Ramakrishna Ramakrishna Ramakrishna

 

 La connaissance qui englobe tout

 

Atmâ Sakshatkara

 Traduit par Ramana Mahirishi.

 

1.       (et 2) Je te dirai, ô Guha (autre nom de Kartikeya, le fils de Shiva), une autre méthode au moyen de laquelle même l’Absolu inconditionné, intangible, subtil et immanent, peut être réalisé d’une façon parfaite, ce par quoi les sages deviennent eux-mêmes Shiva.  Jusqu’ici cela n’a pas été exposé à quiconque.  Maintenant écoute !

 

3.       Cette méthode a été transmise par une lignée de Gurus, mais on ne la trouve pas encore expliquée dans les différents recueils doctrinaux.  Son propos est de nous sauver des liens du samsâra (monde des naissances et des morts).  Elle est transcendante et s’applique à tous.

 

4.       (et 5) « Je suis Celui qui est immanent en tous, l’esprit de tous, que l’on trouve partout, qui est de la nature des principes fondamentaux (tattwas), incompréhensible, régissant tout, au-delà des principes fondamentaux, au-delà de la parole et du mental, et sans nom ».  Telle devrait être l’adoration tout en gardant le mental parfaitement serein.

 

6.       (et 7) Ce qui est inconditionné, Connaissance absolue, éternel, durable, infini, indescriptible, qui n’est pas l’effet d’une cause antérieure, sans pareil et sans forme, impérissable, calme, transcendant les sens, non-manifesté et cependant vérifié sans nul doute, Cela est Moi-même.

8.       Je suis certainement le Dieu suprême dont l’être même constitue tous les mantras (prières d’invocation) et qui les transcende et s’étend au-delà de la création et de la destruction.

 

9.       Je pénètre tout ceci – le visible et l’invisible, le mobile et l’immobile -, Je suis sûrement le Seigneur de tous et tous irradient de Moi.

 

10.   Cet univers, comprenant les mondes et divisé en plusieurs formes, de la Shakti (Énergie cosmique) jusqu’à la Terre, est tout en Moi.

 

11.   Tout ce qui est vu ou entendu dans l’univers tant à l’intérieur qu’à l’extérieur est pénétré par moi.

 

12.   Celui qui pratique un culte, pensant qu’il est un Soi séparé de Shiva le Suprême, agit par ignorance et ne peut devenir lui-même Shiva.

 

13.   Abandonnant ton entité séparée en tant que distincte de Shiva, médite constamment sur l’identité non-duelle : « Je suis Celui qui est connu en tant que Shiva. »

 

14.   Celui qui est établi dans la contemplation de l’identité non-duelle se fixera dans le Soi de tous et réalisera l’Unique immanent, tout-pénétrant.  Nul doute à ce sujet.

 

15.   Il a la sagesse parfaite celui qui est yogui, fermement établi dans la non-dualité, et affranchi des pensées.

 

16.   Le Soi qui dans les Écritures est décrit comme le Seigneur non-né, sans formes ni qualités, est mon Soi.  Nul doute à ce sujet.

 

17.   Celui qui n’est pas éveillé au Soi, est assujetti à la création, la préservation et la destruction, tandis que celui qui est toujours en éveil est Shiva, éternel et pur.  Nul doute à ce sujet.

 

18.   En distinguant soigneusement le transcendant du contingent, le subtil du grossier, le Soi doit toujours être scruté et réalisé par les vigilants.

 

19.   Le transcendant est le Suprême, et il est aussi le Nirvâna, tandis que le contingent est sujet aux conditions du créé.  Les mantras représentent le côté grossier tandis que la méditation représente le côté subtil.

 

20.    (et 21) Ô Shadanana (Dieu aux six visages, Kartikekeya) !  Pourquoi s’exprimer en tant de mots ?  La non-multiplicité de la forme existe uniquement dans le Soi ; les formes sont manifestées par le mental confus ; elles sont objectivement créées en simultanéité avec les pensées qui les conçoivent.

 

22.   La Connaissance du Soi t’a donc été brièvement énoncée.  Par sa connaissance on réalise que toute chose est Atman (le Soi, l’âme) uniquement.

 

23.   Il n’y a pas de place pour les dieux, les Védas, les sacrifices ou les offrandes dans cet exposé.  Établis-toi dans la réalisation du Soi qui est pur et tout-embrassant.

 

24.   Pour ceux qui sont submergés dans l’océan de la destinée et qui désirent la protection, il n’y a pas de refuge autre part que dans la Connaissance du soi.

 

25.   Celui qui s’établit en tant que le Soi et qui en est pleinement conscient est délivré sans aucun effort de sa part, même s’il lui advient d’être engagé dans l’action.

 

26.   Il n’y a pas d’accomplissement supérieur au Soi.  Réalise ce Soi qui est au-delà de l’égo.

 

27.   Il n’est ni prâna ni aprâna (souffles), ni quelque organe ou quelque sens.  Médite sur le Soi qui est éternel, parfait et pleinement sage.

 

28.   Ne concentre pas le mental au-dedans ou au-dehors, ni près ni loin, mais sur la pure Transcendance.

 

29.   Réalise le Soi comme étant toujours ni au-dessus ni au-dessous, ni d’un côté ni d’un autre, ni à l’extérieur ni à l’intérieur, mais comme étant éternel et resplendissant au-delà du vide sublime.

 

30.   Réalise le Soi comme pénétrant et subsistant dans le vide et le non-vide, comme différent à la fois du vide et du non-vide, non pas comme intermédiaire entre eux, non pas comme partiellement vide et partiellement non-vide.

 

31.   Réalise que le Soi est pur, sans support, au-delà de la caste, de la croyance, du nom ou de la forme, inaltérable et inconditionné.

 

32.   Réalise que le Soi est sans demeure, sans support, incommensurable, sans égal, intrinsèquement pur et éternel.

 

33.   Renonçant à toutes les activités, sans désir et non-attaché de quelque manière, demeurant dans le Soi, il faut méditer sur le Soi, avec le Soi et dans le Soi.

 

34.   Que l’homme sage médite sur le Soi après s’être dépouillé des idées de lieu, de caste, de croyance et des devoirs qui s’y rattachent.

35.   « Ceci est le mantra à répéter ! » « Ceci est le dêvatâ (divinité) à adorer ! » « Ceci est la méditation ! » « Ceci est la pénitence ! » - Extirper toutes ces pensées et chercher le Soi.

36.   Rendant la méditation abstraite et sans support sensible et fixant le mental sur le Soi, demeure inagité par les pensées.

37.   Cela n’est pas quelque chose à quoi l’on puisse penser, ni quelque chose à quoi l’on ne puisse pas penser ; C’est à la fois pensée et non-pensée.  Réalise le Soi qui n’est pas conditionné de quelque manière.

38.    (et 39) Sans permettre au mental de s’accrocher à quoi que ce soit, applique-toi toujours à ce qui transcende la pensée.  Ce bonheur trouvé dans l’état de vide et de pureté est également inhérent au Soi, non-distrait, inimaginable, il n’est pas le résultat de quelque cause antérieure ; il est aussi incomparable.  Il est dit être meilleur, le plus haut et sans pareil.

40.   Sans être distrait par les sens, libère le mental de ses fonctions.  Quand il se transcende soi-même, il en résulte la béatitude la plus haute.

 

41.   Le yoga doit être pratiqué sans cesse où que l’on soit.  Il n’y a pas de différence en Jnâna (connaissance) quelles que puisse être la caste ou la condition de l’individu.

 

42.   Tout comme le lait est uniformément blanc bien qu’il soit tiré de vaches aux différentes couleurs, de même la Réalisation est uniforme pour tous les individus quelle que soit la croyance.

 

43.   Brahman est partout, immanent à tous et tout-pénétrant.  Ses qualifications ne sont pas réelles.  Donc ne prête pas attention aux détails, mais concentre-toi sur le Brahman absolu.

 

44.   Pour celui qui est établi dans le suprême Soi, il n’y a rien à accomplir ; donc il ne récolte pas les fruits de ses actions, pas plus qu’il n’est obligé d’être actif.  Il n’y a pas de caste et de croyance distinctives ni de code de conduite.

 

45.   (et 46) Quels que soient son occupation et le milieu où il puisse se trouver, celui qui est établi dans le Soi est toujours en repos ; et celui qui se satisfait du Soi est toujours pur.

 

47.   « Je suis mouvant et pourtant ne viens ni ne vais, car il n’y a pas de mouvement pour moi.  Je ne suis pas né et ne renaîtrai jamais ; car ce qui relève du corps ne me concerne pas. »

 

48.   « Les actions sont du corps, et le corps est le résultat des actions.  Je n’agis d’aucune façon ni ne suis associé au corps. »  Ainsi pense le parfait, le regénéré.

 

49.   « En outre, le corps n’est pas pour moi servitude, car je suis à jamais libre ; les accessoires physiques ne peuvent jamais affecter le Soi. »

 

50.   De même que la lumière brille, dissipant l’obscurité, de même le suprême Soi brille, dissipant l’ignorance.

 

51.   De même qu’une lampe s’éteint spontanément si on ne l’alimente pas en huile, de même l’égo s’éteint si on l’abandonne en méditant sans cesse et en se fondant dans le Soi.  Il n’est pas de gains supérieur au Soi.

 

52.   Quand un pot est déplacé d’un endroit à l’autre, l’espace qui y est contenu semble se déplacer aussi mais le mouvement est celui du pot et non celui de l’espace qu’il contient.  Il en va de même avec l’âme qui correspond à l’espace dans le pot.

 

53.   Quand le pot est brisé, son espace intérieur se fond dans l’espace extérieur ; de même, à la mort du corps grossier, l’Esprit se fond dans l’Absolu.

 

54.   C’est ainsi que la vérité a été exposée avec autorité par le Maître omniscient et compétent.  Alors libère-toi de la servitude, et sois métamorphosé en l’Omniscient et l’Infini.

 

55.   Laisse les Écritures ; applique-toi au pur yoga de la réalisation du Soi ; convaincu que rien ne dépasse cette Connaissance suprême, empêche le mental d’errer.

 

56.   Engagé dans cette voie, le sage se fond à jamais dans la Réalité inconditionnée ; il devient tout-pénétrant, atteint la Délivrance, il est établi immanent dans tous – à l’intérieur et à l’extérieur – et se meut à volonté.

 

57.   Devenant éthéré et pur, il se fond en Shiva – synonyme d’Omniscience, satisfaction, conscience intemporelle, transcendante, puissance éternelle, impérissable et infinie.

 

58.   (et 59) Il n’est lié par aucune des réglementations telles que les incantations, le culte, les ablutions, le feu sacrificiel, ou autres actes rituels ; il ne récolte pas le fruit des actions – vertueuses ou autres ; il n’y a pas de culte des ancêtres pour lui ; point n’est besoin pour lui d’observer des jeûnes à des dates ou occasions précises, point ne lui est besoin non plus de se soucier de la renonciation, de la famille ou du célibat et de leurs obligations.

 

60.   Bois du nectar de la Connaissance-Shiva et conduis-toi à ton gré.  Tu es semblable à Shiva en immortalité et pureté, mais non pas en pouvoir créateur, etc.

61.   Tout ceci est la Vérité et rien que la Vérité ; ô Guha !  Ceci est la Vérité dernière.  Il n’y a rien d’autre à connaître.

 

62.   Celui dont le mental, l’intellect et l’égo sont purs, de même que les sens et leurs perceptions, celui-là est effectivement pur et il trouve toute chose également pure.

63.   Renonce à marcher au travers du feu et à te baigner dans le Gange et autres rivières ou dans les chutes d’eau ; bois du nectar de la suprême Connaissance-Shiva.  Sois à la forme du Seigneur éternellement et en tout pureté.  Tu n’as plus rien de commun avec la Création, va à ton aise.