Ramakrishna Ramakrishna Ramakrishna

 

Ramakrishna Paramahamsa

 

Et les religions

 

Et Kali

Kali

 

La Mère divine Se révèle pour la première fois

Le Maître nous raconta: “Mon cœur vivait alors une intolérable angoisse de ne pouvoir obtenir Sa vision.  Comme un homme tord une serviette de toutes ses forces pour en extraire l’eau, j’avais l’impression que quelqu’un martyrisait mon cœur et mon esprit.  Terriblement affligé à la pensée que je ne pourrais jamais La voir, je désespérais.  Dans la plus totale détresse, je me dis alors que vivre cette vie n’était d’aucune utilité.  Mon regard tomba fortuitement sur le sabre qui se trouve dans le temple de la Mère.  Je résolus mon esprit à mettre un terme à ma vie dans l’instant.  Comme un fou, je courus saisir le sabre, quand, tout d’un coup, j’eus une vision merveilleuse de la Mère, et je tombai inconscient.  Je ne sus plus alors ce qui se passait dans le monde extérieur, et ce, durant ce jour et le suivant.  Mais au fond de mon cœur ruisselait un courant d’intense félicité comme je n’en avais jamais connu auparavant, et je compris instantanément à voir la lumière que c’était ma Mère.”

Une autre fois, il nous dit: “Ce fut comme si les maisons, les portes, les temples et tout le reste disparaissaient d’un coup, comme s’il n’y avait plus rien nulle part!  Et ce que je vis était un océan de lumière infini et conscient!  De partout et à perte de vue, déferlait un intarissable flot éclatant de vagues déchaînées et très rapides.  Elles m’emportèrent aussitôt et je coulai dans l’abysse inconnu.  J’ai haleté, j’ai lutté et puis, suis tombé inconscient.”

On nous a rapporté que, revenu à la conscience ordinaire, il répéta plaintivement: “Mère”, et que surgit dans son esprit une nostalgie continue de cet océan de conscience; cette nostalgie était si douloureuse qu’il en tomba à terre de douleur.  Suppliant: “Accorde-moi ta grâce Mère, Révèle-Toi à moi.”, il pleurait tellement, que les gens s’attroupèrent autour de lui.  Il n’avait pas le moindre souci de ce qu’ils pouvaient bien penser.  Il nous dira: “Des gens se tenaient tout autour de moi, mais ils apparaissaient irréels, comme des ombres ou des personnages peints sur une toile, et pas le moindre sens de honte ou d’hésitation n’effleurait mon esprit.  Mais immédiatement après avoir perdu conscience suite à cette insupportable angoisse, je vis la forme de la Mère avec ses mains qui exaucent les vœux et libèrent de la peur*, cette forme qui, plus tard, me sourira, me parlera et me consolera, et qui m’instruira de tant de façons.”

* Avant-bras tendus en avant, une main, doigts vers le bas (exaucement), l’autre, doigts vers le haut (protection).

 

 

Et les Tantras

 Nonne hindoue

Il n'existe pas de photo de la Bhayravi Brahmani,

la nonne qui fut le gourou de Ramakrishna en disciplines tantriques

 

L’accomplissement des pratiques selon les soixante-quatre Tantras

Des crânes d’êtres morts, y compris ceux d’hommes, furent apportés.  Deux autels propices aux sadhanas tantriques furent construits, un sous l’arbre vilva situé à la limite nord du jardin du temple, et l’autre, sous le panchavati planté par le Maître*.  Et, assis sur l’un de ces ‘sièges-crânes’, selon la nécessité, le Maître passa son temps en méditation, japa, etc.

Habituellement, le pratiquant fait un seul autel au-dessus de cinq crânes enterrés et s’assied dessus pour la méditation, le japa, etc.  Mais le Maître nous parla des deux ‘sièges-crânes’.  Trois crânes humains furent ensevelis sous l’autel à l’ombre de l’arbre vilva et cinq crânes d’êtres d’espèces différentes furent enterrés sous celui du panchavati.  Peu après avoir atteint la perfection en ces pratiques, il jeta les crânes dans le Gange et cassa les deux autels.  Si deux sièges furent établis, c’est peut-être parce qu’ils étaient nécessaires, ou parce que près de l’arbre vilva, l’endroit était solitaire, convenant mieux à la pratique, ou parce que l’on ne pouvait pas faire de feu, quand bien même sacré, près de l’arbre vilva à cause de la relative proximité d’un établissement du Gouvernement.

Ni le disciple ni son guide ne virent passer les jours, et ce durant quelques mois.  Le Maître nous dit de cette période: “Durant la journée, la Brahmani allait en divers endroits, loin du temple, chercher multiples objets rares requis par les Tantras.  Les plaçant sous l’arbre vilva ou sous le panchavati la nuit tombée, elle me faisait venir, m’enseignait comment les utiliser, et m’aidait à accomplir le culte de la Mère divine selon les règles prescrites avec leur aide, me demandant pour finir de plonger en japa et en méditation.  J’agissais selon ses recommandations.  Je n’avais pratiquement pas de japa à faire, car, à peine avais-je égrené une fois mon chapelet, que je fondais en samadhi et obtenais les résultats spécifiques à ces rituels.  Il n’y avait donc point de limites à mes visions et expériences, toutes très extraordinaires.  La Brahmani me fit entreprendre, une par une, toutes les disciplines ordonnées dans les soixante-quatre principaux Tantras, toutes difficiles à accomplir, dont plusieurs en lesquelles s’égarèrent beaucoup de sadhakas.  Mais par la grâce de la Mère, je réussis.”

* Maintenant, écoute, Ô reine des devas**, sur la meilleure sadhana utilisant des crânes, par laquelle le sadhaka atteint le but suprême qui est la grande Déesse Elle-même.  Ô Toi au visage rayonnant, les ‘trois crânes’ sont ceux d’un homme, d’un buffle et d’un chat, ou ce sont trois crânes d’hommes uniquement; et, les têtes d’un chacal, d’un serpent, d’un chien, d’un taureau et, au milieu de celles-ci, la tête d’un homme, ou cinq crânes d’hommes, sont appelés, Ô Puissante, les ‘cinq crânes’ ...  Et par-dessus, un autel, un carré tissé, devraient être dressés.  Ou un autel, quatre carrés, Ô Déesse, devraient être dressés.  - Yoguini tantra, cinquième chapitre. -

** Deva: (Un) dieu.

 

 

Et le Vishnouisme

Krishna et Radha

 

Le Maître implore Radha

Selon les écritures saintes, seule Radharani a atteint les limites ultimes de l’amour transcendant sous tous ses aspects.  Nul n’est mentionné dans la multitude des saints chapitres, qui ne l’égale, elle, oublieuse des conforts physique et mental, abandonnant la honte, la haine, la peur, insouciante du qu’en-dira-t-on et capable de piétiner le prestige dû à la naissance ou à la respectable situation, à la seule fin de retrouver le bonheur de la compagnie de Krishna.  Par suite, soutiennent les Écritures, personne dans le monde ne pourrait avoir ne fût-ce qu’une expérience partielle de cet amour ni obtenir la vision de Krishna sans sa grâce, car Krishna, l’incarnation de l’Être-conscience-félicité est éternellement captif de l’amour de Radha qui exauce les fervents.

Ayant compris que la vision de Krishna était impossible sans la grâce de Radha, le Maître se consacra à la prier en vue d’obtenir son intercession.  Perdu dans le souvenir de la déesse, il lui soumettait sans discontinuer les émotions brûlantes de son cœur.  Il fut rapidement béni de la vision de sa sainte forme.  Il la vit aussi se fondre en son propre corps, comme l’avaient fait les autres divinités dont il eut la vision.  “Sera-t-il jamais possible”, disait le Maître, “de décrire la gloire et la douceur de l’incomparable, pure et resplendissante forme de Radha qui renonça entièrement à elle-même pour l’amour de Krishna?  La splendeur de son corps jaune brillant rappelait le pollen de la fleur nagakesara (mesua ferrea).”

Le Maître obtient la vision de Krishna

Quelque temps après avoir obtenu la vision de Radha, le Maître fut enfin gratifié de celle de Krishna.  Encore une fois, le céleste personnage de sa vision s’immergea en lui.  Le Maître nous raconta que durant cette période, il se perdait totalement dans la pensée de Krishna, ou parfois, il le voyait en lui-même, ou encore, dans tous les êtres.  Plus tard, quand nous le fréquentions, il cueillit un jour une fleur et vint nous la montrer le visage enchanté, nous disant: “Le Krishna que je voyais alors avait ce teint.”

 

 

Et le Védanta

'Une forme de Shivaïsme'

Moines hindous

Il n'existe pas de photo de Tota Pouri,

le moine qui fut le gourou de Ramakrishna en Vedanta

 

Les sept plans du Vedanta 

Le divin Seigneur, qui est Être, Conscience et Félicité, réside en sa propre nature dans l’espace ou l’éther de l’orifice du sommet de la tête.  Le pouvoir divin latent en chacun, la koundalini, est attiré par Lui, mais non éveillé, l’homme n’en a point conscience.  Lorsque cette énergie, pour ainsi dire enroulée sur elle-même au bas de la colonne vertébrale, comme un serpent au repos, est éveillée, elle monte le long des six chakras situés en deçà du suprême.  Ce chemin, canal spinal, est appelé soushoumna varta.  C’est via celui-ci que la koundalini, initialement séparée du Soi suprême, descend du cerveau et s’enroule en sa base; et c’est encore par lui qu’elle remonte passant successivement par les six centres, éveillée par la spiritualité.

C’est en de bien simples mots que le Maître nous expliqua ces vérités secrètes du yoga: “Voyez-vous, quelque chose monte glissant des pieds à la tête.  La conscience continue d’exister tant que ce pouvoir n’atteint pas la tête; mais aussitôt qu’il y parvient, toute conscience (du monde extérieur) est perdue.  Il n’y a plus ni vue ni audition, et encore moins parole.  Qui peut parler?  L’idée même de ‘je’ et de ‘tu’ disparaît.  Quand ce pouvoir monte, j’éprouve le désir de tout vous raconter, combien de visions j’expérimente, de quelle nature elles sont, etc…  Jusqu’à ce qu’il arrive ici (montrant son cœur) ou au plus ici (montrant sa gorge), parler est encore possible et je parle.  Mais dès qu’il va au-delà, un pouvoir comprime la bouche de force, c’est ainsi, et je perds toute conscience.  Je ne peux le contrôler.  Si j’essaie de décrire les types de visions que j’ai quand ce pouvoir va au-dessus de cet endroit (montrant sa gorge), et si je pense à ces visions dont je suis témoin, l’esprit se rue immédiatement plus haut et parler devient impossible.”

Un de nos amis nous raconta: “Le Maître dit un jour très solennellement: ‘Je vous dirai tout aujourd’hui et ne garderai rien secret.’  Il décrivit clairement les centres, et les expériences qui y correspondent, du cœur à la gorge, alors désignant le point entre les sourcils, il dit: ‘Le Soi suprême est connu directement et la personne expérimente le samadhi lorsque l’esprit s’est élevé ici.  Il ne reste alors qu’un écran ténu et transparent séparant le Soi suprême du soi individuel.  Le yogui expérimente alors…’, à cet instant, il s’absorba en samadhi.  Après quelque temps, en étant revenu, il essaya encore de décrire son état, mais aussitôt il retourna en samadhi.  Finalement, après plusieurs tentatives, le Maître nous dit en larmes: ‘Hélas, j’avais réellement envie de tout vous décrire, sans rien dissimuler, mais malgré tous mes efforts, la Mère ne m’a pas permis de parler, elle m’a verrouillé les lèvres.’

Encore, sur les expériences propres aux divers centres spirituels, il nous disait: “Le Vedanta parle de sept plans.  Les expériences en ces plans diffèrent les unes des autres.  Ordinairement, l’esprit monte et descend dans les trois centres inférieurs.  Son attention se fixe sur l’anus, le sexe et le nombril; manger, s’habiller, s’accoupler, etc.  Si, toutefois, il lui arrive de transcender ces trois plans, et d’atteindre le cœur, il a une vision de lumière.  Mais, bien que l’esprit s’élève parfois jusqu’au cœur, il redescend encore aux trois plans inférieurs.  Si l’esprit d’une personne monte jusqu’à la gorge, elle ne peut plus parler de sujets mondains, elle ne parlera que de Dieu.  Dans cette condition, j’avais l’impression d’être frappé à la tête avec un bâton lorsqu’on parlait de choses futiles.  Je courais au panchavati où je n’aurais pas à entendre de telles conversations.  Il me semblait que mes familiers étaient des ennemis essayant de me faire tomber dans un puits profond, et que si j’y tombais, je ne pourrais plus en sortir.  Je suffoquais, je croyais être sur le point de mourir.  Je n’avais de paix qu’après les avoir fuis.  L’esprit peut redescendre à l’anus, à l’organe génital ou au nombril, même après avoir atteint la gorge, il faut donc être vigilant.  Mais si l’esprit d’une personne atteint le point situé entre les sourcils, il n’a plus à avoir peur de chuter.  Il a alors une connaissance directe du Soi suprême et demeure continuellement en samadhi.  Seul demeure un écran, transparent comme le verre, séparant ce centre du lotus aux mille pétales**, le sahasrara, situé au sommet du cerveau.  Le Soi suprême est si proche alors qu’on semble être fondu en Lui, identifié à Lui.  Mais l’identification est encore à faire.  Si l’esprit revient de là, il ne redescendra plus sous la gorge ou le cœur.  Il ne peut plus aller plus bas.  Les jivakotis ne reviennent jamais de ce plan.  Après une expérience continue de vingt et un jours en samadhi, l’écran est percé et l’unité du petit soi avec Lui est accomplie.  Être complètement immergé dans le suprême Soi, dans le sahasrara, est ce qui est appelé, atteinte du septième plan.”   

 

* Mahavayou: Littéralement, grand souffle; vibration nerveuse due à la profonde concentration spirituelle.

** Les chakras sont décrits comme des lotus, distincts par le nombre de pétales, la couleur, etc.

 

 

Et le Bouddhisme

Le Bouddha

 

Ce que nous dit Ramakrishna du Bouddha, de sa foi et de la ville de Pouri

Le Maître considérait le Bouddha comme les Hindous en général le considèrent et, l’occasion se présentant, il lui offrait un culte sincèrement dévoué, avec le respect que l’on accorde à une incarnation de Dieu.  Il pensait même que le Bouddha continuait à se manifester dans les trois statues*, à Pouri, représentant Jagannath, Soubhadra et Balaram**.  Un temps, cette pensée effaça en lui tout sentiment de différence, en ce compris les multiples distinctions des castes***, et il lui prit le désir de se rendre dans la ville sainte.  Mais, il abandonna l’idée de ce pèlerinage quand il comprit qu’il n’en survivrait pas, pas même avec le concours de pouvoirs yoguiques, car Chaytanya mourut dans cette cité.  Ramakrishna craignait, en effet, un samadhi sans retour en certains lieux.

Nous connaissons la foi inaltérable du Maître en le pouvoir purificateur des eaux du Gange, en qui il voyait Brahman Lui-même sous forme liquide (Brahmavari).  Aussi fermement, il croyait que l’esprit d’un homme attaché aux objets du monde devenait immédiatement pur et pourrait trouver de l’intérêt aux choses spirituelles si celui-ci mangeait de la nourriture offerte à Jagannath.  Lorsque, contraint, il avait dû partager la compagnie de gens mondains durant un certain temps, il consommait, directement après, un peu d’eau du Gange et de mahaprasad****, du riz cuit offert à Jagannath dans la ville de Pouri.

Encore à propos du Bouddha, l’on nous rapporta ce qui suit.  Quand le poète et homme de théâtre Girish Chandra Ghosh, qui lui était totalement dévoué, fit jouer sa pièce intitulée ‘Bouddhacharita’, racontant le jeu divin du Bouddha, Ramakrishna alla la voir, et l’évoquant, il nous dit: “Il est certain que le Bouddha était une incarnation de Dieu.  Il n’y a pas de différence entre la foi qu’il a fondée et l’antique sentier vedique de la connaissance.”

* Le temple de Pouri fut jadis bouddhiste.  Il est dit que Shankara, durant l’âge d’or du Bouddhisme en Inde, alors qu’il ré-instaurait et uniformisait l’Hindouisme dans le sous-continent, aurait chassé les Bouddhistes de ce temple - qui auraient été des Bouddhistes tantriques ‘vajrayanas’ - et en aurait remplacé les statues des dites ‘trois perles’ bouddhistes***** par celles de Jagannath, Soubhadra et Balaram. 

** Respectivement, Krishna (Vishnou), sa sœur et son frère.

*** Les Bouddhistes récusent le système des castes; parmi les Hindous, seuls quelques groupes minoritaires, certains Vishnouites du Bengale et des Shivaïtes du Karnataka (appelés Lingayats ou encore Virashivaïtes) par exemple, l’ont banni.

**** Mahaprasad: Littéralement, grande (la meilleure) nourriture offerte; celle faite à Jagannath (Vishnou) dans la ville de Pouri.

***** Trois perles bouddhistes: La première perle est le Bouddha lui-même, la deuxième le dharma (la religion - par extension, le dieu) et la troisième le sangha (la communauté des fidèles).

 

 

Et l'Islam

Derviches tourneurs

Il n'existe pas de photo de Govinda Ray,

l'homme qui initia Ramakrishna au Soufisme

 

L’arrivée du Soufi Govinda Ray

Le Maître fut, comme nous l’avons vu, malade durant plusieurs mois, après être revenu du nirvikalpa-samadhi.  Un certain Govinda Ray, en quête de la Vérité, fit son apparition aux cours de cette période.  Hriday nous dit que c’était un Kshatriya*, donc un Hindou de naissance.  Il est possible qu’il eût reçu quelque enseignement perse ou arabe.  Ayant étudié les différentes confessions religieuses et fréquenté leurs communautés, il choisit pour son développement spirituel la doctrine de l’Islam et y fut formellement initié.  Govinda, dans sa recherche de Dieu, embrassa la foi de l’Islam mais nous ne savons pas dire jusqu’à quel point il en adopta les us et coutumes sociaux.  Mais il nous fut rapporté que dès lors qu’il fut initié, il s’engagea ardemment dans l’étude du Coran et les pratiques religieuses qui y sont prescrites.  Govinda était un fervent amoureux de Dieu.  Le culte de Dieu pratiqué par les Soufis semblait avoir captivé son esprit.  Quand il arriva, il s’adonnait alors totalement à la pratique religieuse des Derviches.

Pour une raison ou l’autre donc, Govinda Ray arriva au temple de Kali de Dakshineshwar, où il s’installa à l’ombre douce du panchavati qu’il pensait être un endroit propice aux disciplines religieuses.  Tant les fakirs musulmans que les sadhous hindous, qui avaient renoncé au monde, étaient les bienvenus au temple construit par Rani Rasmani, et l’hospitalité leur était également accordée.  Demeurant là, Govinda n’avait pas à aller mendier sa nourriture, il pouvait consacrer ses journées à méditer et à ne s’occuper que d’Allah

* Kshatriya: De la caste des guerriers, deuxième des quatre.

Le Maître décide d’emprunter la voie de Govinda Ray

Ramakrishna se trouva très vite intéressé par Govinda.  Après quelques conversations avec le nouveau venu, sa sincère dévotion et son amour pour Dieu le séduisirent.  C’est ainsi que l’esprit du Maître fut attiré par la foi islamique.  “Ceci aussi”, pensa-t-il, “est un chemin qui conduit à la réalisation de Dieu.  La Mère joueuse, la source du jeu divin infini, a béni beaucoup de gens en leur permettant d’atteindre ses pieds de lotus par ce sentier.  Il faut que je voie comment, par celui-ci, Elle fait obtenir le but désiré à ceux qui prennent refuge en Elle.  Je serai initié par Govinda et m’engagerai dans la pratique de ce mode spirituel.”

La pensée fut immédiatement suivie d’actions.  Le Maître, ayant fait part de son souhait à Govinda, fut initié, et entama à nouveau, selon les préceptes de l’Islam cette fois, une discipline spirituelle.  Le Maître dit: “Je répétais alors pieusement le saint mot ‘Allah’, portais les vêtements que portent les Musulmans, disais le Namaz trois fois par jour et me sentais désintéressé, ne fût-ce que de voir les divinités hindoues, encore plus de les saluer, étant donné que le système de pensée hindou s’était tout à fait soustrait de mon esprit.  Je passai trois jours dans cette ambiance et connus la pleine réalisation du résultat des pratiques de cette foi.”  Au temps de sa pratique de l’Islam, Ramakrishna obtint d’abord la vision d’un éclatant et impressionnant personnage à la barbe longue; ensuite, il eut la connaissance de l’omniprésent Brahman avec attributs (ou qualités et pouvoirs), et se fondit pour finir dans l’Absolu, Brahman sans attributs.

Durant cette période, nous racontera Hriday, le Maître voulait absolument manger de la nourriture préparée à la façon mahométane locale.  C’est sous la pression de Mathour qu’il se réfréna.  Mais connaissant bien le Maître et sachant qu’il ne serait jamais quitte de ce désir sans l’avoir au moins partiellement satisfait, Mathour Babou fit cuisiner des mets à la manière musulmane.  Ramakrishna n’entra pas même une seule fois dans la cour du temple de Kali lors de sa pratique soufie, il demeura dans la maison cossue de son bienveillant protecteur Mathour, située aux environs.

Cet épisode, osons-nous espérer, contribuera à favoriser une meilleure compréhension mutuelle des deux principales communautés de l’Inde, car, en dit Ramakrishna: “Il y a une montagne de différences entre elles.  Leurs pensées et fois, actions et comportements sont restés, d’une communauté pour l’autre, complètement inintelligibles malgré leur vécu commun de si longue durée.”

 

 

Et le Christ

Le Christ

Vision de Jésus-Christ

Dans l’année qui suivit, Shri Ramakrishna fit la connaissance de Sambhou Chandra Mallick, qui lui lut la Bible.  Il en vint ainsi à apprendre la vie, la foi et l’enseignement du Christ.

Un autre monsieur Mallick, prénommé Jadounath, possédait une résidence au sud du temple de Kali, et le Maître avait l’habitude de se promener dans son jardin tout proche.  Jadounath et sa mère éprouvaient une grande dévotion pour le Maître, et ce depuis le début de leur relation.  Quand bien même les propriétaires étaient-ils absents, les employés de la maison, laissaient entrer le Maître, l’invitant à s’asseoir et à se reposer.  Plusieurs tableaux garnissaient les murs chez les Mallick, dont un de l’enfant Jésus assis sur les genoux de sa mère.  Alors qu’il regardait attentivement le tableau, pensant à la destinée extraordinaire du Christ, le Maître perçut l’image prendre vie.  Des rayons lumineux jaillirent des corps de Marie et de Jésus, enveloppant totalement son cœur.  Tous ses concepts hindous disparaissant de son esprit, et en voyant d’autres sortes le remplir, Ramakrishna pria vivement la Mère: “Quels étranges changements opères-Tu en moi, Mère?”  Cela n’y changea rien.  S’élevant avec force, les vagues de ces impressions le submergèrent complètement.  Sa dévotion et son amour pour les dieux et déesses hindous disparurent, et à leurs places, une grande foi et une véritable révérence pour Jésus et sa religion comblèrent son esprit.  Il eut une vision de prêtres chrétiens offrant devant l’image de Jésus des lumières et de l’encens, et il lui fut révélé la profondeur de leur foi, tout comme leur amour du Seigneur.  Le Maître s’en retourna complètement absorbé en ces pensées.  Il en oublia le temple ainsi que ses dévotions à la Mère.  Il demeura dans cet état durant trois jours.  À la fin du troisième jour, le Maître vit, alors qu’il se promenait sous le panchavati, un homme d’allure agréable se diriger vers lui, le regardant avec insistance.  Aussitôt qu’il l’aperçut, Ramakrishna sut qu’il était étranger.  Ses grands yeux éclairaient son visage, et le bout de son nez légèrement aplati n’enlevait rien à sa grâce.  Le Maître tomba sous le charme de l’extraordinaire expression de ce visage et il se demanda qui il voyait?  Très vite, la personne s’approcha, quand du fond du cœur de Ramakrishna résonnèrent ces mots: “Jésus!  Jésus le Christ, le grand yogui, le fils aimant de Dieu, Un avec le Père, qui versa le sang de son cœur et endura une torture insoutenable pour délivrer les hommes de la tristesse et de la misère!”  Jésus, alors, étreignit Ramakrishna et se fondit en lui.  Le Maître connut alors un samadhi et perdit conscience du monde extérieur.  Ayant obtenu cette vision, Ramakrishna n’eut plus le moindre doute quant à la divinité du Christ.

Un jour, bien longtemps après cet événement, alors que nous rendions visite au Maître, il parla de Jésus et demanda: “Dites, les garçons, vous avez lu la Bible, pouvez-vous me dire ce qu’il y est écrit à propos des traits physiques de Jésus?  À quoi ressemblait-il?”  Nous répondîmes: “Monsieur, nous n’avons rien vu de mentionné dans la Bible sur ce point; mais comme il naquit juif, il devait sûrement avoir de beaux traits, de longs yeux et, sans doute, un nez aquilin.”  Le Maître affirma: “Mais, j’ai vu que le bout de son nez était un peu plat.”, et avoua: “Je ne sais pas pourquoi je l’ai vu ainsi.”  Bien que demeurant silencieux, nous pensâmes: “Comment la forme de Jésus qu’il a vue en extase pourrait correspondre à sa véritable forme?  Comme tous les Juifs, il devait avoir le nez aquilin!”  Longtemps après la mort du Maître, nous en vînmes à apprendre cependant, qu’il existait trois descriptions de l’aspect physique du Christ, et selon l’une d’elles, le bout de son nez était plat.

De la 'Biographie de Ramakrishna'