Ramakrishna Ramakrishna Ramakrishna

 

Sarada Devi

 

Le culte de Shodasi

 

Ou comment Ramakrishna rendit un culte à Dieu

en l'image de son épouse, Sarada Devi

Photo composée

 

Ramakrishna savait maintenant que son esprit avait vaincu tous les désirs.  Il se souvenait des paroles de Tota Pouri selon lesquelles un connaisseur de Brahman fermement établi par la sadhana ne voyait plus que Brahman en tous et en toutes choses.

Vers cette époque un désir étonnant s’éleva dans son esprit, et il décida bien sûr de le réaliser.  Voici ce que la sainte Mère et le Maître nous en rapportèrent.

Fin mai 1873, le jour de la nouvelle Lune du mois de jyayshtha (mai-juin), fut célébrée la fête de Phalaharini* Kali.  C’était un jour de festivités spéciales au temple de Dakshineshwar.  Le Maître avait fait préparer tout le nécessaire en vue d’accomplir lui-même le culte de Shodasi**, en cette occasion.  Toutefois, il ne fit pas apprêter la cérémonie dans le temple mais bien dans sa propre chambre.  Un siège en bois peint d’alimpanas***, pour asseoir la déesse durant le culte, fut placé à la droite de celui de l’officiant.  Le Soleil s’était couché.  La nouvelle Lune voilée dans la profonde obscurité de la nuit, rafraîchissante, se devinait au firmament.  Hriday devait, lui, célébrer la cérémonie dans le temple mais il avait, auparavant, aidé aux préparatifs de celle de son oncle.  Dinou, le premier prêtre officiant dans le temple, ayant terminé le culte de Radha et de Govinda, vint aussi aider Ramakrishna.  Il était déjà neuf heures du soir quand tout fut enfin prêt.  Ramakrishna avait fait envoyer un mot à Sarada lui demandant d’être présente lors de la célébration.

Les objets du culte furent purifiés par les mantras et tous les rites préliminaires étaient terminés.  Ramakrishna fit alors signe à la sainte Mère, l’invitant à s’asseoir sur le siège de la déesse.  Alors qu’elle avait assisté au début de la cérémonie, Sarada se trouvait en un certain état de grâce.  Enchantée par les mantras, elle s’assit face au nord, à la droite du Maître, assis, lui, face à l’est.  Comme prescrit par les Écritures, le célébrant aspergea la célébrée d’eau purifiée par les mantras.  Il prononça alors le mantra convenant et récita la prière: “Ô Dame, ô Mère Tripourasoundari****, qui es la contrôleuse des pouvoirs, ouvre la porte de la perfection.  Purifie son corps et son esprit (de la sainte Mère), manifeste-Toi Toi-même en elle et sois propice.”

Ensuite, Ramakrishna accomplit les nyasas sur la personne de Sarada Devi suivant les injonctions des Écritures, et lui rendit le culte avec les seize objets nécessaires, comme il est fait pour la Déesse Elle-même.  Il offrit la nourriture et, de sa main, lui en posa dans la bouche.  La sainte Mère se perdit alors en samadhi, et le Maître, qui s’était efforcé de réaliser le rituel tel qu’il est édicté avec force détails, ne tarda pas à l’y rejoindre.

Un long moment s’écoula.  Le deuxième quart de la nuit était dépassé depuis longtemps.  Le Maître manifesta quelques signes de retour à la conscience extérieure.  Il s’offrit alors lui-même à la Déesse.  Il abandonna ensuite à ses pieds de lotus tout ce qu’il avait, le produit de ses disciplines, son rosaire ..., son soi, et La salua en disant: “Ô Toi, qui es la faveur de toutes les choses favorables, ô origine de toutes les actions, ô refuge, ô Toi aux trois yeux, ô Toi splendide épouse de Shiva, ô Narayani, je me prosterne devant Toi, je me prosterne devant Toi.”  La cérémonie touchait à sa fin.  Le Maître termina par le culte offert à la ‘Souveraine de l’univers’, l’omnisciente Mère divine, dans le corps d’une femme.

* Phalaharini: Littéralement, qui enlève les fruits, un aspect de Dourga-Kali; philosophiquement, Celle qui détruit les fruits des actes antérieurs.

** Shodasi: Forme de Dourga-Kali caractérisée par sa grande beauté.

*** Alimpana: Dessin ornemental de pâte de riz liquide fait sur un mur, le sol ou du bois.

**** Tripourasoundari: Autre nom de Shodasi.

De la 'Biographie de Ramakrishna'