèle et s’en est retourné dans son royaume.

A la même période des lettres arrivent à l’empereur Byzantin Manuel 1er, au Pape Alexandre III et à Frédéric Barberousse pour les inciter à la croisade (des versions hébraïque circulèrent faisant état des tribus perdus d’Israël).

Cette lettre décrit le royaume du Prêtre Jean comme un eldorado : abondance, prospérité, absence de corruption et de poison. La fontaine de jouvence y occupe une place essentielle.

 

« Si quelqu’un goutte de cette fontaine trois fois à jeun, il sera exempt de toute infirmité à partir de ce jour ; il restera pratiquement à l’âge de 32 ans aussi longtemps qu’il vivra. Dans mon royaume, ajoute le prêtre Jean, il y a des aigles (symbole d’immortalité) qui nous amènent fréquemment des pierres grâce auxquelles on peut rajeunir et récupérer la lumière ; sachez qu’en nos terres sont les licornes (symbole de pureté) qui ont en leur front une corne seulement, et il y en a de trois manières, des vertes, des noires et aussi des blanches. »

 Le pape répondit à cette lettre, dès ce moment, le royaume du prêtre Jean devint l’objet d’espoir des chrétiens d’occident. Les croisés ont espérés son arrivé providentielle en prenant les musulmans à revers. A cette époque, au XIIéme siècles on situe le royaume en Inde ou en Afrique orientale.

Ceux-ci n’ont aucune raison de ne pas y croire. Car les croisés savent très bien que des communautés chrétienne y ont pris naissances bien avant l’arrivée des musulmans et sont encore florissantes.

 

Célébration de la messe

 

Au IV s l’empereur Ezena d’Éthiopie se converti au christianisme puis au V s des moines venus d’Antioche assurent la conversion du peuple, qui maintient l’église d’Éthiopie sous tutelle du patriarcat copte d’Alexandrie (jusqu’en 1959).

Mais au VI s les perses Sassanides repoussent les limites de l’empire Éthiopien et coupe les échanges avec la bassin méditerranéen.

On sait aussi que des moines sont allés jusqu’en Chine au VII s ; notons aussi que l’apôtre Saint Thomas aurait prêché l’évangile aux Indes au I s et y serait mort martyrisé.

A la fin du XII s, on pense qu’il pourrait être le Khan des mongols, qui unifie toute l’Asie centrale et permet d’accueillir des voyageurs chrétiens.

Qu’ils soient missionnaires ou négociants, le pays du prêtre Jean est sans conteste l’un de leurs objectifs primordiaux. Marco Polo lors de son deuxième voyage fait état de la région de Tongut, pays de chrétiens en ces termes : « et de cette province en est un roi de la lignée du prêtre Jean, et encore est prêtre Jean, et sachez qu’il est prêtre chrétien comme la plus grande part de son peuple ».

On lui parle aussi d’une bataille dans laquelle Gengis Khan à tué son suzerain, le mongol chrétien Ugu Khan.

Mais, ne trouvant pas de roi chrétien avec un royaume opulent en Asie, ni en Inde, l’occident commence à se tourner vers l’Éthiopie, en partant du postulat que les mongols et les musulmans auraient repoussé les limites du royaume des trois Indes decritent dans la lettre vers cette zone encore inconnue.

Surtout que des moines Éthiopiens s’établissent à Jérusalem vers 1280, et que l’empereur copte d’Éthiopie s’illustre dans sa guerre contre l’Islam, ce qui contribue grandement à l’éclat de ce territoire en Europe.

 

Au XIVe s, le roi Jean est confondu avec l’empereur chrétien Negus d’Éthiopie. Henri du Portugal, prince navigateur, avait pour motif d’expédition vers les Indes de trouver le légendaire royaume et de ce faire un allié du puissant roi contre l’islam.

 

En 1514, le roi Manuel envoie officiellement une ambassade en Éthiopie. Après un voyage épique de sept ans, ils arrivent dans un royaume aux villages misérables, mais aux églises opulentes et ils rencontrent le roi Lebna Dengel Dawit qu’ils abrègent en David. Mais son palais n’est qu’une tente, et sa capitale un campement. Le retour des ambassadeurs à Lisbonne en 1527 provoque l’effondrement du mythe de la richesse et de la puissance de l’empereur d’Éthiopie. En effet, en 1523, l’Islam avec Grane va dévaster le royaume Éthiopien, anéantir sa culture matérielle et spirituelle . Même si les portugais se sont étonné de la magnificence des églises et des livres (comme la bible, des apocryphes traduits de Grecs en Guezes, Éthiopien classique).

 

Concernant les lettres du prêtre Jean, personne ne croit aujourd’hui qu’elles soient authentiques. L’auteur serait en fait un chanoine de Mayence, connaissant le proche Orient et les légendes d’Alexandre Le Grand.

Plutôt que de révéler l’existence d’un paradis lointain, le but de l’auteur de cette lettre, n’a-t-il pas été de donner une leçon de morale à l’Occident chrétien, et surtout à la sainte église romaine en décrivant ce que devrait être un royaume chrétien, appliquant réellement les préceptes bibliques.

Manifestement cela n’a pas été compris comme cela, en effet comment la société aurait pu réagir si le royaume du prêtre Jean était à la porté de tous les hommes épris de concept universel à toute l’humanité.

 

De "l'Union Royale Belge pour les pays d'Outre-Mer" et divers