Ramakrishna Ramakrishna Ramakrishna

 

Swami Brahmananda

 

 

"La spiritualité est un fleuve de félicité infinie,

que le navire qu'est votre âme y évolue paisiblement.",

entendait-on chanter Swami Brahmananda

 

 

 

 

 

Rakhal, le ‘fils’ de Ramakrishna

On ne pourrait exprimer combien Ramchandra et Manomohan se sentirent bénis d’avoir rencontré le Maître, ils n’auraient jamais espéré pouvoir prendre refuge aux pieds d’un tel saint.  Ils conduisirent à Ramakrishna les membres de leurs familles et leurs amis.  C’est ainsi que, durant le dernier trimestre de 1881, commencèrent à arriver les disciples de Calcutta qui renonceront au monde.  De ceux-ci, Rakhal Chandra Ghosh, le futur Swami Brahmananda, fut le premier.  Il avait épousé la sœur de Manomohan et c’est dans la famille de celui-ci qu’il entendit parler du Maître.  Ce fut un peu après son mariage qu’il se rendit à Dakshineshwar pour la première fois.  Ramakrishna raconta: “Avant que Rakhal ne vînt, j’avais eu une vision, la Mère de l’univers arriva soudainement avec un enfant et, le plaçant sur mes genoux, Elle dit: ‘C’est ton fils.’  Je fus terrifié d’entendre cela et demandai: ‘Comment ça?  Comment puis-je avoir un fils?’  Elle sourit et m’expliqua: ‘Ce n’est pas un fils dans le sens ordinaire et terrestre du terme, mais ton fils spirituel à-tout-renonçant.’  Je m’apaisai.  Rakhal se présenta immédiatement après cette vision et je reconnus l’enfant tout de suite.”

Le Maître nous dit à propos de Rakhal: “En ce temps-là, Rakhal avait la nature d’un enfant de trois ou quatre ans, pour ainsi dire.  Pour lui, j’étais vraiment sa mère.  Il arrivait en courant et s’asseyait joyeusement sur mes genoux, sans la moindre gêne.  Il ne s’éloignait pas d’un pas d’ici, si ce n’était pour retourner chez lui.  J’étais ennuyé et lui suggérais de temps à autre de rentrer chez lui, craignant que son père ne lui interdît de venir ici.  Son père était un propriétaire terrien, immensément riche et tout autant avare.  Au début, il essaya d’empêcher son fils de venir de différentes manières.  Ensuite, quand il constata que beaucoup de gens riches et éduqués me fréquentaient, il n’émit plus d’objections aux visites de son fils.  Parfois, il venait ici lui-même, mais uniquement pour voir son fils.  Pour le bien de Rakhal, j’étais très attentionné envers son père et il en était fort content”

“Mais jamais aucune protestation ne s’éleva dans sa belle-famille.  Car, la maman et l’épouse de Manomohan venaient souvent ici.  Un jour, peu après que Rakhal eut commencé à me rendre visite, la maman de Manomohan arriva avec sa fille, alors jeune épouse.  J’étais inquiet, craignant que sa femme ne fît obstacle sur le chemin spirituel de Rakhal et que ce fût pour me rappeler qu’il était marié qu’on l’avait conduite à moi.  J’observai minutieusement ses traits physiques de la tête aux pieds et fus convaincu qu’il n’y avait aucune raison de s’inquiéter.  Étant un aspect bénéfique de la divine Shakti, elle ne serait jamais une barrière sur le sentier de la réalisation de Dieu de son mari.  J’en étais heureux et envoyai un mot au nahabat demandant à mon épouse de venir présenter une roupie à sa belle-fille et dévoiler son visage*.”

“Il est impossible de décrire l’enthousiasme enfantin qu’exprimait Rakhal lorsqu’il était en ma compagnie.  Il s’oubliait lui-même tout simplement.  Tous ceux qui l’ont vu alors étaient abasourdis.  Inspiré par quelque disposition spirituelle, je le nourrissais de lait caillé et de beurre, je jouais avec lui et le chérissais.  Souvent, je le portais sur mes épaules.  Même cela ne provoquait pas le moindre signe de perplexité dans son esprit.  Mais de temps en temps, je pensais: ‘S’il devait grandir et vivre avec sa femme, sa nature enfantine disparaîtrait.’”

“Je le grondais aussi, lorsqu’il faisait une bêtise.  Un jour, il eut une grande faim, il prit le beurre qui avait été offert à Kali dans le temple et le mangea entièrement.  Je le tançai: ‘Gourmand!  Tu as pris le beurre et tu l’as mangé, au lieu de contrôler ton envie, ce que tu aurais dû apprendre à faire ici!’  De peur, il se rapetissa, et il ne recommença jamais.”

“Rakhal, aussi, était jaloux comme un enfant.  Il lui était insupportable que j’aime quelqu’un d’autre que lui.  Son cœur en était blessé.  Cela me perturbait grandement, j’avais peur qu’il ne se fît du mal lui-même en étant jaloux de ceux que la Mère conduirait ici.”

“Trois ans après son arrivée ici, Rakhal se rendit à Vrindavan avec Balaram, et il y tomba malade.  Auparavant, j’avais eu une vision, la Mère l’emmenait d’ici.  Je priai alors ardemment: ‘Mère, ce n’est qu’un enfant, pratiquement ignorant, c’est pour cela qu’il est parfois jaloux.  Si, pour le bien de ton travail, Tu le retires d’ici pour quelque temps, garde-le en un endroit convenable et dans la félicité.’  Rakhal partit pour Vrindavan un peu après.  Je ne peux dire combien je fus inquiet quand on m’apprit qu’il était malade.  La Mère m’avait montré, en effet, que Rakhal, en vérité, était un des bouviers** de Vrindavan.  Lorsqu’une personne va là où elle s’incarna antérieurement, il se peut qu’elle se souvienne de sa vie passée et abandonne son corps.  Pour cela, j’avais peur qu’il ne mourût à Vrindavan.  Alors, je priai avec ferveur la Mère et elle me rassura sur ce point.  La Mère me montra de nombreuses choses concernant Rakhal, mais il m’est interdit d’en rapporter beaucoup.”

Nous avons regroupé toutes ces anecdotes sur Rakhal que le Maître nous raconta ici et là.  Swami Brahmananda, dévouera sa vie entière à son gourou, il deviendra un moine remarqué pour sa profondeur et sa sérénité, et il sera le premier président de l’Ordre de Ramakrishna***.

Swami Vivekananda arrivera auprès du Maître trois ou quatre mois après la première venue de Swami Brahmananda.

* Quand une femme reçoit pour la première fois une nouvelle belle-fille au Bengale, elle lui offre un présent, généralement de l’argent, puis enlève son voile, voit son visage et l’embrasse.

** Avec qui Krishna joua dans son enfance.

*** Swami Saradananda voulut en dire beaucoup plus sur Swami Brahmananda, mais, Swami Premananda (Babouram) lui rappelant que le Maître lui-même n’acceptait pas de dévoiler tout ce qu’il savait de lui, l’auteur y renonça.

De la 'Biographie de Ramakrishna'