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Le Bardo Thödol
 
 

Le Bardo Thödol ou Livre des morts tibétain est un texte du bouddhisme tibétain décrivant les états de conscience et les perceptions se succédant pendant la période qui s’étend de la mort à la renaissance. L’étude de son vivant ou la récitation du principal chapitre par un lama lors de l’agonie ou après la mort est censée aider à la libération du cycle des réincarnations, ou du moins à obtenir une meilleure réincarnation.

 

Les thödols

Le nom de l’ouvrage, ou plutôt celui de sa partie principale, la seule traduite jusque 2005, composé de bardo (état intermédiaire), de thö (entendre) et de dol (libérer), signifie libération par l’audition pendant les stades intermédiaires [entre la mort et la renaissance]. Entendre le texte récité ou le connaître par cœur peut effectivement suffire – théoriquement- à libérer le défunt de la samsara. Le nom de thödol s’applique à différents textes dont la récitation aux morts a le pouvoir de libérer des renaissances. Il existe par exemple un livre des morts associé au Bonpo : La lampe qui illumine la libération par l’écoute pendant les bardos (sNyan brgyud bar do thos grol gsal sgron chen mo), qui ressemble au livre des morts tibétain et pourrait l'avoir précédé de deux siècles.

 

 

Ce couple de divinités est souvent lié au Bardo Thödol, peut-être pour signifier la réincarnation humaine

 

Origine

Cet ouvrage appartient à l’école Nyingmapa, dont la tradition voit dans les textes sacrés des redécouvertes (terma) d’ouvrages cachés par un auteur prestigieux. C’est le cas du Bardo Thodol, attribué à Padmasambhava, fondateur de l'école, et "découvert" sur le mont Gampodar par le fils âgé de quinze ans de Maître Nyida Sangyet, Karma Lingpa (~1350).

 

Contenu 

L’ouvrage contient la description des transformations de la conscience et des perceptions au cours des trois états intermédiaires qui se succèdent de la mort à la renaissance, ainsi que des conseils pour échapper aux réincarnations, ou du moins obtenir une meilleure réincarnation :

Le chikhai bardo ou étape du trépas, suivant immédiatement la mort : une lumière extrêmement brillante apparait qui est la vraie nature de l’esprit ; la personne suffisamment avancée sur le plan spirituel la reconnaitra et saura se fondre avec elle, et ainsi échapper définitivement aux renaissances. Dans le cas contraire, sa conscience s’estompe totalement pendant sept jours jusqu’à l’étape suivante.
Le chonyid bardo ou étape de l’expérience de la réalité : elle survient sept jours après l’étape précédente. La conscience se réveille et perçoit un mandala de 42 déités sous leur forme paisible ; après sept autres jours il est remplacé par un mandala de 58 déités courroucées. Si le défunt peut les reconnaitre comme des formes de réalité de la conscience et les "prendre pour mères", il peut encore éviter de poursuivre son chemin vers la renaissance, ou se préparer à une meilleure réincarnation.
Le sidpa bardo ou étape de la renaissance : après un certain nombre de jours, le défunt acquiert un corps mental doté des 5 sens ; il peut voir sa famille, circuler dans le monde en traversant les obstacles. Il a ensuite la vision de ses bonnes et mauvaises actions comptées respectivement à l’aide de pierres blanches et noires. Puis Yama se saisit de lui et le dévore organe par organe jusqu'aux os. Enfin arrive le moment de la réincarnation, à moins qu'une technique de dernier ressort, dite "obturation de l'entrée de la matrice", n'évite la venue au monde. Celle-ci peut se faire dans l’un des six états suivants : déité, déité inférieure, humain, animal, fantôme affamé, démon. Dans le cas d’une réincarnation humaine, la conscience est attirée par la vision du couple parental engagé dans l’acte sexuel.
 

Sont également décrits dans le texte trois autres bardos qui ne sont pas spécifiques à la mort, mais appartiennent à l’expérience des vivants : celui de l’état de conscience ordinaire, celui du rêve, celui de la méditation. 

L’ouvrage mentionne les rituels à observer et les quatre prières récitées par les lamas. Dans le cas où le corps n’est pas présent, une effigie sur papier du défunt, appelée jangbu, est attachée à un bâtonnet et placée sur l’autel. A l’issue du rituel, le lama la brûle, libérant ainsi l’âme de ses fautes ; celle-ci se réincarne aussitôt.

La version intégrale contient de plus des descriptions des différents signes annonçant un proche trépas, et comment éventuellement en repousser l'échéance.

L’ensemble témoigne de l’expérience de la formation et de la dissolution des divers états de conscience, obtenue grâce à la méditation. Un parallèle a été fait entre le chikhai bardo et l'expérience de mort imminente. On reconnait également l’influence des croyances et pratiques pré-bouddhiques appelées Bon et des traditions populaires.

 

 

Traductions, interprétations et emprunts

La renommée du Bardo Thödol en Occident remonte à la découverte de sa partie principale, les étapes du bardo, par le théosophe américain Walter Evans-Wentz, qui le fit traduire par le lama Kazi Dawa-Samdup (Zla wa bsam). Jung en fit une interprétation psychanalytique. 

Dans les années 60, Timothy Leary et Ralph Metzner s’en inspirèrent pour écrire The Psychedelic Experience sur les effets du LSD. John Lennon en tira Tomorrow Never Knows. 

Le lama Sogyal Rinpoche écrivit à son imitation Le Livre tibétain de la vie et de la mort

La première version intégrale en anglais a été publiée en 2005, traduite par Gyurme Dorje et révisée par Thupten Jinpa, traducteur officiel du Dalaï Lama, et Graham Coleman.

  

 

 

 Crémation tibétaine

 

Extraits

Début de la récitation : le chikhai bardo extrait de Textes Tibétains inédits traduit par Alexandra David-Néel :

"As-tu reçu l'enseignement du sage gourou initié au mystère du bardo ? Si tu l'as reçu, rappelle-le à ta mémoire et ne t'en laisse pas distraire par d'autres pensées. Conserve fermement ton esprit lucide. Si tu souffres, ne t'absorbe pas dans la sensation de la souffrance. Si tu éprouves un reposant engourdissement d'esprit, si tu te sens t'enfoncer dans une calme obscurité, un apaisant oubli, ne t'y abandonne pas. Demeure alerte. Les consciences qui ont été connues comme étant (nom du mourant) tendent à se disperser. Retiens-les unies par la force de l'Yid kyi namparshéspa. Tes consciences se séparent de ton corps et vont entrer dans le Bardo. Fais appel à ton énergie pour les voir en franchir le seuil en ta pleine connaissance. La clarté fulgurante de la Lumière sans couleur et vide va, plus rapide que l'éclair, t'apparaître et t'envelopper. Que l'effroi ne te fasse point reculer et perdre conscience. Plonge-toi dans cette lumière. Rejetant toute croyance en un ego, tout attachement à ton illusoire personnalité, dissous son Non-être dans l'Etre et sois libéré. Peu nombreux sont ceux qui, n'ayant pas été capables d'atteindre la Libération au cours de leur vie, l'atteignent à ce moment si fugitif qu'il peut être dit sans durée. Les autres, sous l'effet de l'effroi ressenti comme un choc mortel, perdent connaissance."

 

Autres :

"Lorsque les symptômes de. la mort sont sur le point d'être tous réalisés, vous [le. lama qui assiste, le mourant] l'exhortez à atteindre la disposition de. l'esprit d'Eveil. Chuchotant doucement à son oreille, vous lui dites : "Noble fils, ne laisse pas ta pensée te distraire. " Puis appelez-le par son nom et parlez lui ainsi : " Noble fils, te voici maintenant parvenu à ce aue l'on appelle la mort. Prends la disposition de l'esprit d'Eveil de la manière suivante : 'Maintenante au moyen de. cette mort, Je ne veux plus engendrer d'autre pensée que celles de l'amour, de la compassion et de l'Eveil. Puisse-je, pour le bien de tous les êtres oui peuplent l'espace illimité, atteindre, le parfait Eveil et reconnaître. dans la luminosité apparue au sein de la mort l'épanouissement de l'état de Bouddha (le Dharmakâya)..."
 

"En vertu de la nature de cette lumière, tu obtiendras le sublime accomplissement, le Grand Symbole (Mahâmudra), l'ultime Réalité... Remémore-toi les enseignements sur la méditation que tu as reçus naguère et mets les maintenant en pratique." 

"Ces mots doivent être prononcés distinctement près de l'oreille du mourant de façon à lui rappeler ses exercices passés et à ne pas laisser son esprit divaguer, ne serait-ce au'un instant. A l'arrêt complet de la respiration extérieure, comprimez ses artères et parlez-lui ainsi : "Maintenant, noble fils (Un tel), la Claire Lumière primordiale, oui est la Vérité en soi, va briller devant toi. En ce moment, ton état d'esprit correspond à cette Vacuité éblouissante... Reconnais-la et demeure en elle." Répétez ces paroles clairement et distinctement trois ou sept fois. D'abord, cela rappellera au mourant les enseignements reçus de son gourou durant sa vie. Ensuite, il reconnaîtra la luminosité de son propre esprit, une fois détaché. Enfin, l'ayant reconnue par lui-même, il s'unira inséparablement à l'état de Bouddha accompli (Dharmakâya) et sera certainement libéré."

 

De Wikipedia et autres