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 Le Confucianisme

 

Les origines

Le Confucianisme est un ensemble d'enseignements moraux qui a vu le jour en Chine aux VIème et VIIème siècles avant J.C. Il repose sur des institutions telles que la piété filiale et le culte des ancêtres. C'est le système philosophique qui a été le plus suivi en Chine et il a coexisté pendant des siècles avec le Taoïsme et le Bouddhisme.

Confucius.

Son fondateur est Confucius (-551,-479). Né à Lu (aujourd'hui Shandong) son nom chinois était Kong Qiu et on l'appelait Kong-fuzi (maître Kong). Sa biographie la plus ancienne, rédigée vers l'an 100, soit près de 400 ans après sa mort, se trouve dans "Les mémoires historiques" de Szu-ma Ts'ien. Cet ouvrage contient des légendes élaborées au cours de siècles. La plupart des éléments concrets proviennent des "Entretiens", compte rendu quelque peu décousu de ses conversations, rassemblées par ses disciples peu de temps après sa mort. Le Zuo Zhuan qui est un commentaire des chroniques de l'état de Lu datant de l'époque de Confucius, renferment d'autres informations.

Idéogrammes à l'intérieur du temple de Qufu, Chine.

Confucius fit preuve très jeune d'un grand intérêt pour les traditions spirituelles de la Chine. Il exerça les fonctions d'enseignant et de conseiller. Il fut nommé ministre de la justice de Lu, mais tomba en disgrâce. Aussi en 497 avant J.C. il quitta Lu et commença un voyage de 13 ans qui le conduisit dans plusieurs provinces de Chine. Confucius voyagea d'état en état dans l'espoir de trouver un prince ouvert à ses idées, mais ce fut un échec. En 483 avant J.C. il regagna l'état de Lu et se consacra à l'enseignement.

 

Les textes

L'enseignement de Confucius reposait sur 6 livres: le Yi (mutations), le Che (les odes), le Chou (les documents historiques), le Li-Ki (les rites), le Yue (la musique) et le Tch'ouen-Ts'ieou (printemps et automne). 4 d'entre eux furent gratifiés terme Ching (classique): Yi-Ching, Che-Ching, Chou-Ching, Yue-Ching et les 6 ouvrages furent connus sous le nom des "6 livres canoniques". Au IIème siècle le livre de la musique ayant été perdu, on les rebaptisa les "5 livres canoniques".
Ces 5 classiques ne sont peut être pas de la main de Confucius, pourtant il leur imprime sa marque en les interprétant à la lumière des ses propres conceptions.

Une page d'une édition sur bois du Yi-King.

1) Le Yi-Ching (Yi-King), livre des mutations. Il s'agit d'un manuel de divination qui provient de la cour des Chou et que les érudits confucéens développèrent par la suite. Il est constitué de 64 hexagrammes, suite de 6 traits, soit brisés ou Yin, soit plein ou Yang qui permet une transcription des mutations du monde. Les calculs auxquels on se livrait pour déchiffrer les hexagrammes ont stimulé le développement des mathématiques et de la science.

Le Yin et le Yang avec les huit trigrammes. Chaque trigramme renvoie à une qualité particulière et peut être corrélé à un certain nombre d'éléments comme une direction ou un animal. Ils sont utilisés dans la technique divinatoire du Yi-King.

2) Le Che-Ching renferme 305 chants parmi lesquels les hymnes de la dynastie que l'on chantait à la cour des Chou, et des chants folkloriques provenant de différentes régions de l'empire Chou. Cet ouvrage est divisé en 3 parties:
- Les Guo Feng qui sont des poésies populaires.
- Les Ya qui sont des poésies de cour.
- Les Song qui sont des hymnes religieux qui chantent la louange des premiers rois.

3) Le Chou Ching (Chou King) est le livre des documents historiques. C'est l'ouvrage le plus ancien et le plus important pour la connaissance des traditions du peuple chinois. Il contient nombre de discours, de décrets et d'exhortations prononcés par les souverains. L'ouvrage est divisé en 4 parties.
- Le Yu Chou, livre de Yu qui traite des 3 anciens rois Yao, Shun et Yu (2357 à 2206 avant J.C.)
- Le Hia Chou, livre de Hia qui parle de Yu et des princes de la première dynastie (2205-1767 avant J.C.)
- Le Shang Chou, livre de Shang qui expose les événements de la deuxième dynastie (XVIIIème-XIème siècles avant J.C.)
- Le Zhou Chou qui contient des documents relatifs à la troisième dynastie (XIème-IVème siècles avant J.C.) dont le Lu Hing, sorte de code pénal.

4) Le Li-Ki qui contient des textes du début de la dynastie des Chou. Cet ouvrage, devenu un classique, insiste sur l'importance des rituels, tout en les actualisant. Il était fréquent au début de la dynastie des Chou que lorsqu'un dirigeant mourait, ses dignitaires et ses concubines soient tués et enterrés avec lui, pour que leur esprit l'accompagne après la mort. Cette pratique fut abandonnée, mais on avait coutume d'ensevelir les objets précieux en même temps que leur propriétaire. Le "livre des rites" souligne le fait que de tels objets ne peuvent servir aux morts et conseille de les remplacer par de grossières copies.

5) Le Tch'ouen-Ts'ieou est une chronique quotidienne, mensuelle et saisonnière de l'état de Lu. Les passages qui existent encore couvrent les années 722 à 481 avant J.C.

 

L'enseignement

L'éthique de Confucius, développée plus tard par Mencius, part du principe que l'homme est bon par nature et que tout le mal n'est engendré que par un manque de discernement. Le Confucianisme fixe pour but l'amour de la vérité, la bonté, la générosité. Il préconise d'entretenir de bonnes relations familiales et élève les formules de courtoisie au rang d'obligation. L'homme doit prendre en considération l'ensemble des éléments et leur interdépendances, il ne doit jamais perdre de vue l'intérêt supérieur de la collectivité et de l'état.
Le Confucianisme exprime une vertu suprême dont découle toutes les autres, Ren (l'humanité) que l'on traduit par bienveillance ou bonté. Ren est décrit comme la somme de toutes les vertus car Confucius a dit un jour que les qualités telles que l'endurance, le courage, la simplicité et la prudence se rapprochent toutes de Ren. Ren s'exprime par "aime ton prochain".
Confucius attachait également de l'importance à Yi (la droiture) qui consistait à faire ce qui est juste d'un point de vue moral, et approprié en tenant compte des cinq relations sur lesquelles reposait la société:
- Souverain et sujet.
- Père et fils.
- Mari et femme.
- Frère aîné et frère cadet.
- Ami et ami.

Illustration de la piété filiale. Les sujets rendent hommage à leur roi, comme un enfant le ferait envers ses parents.

Alors que Ren correspond à la bonté chez un gentilhomme, Yi est sa manifestation extérieure, grâce à laquelle on peut juger de son caractère. Les rites (Li) avaient de l'importance parce qu'ils provenaient de l'âge d'or. Les pratiques tel que le culte des ancêtres, les rites mortuaires et les cérémonies sacrificielles servaient à consolider les 5 relations traditionnelles entre les gens. Les rites étaient aussi une façon de plaire au ciel, aux divinités et aux ancêtres ou des les influencer.

Ici le portrait de Mao Tsé-Tung orne un autel familial consacré entre autre aux dirigeants du monde.

Le Confucianisme développa cette très haute éthique sans se réclamer de commandements ou de révélations d'origine divine. C'est pourquoi il lui a souvent été reproché, sur un plan religieux, de développer une éthique autonome, sans fondement métaphysique. Confucius s'interdisait toute spéculation sur les choses transcendantales et se référait au principe supérieur de T'ien (le ciel) qui disait que le ciel décidait en dernier recours des destinées de toutes les créatures de l'univers, et que toutes les institutions humaines étaient fondées en son nom. Le défi que l'individu avait à relever consistait à déchiffrer les voies du ciel.

Le temple du ciel à Pékin, rappelle les sacrifices offerts par les empereurs au ciel.

Le Confucianisme n'imposant pas comme un dogme une conception d'un dieu ou d'une nature divine, beaucoup ne le reconnaisse pas comme une religion, mais plutôt comme une philosophie officielle ou une éthique. Néanmoins, par les cultes et les rites et par la vénération portée à Confucius, il est devenu en Chine une forme de religion.

 

Les écoles

L'école philosophique fondée par Confucius se nomme l'école Jou. Ce terme a fini par signifier moralistes ou érudits. Au cours des deux siècles et demi qui suivirent la mort de Confucius, ses idées furent embellies et complétées par deux philosophes de l'école Jou, Mencius et Siun-Tseu qui vécurent respectivement aux IVème et IIIème siècles avant J.C.
Ils enseignaient tous deux la morale de Confucius et aspiraient à des réformes politiques, affirmant que le souverain qui suivrait le modèle confucéen deviendrait le grand dirigeant de la Chine.

Mencius était originaire de l'état de Lu et il parcourut un certain nombre de provinces. Il fut connu pour sa théorie de la nature humaine. Il enseignait que le genre humain est fondamentalement bon et que nous pouvons découvrir la source de la moralité dans notre propre cœur. Il critique deux principaux opposant du Confucianisme, Mo-Tseu qui prônait le principe d'amour universel et Yang Zhu qui prônait le principe du chacun pour soi.

Siun-Tseu qui naquit à peu près à l'époque où Mencius mourut pensait le contraire. "La nature de l'homme est mauvaise; la courtoisie ne peut exister et l'ordre ne peut être maintenu que lorsque les hommes sont influencés par des enseignants et des lois, et guidés par les rites et la moralité".
Mencius et Siun-Tseu soulignèrent tous deux l'importance de l'éducation, comme Confucius l'avait fait avant eux.

Les trois guides spirituels de la tradition religieuse chinoise. Au centre Confucius, à droite Lao-Tseu et à gauche Bouddha.

Une longue période de discorde suivit le chute de la dynastie han en 220. A cette époque et sous les dynasties Sui et T'ang (581-907) le Bouddhisme et le Taoïsme attirèrent une foule de fidèles issus du peuple et bénéficièrent d'une importante protection impériale. Aussi le Confucianisme perdit-il de son importance. Il ne retrouva son statut populaire qu'en 960 sous la dynastie des Sung (960-1279) car ceux ci incorporèrent des éléments essentiels du Bouddhisme et du taoïsme à leur théories. Ce mouvement qui domine la pensée chinoise jusqu'aux temps modernes prit le nom de néoconfucianisme. Celui-ci est connu sous le nom d'école de Li, Li signifiant ici principe ou raison.
Le plus grand philosophe néoconfucéen, Chu Hsi (1130-1200) exprimait le fait que le Li de l'univers est un principe qui embrasse tout. Appelé Tai Ch'i (ultime suprême) il est la somme du Li du ciel, de la terre et de toutes choses. Toutefois le Li seul ne suffit pas à expliquer l'univers, parce que le Li est "au dessus des formes" c'est à dire abstrait. Chu Hsi introduisit un autre principe, le Ch'i pour expliquer ce qui est dans les formes le monde matériel. Un type de Ch'i a reçu le principe de mouvement, c'est le Yang, l'autre a reçu le principe de passivité, c'est le Yin. L'interaction entre le Yin et le Yang produit les cinq éléments, métal, bois, eau, feu, terre à partir desquels sont formés toutes choses. Les quatre livres classiques du néoconfucianisme sont "les Entretiens", "le livre de Mencius", "le juste milieu" et "la grande étude". Les deux derniers étant des chapitres de l'ancien "livre des rites".

L'empereur K'ang-Hsi (1662-1723) protecteur de l'enseignement néoconfucéen.

 

De AACAWEB