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Mausolée du Bab 'Ali-Muhammad Shirazi' - Haifa - Israël

 Le Bahaïsme

 

La religion bahá’íe, plus connue sous le nom de bahâ'isme ou béhâ'isme, fut fondée Trois personnalités ont mené cette révolution issue de l'islam. La première s'appelait Ali-Muhammad Shirazi (1819-1850), surnommé « le Bab » (la Porte - sous entendu : la porte ouverte sur une nouvelle ère). Il y eut ensuite Mirza Husayn-Ali (1817-1892), qui allait prendre le titre de « Baha'u'llah » (la Gloire de Dieu), relayé par son fils aîné, Abdu'l-Baha (le Serviteur de Dieu, 1844-1921). Les adeptes du bahâ'isme, ou bahâ'is, s'organisent autour de 61 000 centres liturgiques répartis dans le monde entier, et leurs écrits sont publiés en 685 langues différentes. Cette nouvelle religion est issue du bâbisme. Son centre mondial est situé à Haïfa, en Israël. Le nombre de ses adeptes, répandus dans 193 pays, s'élève à près de 4,5 millions, ce qui correspond à 0,1% de la population mondiale. Parmi ceux-ci, 50% vivent en Asie méridionale, principalement en Inde (25% environ), où les 1 050 000 bahâ'is reprèsentent 0,2% de la population nationale. Un autre groupe réside en Iran et compte environ 340 000 adeptes, soit 10% de la population. Un pourcentage important des bahâ'is (27% environ) habite dans les pays africains. En Europe, ils sont surtout présents en Grande-Bretagne (15 000 adeptes) et en Allemagne (11 000). En Israël, en revanche, malgré la présence du centre de Haïfa, ne vivent que 600 bahâ'is.
 

 Mirza Husayn-'Ali
 
 
 

Abdu'l-Baha

 
La religion bahâ'ie, qui se considère comme une religion révélée, se propose d'unir en son sein ce qu'il y a de meilleur parmi les neufs religions qui l'ont précédée (sabéenne, hébraïque, hindoue, zoroastrienne, bouddhiste, chrétienne, islamique, et babiste; elle prétend détenir la vérité.Selon le bahâ'isme, toutes les religions sont nées d'un fond commun qui rend possible l'unité de l'humanité toute entière, thématique qui complète les postulats de base de l'unicité de Dieu et de la religion. Pour le Bahâ'isme, qui se considère comme une religion révélée, Dieu est l'Unique, le Tout-Puissant, l'Absolu, l'Infini, et l'Omniscient. A l'unité de Dieu répond celle du genre humain, qui n'admet aucune différence entre les races et les sexes et qui ne tolère aucun préjugé raciste, nationaliste, ou sexiste. Par aileurs, selon le bahâ'isme, toutes les religions sont nées d'un fond commun qui rend possible l'unité de l'humanité toute entière. Les devoirs moraux, éthiques, et sociaux d'égalité entre les hommes et de paix dans le monde sont intégralement résumés en douze principes:
1) L'humanité toute entière doit être considérée comme une ;
2) Tous les hommes doivent rechercher par eux-mêmes la vérité ;
3) Toutes les religions ont une base commune ;
4) La religion doit être la cause de l'union et de l'harmonie entre les hommes ;
5) La religion réalise l'harmonie entre la science et la foi ;
6) L'homme et la femme ont les mêmes droits ;
7) Il faut refuser les préjugés de toutes sortes ;
8) Il faut réaliser la paix mondiale ;
9) Les deux sexes doivent recevoir la meilleure éducation spirituelle et morale ;
10) Il faut résoudre les questions sociales ;
11) Il faut introduire une langue et une écriture commune à toute l'humanité ;
12) Il faut établir une Cour permanente d'arbitrage au niveau mondial.

 

 Temple baha'i de New-Delhi (dit du lotus)
 
L'idée islamique de la "guerre sainte" a donc été transformée par les bahâ'is en devoir d'apporter à tous les peuples la paix universelle et la justice complète. L'égalité des sexes est revendiquée en raison du fait que l'homme et la femme reprèsentent les "deux ailes" de l'humanité, "et ce n'est que si les deux ailes sont fortes et mues par une force commune que l'oiseau peut voler vers le ciel". Pour les bahâ'is, une vie juste suppose aussi de ne faire aucun mal à personne, de supporter les injustices sans se révolter, de s'aimer réciproquement, de ne désirer que le bien, de rester humble et de s'occuper des malades. Le culte ne comporte ni rite ni sacrement.
Les bahâ'is, comme les bâbistes, considèrent le 21 mars 1844 comme le point de départ de tout calcul chronologique. Leur calendrier annuel s'articule en 19 mois de 19 jours entre lesquelles s'intercallent 4 jours. L'année commence le 21 mars, avec l'équinoxe de printemps. De plus, ils considèrent que la semaine commence le samedi et que le jour commence au coucher du soleil. Du 2 au 21 mars, le jeûne islamique est observé. La prière, toujours brève, se fait matin, midi et soir. Le bahâ'isme proclame neuf jours sacrés (le chiffre 9 a une valeur symbolique toute particulière). Le premier jour du Ridwân ("grande solennité") est notamment consacré au repos. On le célèbre du 21 avril au 3 mai en mémoire à la période durant laquelle le fondateur, en 1863, parcourut le jardin de Ridwân, près de Bagdad, en révélant à ses disciples sa haute mission.
 
 
 
 
Temple baha'i de Frankfort - Allemagne
 

 

Liturgie

Du point de vue liturgique, la méditation dans les temples est accompagnée de lectures choisies dans les textes sacrés des autres religions. Ces textes - par exemple la Pentateuque des juifs, le Nouveau Testament des chrétiens, le Coran des musulmans et le Bayân des bâbistes - ont pour fonction d'annoncer successivement, par paliers de perfection croissante, l'incessante révélation divine. En ce sens, le livre sacré supérieur à tous les textes sur la révélation qui le précédent, est logiquement le dernier dans l'ordre chronologique, est le Kittâb-i-Aqdas ("Livre Très Saint"). Il a été rédigé en 1873 par Bahâ u'llâhi qui l'écrivit en deux jours et deux nuits; pour les bahâ'istes, c'est le texte fondamental


 
 
 
 
Temple baha'i du Chili
 
 
 
 
La foi baha'ie, un humanisme contre les fanatismes

par William S. HATCHER


 
 
NI secte ni syncrétisme, le baha'isme est une religion indépendante, au même titre que l'islam, le christianisme et les autres grandes religions. Née en Perse il y a cent cinquante-six ans, prônant depuis toujours la justice sociale, la tolérance et l'égalité des droits entre hommes et femmes, la foi baha'ie s'étend lentement mais sûrement sur tous les continents, en dépit des persécutions dont elle est l'objet - en particulier dans nombre de pays musulmans. Ils n'étaient que quatre cent mille adeptes au début des années 60 et sont à présent presque six millions. Et tout indique que leur croissance va s'accélérer, tant le message baha'i est d'actualité.   
 

On ne peut comprendre ce que représente la « communauté mondiale baha'ie » qu'en se penchant sur le contexte de sa naissance, au milieu du siècle dernier. Car il s'agit d'un véritable phénomène, à la fois paradoxal et mystérieux : comment, en effet, d'un milieu islamique, chiite et intégriste, un mouvement progressiste, libéral et universel a-t-il pu surgir, puis s'étendre partout à travers le monde avec une telle rapidité ?

Dès ses débuts, la foi baha'ie professe des enseignements révolutionnaires pour l'époque : elle appelle à l'égalité des sexes, à la compatibilité de la science et de la religion, à la relativité de la vérité (y compris de la vérité religieuse) et à l'unicité absolue du genre humain. Si ces principes constituaient un défi, y compris pour le libéralisme européen du XIXe siècle, que dire du choc ressenti par le monde islamique, alors replié sur son absolutisme.

Trois personnalités ont mené cette révolution issue de l'islam. La première s'appelait Ali-Muhammad Shirazi (1819-1850), surnommé « le Bab » (la Porte - sous entendu : la porte ouverte sur une nouvelle ère). Il y eut ensuite Mirza Husayn-'Ali (1817-1892), qui allait prendre le titre de « Baha'u'llah » (la Gloire de Dieu), relayé par son fils aîné, 'Abdu'l-Baha (le Serviteur de Dieu, 1844-1921).Tout commence en 1844, dans la ville perse de Shiraz. Le Bab déclare être le Mihdi (Celui qui est guidé par Dieu), l'incarnation des attentes eschatologiques (1) des musulmans chiites. Son enseignement se limite, dans un premier temps, à un cercle de dix-huit disciples. Mais, grâce à la diffusion de ses écrits, il touche un nombre de plus en grand de personnes, de toutes les couches sociales, et finit par atteindre le grand public. Le procès grotesque qui lui sera fait à Tabriz, en 1848, pour « déviance religieuse » - et à l'issue duquel il sera sévèrement bastonné -, ne fera qu'augmenter sa notoriété.

A l'origine, le babisme est perçu, par ses propres adeptes, comme une simple réforme - bien qu'audacieuse - de l'islam. Il faudra attendre 1848 pour qu'apparaisse clairement la véritable nature des intentions du Bab. Cette année-là, les adeptes du chef religieux se réunissent dans le village de Badasht. Le Bab, emprisonné alors dans le nord du pays, ne peut participer à la rencontre, mais il envoie des messages à ses disciples. Une femme, membre du cercle des dix-huit adeptes, va créer le scandale. Il s'agit de la poétesse Tahirih, de Qazvin, dont on dit qu'elle a refusé d'épouser le chah. Elle enseigne déjà la foi babie, outrepassant ainsi les limites imposées aux musulmanes. Mais à Badasht, avec l'appui du Bab lui-même, Tahirih va aller encore plus loin : elle ôte solennellement son voile en public, affirme qu'elle ne le portera plus jamais, et proclame, à la fois, le principe de l'égalité des sexes et l'aube d'un jour nouveau pour l'humanité tout entière.

 

Temple baha'i de Sydney - Australie

 

 

Massacres et persécutions

CE geste spectaculaire marque un tournant dans l'histoire du mouvement. Les adeptes du Bab se divisent. Certains le lâchent, effrayés par tant d'audace. D'autres choisissent de rester à ses côtés. Ceux-là sont résolus et inébranlables dans leur nouvelle foi. En faisant du statut de la femme un des axes principaux de sa religion, le Bab a signalé sans ambiguïté sa volonté de briser à tout jamais le cadre traditionnel de l'intégrisme islamique.

Les représailles ne vont pas tarder. Dans les quatre années qui suivent la rencontre de Badasht, le Bab ainsi que les plus fidèles de ses adeptes sont massacrés, de façon atroce, par les autorités religieuses et politiques du pays. Le dignitaire religieux est fusillé. Tahirih est étranglée. Mais elle ne faiblit pas au moment de mourir et affirme que sa mort, loin de mettre un terme à la libération des femmes à travers le monde, en sera le coup d'envoi. Tout cela se passe, rappelons-le, en 1852, en Perse, c'est-à- dire quelque cinquante ans avant la nomination, en France, de Marie Curie comme première femme professeur à la Sorbonne.

Ces événements dramatiques retentissent jusqu'en Europe et attirent l'attention, notamment, du chargé d'affaires à la légation française de Téhéran, le comte Joseph-Arthur de Gobineau. Celui-ci fait du babisme un des sujets principaux de son livre Les Religions et les philosophies dans l'Asie centrale  (2). Et c'est après avoir lu ce livre que l'orientaliste anglais Edward Granville Browne décide de consacrer sa carrière à l'étude du babisme. Dans l'un de ses ouvrages, rédigé en 1891, il écrira ainsi à propos de Tahirih, surnommée « Qurratu'l-'Ayn » (une consolation pour les yeux) : « L'apparition d'une femme telle que Qurratu'l-'Ayn est, dans quelque pays et à quelque époque que ce soit, un phénomène rare, mais dans un pays comme la Perse, elle constitue un prodige, que dis- je ?, presque un miracle. (...) Si la religion babie ne revendiquait, pour appuyer sa grandeur, que le fait d'avoir produit une héroïne comme Qurratu'l-'Ayn, cela suffirait  (3). »

Alors que le mouvement semble menacer de s'éteindre, tant les persécutions ont été vives, Baha'u'llah prend la relève. Né en 1817 dans une famille noble de Téhéran, il a refusé de suivre la carrière politique à laquelle son père le destinait. Adepte du babisme, Baha'u'llah a été l'un des principaux acteurs de la fameuse rencontre de Badasht. Toute sa vie est parsemée d'embûches. En 1853, il est exilé à Bagdad où il reste dix ans avant d'être à nouveau banni vers Constantinople, puis, en 1868, vers la ville-prison de Saint-Jean-d'Acre, en Palestine (4).

C'est en 1863, à la veille de son départ forcé de Bagdad pour Constantinople, que Baha'u'llah déclare être « Celui par qui Dieu se manifestera », cette figure prophétique dont le Bab disait préparer la venue et qui aurait pour tâche de compléter sa mission. La grande majorité des babis finissent par accepter la revendication de Baha'u'llah, et le mouvement devient « la foi de Baha'u'llah », donc la foi « baha'ie »

A Bagdad, Baha'u'llah commence la rédaction de nombreux textes qui vont constituer l'essentiel de la révélation baha'ie. Un de ses premiers ouvrages, Le Livre de la certitude (1853) (5), présente explicitement la conception baha'ie de la relativité et de la progressivité du phénomène religieux à travers l'histoire. S'appuyant sur des faits historiques et les écrits sacrés des religions juive, chrétienne et musulmane, Baha'u'llah offre une nouvelle interprétation du vécu collectif de l'humanité. Une interprétation qui s'oppose à tout absolutisme et à tout intégrisme religieux, quelle qu'en soit la forme. Alors que le Bab semblait viser uniquement l'intégrisme islamique, Baha'u'llah vise clairement toutes les religions établies. La foi baha'ie est ainsi vécue comme un défi non plus seulement par les fondamentalistes musulmans, mais par tous les intégristes.

 

Temple baha'i de Kampala - Ouganda

Dans d'autres écrits, Baha'u'llah va encore plus loin dans ses analyses. Pour lui, le fanatisme et l'intégrisme religieux constituent les maux les plus terribles dont souffre l'humanité. La logique du chef religieux est imparable : le plus vil des voleurs est à la recherche de son intérêt personnel et il s'arrête quand il a obtenu satisfaction. En revanche, rien n'arrête le croyant fanatique, persuadé d'agir avec la bénédiction divine. Selon Baha'u'llah, la religion vise un but pragmatique : tisser les liens d'une véritable fraternité entre tous les êtres humains. De la même façon qu'on est en droit de juger une théorie scientifique d'après ses résultats quantifiables, on a le droit, voire l'obligation, dit-il, de juger une religion en fonction de sa capacité à promouvoir l'amour et l'unité entre les hommes. La religion n'est pas une fin en soi, mais un moyen, et elle a des comptes à rendre dans son interférence avec le vécu.

Toujours d'après Baha'u'llah, la religion ne doit être comprise ni comme une croyance ni comme une idéologie, mais comme une relation authentique entre Dieu et l'homme, d'une part, entre tous les êtres humains, d'autre part. Toute idéologie, qu'elle ait ou non une base religieuse, est une forme d'idolâtrie, dangereuse parce qu'elle finit tôt ou tard par accorder aux idées une plus grande importance qu'elle n'en accorde à l'homme.

Des années plus tard, en 1931, Shoghi Effendi, l'arrière-petit-fils de Baha'u'llah et l'interprète désigné de la foi (6), fait une présentation lucide de cette conception non idéologique de la religion : « L'appel de Baha'u'llah est, en premier lieu, dirigé contre toute forme d'esprit de clocher, d'étroitesse d'esprit et de préjugés. Si des idéaux longtemps chéris, si des institutions vénérées, si certains postulats sociaux et certaines formules religieuses ont cessé de promouvoir le bien-être de la grande majorité des hommes, s'ils ne contribuent plus aux besoins d'une humanité en développement continuel, alors, qu'ils soient balayés et relégués aux oubliettes des doctrines abandonnées et dépassées. (...) L'humanité n'a pas à être crucifiée pour préserver l'intégrité d'une loi ou d'une doctrine particulière. »

La foi baha'ie oppose donc un humanisme à toute forme d'idéologie. Pour elle, tuer, c'est tuer, que ce soit au nom de Dieu, au nom du prolétariat ou au nom de l'humanitaire. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si Baha'u'llah a interdit le prosélytisme ainsi que tout recours à la force pour imposer la doctrine baha'ie. Pour lui, ce sont, précisément, les crimes commis au nom d'un idéal suprême qui constituent la contradiction interne fondamentale de l'histoire de l'humanité.

Entre 1844, année de la déclaration du Bab, et la fin du XIXe siècle, la religion baha'ie ne fera pratiquement pas d'adeptes en Occident. Il faudra attendre les voyages et les conférences d'Abdu'l-Baha, la troisième figure principale de la foi, pour que cela change. Le 11 août 1911,'Abdu'l-Baha quitte l'Egypte pour Marseille, commençant ainsi un périple de vingt-huit mois à travers l'Europe et les Etats-Unis, avec des étapes, notamment, à Londres, Paris et Stuttgart. Partout, il expose les principes de la foi de son père. Ne serait-ce qu'à Paris, il participe à plus de cinquante et une conférences et discussions, pour souligner l'universalisme et l'humanisme de la religion baha'ie et faire la preuve de son caractère non sectaire et non idéologique.

Plusieurs petites communautés de baha'is commencent alors à émerger ici et là en Occident (7). Cependant, malgré le libéralisme ambiant en Europe, les idéologies qui dominent le siècle rejettent la foi baha'ie et l'attaquent. Elle se voit proscrite en Allemagne nazie. Les baha'is qui se risquent à afficher ouvertement leur religion sont traités de la même façon que les autres ennemis du national-socialisme.

En Russie, la grande communauté baha'ie d'Ashkabad ainsi que les importantes communautés de Moscou, Saint-Pétersbourg et d'ailleurs sont combattues par les bolcheviques après 1917. Ces derniers finissent par interdire la religion baha'ie sous prétexte qu'elle est un mouvement antirévolutionnaire (8). Il faut dire que, si cette foi partage certains des idéaux humanistes du marxisme, son fondement spirituel et religieux la situe à l'opposé de la thèse matérialiste des bolcheviques.

Malgré tous ces obstacles, la religion baha'ie a progressé rapidement au cours de ces cinquante dernières années, et ses textes ont été traduits, au moins en partie, dans plus de huit cents langues. Solidement établie dans plus de deux cent trente-cinq pays ou régions à travers le monde, elle compte à présent presque six millions d'adeptes. Depuis 1948, la communauté internationale baha'ie est accréditée à l'ONU en tant qu'organisation non gouvernementale et elle collabore activement avec d'autres mouvements dont les idéaux rejoignent les siens. Les dernières statistiques (9) révèlent que cette religion est, après le christianisme, la plus répandue géographiquement dans le monde.

Son extension depuis la seconde guerre mondiale est passée par plusieurs étapes, chacune assez imprévisible. La première grande percée a eu lieu en Inde dans les années 1955-1965. Aujourd'hui, on y recense plus de deux millions d'adeptes. Des avancées semblables ont eu lieu dans certaines régions d'Afrique, d'Amérique latine et d'Océanie (le roi actuel des îles Samoa occidentales est baha'i). Si, dans certains pays, notamment au Brésil, le gouvernement se félicite officiellement de l'apport de la communauté baha'ie à la société, dans la plupart des pays musulmans, elle continue d'être l'objet d'une persécution tenace et de mesures de harcèlement diverses. C'est ainsi que, à l'automne 1998, le gouvernement iranien a fermé l'université libre que les baha'is de ce pays avaient établie, après qu'ils eurent été interdits dans les autres universités du pays.

Maintenant que les grandes idéologies du XXe siècle semblent en voie d'épuisement et que l'intégrisme religieux se révèle être une impasse, peut-on espérer que le XXIe siècle sera celui d'un véritable humanisme non idéologique et non matérialiste ? Si oui, il ne fait pas de doute que la communauté baha'ie aura un rôle à jouer.

 

Temple baha'i de l'Illinois - USA

 

(1) L'eschatologie traite de la finalité de l'homme et du monde.

(2) Joseph-Arthur de Gobineau, Les Religions et les philosophies dans l'Asie centrale, Didier, Paris, 1865 ; 3e édition, Ernest Le Roux, Paris, 1900.

(3) Edward G. Browne, A Traveller's Narrative of the Bab, Amsterdam, Philo Press, 1975 (réédition de la version originale de Cambridge, 1891). Traduction française tirée de Nabil-I-Azam, La Chronique de Nabil, Maison d'éditions baha'ies, Bruxelles, 1986.

(4) En raison de cet ultime bannissement de Baha'u'llah, le Centre spirituel et administratif de la foi baha'ie a été établi sur le mont Carmel, à Haïfa, près de Saint- Jean-d'Acre, en Israël. Il y est toujours installé aujourd'hui.

(5) Baha'u'llah, Le Livre de la certitude, traduction française d'Hippolyte Dreyfus, Presses universitaires de France, Paris, 1987.

(6) A sa mort (1892), Baha'u'llah a désigné pour successeur légitime son fils aîné, 'Abdu'l-Baha, comme le « Centre » de son « alliance » avec ses adeptes, titre qui conférait à 'Abdu'l-Baha toute autorité spirituelle et administrative. A son tour, 'Abdu'l-Baha devait désigner pour successeur son petit-fils Shoghi Effendi. Ce dernier a dirigé la communauté baha'ie de 1921 jusqu'à sa mort, en 1957. La communauté mondiale baha'ie est actuellement administrée par la Maison universelle de justice, un conseil de neuf personnes élu tous les cinq ans. Pour plus de détails, lire William Hatcher et Douglas Martin, La Foi baha'ie, l'émergence d'une religion mondiale, Maison d'éditions baha'ies, Bruxelles, 1998. Et l' Encyclopédie philosophique universelle, vol. III, Presses Universitaires de France, Paris, 1992.

(7) Paris a été le creuset du message baha'i en Europe. C'est là, en effet, qu'en 1890 une jeune Américaine résidant en France, May Bolles, fonda la première communauté baha'ie sur le Vieux Continent.

(8) La communauté baha'ie franchit très tôt la frontière irano- russe pour s'établir dans la ville d'Ashkabad (capitale du Turkménistan), où le premier temple baha'i fut construit en 1902. Le premier acte officiel de persécution de la foi baha'ie en Russie remonte à 1928, quand ce temple fut confisqué par les autorités soviétiques. Au cours des dix années suivantes, on assista à un démantèlement progressif et complet de toutes les communautés baha'ies en Union soviétique. Pour plus de précisions, voir Graham Hassall, « Notes on the Babi and Baha'i Religions in Russia and its Territories », La Revue des études baha'ies, vol. 5, no 3, 1993.

(9) Encyclopaedia Britannica, 1998 Book of the Year, Chicago, 1998.

 

Temple baha'i des îles Samoa

 

De wikipedia

 

 

 

 

 Le Bahaïsme
 
Autre présentation
 
 

Les origines

La salle ou le Bab fit son auto proclamation en 1844.

Cette religion est issue de l'auto proclamation en 1844 à Shiraz dans le sud de la Perse de Mirza Ali Muhammad qui se déclare être le Bab, la voie d'accès vers Dieu. Alors âgé de 25 ans, il attira à lui des disciples et se présenta comme le dernier de la lignée des chefs spirituels. Il envoya des missionnaires à travers la Perse et obtint de nombreuses conversions. Il fit ainsi de l'ombre aux hauts dignitaires du clergé musulman et ses disciples ayant fomentés des insurrections contre le gouvernement du Châh, il fut emprisonné et exécuté le 9 juillet 1850.

Tombe de Baha' u' llah près de Saint-Jean d'Acre.

La répression se poursuivit après sa mort et ses premiers disciples disparurent tous. Un nouveau prophète apparut alors qui se nommait Mizza Husain Ali. Disciple du Bab, il se proclama Baha' u' llah (Gloire de Dieu). En 1863 il s'identifia à la manifestation de Dieu prédite par le Bab. Il était l'envoyé de Dieu pour racheter le monde à la fin du cycle qui s'est clos avec le Bab et pour interpréter la volonté de Dieu pour le nouveau cycle qui s'ouvre avec lui, le cycle bah'ie. Son influence fut bien plus grande que celle du Bab ce qui lui valu l'emprisonnement et l'exil.
Le nombre de ses disciples s'accrût après sa mort et le mouvement s'étendit à travers le monde. Il est actuellement très difficile d'avoir une estimation du nombre des fidèles dans le monde bien que l'on sache que ce mouvement est très présent en Asie du sud-ouest avec des centres en Afrique, en Europe et en Amérique.

 

Les textes

Deux livres permettent de connaître les fondements de cette religion. Le Bayan, écrit par le Bab avertit de la venue de "celui que Dieu manifestera". Il établit les lois et les préceptes à appliquer pendant cette attente. Par rapport à la loi musulmane, cet ouvrage donne une image moins matérielle et donc plus spirituelle de l'enfer, du paradis et de la résurrection. Sont abolies les dispositions islamiques sur la prière, le mariage, le divorce, les successions et le jeûne. D'autres sont établies sur les mêmes sujets ainsi la prière aura lieu en direction de la demeure du Bab et le divorce sera précédé d'une période de réflexion de un an. Mais le précepte majeur est celui d'une vie entourée d'amour, un amour pur et désintéressé sans châtiment ni récompense. Il ordonne le respect de la femme devenue l'égale de l'homme. Un fond commun doit venir en aide aux pauvres et la priorité est donnée à l'instruction élémentaire pour tous. Le chiffre 19 est sacralisé ce qui aboutit à la création d'un nouveau calendrier de 19 mois de 19 jours.

Prison de Saint-Jean d'Acre où fut incarcéré Baha' u' llah.

Le Kitab-i Akdas est le second livre du Bahaïsme. Baha' u' llah déclamait ses déclarations à ses secrétaires que ceux ci mettaient en forme par la suite ce qui donna naissance à ce livre. Il établit les bases de la foi à savoir l'existence d'un Dieu inconnaissable qui se manifeste à travers les prophètes depuis Adam, Zarathoustra, les fondateurs du Judaïsme, Jésus, Mahomet, le Bab et Baha' u' llah lui même. Le fidèle doit avoir la foi en Dieu qui doit être également la foi en la manifestation de Dieu qu'est le prophète. Cette foi est éternelle. Le voyage du croyant vers Dieu est le paradis qui n'est ici qu'un mot représentant symboliquement ce voyage, de même que l'enfer représente l'anéantissement du non croyant. Le mot d'ordre est l'unité se réalisant dans la vérité, celle qui harmonise science et religion, religions entre elles et en définitive toute l'humanité.

Jardins entourant la tombe de Baha' u' llah.
 

 

L'enseignement

Shoghi Effendi fut désigné comme le gardien de la foi par Abdul Baha, le fils de Baha' u' llah.

La doctrine baha'ie est syncrétiste car elle emprunte à plusieurs religions. L'histoire humaine est une succession de cycles à travers des prophètes et le plus important d'entre eux est évidemment Baha' u' llah. D'autres prophètes sont encore à venir. Les religions précédentes sont en fait des embryons de la nouvelle doctrine. Baha' u' llah a été envoyé pour enseigner la vrai religion de Dieu et pour inaugurer le "Royaume de Dieu" qu'attendent les autres religions. Ce changement ne se fera pas de façon brutale, ni par une intervention particulière de Dieu. C'est une reconversion intérieure qui fera retrouver au monde son harmonie. Les écrits baha'ie sont sacrés mais il n'est pas obligatoire de les observer à la lettre. Les textes sont à interpréter en fonction de la situation dans laquelle ils doivent être utilisés. L'unité de l'humanité sera le fait d'un don universel de Dieu. Elle deviendra effective grâce à l'adoption d'une langue universelle, d'une seule monnaie et d'un système policier et juridique uniforme. Des services religieux aideront à la préparation spirituelle de ces tâches, l'homme devant adopter une nouvelle attitude au sein de la structure sociale.

 

La vie

L'humanité étant arrivée à maturité, les hommes doivent former une société pacifique, la terre ne formant qu'un seul pays dont tous les hommes sont des citoyens. Pour parvenir à ce but, Baha' u' llah a énoncé quelques principes dont:
- L'unité de l'humanité.
- L'égalité entre les hommes et les femmes.
- L'élimination des disparités entre les riches et les pauvres.
- L'éducation universelle.
- La tolérance religieuse.
- L'harmonie entre science et religion.
- Une langue universelle.
Le comportement moral est fondé sur les 10 commandements aussi sont interdits le meurtre, le vol, le mensonge, l'adultère, le jeu, l'alcool, le commérage et la médisance. Par opposition, l'honnêteté, la chasteté, la générosité, le service à autrui, la préséance des actes sur les paroles, l'unité en toutes choses sont vivement encouragés.

Maison d'adoration à New Delhi. Ces maisons sont ouvertes à tous et le syncrétisme de cette foi fait que l'on y lit des textes du Bahaïsme mais aussi d'autres religions du monde. Ces maisons sont des centres spirituels de diverses institutions consacrées au service scientifique, humanitaire et éducatif.

Hormis les maisons d'adoration, il n'existe pas d'églises, pas plus d'ailleurs que de clergé, aussi les fidèles se réunissent le premier jour du mois chez un croyant ou dans un lieu quelconque indifféremment acheté ou loué pour l'occasion. Il n'y a pas non plus d'article imposé par la religion. A la demeure des croyants, on trouvera éventuellement une représentation du fils du prophète (Abdul Baha) ou encore une plaque écrite en arabe signifiant "Ô gloire des gloires" que l'on peut retrouver sur des bijoux. Lors des cultes, il n'y a pas d'icônes ni d'objets rituels comme des cierges ou de l'encens. Vu l'absence de clergé, les cérémonies sont très libres à condition qu'elles respectent les enseignements de Baha' u' llah. Les funérailles par exemple, sont très simples et ne comportent qu'un seul élément obligatoire, la prière des défunts. Le reste de la cérémonie est à l'initiative des parents et de la communauté. Parmi les fêtes, on peut citer le jour de l'an qui est le 21 mars, le festival du Ridvan d'une durée de 12 jours qui commémore le moment ou Baha' u' llah s'est présenté en 1863 comme messager de Dieu et la période du 2 au 20 mars qui constitue le jeûne où les fidèles ne boivent ni ne mangent du lever au coucher du soleil.
Le but de la vie est de connaître et d'aimer Dieu en maintenant la civilisation en évolution constante. La vie dans ce monde est une phase préparatoire pour le prochain monde, l'âme prenant forme au moment de la conception étant immortelle. Le paradis est la proximité de Dieu alors que l'enfer est la séparation. La mort est le retour de l'homme avec Dieu.

La maison universelle de justice à Haïfa est l'autorité législative de la foi. Elle est composée de neuf membres élus pour cinq ans.
 

De AACAWEB