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 Le Bouddhisme

 

Les origines

Le Bouddhisme tient son origine et l'essentiel de sa doctrine d'un prince indien vivant au VIème siècle avant J.C. Siddhârta Gautama fils d'un souverain de la tribu des Sâkyas naît vers 556 avant notre ère à Kapilavastu au Népal au lieu dit Lumbini. Ce prince aussi appelé Sakyamuni (Sage des Sakyas).

Sa vie est connue par des récits plus ou moins légendaires: Enfant comblé par un père attentif à ne lui faire connaître que les bons côtés de la vie, il se marie à 19 ans mais s'échappant de son palais, il se retrouve face au spectacle de la maladie, de la vieillesse et de la mort. Pris de compassion pour la souffrance humaine, il renonce au trône et part seul sur les chemins en quête de la vérité.

Après un parcours passant par la science brahmanique, le yoga et l'ascétisme le plus rigoureux qui ne lui apporte pas de réponse, il se plonge alors dans une profonde méditation au pied d'un figuier et obtient l'Eveil à l'âge de 35 ans. Il devient Bouddha: Illuminé.

Tête du Bouddha couché du Wat Po à Bangkok.

Il découvre les "4 Nobles ou Saintes Vérités" qui répondent aux 4 questions primordiales :
- Qu'est ce que la souffrance ?
- Quelle est l'origine de la souffrance ?
- Qu'est ce que la cessation de la souffrance ?
- Quelle est la voie pour faire cesser la souffrance ?

Il commence alors à prêcher la vérité. Son premier sermon "Discours sur la mise en mouvement de la roue du Dharma" eut lieu dans un bois près de la ville de Bénarès. Des disciples accourent, une communauté (Sangha) se crée faite d'hommes qui suivent la voie tracée par le maître, et propagent son enseignement. Au terme de plus de 40 ans de pérégrinations, Bouddha épuisé parvient à Kushinagara, il se couche, médite et meurt.

Mort du Bouddha entouré de ses disciples.

 

Les textes

Gautama n'a laissé aucun manuscrit, son enseignement fut divulgué oralement par ses disciples. Les premiers textes écrits datent de l'époque de l'Empereur Ashoka (-272,-232) soit 200 ans après la mort de Gautama. Ses doctrines prônent le renoncement, la compassion infinie envers tous les êtres et l'oubli de soi.

Inscription des édits d'Ashoka sur pilier de grès rose dans la région de Bénarès.

Le canon des écritures bouddhiques est composé de trois "corbeilles" (Tripitaka) en langue pali.
- Les Sûtras qui sont les paroles du Bouddha, des entretiens à bâtons rompus.
Ce sont des textes qui se composent de multiples récits, chacun formant un tout autonome. Ils se divisent en cinq parties.
1) Le Dîghanikâya
On y explique ce qu'est la recherche Bouddhique. On expose les disciplines qui permettent de maîtriser les différents arts et métiers en les condamnant fermement car l'illumination n'attache aucune importance à ces connaissances. La vraie connaissance étant celle des sensations et des sentiments depuis leur origine jusqu'à leur disparition. Cette partie se veut convaincante, moralisatrice et doctrinale.
2) Le Majjhimanikâya
Cette partie est composée de discours du Bouddha. Il s'agit pour la plupart du temps d'incantations où les mêmes phrases sont sans cesse répétées pour faire pénétrer l'idée exprimée. Les sujets abordés sont très divers.
3) Le Samyuttanikâya
C'est dans ce recueil que l'on retrouve le premier discours du Bouddha, le serment de Bénarès sur la roue de la loi, qui donne les bases du Bouddhisme.
4) L'Anguttaranikâya
C'est un recueil qui essaie de systématiser la doctrine notamment avec une abondante classification.
5) Le Khuddakanikâya
Il réunit des textes qui sont comme une illustration des Sûtras et se compose de quinze recueils très différents.

Un extrait du manuscrit sur feuille de palme du "Sûtra du tailleur de diamant de la sagesse suprême" du XIème siècle. Au centre la Bouddha prêche son sermon.

- Le Vinaya où corbeille de la discipline concerne la vie monastique et tout ce qui s'attache à l'observance de la règle. Ce texte est composé de récits critiquant les mauvais moines qui portent tous les vices en eux. Il énumère les deux cents vingt sept fautes condamnées par le Bouddha. Il donne également les quatre vingt dix pénitences attachées à certaines fautes comme le mensonge, l'injure… La deuxième partie de ce texte est consacré aux nonnes et se montre plus sévère en ce qui concerne les interdictions que pour les moines. Il se termine par des règles concernant le culte, les traditions et les coutumes.

- L'Abhidharma qui est un corpus de traités de psychologie bouddhique "corbeille de la doctrine suprême". C'est un ensemble d'exposés synthétiques de différentes questions laissées sans réponses par les deux autres corbeilles qui avaient été à la source de nombreuses sectes, chacune ayant sa propre interprétation des enseignements du Bouddha. Lors du concile de Ceylan vers 35 avant J.C., l'ensemble de ces différents textes fut assemblé et forma la troisième corbeille sans qu'aucun tri ne soit fait entre les différentes écoles. Il comprend sept livres.

 

La voie

L'enseignement du Bouddha se décompose en deux grand axes qui sont à la base de toutes les écoles bouddhiques. Ce sont les Quatre Nobles Vérités (Arya-Satya) et l'octuple sentier (Ashtangika-Mârga).
- La première vérité est un diagnostic. Toute existence est duhkha, douleur et insatisfaction (naissance, mort, non obtention de ce que l'on désire…)
- La deuxième vérité est la cause. L'origine de toute cette souffrance est l'avidité, le désir (Trishnâ).
- La troisième vérité est le pronostic. Il existe un moyen de supprimer le désir et donc la souffrance (Nirodha).
- La quatrième vérité est l'ordonnance. Le salut est dans le suprême détachement. Cet état de détachement total est obtenu en suivant la voie de l'octuple sentier.

Cet octuple sentier est composé, comme son nom l'indique de huit étapes appartenant à trois domaines complémentaires, la conduite éthique (Shilâ), la discipline mentale (Samâdhi) et la sagesse (Prajnâ). Les huit points se caractérisent chacun par l'adjectif juste, ou parfait.
- La conduite éthique englobe la Parole juste, l'Action juste et les Moyens d'existence justes. Cinq préceptes sont à la base de cette conduite:
ne pas voler;
ne pas tuer;
ne pas commettre d'adultère;
ne pas mentir;
ne pas absorber des boissons ou des drogues enivrantes.
Les moyens d'existence proscrivent les métiers attentant à la vie (boucher, chasseur…)
- La discipline mentale est obtenue par la pratique assidue de la méditation. Elle englobe l'Effort juste, l'Attention juste et la Concentration juste. Cela implique le développement du bien en soi, la prise de conscience des activités du corps, de l'esprit et des émotions et l'accession aux divers stades du recueillement.
- La sagesse englobe la Compréhension juste et la Pensée juste. Cette compréhension représente la maîtrise des Quatre Nobles Vérités et la pensée, la volonté de renoncement, le tolérance envers tout ce qui vit.

Bouddha couché du Wat Po à Bangkok.

Un point important de l'enseignement bouddhique est l'impermanence des choses, tout périssant inéluctablement. La mort n'est qu'un épisode dans un long cycle de transformations. Ce que l'on nomme "personne" n'est en fait qu'un assemblage limité dans le temps, un simple élément d'une chaîne qui se transforme sans fin.
La renaissance des morts dans un autre corps est déterminée par le karma. Tous les êtres renaissent continuellement et participent à la ronde infernale des naissances et des morts (samsâra). Le karma désigne les éléments tels que pensées, paroles et actes qui participent à la loi de causalité. Les effets du karma ne se limitent pas à la vie présente mais se répercutent sur de longues périodes provoquant ainsi des renaissances favorables ou non. L'état d'esprit d'une personne qui est sur le point de mourir est très important car il conditionne sa renaissance. Aussi sa famille, ses amis et des moines sont ils toujours à son chevet pour l'aider à méditer.

Le but du Bouddhisme est d'enseigner aux êtres sensibles à éteindre graduellement les feux de la haine, de l'illusion et de l'avidité, graines de mauvais karma, pour parvenir au Nirvana , état de complétude infinie.

Bouddha aux serpents du Wat Po à Bangkok.

 

Les écoles

Avec le temps et l'expansion géographique, différentes visions du chemin bouddhique apparaissent. Deux grands courants et un troisième plus petit coexistent :

I) Hinayana (petit véhicule), Bouddhisme philosophique. Il domine au Sri Lanka, en Thaïlande, au Cambodge et au Laos. Son idéal est l'Arhat: disciple qui parvient à l'illumination grâce à la méditation sur le Dharma du Bouddha et qui est libéré du cycle de la réincarnation.

Pagode Shwe Dagon à Rangoon. Les Stupas d'origine indienne, constructions élevées à l'origine pour honorer les saints, sont devenus avec le Bouddhisme des monuments pour abriter les reliques du Bouddha. Lorsque le Bouddhisme a essaimé les moines ont emportés les reliques pour les abriter dans de nouveaux stupas dont le style et le nom changea en fonction du lieu (Dagoba, Chaitya, Pagoda).

II)Mahayana (grand véhicule), Bouddhisme religieux. Il se distingue par le concept de la vacuité, par l'idée d'un éternel Bouddha et par la croyance en la bouddhéité: l'essence de la religion est virtuellement présente en tout être. Il domine aujourd'hui en Chine, en Corée, au Japon, au Népal et au Tibet. Il propose le chemin du Bodhisattva comme accomplissement suprême. Le Bodhisattva est un être qui choisi de devenir pleinement illuminé et se consacre à aider les autres êtres pour parvenir au salut.

Appartenant au Mahayana, existent trois branches issues du Bouddhisme et d'influences extérieures.

1) Le Lamaïsme tibétain qui combine le Bon, religion tibétaine primitive avec ses chamanes, ses esprits, ses rites et pratiques magiques et le Vajrayana (véhicule de diamant) qui fait appel aux mudras (gestes symboliques), aux mantras (formules sacrées) et aux mandalas (diagrammes cosmiques) pour développer la vie spirituelle.

Quelques signes des mudras :
(1) Méditer.
(2) Enseigner.
(3) Prendre la terre à témoin.
(4) Exaucer un voeu.
(5) Apporter protection et apaisement.

2) Les sectes japonaises. Les sectes japonaises sont nombreuses et variées. Elles sont issues d'un mélange de Bouddhisme et de Shintoïsme traditionnel. Depuis l'introduction du Bouddhisme par Shotoktaishi en 621, et sous l'influence de la Chine, l'histoire religieuse au Japon s'est révélée très riche, aussi de nombreux mouvements ont été créés:
- La secte Tendai, fondée en 805 sur un modèle chinois a surtout pour but d'encourager tout un chacun à devenir un Bouddha.
- La secte Shingon, fondée en 807, très mystique, est orientée vers la méditation.

Le Bouddha Amida (Amitâbha) est le Bouddha le plus vénéré au Japon.

- Les sectes d'Amida sont très différentes du Bouddhisme traditionnel. Au XIIème siècle le moine Genku (Hônen) fonda la secte Jôdo, pour qui seul le Bouddha Amida (Amitâbha) peut obtenir pour une personne le rachat et l'entrée dans la " terre pure ". Seules les prières adressées à Amida peuvent l'obtenir, nos propres efforts sont vains. Shinran Shonin fonda par la suite la secte Shin qui renforce encore cette idée.
- Nichiren, un moine du XIIIème siècle fonda une secte qui prit son nom. Il souligna l'importance du Bouddha historique à titre d'incarnation du Bouddha éternel. L'éveil, dans son cas, consiste à reconnaître que l'homme, le monde et le Bouddha ne font qu'un.
- La Sokka Gakkai ou société pour l'étude des valeurs créatives est la plus importantes des nouvelles religions du Japon. Elle a vu le jour en 1930 grâce à Tsunesaburo Magikuchi (1871-1934). Il mit au point une théorie de l'éducation reposant sur les enseignements du moine Nichiren qui considérait le fameux Sûtra du Lotus comme la quintessence de la vérité de Bouddha. Elle observe deux grands rituels. Le premier concerne le culte d'un mandala qui sert de support à la méditation et que l'on dit écrit de la main de Nichiren. Ce mandala est conservé dans le temple principal de la secte à Taiseki-ji près du mont Fuji. Le second rituel, l'invocation Daimoku consiste à psalmodier deux fois par jour devant un autel: "Je salue le Sûtra du Lotus". Comme d'autres mouvements japonais elle recourt volontiers à l'art, à la musique, à la danse, à l'éducation pour délivrer son message. Elle met en avant la protection de l'environnement et l'instauration de la paix universelle. Ce mouvement est reconnu dans cent cinquante pays. Elle a fondé en 1964 au Japon son propre parti politique, le Komeito (parti pour un gouvernement propre).

Un moine bouddhiste Zen en tenue de travail entretient un jardin composé de sable ratissé. Les lignes et les proportions de ces jardins typiques, favorisent la méditation.

3)Le Ch'an chinois ou Zen nippon. Son essence réside dans sa prise directe sur l'âme, indépendamment de toute analyse rationnelle et dans sa quête de l'éveil (Satori). L'illumination est favorisée par la pratique du Zazen (méditation assise) et l'utilisation de Koans (questions déconcertantes pour la logique, par exemple : Quel bruit fait une seule main qui applaudit ?). Il utilise également des formes d'arts particuliers, la voie du thé, la voie des fleurs, la calligraphie, la peinture, la poésie, l'arc…

Un résumé des différents courants du Bouddhisme.

III) Le Tantrisme (véhicule de diamant). La voie du Tantrisme ou vajrayâna naquit au VIème siècle, se fonde sur des textes appelés tantra et a recourt à la méditation, au rituel, au symbolisme et à la magie. Les pratiquants estiment que les tantra sont un bon moyen d'atteindre la nature de bouddha. Le Tantrisme cherche à établir un lien continu entre tous les états de l'humanité, purs et aussi impurs. Ainsi les oppositions entre sentiments sont dissoutes dans la compréhension de leur nature indifférenciée en les dépouillant de ce qui semble être leurs caractéristiques propres. Dans le vajrayâna cinq dhyâni-buddha ou bouddhas transcendantaux sont les principaux supports de méditation: Akshobhya, Amitâbha, Amogasiddhi, Ratnasambhava et Varochana. Les bouddhistes tantriques considèrent chacun d'eux comme une manifestation spécifique de l'essence de Bouddha. Les pratiquants apprennent à visualiser ces aspects de la nature du Bouddha et à s'y identifier en utilisant la récitation de mantra et la méditation sur le mandala de la déité. Le yoga est également utilisé dans ce but.

Moines Ajari bénissant des fidèles.

Les chemins du Bouddhisme peuvent être très divers. Ainsi au Japon, un groupe de moines Tendaï, les Ajari, se soumet depuis le VIIIème siècle à un entrainement rituel, la marche des mille jours. Durant cette période, les moines, en tenue blanche avec un chapeau semblable à une pirogue renversée et des sandales de paille, parcourent en courant la ville de Kyoto et ses alentours. Ce périple initiatique est rythmé par un mantra sanscrit récité en silence. Au 700ème jour le moine doit respecter une retraite de neuf jours sans manger, ni boire, ni dormir appelée "la mort vivante". On ne devient Ajari, du sanscrit Acharya "maître spirituel" qu'après ce périple de plus de trente mille kilomètres.

Le Bouddha enseignant à ses disciples. VIIème-VIIIème siècle, grotte de Magao, Chine

 

De AACAWEB