Ramakrishna Ramakrishna Ramakrishna

 

 Le Christianisme

 

Les origines

Le Christianisme a pour point de départ la vie et la prédication d'un juif nommé Jésus, fondateur d'une grande religion et exécuté sur la croix comme un criminel. Sa mort, sa résurrection d'entre les morts au troisième jour et son ascension devinrent les fondements du Christianisme. Cependant les racines de cette religion remontent plus loin dans le Judaïsme puisqu'il définit une nouvelle alliance, établie par le nouveau testament. Elle est censée être non seulement la continuation mais aussi l'épanouissement de ces fondements. La Loi et les prophètes dont l'origine est uniquement juive ont gardé à l'intérieur de la nouvelle religion toute leur autorité et jamais n'ont été mis en doute leur inspiration divine et leur caractère de livres sacrés.
L'histoire de Jésus reconnu comme Christ ou Messie fait l'objet de ce nouveau testament qui comprend les évangiles, Les épîtres (lettres) et d'autres écrits du Ier siècle. Tous proclament que Jésus était et est la manifestation personnelle de Dieu restaurant sa puissance et son action sur le monde. La tradition concernant la vie de Jésus mêle des récits historiques et des récits légendaires.

Moïse et les tables de la Loi. La Loi et les prophètes ont été intégrés au Christianisme qui est en fait une évolution de ces fondements.

Les douze apôtres ont été les premiers à répandre le message de Jésus.
André: Frère de Pierre, il était pêcheur. La tradition raconte qu'il prêcha en Scythie et fut mis à mort sur une croix en X, la croix de St André.
Barthélemy: Appelé Barthélemy dans les évangiles de Matthieu, Marc et Luc, il s'agit peut être du Nathanaël de l'évangile de Jean. Selon la tradition, il annonca l'évangile en Inde et en Arménie où il fut écorché vif.
Jacques (Fils de Zébédée): Pêcheur lui aussi, il suivit Jésus avec son frère Jean. Avec Pierre et Jean c'était l'un des plus proche de Jésus. Il fut décapité vers 44 sous Hérode Agrippa.
Jacques (fils d'Alphée): Une traduction l'identifie à "Jacques le frère du seigneur". Il succéda à Pierre comme chef de la première communauté chrétienne de Jérusalem et mourut lapidé en 62.
Jean: Frère de Jacques, il était le disciple "que Jésus aimait". Pierre l'appela "un des piliers" de l'église de Jérusalem. Il est probablement l'auteur ou l'inspirateur du quatrième évangile. D'après la tradition, il vécut très vieux.
Judas (fils de Jacques): Il est parfois appelé Jude pour éviter la confusion avec Judas Iscariote. D'après la tradition, il était très proche de Simon et comme lui il prêcha en Perse où il subit le martyre.
Judas Iscariote: Il était le trésorier du groupe. Il trahit Jésus par un baiser pour de l'argent. D'après Matthieu, Judas pris de remords voulut rendre l'argent aux prêtres en vain. Il se pendit alors de désespoir. Mais selon les actes (I,18) il acheta un champ avec cet argent. "Il y tomba la tête la première, son corps éclata par le milieu et tous ses intestins se répandirent au-dehors".
Matthieu: Ce publicain abandonna son travail à Capharnaüm en voyant passer Jésus dans la rue. Comme juif collecteur d'impôts pour les romains, il était méprisé par ses concitoyens et Jésus eut du mal à le faire accepter. On pense qu'il est l'auteur de l'évangile qui porte son nom.
Philippe: Originaire de Bethsaïda, il est probable qu'il ait prêché en Scythie et en Phrygie vers la fin de sa vie. Il aurait été crucifié en 80 à Hiérapolis près d'Ephèse.
Pierre: De son vrai nom Simon, était un pêcheur Galiléen. Impulsif, il est prompt à déclarer sa foi mais renie Jésus par 3 fois lors de son procès. Dans l'église primitive, il se consacra à l'évangélisation des juifs. D'après la tradition il fut crucifié tête en bas à Rome sous Néron
Thomas: Il ne voulut pas croire à la réalité de la résurrection tant qu'il n'avait pas vu et touché le Christ en personne. D'après la tradition il mourut martyr en Inde.
Simon: Les écritures ne disent rien sur Simon, sinon qu'il était l'un des apôtres. Matthieu et Marc appellent Simon, le cananéen. Il aurait été crucifié en Perse.

La cène, dernier repas que Jésus prit avec ses apôtres, et son interprétation sont des sujets de controverse entre les différentes religions de la chrétienté.

 

L'enseignement

Une vue de Nazareth de nos jours. C'est dans cette ville, qui n'était autrefois qu'un village, que Jésus a passé son enfance.

Jésus avait passé les trente premières années de sa vie dans un petit village, aussi puisait il ses références et ses exemples dans le milieu rural. Il s'exprimait dans un style très populaire, parfois poétique et toujours très concret. Il parlait beaucoup par paraboles, les évangiles en citent une cinquantaine, Jean se distinguant de Matthieu, Marc et Luc en n'en rapportant que 5.
Parabole vient du mot grec parabolé qui signifie "comparaison". C'est un récit imagé et imaginé faisant appel à l'expérience quotidienne des auditeurs, qui permet de comprendre plus aisément une grande vérité. Si clair que soit souvent leur sens, les paraboles de Jésus posent pourtant parfois des problèmes d'interprétation et les disciples eux-mêmes avouent leur incompréhension. Citons par exemple la parabole du semeur (Matthieu 13.18-23, Marc 4.13-20 et Luc 8.11-15) ou la parabole de la mauvaise herbe (Matthieu 13.36-43). Jésus ne cesse de s'exprimer en paraboles pour faire comprendre le sens profond de certains passages des écritures son thème favori étant "le Royaume de Dieu". Qu'entendait il par là? Jamais d'explication métaphysique mais toutes sortes de métaphores et de comparaisons pour amener son auditoire à une compréhension presque palpable, une compréhension physique, une perception sensible de ce qu'était le Royaume de Dieu (Matthieu 13.31-33, 13.44-46, 13.47-52, Marc 4.30-32, Luc 13.18-22). Dans tous les cas, la découverte du Royaume de Dieu est une valeur suprême qui transforme complètement l'existence de celui qui la fait et le pousse à prendre une autre voie. Mais les paraboles ne sont accessibles qu'à ceux qui veulent les accueillir et qui sont ouverts à la Parole, ceux qui ne se ferment pas les yeux et qui ne se bouchent pas les oreilles (Marc 4.9).

Représentation de Jésus lors d'un sermon.

Le sermon de la montagne (Matthieu 5.1-16, Luc 6.26) témoigne de la force, de la profondeur mais aussi du caractère énigmatique de l'enseignement de Jésus. Les béatitudes sont au cœur de la sagesse chrétienne, il s'agit de brèves bénédictions si paradoxales à première vue: "Heureux les pauvres, le royaume des cieux est à eux. Heureux les doux, ils obtiendrons la terre promise. Heureux les attristés, ils seront consolés…".
Il apparaît clairement que le Royaume de Dieu, tel que Jésus l'enseigne est à l'opposé du monde tel qu'il apparaît au commun des mortels. Le sermon de la montagne est un appel à la générosité et à l'amour inconditionnel mais c'est aussi un message qui dénonce toutes les valeurs avilissantes du monde tel qu'il est. Le message est provoquant et révolutionnaire aussi pour éviter qu'il ne soit mal interprété, Jésus précise "Je ne suis pas venu abolir la loi de Moïse et l'enseignement des prophètes. Je suis venu pour accomplir cette loi".
L'accomplissement de la loi est exigeante, elle suppose pour le croyant, la pleine maîtrise de ses pensées et de ses actes, une prise de conscience et une reconsidération absolue de tous les principes de vie, une transformation radicale des schémas comportementaux: "Si quelqu'un te gifle sur la joue droite, laisse le aussi te gifler sur la joue gauche". "Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent". "Tu dois aimer ton prochain comme toi même" (Matthieu 22.39).

Le chemin de croix comporte 14 stations

1: Jésus est condamné par Ponce Pilate.

2: Jésus prend la croix.

3: Jésus tombe pour la première fois.

4: Jésus rencontre Marie.

5: Simon aide Jésus.

6: Véronique essuie le visage de Jésus.

7: Jésus tombe pour la deuxième fois.

8: Jésus parle à une femme.

9: Jésus tombe pour la troisième fois.

10: Jésus est déshabillé.

11: Jésus est cloué sur la croix.

12: Jésus meurt sur la croix.

13: Jésus est descendu de la croix.

14: Jésus est placé dans son tombeau.

Chacune des paroles de Jésus est à méditer pour laisser germer en soi cette graine transformante et sublimante qui permet d'accueillir et de voir le Royaume de Dieu ici bas. Pour le chrétien, suivre Jésus c'est se laisser emporter par les paroles de celui qui a dit "Je suis le chemin, je suis la vérité, je suis la vie" (Jean 14.6). "Je suis la lumière du monde, celui qui me suit aura la lumière de la vie et ne marchera jamais dans l'obscurité" (Jean 8.12). "Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, même s'il meurt, et celui qui vit et croit en moi ne mourra jamais" (Jean 11.25-26).

 

Les saintes écritures

Le canon de l'écriture chrétienne établi par l'Eglise, les Saintes Ecritures, comprend les livres de l'Ancien Testament qui constituent également le fondement de la foi judaïque auxquels s'ajoutent le canon du Nouveau Testament comportant trois parties.

1) Les 4 évangiles, (évangile signifiant bonne nouvelle) qui sont attribués aux saints Matthieu, Marc, Luc et Jean. Les trois premiers utilisent à peu près les mêmes sources ou se font des emprunts mutuels, c'est pourquoi ils sont appelés les évangiles synoptiques. Fondés sur la tradition orale, ils ont été écrits au milieu du Ier siècle et s'accordent sur de nombreux points. Ils racontent la vie de Jésus, son enseignement, son acte rédempteur. C'est la fondation, non seulement de la nouvelle église mais aussi de la nouvelle humanité. C'est l'établissement dans les faits d'une nouvelle relation avec Dieu, qui passe de la soumission à l'amour. A partir de la résurrection, tout est accompli, mais tout n'est pas forcément compris. L'évangile de Jean représente une réflexion plus approfondie sur la signification de Jésus en tant que Verbe de Dieu prononcé et vécu au sein du monde. Chaque évangile correspond à un symbole tiré d'Ezéchiel (1.4-10) et de l'Apocalypse (4.6-7). Ces symboles sont appelés tétramorphes, 4 signes symbolisant la mission spirituelle des 4 évangélistes, un homme pour St Matthieu, un lion pour St Marc, un taureau pour St Luc et un aigle pour St Jean.

Représentation du "Christ Pantocrator" (tout puissant) à l'opposé de la représentation du Christ aux outrages. Cette représentation est ornée des symboles tétramorphes symbolisant les 4 évangélistes.

Le premier évangile est attribué à St Matthieu, le publicain appelé par Jésus pour être apôtre. Peut être a t'il été à l'origine d'une des sources de cet évangile ou bien est il l'auteur d'une première version en araméen. Il n'est pas semble t'il le compilateur de la version grecque , la seule qui nous soit parvenue. Cet évangile s'adresse aux Palestiniens. Son objectif est de montrer que le christ s'inscrit dans la longue histoire du salut et qu'il est le Messie promis par les prophètes. Cet évangile date d'avant la fin du Ier siècle.

L'évangile de St Marc est le plus ancien, il aurait été écrit entre 63 et 70. L'auteur probablement un disciple de St Pierre qui n'a pas vu les événements qu'il rapporte, mais a transcrit les propos tenus par son maître lors des prédications. L'examen du texte semble indiquer qu'il s'adresse à un public non juif puisqu'on y trouve peu de citations de la Loi et des Prophètes. St Marc articule toute sa narration sur la Bonne Nouvelle, la révélation de ce qui était caché, d'où ses rappels constants du secret messianique.

Jésus représenté sous la forme de l'agneau de Dieu.La comparaison faite par l'Apocalypse entre le Christ et un agneau a pour origine le sacrifice de l'agneau de la Pâque par les juifs. Les chrétiens considèrent la mort de Jésus comme un sacrifice leur apportant la libération spirituelle.

L'évangile selon St Luc. Médecin et compagnon de St Paul, Luc écrit en historien. Il a consulté les témoins oculaires des événements, compulsé les récits déjà réalisés et fait une enquête minutieuse. Il veut offrir à ses lecteurs une base sérieuse à la doctrine proclamée dans l'Eglise. Sa chronique se poursuit d'ailleurs dans une sorte de second volume "Les actes des apôtres" qui retracent l'histoire de l'église primitive. St Luc souligne l'universalisme du message évangélique aussi omet il de parler de l'opposition entre la loi ancienne et la loi nouvelle, entre la justice pharisaïque et la justice chrétienne…etc… L'apôtre des gentils fonde son témoignage sur la conviction que le message du Christ s'adresse à tous les hommes, à tous les pays et à tous les temps.

L'évangile selon St Jean. Certains disent que Jean était "le disciple que Jésus aimait". Cet évangile a peut être été écrit spécialement pour l'église éphésienne. Il date probablement de la fin du Ier siècle mais certains auteurs le jugent plus ancien. Il est le fruit d'une longue élaboration faite d'approfondissements, de méditations et de prédications. Les discours y prennent la plus grande place et ce quatrième évangile est plus doctrinal qu'événementiel car on y trouve ni parabole, ni guérison de possédé, ni événement de l'enfance. La plupart des miracles qu'il raconte lui sont propres et chacun d'eux se veut porteur, non seulement du pouvoir de Jésus sur les éléments mais aussi d'une signification théologique fondamentale.

Marie Madeleine (Marie de Magdala) fut le premier témoin de la résurrection de Jésus.

2) Les actes des apôtres et les épîtres. Cette deuxième partie concerne le début de l'histoire de l'église, période d'éducation, de transformation et d'épreuves mais aussi période de maturation qui se prolongera jusqu'à la fin des temps. Elle se situe dans l'entre-deux, entre les deux avènements de Jésus Christ, celui de sa vie terrestre et celui de sa venue glorieuse déjà annoncée. Pas de bouleversement cosmique pendant ce temps, pas de changement radical, mais une connaissance à divulguer, une mise en conformité des hommes au nouveau genre de relation avec Dieu, une actualisation de la rédemption dans le temps et le lieu. C'est le temps de la propagation de la foi.

Les actes des apôtres: C'est en fait le second volume de l'œuvre de St Luc. Il y continue son récit fondateur de l'église, reprenant les mêmes épisodes à la fin des évangiles et au début des actes des apôtres, apparition du ressuscité, dernières instructions de Jésus et ascension. Sans doute les deux livres ont été séparés lorsque la collection des quatre évangiles a été constituée.Dans les actes prend naissance l'église primitive et les missions pour la diffusion du message chrétien: "Vous serez mes témoins à Jérusalem et dans toute la Judée et la Samarie d'abord, puis jusqu'aux extrémités de la terre" (Actes 1.8).

Saul se rendait à Damas pour persécuter les chrétiens quand il fut renversé de cheval et couché à terre par une force invisible.Une éblouissante clarté l'environne et une voix lui dit:
-"Saul, pourquoi Me persécutez-vous?
- Qui êtes-Vous,Seigneur?
- Je suis Jésus, que vous persécutez.
- Seigneur, que voulez-Vous que je fasse?
-Levez-vous, entrez dans la ville, et là vous apprendrez ce que vous devez faire."
Ayant pour un temps perdu la vue, qu'il retrouva lors de son baptême, Saul devint Paul, écrivit de nombreux textes et entreprit quatre voyages pour répandre son message.

Les épîtres (transcription du grec epistolei "lettres"). Il y en a 21, 13 de Paul, 1 aux hébreux, 1 de Jacques, 2 de Pierre, 3 de Jean et 1 de Jude. Il s'agit de lettres ayant parfois une portée doctrinale ou théologique, le but étant d'instruire des communautés. Elles sont groupées en deux séries principales. 13 épitres dites "pauliniennes" parce que dûes à Paul ou inspirées de son enseignement et 7 épitres dites "catholiques" terme qui signifie universelles qui regroupe les épîtres non pauliniennes sauf l'épître aux hébreux qui tient une place particulière. Cette homélie où alternent exposés doctrinaux et exhortations morales passionne les théologiens en raison de la complexité de l'enseignement qu'elle propose et fascine par l'aspect révélé de la personne du Christ.

3) L'apocalypse: Elle évoque la parousie. Dans des termes énigmatiques et mystérieux, avec des images étranges et fantastiques, à travers un foisonnement de symboles plus ou moins obscurs, saint Jean nous mène jusqu'au dernier acte, la fin des temps, la catastrophe cosmique, la défaite définitive des puissances du mal, la victoire du Dieu amour, la résurrection des corps et le jugement dernier. L'histoire du salut est désormais close. On est passé de la Jérusalem terrestre, tant de fois infidèle à son Dieu à la Jérusalem céleste éternelle et bienheureuse. Ecrite par Jean le prophète, peut être Jean l'Apôtre ou l'un de ses disciples, retiré dans l'île de Patmos en raison des événements, il écrit aux sept églises pour leur rendre le moral.
Le centre d'intérêt de l'apocalypse est le mystère du monde invisible, l'origine et la fin, la rétribution et l'au-delà, le dessein de Dieu et l'avenir. Autant de phénomènes qui dépassent de beaucoup nos facultés de conception, de jugement et de formulation.
L'apocalypse est une révélation, c'est d'ailleurs de sens littéral du mot. Mais étant donné la matière à dévoiler, elle ne peut utiliser les mêmes procédés que pour le monde visible. Il ne faut donc pas prendre le texte au pied de la lettre. Ce qu'il veut dire dépasse ce qu'il dit. Cela est si clair que les descriptions y sont incohérentes, les visions fantastiques, les phénomènes incompréhensibles. Une lecture au premier degré se révèle inconsistante et sans intérêt.

Polyptyque du jugement dernier de Roger van der Weyden (Hospices de Beaune).

Mais il reste une grille de lecture seconde, forgée par l'histoire. Les destinataires de l'apocalypse de Jean étaient connaisseurs des symbolismes, des chiffres et des choses, des arcanes d'un langage convenu et des équivalences entre les termes et les idées.
Les chiffres par exemple ne sont pas pris pour leur valeur numérique. Le 7 signifie la totalité, le 6 l'imperfection, 12 est le symbole d'Israël, 4 celui du monde créé et 1000 représente une grande quantité. L'emploi des couleurs est également significatif. Le blanc représente la victoire, la pureté et la joie eschatologique, le rouge, la violence, le luxe, la débauche, le noir la mort, le vert, la décomposition…
Par ce procédé on arrive à des descriptions symboliques concrètes dans leur formulation et abstraites dans leur signification. Toutefois le genre s'étant perdu et cette œuvre de Jean ayant été maintenue longtemps au purgatoire des livres canoniques, il nous est difficile aujourd'hui de percevoir toute l'étendue de sa signification.

Les écritures saintes qui demeurent encore dans certaines églises, les seules références pour transmettre les échos et les interprétations des événements et des enseignements survenus en Galilée, à l'époque de Jésus, ne sont pas les seuls écrits.
En effet, en 1945, aux environs de Nag Hammadi, en haute Egypte a été découvert un trésor de paroles constitué de 53 parchemins écrits en langue copte sahidique qui est une langue encore proche des anciens hiéroglyphes égyptiens (copte vient de l'arabe qibt, contraction du grec Aiguptios signifiant Egypte). Cette découverte permet d'élargir et d'enrichir notre connaissance de certains aspects jusqu'alors occultés du Christianisme.
C'est ainsi qu'à coté des évangiles de Matthieu, Marc, Luc et Jean, on peut méditer aujourd'hui les évangiles dits apocryphes de Philippe, de Pierre, de Barthélémy, de Thomas et bien d'autres écrits. Il existe également un papyrus acquis au Caire et conservé depuis 1896 au département d'égyptologie des musées nationaux de Berlin, qu'on nomme papyrus Berolinensis 8502 et qui contient entre autre un évangile selon Marie.

Ouvrages retrouvés à Nag Hammadi.

Tous ces textes sont apocryphes, du grec apokruphos, soustrait au regard, caché. Dans la tradition chrétienne, l'adjectif a pris une valeur négative. Il sert à mettre à l'écart des écrits jugés contestables ou franchement hérétiques, qui prétendent à tort apporter une vérité sur des personnes et des événements de la Bible. Il n'en a pas toujours été ainsi. Certains milieux du Christianisme ancien, en particulier les courants dits "gnostiques" ont employé le terme d'une manière positive pour désigner un enseignement dont le sens profond, caché, n'est pas immédiatement accessible et ne peut être découvert qu'au prix d'une recherche.

On peut donner trois raisons au terme apocryphe.
1) Dans un premier temps, le texte apocryphe est souvent un texte caché parce qu'on a cherché à en limiter la lecture ou à en interdire la diffusion. Contrairement à d'autres productions littéraires du Christianisme, il n'a pas bénéficié de l'appui de l'église et de ses autorités ou il a même été condamné par les évêques et les théologiens.
2) La deuxième raison est que parfois l'exigence d'une diffusion restreinte est inscrite dans le texte lui même. La révélation qu'il contient étant réservée aux chrétiens qui en sont dignes, et le texte ne doit pas être lu par des personnes dont l'esprit n'est pas préparé à le recevoir.
3) Enfin la troisième possibilité est que le texte apocryphe est aussi un texte caché parce qu'il se dérobe aux regards du lecteur moderne. Le plus souvent il ne se présente pas à nous sous une forme simple et avec un sens facilement compréhensible. Il se dissimule sous le voile d'états textuels largement variants, de passages corrompus et de formules énigmatiques. Cela tient également à son statut et aux aléas de sa transmission. Il n'a pas reçu une forme canonique et n'a pas fait l'objet d'une interprétation autorisée au sein de l'institut ecclésiastique.

Icone byzantine représentant l'apôtre saint Thomas.

L'évangile de Thomas trouvé à Nag Hammadi est l'exemple le plus connu de cette exigence du secret inscrite dans le texte lui même. Il débute en effet par ces paroles:
Voici les paroles du secret
Jésus, le Vivant, les a révélées.
Didyme Jude Thomas les a transcrites
Et il a dit: Celui qui se fera l'Herménente de ces paroles
Ne goûtera plus de mort.
Cet évangile de Thomas ne contient pas une histoire de Jésus et il n'y a pas de récits de miracles. C'est une collection de 114 logia ou "paroles nues" attribuées à Jésus, le Maître, le Doux, le Vivant. Ces paroles auraient été recueillies par Didyme Jude Thomas nom araméen signifiant jumeau. Apôtre du Christ, Thomas évangélisa l'Inde, où une petite communauté chrétienne se réclame toujours de lui. Il est associé à l'incrédulité car il dut toucher du doigt les plaies du Christ pour croire à sa résurrection (Jean 20.25-27). Les paroles de cet évangile ne sont pas bavardes mais ressemblent à des énigmes à la façon des koans japonais qui paraissent manquer de sens et qui, si on les laisse germer en soi, révèle une richesse insoupçonnée entraînant une transformation de la conscience.
Le Jésus qui apparaît derrière ces paroles est un être qui cherche à nous éveiller à son propre état de conscience. Par son enseignement il nous invite à prendre conscience de notre origine incréée, de notre liberté sans limites au cœur même des contingences les plus contraignantes. Il s'agit de s'éveiller à la réalité absolue au cœur même des réalités relatives ou décevantes. C'est ce que Jésus affirme par ailleurs dans l'évangile de Jean:
"Là où je suis, je veux que vous soyez aussi…L'esprit que le Père m'a donné, je vous l'ai donné aussi… moi en vous, vous en moi…"
La plupart des exégètes estiment que le texte copte serait la traduction d'un original grec dont par ailleurs on a retrouvé des fragments en Egypte et qui remonterait aux années 140-150. Pour eux l'évangile de Thomas serait constitué de logia authentiques, puisés aux synoptiques, avec des interpolations fondées sur des traditions orales et des spéculations gnostiques. D'autres soutiennent au contraire que l'ouvrage ferait partie des recueils des paroles du Christ qui auraient circulé au cours du Ier siècle, antérieurement à la rédaction des synoptiques.

Icone byzantine représentant l'ensemble des 12 apôtres.

L'évangile de Barthélémy regroupe deux écrits apocryphes se réclamant du patronage d'un même apôtre: Les questions de Barthélémy et le livre de la résurrection de Jésus Christ par l'apôtre Barthélémy. Il apparaît ici comme le dépositaire privilégié des mystères divins. Dans les questions de Barthélémy, il apparaît constamment comme celui qui adresse des questions au Christ, à Marie ou à Satan, et il reçoit une révélation sur des réalités dont les textes bibliques ne disent rien: Les événements mystérieux qui ont eu lieu au moment de la crucifixion, la manière dont la Vierge a conçu l'être divin qu'elle a porté, les circonstances qui ont entraîné l'expulsion de Satan hors du monde des anges et son hostilité contre le genre humain.
Dans le livre de la résurrection, Barthélémy est salué par les autres apôtres comme le gardien des mystères du fils de Dieu. Son privilège est lié à la vision qu'il a eue à l'heure de la résurrection du Christ. Les mystères qu'il a contemplés ont pour objet le couronnement du fils par le Père, le rétablissement d'Adam et Eve dans leur condition céleste et les hymnes des anges célébrant l'événement du salut.
Ces deux textes donne à Barthélémy un rôle prééminent dans la révélation des mystères liés à la victoire du Christ sur la mort et pourtant le nouveau testament ne fournit aucun renseignement sur Barthélémy en dehors de son appartenance au groupe des disciples de Jésus. Son nom est simplement mentionné dans chacune des quatre listes canoniques (Matthieu 10.3-4, Marc 3.18-19, Luc 6.14-15, Actes 1.13-14) et il est possible qu'il s'agisse du Nathanaël de l'évangile de Jean (1.43-51). Selon la tradition il aurait prêché en Inde et en Arménie où il fut écorché vif.

Icone byzantine représentant Marie Madeleine (Myriam de Magdala).

L'évangile selon Marie a été attribué à Myriam de Magdala, premier témoin de la résurrection de Jésus et par ce fait considérée par l'apôtre Jean comme étant, bien avant Paul et sa vision sur le chemin de Damas, la fondatrice du Christianisme (Jean 20.11-18).
Cet évangile selon Marie est le premier traité du papyrus de Berlin. Il proviendrait d'Achmin ou de ses environs. Il est écrit en copte sahadique. La première rédaction de l'évangile se situe au cours du IIème siècle aux alentours de l'an 150 ce qui en fait un texte primitif et fondateur du Christianisme.
Le manuscrit qui devait être composé de 18 feuillets à l'origine n'en contient plus que 8. Les feuillets 1 à 6 et 11 à 14 sont manquants ce qui augmente les difficultés d'interprétation du texte. Toutefois cet évangile présente de nombreux intérêts théologique, philosophique, éthique et historique. Elle nous livre de précieux renseignements sur les premières communautés chrétiennes, sur leurs réflexions, leurs conflits, leurs interrogations, leurs craintes, l'exclusion du féminin et par voie de conséquence les différents modes et pratiques de connaissance qui les inspiraient. Elle délivre un enseignement métaphysique:
"Qu'est ce que la matière ? Durera t'elle toujours ?" lignes 1 et 2 page 7
et anthropologique
"Il nous appelle à devenir complètement humain" ligne 18 page 9.
Ayant été témoin privilégié de la résurrection, Marie devient l'apôtre des apôtres. C'est elle qui reçoit la mission d'annoncer à ses frères la bonne nouvelle de l'amour plus fort que la mort. Elle devient alors l'initiée, la révélatrice des mystères. Jésus lui confie des paroles qu'ignorent les autres disciples, elle communique les secrets perçus par ses visions et les explique.
Dans la croyance commune, l'après résurrection est le temps des révélations décisives qui précèdent le départ définitif de Jésus et l'envoi en mission des disciples. Cet évangile selon Marie nous communique ces instants là.

Icone byzantine représentant l'apôtre Philippe.

Les ouvrages découverts à Nag Hammadi sont de nature très diverse. On trouve des écrits gnostiques, des textes apocryphes, des paroles de Jésus et même un passage de La République de Platon périphrasé. La liste des textes est la suivante:

Codex I
1) Prière de l'apôtre Paul.
2) Le livre secret de Jacques.
3) L'évangile de vérité.
4) Le traité sur la résurrection ou épître à Rheginos.
5) Le traité tripartite. Une référence en théologie gnostique.

Codex II
1) Le Livre secret de Jean.
2) L'évangile selon Thomas.
3) L'évangile selon Philippe.
4) L'hypostase des archontes, dans le lequel une partie de la Genèse (1-6) est présentée d'une façon particulière.
5) Texte identifié comme étant la Symphonia de l'hérésie 40 du Panarion d'Epiphane.
6) L'exégèse de l'âme, où l'on retrouve les thèmes habituels de l'âme déchue.
7) Le livre de Thomas l'athlète.

Codex III
1) Le livre secret de Jean.
2) L'évangile des égyptiens ou le Livre sacré du grand esprit invisible.
3) Eugnoste le bienheureux.
4) La Sophia de Jésus-Christ.Ces deux textes traitent du même sujet mais sous forme de lettre pour le premier et sous forme de révélation pour le second.
5) Le Dialogue du Sauveur. Le sauveur dialogue avec ses disciples.

Codex IV
1) Le livre secret de Jean.
2) L'évangile des égyptiens.

Codex V
1) Eugnoste le bienheureux.
2) L'apocalypse de Paul.
3) L'apocalypse (première) de Jacques.
4) L'apocalypse (seconde) de Jacques.
5) L'apocalypse d'Adam, révélation d'Adam à son fils Seth sur les conséquences de la chute.

Codex VI
1) Les actes de Pierre et des douze apôtres.
2) Le tonnerre, intellect.
3) Authentikos Logos avec le thème habituel de l'âme privée de la gnose.
4) Aisthesis dianoia noèma, où la fin du monde est traitée sous une forme d'apocalypse.
5) Paraphrase en partie de La République (588 b-589 b) de Platon.
6) Le discours sur l'ogdoade et l'ennéade.
7) La prière d'actions de grâce, déjà connu par un texte grec (le Papyrus Mimaut) et par l'Asclépius.
8) Fragment de l'Asclépius (ch. XXI-XXIX).

Codex VII
1) La paraphrase de Séem, révélations faites à Séem sur l'esprit lumineux inengendré.
2) Le second traité du grand Seth , révélation faite par Jésus-Christ sur sa mission de sauveur.
3) L'apocalypse de Pierre.
4) Les enseignements de Silouanos, recueil de sagesse chrétienne.
5) Les trois Stèles de Seth, qui sont trois grandes prières dédiées par Dosithéos à Seth, considérée comme le Père.

Codex VIII
1) Zostrianos. Ce traité gnostique, présente des révélations sur les puissances célestes. C'est le plus long texte retrouvé.
2) La lettre de Pierre à Philippe.

Codex IX
1) Melchisedek, révélations faite au grand prêtre sur le rôle de messie et de sauveur rempli par Jésus-Christ.
2) La pensée de Noréa.
3) Le témoignage de la Vérité.

Codex X
Marsanès.

Codex XI
1) L'interprétation de la connaissance. Texte gnostique.
2) Exposés valentiniens sur l'onction, le baptême et l'eucharistie.
3) L'allogène, ou Révélations reçues par l'Allogène (l'étranger) et transmises à son fils Messos.
4) Hypsiphronè.

Codex XII
1) Les sentences de Sextus, sentences morales déjà connues en grec, en latin.
2) Fragment central de l'évangile de vérité.
3) Fragments non identifiés.

Codex XIII
1) La Protennoia trimorphe, révélations faites à la première personne par la Protennoia, ou Pensée du Père.
2) Fragment du 5e traité du Codex II.

Icone copte sur bois peint.

On peut les lire avec un esprit ouvert ou sceptique. Quoi qu'il en soit, l'étude récente des apocryphes de l'ancien, comme du nouveau testament éclaire d'un jour nouveau l'histoire de la Bible, en montrant une prolifération de points de vue qui témoigne d'une activité spirituelle intense.

 

Les fondements

Représentation de la Trinité avec Marie Madeleine et Jean le Baptiste.

La Trinité
Aucune doctrine chrétienne n'a provoqué autant de débats intellectuels que celle de la Trinité: Le Père, le Fils et le Saint Esprit, tous trois réunis en un seul et même Dieu. La première vision biblique de la Trinité est l'apparition (théophanie) de Dieu, près des chênes de Mamré, sous un aspect triple "Abraham était assis à l'entrée de sa tente… soudain il vit trois hommes" (Genèse 18.1-2).
Le Christianisme admet l'existence de Dieu en trois personnes distinctes, mais consubstantielles d'une même nature. Le Père, créateur de tout ce qui est, le Fils, engendré de toute éternité et qui s'est fait homme et le Saint Esprit qui est l'amour du Père et du Fils, tandis que le Christ est le verbe actif, la parole. C'est le dogme central de la religion chrétienne.

La cène
L'acte essentiel du culte pratiqué par les églises chrétiennes est la célébration de la sainte cène. Il s'agit de la représentation du dernier repas que Jésus prit avec ses disciples, juste avant son arrestation et sa condamnation à mort. C'est au cours de la cène (du latin cena, souper) que Jésus institua l'Eucharistie, le sacrement chrétien de communion, en invitant les siens à répéter son geste en mémoire de lui. "Pendant qu'ils mangeaient, Jésus prit du pain et après avoir rendu grâces, il le rompit et le donna à ses disciples en disant: "prenez, mangez, ceci est mon corps". Il prit ensuite une coupe de vin et après avoir rendu grâces, il la leur donna en disant "Buvez en tous, car ceci est mon sang, le sang de l'alliance nouvelle, répandu pour la multitude en rémission des péchés"" (Matthieu 26.26-28, Marc 14.22-24, Luc 22.17-20). La portée et l'ancienneté de cette institution, attestée par la première épître de Paul aux Corinthiens, expliquent que le plupart des traditions l'aient placée au cœur même de leur liturgie.

Un prêtre catholique présente l'hostie, du latin hostia, victime expiatoire. La commémoration de la cène est réalisée dans les églises romaine et anglicane, par la liturgie de la messe, du latin missa venant de mittere, envoyer. Pour l'église catholique, l'eucharistie rend présent le sacrifice de Jésus sur la croix et en cela elle représente le même sacrifice.

L'eucharistie du grec eucharistia, reconnaissance, puis action de grâce ou bénédiction devient dès les tous premiers siècles une célébration (messe dans le rite latin) du sacrement institué par le Christ à la cène.Le corps et le sang du Christ sous les espèces du pain et du vin consacrés et offerts en sacrifice au cours de cette célébration, puis distribué aux chrétiens pour nourriture spirituelle.
La participation du chrétien au festin eucharistique est bien l'accomplissement du mystère du "pain de vie" annoncé par Jésus dans le synagogue de Capharnaüm, et dont témoigne l'évangile de Jean: "La chair du Fils de l'homme" et "son sang" sont "vrai nourriture" et "vrai breuvage", moyen sûr de l'intime union des disciples au maître, et gage de la vie éternelle. Les hommes de tous les temps sont appelés par l'enseignement évangélique à cette union au Christ, et donc au partage de sa vie glorieuse dans l'éternité.
Au XVIème siècle, en Europe, les changements qui se produisirent avec la réforme conduisirent beaucoup de chrétiens à interpréter l'eucharistie comme une commémoration plutôt que comme un sacrifice. Dès lors le pain et le vin prirent un sens plus figuré, au lieu de représenter le corps et le sang du christ comme dans le dogme de la transsubstantation. A la conférence œcuménique de 1982, il a été attesté que l'eucharistie est le signe effectif du sacrifice du Christ, accompli une fois pour toutes sur la croix et définitivement opérant.

Le pain et le vin sont les éléments principaux de la cène. Lors de la Pâque, le pain devait être sans levain, aussi en occident a t'on utilisé du pain non levé ou des hosties pour cette célébration. Les chrétiens orientaux et certaines églises issues de la réforme n'ont pas adopté cette pratique du fait que les évangiles ne la mentionne jamais.

La crucifixion
La mort de Jésus se déroula selon les pratiques romaines en vigueur. Il dut subir la flagellation qui précédait toujours la mise en croix et par dérision, on lui donna un manteau de pourpre, un roseau pour spectre et on le coiffa d'une couronne d'épines. Pour l'humilier on apposa sur la croix l'inscription INRI, Jésus de Nazareth, roi des juifs. On attribue au crucifié sept paroles qui sont rapportées dans les évangiles:
- A l'adresse des responsables de son supplice: "Père, pardonne leur car ils ne savent pas ce qu'ils font".
- A l'un des malfaiteurs crucifiés à son côté et qui proclame sa foi: "Aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis".
- A sa mère et au disciple présent qui représente tous les fidèles : "Voilà ton fils…voilà ta mère".
- A Dieu: "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as tu abandonné ?" parole de solitude de l'homme dans l'attente du secours de son Dieu.
- Un cri inspiré à la fois par les besoins du corps et de l'âme: "J'ai soif".
- Une parole qui marque l'achèvement de la mission de Jésus sur terre "Tout est accompli !".
- Enfin une parole d'abandon et de confiance absolue: "Père, je remets mon esprit entre tes mains".
Alors se déchire le voile sacré du temple ouvrant ainsi à tous l'accès au saint des saints, demeure de Dieu et une secousse sismique annonce dans la perspective eschatologique la résurrection des morts acquise par la prochaine résurrection de celui qui meurt en ce moment sur la croix. La croix, jusque là objet de malédiction et instrument de honte, mais désormais autel de la réconciliation de l'humanité entière avec Dieu, devient instrument du salut et objet de gloire pour celui qui s'y rallie. La croix apparaît comme un symbole de rédemption, d'abord discrètement au temps des persécutions puis au grand jour après que Constantin eut libéré l'église. La croix demeure l'espoir, l'arme et la signe distinctif du chrétien dans la vie et dans la mort.

La crucifixion de Grünewald. Au pied de la croix figurent Marie Madeleine, le disciple Jean, Jean Baptiste qui montre le Christ ainsi que l'agneau symbole des sacrifices.

Que savons nous des 3 jours où le Christ est mort et avant qu'il ne ressuscite ? Rien ne nous est dit du Christ assumant ces 3 jours et 3 nuits dans les ténèbres du tombeau. Pourtant la tradition nous offre en méditation l'icône du christ descendu aux enfers d'où il relève les hommes du péché. Le fait que le Christ soit venu pour livrer sa vie en vue du salut des hommes est présent en contrepoint à tout évangile: "Le fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude" (Matthieu 20, 28).
Et pendant la cène: "Ceci est mon corps donné pour vous… cette coupe est l'Alliance en mon sang qui est répandu pour vous." (Matthieu 26, 26-28). Et à Nicodème, Jésus dira: "Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné le fils, l'unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas, mais qu'il ait la vie éternelle." (Jean 3, 16).
Le corps de Jésus est offert en sacrifice pour le rachat des péchés de l'humanité. Cette conception traditionnelle est résumée dans l'évangile de Jean (3, 16) citée plus haut. Cette parole est en résonnance et est comme un écho de ce que dit Jésus: "Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis." Dieu offre son fils, l'agneau vivant en sacrifice. Le sacrifice de Jésus pour la Pâques des Chrétiens met en parallèle avec le sacrifice de l'agneau mâle premier né de la Pâque des juifs de l'ancien testament.
Ici naît la nouvelle Alliance dans le corps et le sang du Christ que Dieu scelle avec les hommes et que le nouveau testament dévoile dans le mystère de la résurrection. Le tombeau symbole de mort et de ténèbres devient matrice de lumière à l'aube de la résurrection.

Cette grotte situé au nord du mur de la vieille ville de Jérusalem a pu être le tombeau du Christ. Découverte en 1867, elle servit de sépulture dès le IXème siècle avant J.C.

La résurrection
La résurrection du Christ est le point central de la foi chrétienne. A trois reprises, Jésus annonce sa mort et sa résurrection:
Une première fois juste après que Pierre ait déclaré que Jésus est le messie, Matthieu (16, 21-23), Marc (8, 31-33), Luc (9, 21-23).
Une deuxième fois alors que les disciples se trouvent tous ensemble en Galilée, Matthieu (17, 22-23), Marc (9, 30-32), Luc (9, 43-45).
Une troisième fois lorsque Jésus est sur le point de monter à Jérusalem, Matthieu (20, 18-19), Marc (10, 32-34), Luc (18, 31-34).
Mais les évangélistes soulignent que les disciples ne comprennent pas le sens de cette annonce. La mort de leur Maître leur semble incompréhensible et leurs esprits ne sont pas prêts à concevoir ce qui est en germe dans la résurrection.
La résurrection est pour le Christ la fin de son existence historique et le début de son existence glorieuse. Cette existence glorieuse de Jésus a été entrevue lors de la Transfiguration, lorsque Jésus apparaît à ses trois disciples Pierre, Jacques et Jean au sommet de la montagne, Matthieu (17, 1-13), Marc (9, 2-13), Luc (9, 28-36). Ces trois compagnons seront aussi appelés près de Jésus lorsqu'il vivra l'agonie à Guethsémani. Jésus révèle ici sa gloire à ceux qui seront également témoins de son abaissement.
Jésus transfiguré change d'apparence: "Son visage se mit à briller comme le soleil et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière", Matthieu. "Son visage changea d'aspect et ses vêtements devinrent d'une blancheur éblouissante", Luc.

Vitrail de la cathédrale de Chartres illustrant la Transfiguration.

Cette particularité du changement d'aspect du visage et du corps apparaît nettement dans les récits évangéliques qui annoncent l'apparition du Christ après sa résurrection et l'on peut penser que la transfiguration est une préparation des disciples à concevoir ce qu'il y a d'extraordinaire et d'inconcevable dans la résurrection de Jésus.
Les récits évangéliques de la résurrection présentent des différences quant aux faits historiques mais nous savons qu'un long processus de tradition orale a précédé la mise par écrit des témoignages et que chacun a retenu ce qui passait pour le plus important dans le milieu auquel il s'adressait. Il est pourtant très instructif de noter 7 ressemblances entre les divers récits:
1) L'initiative de la rencontre avec le ressuscité vient toujours de lui: "Il vient au devant", "il apparaît", "il s'approche", "il se tient là".
2) La reconnaissance n'est pas instantanée. Marie de Magdala le prend pour un jardinier, Jean (20, 14) et dans l'apparition au bord du lac de Tibériade, c'est le disciple préféré de Jésus qui le reconnaît le premier, Jean (21, 7). Toutefois aucun des disciples n'osait lui demander "Qui es tu ?" car ils savaient que c'était le seigneur, Jean (21, 12).
3) Jésus fait reconnaître la réalité de son corps ressuscité, soit en se faisant toucher, Luc (24, 38-39), Jean (20, 27-29), soit en mangeant devant ses disciples, Luc (24, 42-43).
4) Il a la possibilité de disparaître subitement, de pénétrer dans une pièce fermée à clef, Luc (24, 31), Jean (20, 19-26).
5) Tous ces récits attestent que le tombeau est vide et le plus souvent les témoins entrent pour vérifier l'absence du corps. Pierre dira dans son premier discours, au jour de la Pentecôte, que Dieu avait prédit que "son corps ne verrait pas la corruption", Actes (2, 20).
6) Pour chacune des apparitions, le ressuscité confie une mission à ceux qu'il rencontre. Parfois il s'agit d'annoncer sa résurrection. Ainsi dans trois évangiles et dans la finale longue de Marc, il envoie des disciples à travers le monde.
7) La mention de l'Esprit Saint se retrouve également dans tous les textes. L'évangile de Matthieu s'achève par la grande formule trinitaire qui ressemble à un texte liturgique: "Tout pouvoir m'a été donné dans le ciel et sur la terre. Allez donc auprès des hommes de toutes les nations et faites d'eux mes disciples; baptisez les au nom du Père, du fils et du Saint-Esprit et enseignez leur à obéir à tout ce que je vous ai commandé. Et sachez le, je vais être avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde".

Une représentation de l'agneau de Dieu brandissant l'étendard de la victoire.

Jésus remet ainsi en route les apôtres qui s'étaient retrouvés désemparés après la crucifixion et qui doutaient de leur maître. Ils se mettent à prêcher avec une hardiesse et un courage hors du commun dès qu'ils ont reçu l'Esprit Saint au jour de la Pentecôte. Ce don de la Pentecôte achève le triomphe du Christ sur la mort, et l'effusion de l'Esprit confère aux apôtres l'intelligence de la foi, l'esprit vivifie, sanctifie, inspire, illumine, assiste et réconforte les apôtres. L'Esprit Saint est représenté par un phénomène comparé à l'irradiation de langues semblables à du feu "Et tous furent remplis d'Esprit Saint", Actes (2, 3-4). Ces langues évoquent sans doute le "don des langues" accordés aux premiers prédicateurs de l'évangile afin qu'ils soient entendus de toutes les nations, sûrement le don de communiquer efficacement l'enseignement évangélique.
Le feu est un magnifique symbole du Saint Esprit agissant sur ceux qui le reçoivent: Il éclaire leur intelligence sur l'enseignement recueilli du Christ, embrase leur âmes, les purifiant ainsi de toutes souillures, et réchauffe leur cœur par la charité divine dont il est lui même la mystérieuse essence. Les apôtres partent alors prêcher la bonne nouvelle et les premiers baptêmes marquent la fondation de l'église. Ainsi l'Alliance nouvelle est elle scellée en ce jour où l'on commémore l'Alliance ancienne. Désormais la Pentecôte sera dans la liturgie chrétienne la fête de l'Esprit Saint.

 

Les églises

L'église catholique romaine

Le pape, aussi évêque de Rome, ici Jean Paul II, est le chef de l'église catholique romaine. Il est à la tête d'une hiérarchie d'évêques et de prêtres. C'est à un collège de cardinaux qu'appartient la responsabilité de l'élection du nouveau pape. Ses déclarations sont considérées comme infaillibles et elles s'imposent à tous les catholiques.

Transcription du mot ckklésia (assemblée), généralement employé par les traducteurs grecs de l'ancien testament pour rendre l'hébreu qahal signifiant convocation, celle du peuple appelé à se rassembler sur l'ordre de Dieu et des chefs choisis par lui.
Dans le nouveau testament, l'Eglise, nouvel Israël, nouveau peuple de Dieu, est avant tout l'ensemble des chrétiens, appelés à la foi dans le Christ et qui répondent à cette convocation divine. Le même mot désigne aussi l'assemblée constituée de chacune des communautés chrétiennes, réparties à travers le monde, mais intégrées à ce tout indivisible. L'ensemble de ces églises forme l'Eglise souvent appelée par Paul, Eglise de Dieu. En un sens plus restreint on dira encore l'Eglise pour désigner les autorités qui au nom du Christ représentent et régissent l'Eglise.
L'Eglise est ainsi constituée de tous ceux qui ont répondu à l'invitation du christ de poursuivre son œuvre sur terre. On l'appelle le corps du Christ car elle réalise sa présence vivante dans le monde. Elle suit son exemple en enseignant, en prêchant et en aidant les autres. Elle est soutenue dans son action par la prière et par les sacrements qui sont au nombre de sept. Deux sacrements, le baptême et l'eucharistie viennent du Christ lui même.
- Le baptême est l'acte par lequel un individu est accepté dans l'église. Il reçoit la grâce ou le pouvoir d'accomplir l'œuvre du Christ et, au delà de la mort, d'entrer dans une nouvelle vie qui transcende la mort.
- L'Eucharistie, dite aussi communion ou sainte cène est l'acte par lequel les croyants reçoivent le pain et le vin de la Cène, donc la promesse de Jésus d'être avec eux pour l'éternité.
Les cinq autres sacrements sont:
- La confirmation où les croyants réaffirment le vœu, déjà prononcé au baptême, de rester dans l'église et de suivre ses enseignements. L'évêque étend alors les mains sur eux comme les apôtres le firent sur les premiers chrétiens en signe explicite des dons du Saint Esprit, Actes (8.14-17).
- Le mariage où l'homme et la femme demandent la bénédiction de l'Eglise sur la promesse qu'ils font mutuellement de s'engager à une relation à vie de se soutenir l'un l'autre et de s'apporter aide et consolation dans les moments difficiles.
- La pénitence ou confession est l'acte par lequel les chrétiens reconnaissent leurs pêchés et promettent de s'amender. Cette confession peut être individuelle ou publique pendant un office devant un prêtre, celui-ci ayant reçu du Christ le pouvoir de donner le pardon de Dieu, Jean (20.23).

Le geste spécifique de l'ordination est l'imposition des mains.

- L'ordination est la cérémonie par laquelle l'Eglise consacre la vocation de certains à devenir diacres, donc à servir l'Eglise, à assister les pauvres, les malades, les âmes en peine et prêcher l'evangile) ou prêtres et donc à célébrer l'eucharistie, absoudre et enseigner.
- Le sacrement des malades appelé autrefois extrême onction est un rite en usage pour secourir les malades et les mourants. Il consiste en prières et onction avec de l'huile sur les paumes des mains afin de préparer à la mort quelque soit l'issue de la maladie.

Sacrements

Gestes

Paroles

Le baptême

Verser de l'eau sur le front ou plonger dans l'eau

"Je te baptise au nom du Père et du fils et du Saint Esprit."

La confirmation

Onction sur le front avec de l'huile (Saint chrême)

"Sois marqué de l'Esprit Saint, le Don de Dieu."

L'eucharistie

Pain et vin partagés

"Ceci est mon corps livré pour vous. Ceci est mon sang versé pour vous et pour la multitude."

La réconciliation

Geste de la main du prêtre

"Et moi au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, je vous pardonne tous vos péchés."

L'ordination

Imposition des mains

"Nous t'en prions, Père: donne à... d'entrer dans l'ordre des prêtres, Répands en lui l'Esprit de Sainteté."

Le mariage

Echange des consentements

"Je te reçois comme épouse et je me donne à toi." "Je te reçois comme époux et je me donne à toi."

Le sacrement des malades

Onction d'huile sur les mains

"Par cette onction sainte, que le Seigneur vous réconforte par la grâce de l'Esprit Saint."

 

L' église orthodoxe

Le patriarche oecuménique de Constantinople (Istambul) Bartholoméos 1er. Contrairement à l'église catholique romaine, l'église orthodoxe a une structure très horizontale avec quatre patriarcats anciens (Constantinople/Istanbul, Antioche/Damas, Jérusalem, Alexandrie), d'autres qui se sont créés au cours de l'histoire (Géorgie, Bulgarie, Roumanie, Serbie, Russie, Grèce...) et un certain nombre d'églises élisant un primat. Toutes ces églises sont autonomes.

L'église orthodoxe ou orthodoxie (foi droite) issue du schisme de 1054 se compose de plusieurs entités ayant chacune une organisation indépendante. L'autorité de ces églises est le fait d'un conseil œcuménique qui interprète la tradition et régit la discipline. Chaque église nationale à son pratriarche, celui de Constantinople est le "premier parmi les égaux". Elle rejette l'autorité du pape et en particulier le concept d'infaillibilité en matière de foi. La conception orthodoxe en matière d'infaillibilité sur la foi s'appuie sur des conciles locaux. Seule une instance collégiale peut définir la foi de l'église, un homme seul ne pouvant pas posséder la vérité. Un autre point de doctrine l'oppose à l'église de Rome, le filioque. Pour l'église romaine, l'Esprit Saint procède à la fois du Père et du fils alors que pour l'Eglise orthodoxe, l'Esprit Saint procède du Père par le fils tel que cela à été défini dans le credo de Nicée en 325. L'immaculée conception n'étant pas jugée nécessaire à la foi, elle est donc rejetée.

Liturgie orthodoxe.

La doctrine orthodoxe prône que l'évangile est source de toute la connaissance de Dieu. L'homme déchu, exclus du jardin d'Eden, doit reconquérir librement et par l'intermédiaire du Christ, l'amour divin. La sanctification doit être personnelle. Par la foi, le repentir et la vie sacramentelle, l'homme peut ressentir la présence de l'Esprit de Dieu. La personne ayant ressenti cela vit en communion avec le Christ. Le salut ne peut donc être qu'individuel. L'Eglise veille, par ses sacrements à ce que l'homme ne soit pas perdu, l'Eglise n'étant pas seulement la hiérarchie mais l'ensemble des baptisés. L'Eglise reçoit l'Esprit Saint dont elle est responsable collectivement.
L'Eglise orthodoxe reconnaît les sacrements de l'Eglise catholique à quelques variantes près. Ainsi les jeunes enfants peuvent recevoir l'eucharistie et la confirmation et le baptême se fait par triple immersion. Le monachisme est considéré comme un sacerdoce prophétique, les moines exprimant l'action du Saint Esprit à travers leur mode de vie. Leur vie est essentiellement contemplative. Un homme marié peut être ordonné diacre puis prêtre mais une fois ordonné, il ne peut plus se marier ou se remarier. Les évêques sont toujours célibataires et sont élus parmi les prêtres célibataires ou les moines.

La réalisation des icônes fait l'objet de soins très particuliers de la part de l'artiste qui les réalise. Certaines ont la réputation d'avoir été créées par miracle, on les appelle ikonos akheiropoiêtos ou icône non faite de main d'homme.

Les icônes jouent un très grand rôle dans la liturgie. La liturgie insistant sur l'intercession des saints, leur représentation sous forme d'icônes a un caractère très particulier. En effet, elle ne sont pas de simples représentations de saints ou du Christ mais constituent des preuves visibles de l'incarnation de Dieu à travers le Christ. Ces icônes qui décorent les églises sont l'objet d'une vénération particulière de la part des fidèles et tiennent un rôle important dans toutes les cérémonies. Elles représentent l'humanité céleste à venir. Leur réalisation est extrêmement soignée et l'accent est mis sur l'expression du visage afin que l'icône soit éclairée de l'intérieur. La lumière de Dieu est transmise aux hommes à travers la lumière de l'icône.
Les offices sont célébrés le dimanche et les jours des grandes fêtes sont en général calculées d'après le calendrier Julien. En effet si toutes les églises utilisent ce calendrier pour le cycle Pascal certaines ont commencé à utiliser le calendrier grégorien pour toutes les autres fêtes.

L'église orthodoxe russe de Nice.

Un certain nombre de sectes se sont développées en milieu orthodoxe, surtout à partir du XVIIIème siècle. Les Stoptsy ou Skoptsy, qui pratiquaient la castration volontaire jugeant toutes les formes de sexe comme un péché, ont quasiment disparu. Les Molokans, qui doivent leur nom au fait qu'ils boivent du lait les jours de jeûne, refusent toutes les représentations divines (images, croix...). Ils pensent que c'est la réunion des fidèles et non le lieu qui est sacrée, aussi ils n’ont pas d’église ou de temple. On les trouve aujourd'hui dans les campagnes de l’Est de la Turquie, mais aussi en Géorgie, Arménie et Azerbaïdjan.

 

Les églises protestantes

Contrairement aux catholiques qui justifient leur doctrine par la phrase de Jésus à Pierre: "Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise", les protestants estiment que l'Eglise, dans ce qu'elle a de visible et d'institutionnel est seconde, l'important étant la parole de Dieu qui convoque et rassemble les croyants. L'Eglise réelle est invisible et ne possède aucun pouvoir temporel. L'Eglise protestante se considère comme une réalité humaine, toujours appelée à se transformer, à se réformer. C'est dans le partage des idées et des vérités partielles porteuses par chaque individu nécessairement limité que se crée la communauté de croyants et donc l'Eglise.
Pour les protestants, il n'existe pas d'autorité suprême , de magistère. Personne ne possède la vérité, Seul Dieu peut éclairer la lecture qui est brouillée par les fidèles du fait de leur environnement, de leurs croyances, de leur idéologie. Aussi les conflits d'interprétation sont ils en permanence ouvert. Chaque croyant se doit d'interpréter la Bible qui jouit d'une priorité absolue par rapport à tous les autres textes comme ceux de Luther ou de Calvin. Elle a la primauté historique et spirituelle.

L'intérieur d'un temple, ici celui de Saint Jean du Gard, est particulièrement dépouillé afin de favoriser le recueillement.

Pour un protestant, il ne peut pas y avoir d'intermédiaire ente lui et Dieu. Chaque individu doit personnellement rendre compte de ce qu'il croit, et de la façon dont il croit sans avoir recours à des formules ou des réponses prédéfinies. Contrairement au Dieu présenté comme un juge devant peser les bonnes et les mauvaises actions, Dieu est représenté comme infiniment bon, offrant le pardon gratuitement. Le croyant n'a donc rien à prouver et l'affaire de son salut est réglée. Il se doit alors de manifester dans sa vie de tous les jours, le fait d'être libéré, libre pour lui et les autres. Il ne doit plus être angoissé quant à son salut mais reconnaissant. Il est débarrassé de son souci comptable et devient donc plus disponible pour les autres. La vocation ne se limite plus au seul clergé et chaque être humain a une mission qu'il accomplit aussi bien au couvent que devant un four de boulanger. Sa seule obligation est "aime ton prochain comme toi même", ce qui bien évidemment n'est jamais acquis d'où la nécessité de répéter sans cesse le message.
Le fait que le contrôle du pardon ne dépende que de Dieu et non de l'Eglise affaiblit le rôle du clergé. Luther le premier a aboli la distinction entre le clergé et les laïcs. Tous les croyants sont fondamentalement égaux par leur baptême, ce qui les rend responsables à part égale de la mission de l'Eglise. Ce sacerdoce universel fait que tous les chrétiens baptisés sont prêtres. Evidemment, pour assurer le fonctionnement de l'Eglise, les réformateurs ont créés, non pas une hiérarchie puisque celle ci ne doit pas exister, mais des ministères (du latin ministerium "service") dont celui de pasteur (responsable de son troupeau) qui est accessible aux hommes et aux femmes.
Le culte qui désigne la réunion publique d'une communauté est un temps particulier mais non un temps sacré car il existe une infinité de façon de rendre un culte à Dieu, en priant, en chantant, que l'on soit n'importe où. C'est un acte, tout à fait libre, de reconnaissance qui doit être réalisé dans la joie. Le culte communautaire, rassemblement d'égaux, comporte deux parties distinctes: La liturgie, temps de mémoire de prières et de chants, et l'écoute de l'écriture et de son actualisation. Les pasteurs assurent le culte mais des laïcs ayant reçu une formation analogue, notamment en ce qui concerne les commentaires et l'actualisation des écritures, peuvent assurer ce ministère de la parole.
Selon les témoignages bibliques, Jésus invite ses disciples à renouveler deux gestes, le baptême et la cène. Le baptême est une entrée dans la communauté mais c'est un pacte conclu avec Dieu qui l'assure de la résurrection de Jésus sans contre partie. La communauté présente ce jour là n'étant que le témoin de l'acte. La cène n'est ni un repas banal, ni un geste magique. Elle représente une célébration, un souvenir de l'acte fondateur du Christianisme.
Pour résumer la foi protestante peut s'exprimer en trois points essentiels:
- Dieu seul, sans intermédiaire entre lui et le croyant.
- La Bible seule, sans interprétation officielle, comme seule source de doctrine.
- La grâce seule, offerte par Dieu sans que l'être humain cherche à la mériter par de bonnes œuvres.
Du fait qu'elle soit amenée à se réformer en permanence, aucune institution ne détenant la vérité, est apparu un pluralisme religieux dont les principales émanations sont les suivantes:

Henri VIII rompit avec Rome qui refusait son divorce en 1531. En 1563, l'église anglicane adopte un dogme en trente-neuf articles d'inspiration calviniste bien que la lithurgie soit proche du rite romain.

L'église anglicane: On devrait plutôt dire des églises anglicanes, car il s'agit d'un ensemble d'églises réparties dans le monde dont l'archevêque de Canterbury est le "premier parmi les égaux" des différents chefs. Cette église a été créée du fait de la rupture avec Rome lors d'une affaire de divorce concernant le roi Henry VIII en 1531. En 1563, sous Elisabeth Ière, l'église anglicane adopte un dogme de 39 articles d'inspiration calviniste après que Thomas Cranmer ait créé une première liturgie en 1553. La liturgie et la hiérarchie sont toutefois assez voisines du catholicisme romain.

Martin Luther (1483-1546) présenta sa doctrine en 1530 dans la confession d'Augsbourg.

Les églises luthériennes: Ces églises issues des enseignements du réformateur allemand Martin Luther est très présente en Allemagne et en Scandinavie d'où elle a essaimé dans le monde entier. Elles sont dirigées par un synode présidé par un surintendant général. La liturgie est voisine de celle du catholicisme romain bien que la place centrale soit occupée par la prédication. Certaines églises ont conservés leurs évêques.

Les églises presbytériennes: Elles sont fidèles aux enseignements de Jean Calvin tel qu'ils ont été définis à Genève au temps de la réforme. Comme pour les luthériens, on y insiste sur la primauté de l'autorité de la Bible. Elles sont dirigées par des synodes ou conseils presbytéraux issus d'une même région. Le culte est très simple fait de lecture, de prédications, de prières improvisées et de chants de psaumes.

Le congrégationalisme: Dans ce cas, l'accent est mis sur l'indépendance de chaque église locale. Cette indépendance est largement due aux mouvements séparatistes à l'intérieur du puritanisme anglais. Comme dans les églises libres, il est souligné que l'appartenance à l'église est le fait exclusif des croyants et non de la société.

Fondé à Sainte-Marie-aux-Mines en 1693 par Jacob Amann,le mouvement Amish s'appuie sur une règle, l'Ordnung, qui règle tous les détails de la vie pratique, de la naissance à la mort. L'accent est mis sur la simplicité de la foi.

Les églises baptistes: Ces églises récusent le baptême des enfants, celui ci étant alors le signe de la confession de foi de l'adulte. Elles sont présentes un peu partout dans le monde, sont indépendantes et comme toutes les églises réformées, elles insistent sur l'importance des écritures.

Les églises méthodistes: A l'origine de ces églises, existe le mouvement du renouveau évangélique du XVIIIème siècle et de l'activité de John Wesley, un anglican. Elles sont réparties en circonscriptions ou districts et sont dirigées par une conférence des ministres et des représentants des membres de l'église. Le culte est très sacramentel mais comporte des aspects non formels.

Les églises pentecôtistes: Comme leur nom l'indique, dans ces églises, l'accent est mis sur le rôle du Saint Esprit. Dans les assemblées on prophétise fréquemment. Ces églises sont surtout implantées en Amérique du sud.

William Booth (1829-1912) fondateur de l'armée du salut dont le slogan est "Soupe, Savon, Salut".

L'armée du salut: Elle a été créée au XIXème siècle pour porter l'évangile aux plus pauvres et pour faire de l'action sociale surtout en ville. Dirigée par un général élu par un conseil composé par les chefs de tous les territoires, son quartier général est situé à Londres. Ses membres rejettent les sacrements.

Les Quakers: Portant également le nom de Société des amis, ses membres se réunissent pour une méditation pendant laquelle ils attendent l'inspiration de l'Esprit. Une très grande importance est donnée à l'action sociale. Ils rejettent les sacrements.

 

 

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