Dieu
est un mot hérité du latin Deus, lui même issu d'une racine
indo-européenne Dyeus Pitar, « Père Ciel brillant ».
Suivant les points de
vues, le terme Dieu peut avoir différentes significations. C'est ainsi que :
-
pour les religions
monothéistes, les trois religions dites du Livre, le terme Dieu
désigne un être supérieur immatériel et doué de la perfection absolue.
-
pour les religions
polythéistes, il n'existe pas un dieu mais plusieurs qu'ils vénèrent, dont
les rôles dans l'univers sont variables selon les croyances.
-
en philosophie, dans
une perspective croyante, Dieu est l'Être par excellence ; on parle aussi en
métaphysique de cause première. Il reçoit traditionnellement les attributs
suivants : pour l'existence : infinité, immuabilité et perfection ; pour la
volonté et l'entendement : toute-puissance, omniscience, sagesse, justice et
bonté.
-
pour les agnostiques,
il n'est pas possible de se positionner sur la question de l'existence de
Dieu, ce pourquoi ils demeurent dans le doute.
-
pour les athées,
l'existence des dieux ou de Dieu relève d'une invention
humaine à but social sans fondement réel.
Définitions
Les deux premières
conceptions énoncées ci-dessous sont d'auteurs modernes de confession religieuse
différentes mais relevant du monothéisme. On notera leurs convergences. Une
troisième conception, fondée sur la phénoménologie nous en propose une approche
moins intellectualiste et plus proche de la simplicité des évangiles.
Définition de John Hick
John Hick, God Has Many
Names, Birmingham University Press, 1988, p. 102
Au premier cercle,
nous rencontrons un problème de terminologie auquel aucune solution
satisfaisante ne peut être proposée. Comment devons-nous nommer cette
réalité transcendante à laquelle nous supposons que la religion constitue la
réponse humaine ? On peut pencher initialement pour le rejet de « Dieu »,
parce que trop théiste - si l'on retient que l'éventail des religions inclut
les plus grandes traditions non-théistes comme les théistes - et considérer
des alternatives telles que « Le Transcendant », « Le Divin », « Le
Dharma », « l'Absolu », « Le Tao », « L'Être en soi-même », « Brahman »,
« L'ultime réalité divine ». Le fait est que nous ne disposons pas d'un
terme parfaitement libre vis à vis d'une quelconque tradition ou susceptible
de les transcender. C'est pourquoi on en vient à utiliser le terme fourni
par l'une de ces traditions, toutefois l'utilisant (ou ayant conscience de
mal l'utiliser) d'une façon qui force ses frontières. Comme chrétien, je
serais assez d'accord pour utiliser « Dieu » mais je ne l'utiliserais pas
dans son sens absolument théiste. C'est donc un danger pour l'auteur comme
pour le lecteur de passer sans l'avoir remarqué et de régresser au sens
strict et standard de ce terme ; tous deux doivent demeurer vigilants contre
cela. Je parlerai donc de Dieu dans ce qui suit, avec cette restriction
importante que c'est une question ouverte de savoir à ce moment du propos,
si Dieu est personnel. Nous serons conduits, je le présume, à distinguer
Dieu de « Dieu comme il est conçu et perçu par les hommes ». Dieu n'est ni
une personne ni un objet mais la réalité transcendante telle qu'elle est
conçue et expérimentée par diverses mentalités humaines, notamment soit de
façon personnelle, soit de façon non-personnelle.
La conception générale de cette distinction, d'une part, la Déité dans toute
sa profondeur infinie, au-delà de la conscience et de l'expérience humaine
et d'autre part, la Déité comme une expérience finie dans l'expérience
humaine, est ancienne et très répandue. Peut-être la forme la plus explicite
de cette distinction est celle entre Nirguna Brahman, Brahman sans
attributs, au-delà du champ de langage humain et Saguna Brahman, avec des
attributs, connus dans l'expérience religieuse humaine comme Ishvara, le
créateur personnel et prince de l'univers. Chez le mystique occidental
Maître Eckhart est distinguée la Déité (Deitas) et Dieu (Deus) ; et Rudolf
Otto, dans son étude « Eckhart et Shankara » dit : « Ici même se rencontre
la plus extraordinaire analogie entre Eckhart et Shankara : loin au-dessus
de Dieu et du Seigneur personnel se trouve la Déité, entretenant une
relation identique à celle que tient Brahman envers Ishvara ». Les Écritures
Taoïstes, Tao Te King, commencent par affirmer que « Le Tao qu'on peut
exprimer n'est pas le Tao éternel ». Les mystiques de la Kabbale juive
distinguent entre En Soph, l'absolue divine réalité, au-delà de toute
description humaine et le Dieu de la Bible ; chez les Soufis, Al Hacq, le
Réel semble être un concept similaire, comme l'abyssale Déité soutenant la
personnalité d'Allah. Plus récemment, Paul Tillich a parlé du « Dieu au-delà
du Dieu du théisme » et dit que « Dieu est le symbole de Dieu ». Whitehead
et les théologiens du Process qui l'ont suivi distinguent entre la nature
primordiale et la nature conséquente de Dieu, la première étant la nature de
Dieu soi-même, l'autre étant constituée de son inclusion dans le monde et la
réponse du monde.
Définition de Marc-Alain
Ouaknin
Marc-Alain Ouaknin,
Dieu et l'art de pêcher à la ligne, Bayard, 2002, p. 12
« Dieu en cent pages.
Voilà, j'ai accepté le défi. Mon premier mouvement est d'offrir à l'éditeur
cent pages vides. Non par jeu mais par respect. La seule chose qu'on puisse
vraiment dire sur Dieu, c'est rien. Ne rien dire ! Théologie négative
radicale.
Ne rien dire mais le dire bien !
Je renonce à cette possibilité. Non parce que cela aurait pu être interprété
comme une facilité, mais parce que l'idée n'est pas originale. Je retrouve
un livre sur les rayons de ma bibliothèque : « tout ce que les hommes savent
sur les femmes». 200 pages blanches !
Lucide ! »
Définition de Michel
Henry
Le philosophe Michel Henry
définit Dieu d’un point de vue phénoménologique, dans son livre C'est moi la
Vérité, pour une philosophie du christianisme, Editions du Seuil, 1996, p.
40 :
« Dieu est Vie, il est
l’essence de la Vie, ou, si l’on préfère, l’essence de la vie est Dieu.
Disant cela nous savons déjà ce qu’est Dieu, nous ne le savons pas par
l’effet d’un savoir ou d’une connaissance quelconque, nous ne le savons pas
par la pensée, sur le fond de la vérité du monde ; nous le savons et ne
pouvons le savoir que dans et par la Vie elle-même. Nous ne pouvons le
savoir qu’en Dieu. »
La Vie dont il est
question ici n’est pas la vie au sens biologique du terme définie par des
propriétés objectives et extérieures, ni un concept philosophique abstrait et
vide, mais la vie phénoménologique absolue, une vie radicalement immanente qui
porte en elle le pouvoir de se manifester en elle-même sans distance, une vie
qui se révèle elle-même à chaque instant. Une manifestation de soi et une
auto-révélation qui ne consiste pas dans le fait de voir hors de soi ou de
percevoir le monde extérieur, mais dans le fait de sentir et de se sentir
soi-même, d’éprouver en soi sa propre réalité intérieure et affective.
Comme le dit également
Michel Henry dans ce même livre, « Dieu est cette Révélation pure qui ne révèle
rien d’autre que soi, Dieu se révèle. La Révélation de Dieu est son
auto-révélation ». Dieu est en lui-même révélation, il est la Révélation
primordiale qui arrache toute chose au néant, une révélation qui est l’auto-révélation
pathétique et l’auto-jouissance absolue de la Vie. Comme dit Jean, Dieu est
amour, parce que la Vie s’aime elle-même d’un amour infini et éternel.
Michel Henry oppose à la
notion de création, qui est la création du monde, la notion de
génération de la Vie. La création du monde consiste dans l’ouverture de cet
horizon d’extériorité où toute chose devient visible. Alors que la Vie ne cesse
de s’engendrer elle-même et d’engendrer tous les vivants dans son immanence
radicale, dans son intériorité phénoménologique absolue qui est sans écart ni
distance.
Puisque nous sommes
vivants et donc engendrés à chaque instant par la Vie infinie de Dieu, puisqu’il
ne cesse de nous donner la vie, et puisque nous ne cessons de naître dans le
présent éternel de la vie par l’action en nous de cette Vie absolue, Dieu est
aux yeux du christianisme notre Père et nous sommes ses Fils bien aimés, les
Fils du Dieu vivant. Ce qui ne veut pas dire qu’il nous a créé au moment de
notre conception ou au commencement du monde, mais qu’il ne cesse de nous
générer en permanence dans la Vie, qu’il est toujours à l’œuvre en nous jusque
dans la moindre de nos impressions subjectives.
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